vignette|redresse|alt=Photographie colorisée d’un acteur vêtu d’un kimono à manches longues, portant une perruque de style traditionnel et tenant un accessoire en forme de tête de lion.|Nakamura Shikan en dans la pièce de kabuki-buyō Kagami-Jishi.
Le Parfois écrit simplement nihon buyō, sans tiret. est une appellation globale de danse traditionnelle japonaise. Au sens large, le nihon buyō désigne les danses kabuki-buyō, kamigata-mai et shin-buyō.
Le nihon-buyō est pratiqué aussi bien par des hommes que par des femmes, avec des rôles féminins et masculins. La danse compte trois principaux éléments : le mai (mouvement statique), l’odori (mouvement dynamique) et le furi (gestuelle théâtrale).
Le répertoire du nihon-buyō comprend des pièces inspirées des théâtres kabuki, nō, kyōgen et bunraku, abordant des thèmes variés tels que des légendes, des personnages historiques et des faits divers.
Le Japon compte environ deux cents écoles de nihon-buyō, dont les cinq principales sont Hanayagi-ryu, Fujima-ryu, Wakayanagi-ryu, Nishikawa-ryu et Bando-ryu, chacune fondée à une époque différente par des personnalités influentes.
Étymologie Le terme est inventé par Tsubouchi Shōyō (1859-1935) dans l’essai Shingakugekiron (1904) pour traduire le mot anglais , soit « danse ».. La nécessité de distinguer le buyō japonais traditionnel du buyō conduit à l’utilisation de l’expression , qui s’est imposée et perdure encore au .
Avant cela, la danse était généralement désignée par son genre particulier, comme le mai ou l’odori. Le terme nihon-buyō est ainsi une combinaison des caractères , qui peut également être prononcé bu, et , qui peut également être prononcé yō.
Définition Au sens large, le nihon-buyō désigne les danses , et ; au sens strict, il désigne seulement le kabuki-buyō.
L’appellation kabuki-buyōLittéralement « danse kabuki ». date de l’ère Meiji. Jusque-là, le kabuki-buyō était désigné par diverses appellations comme le , le , le ou plus simplement l’. Les chorégraphes de shosagoto, dont la première apparition remonte vers 1673, ont fondé des écoles pour enseigner cette danse aux amateurs. Le kabuki-buyō, inscrit au patrimoine culturel immatériel important depuis 1955, est interprété à la fois par un acteur du kabuki et par un danseur ou une danseuse du nihon-buyō.
Le ou est une danse née et développée dans la région de Kyoto et d’Osaka (Kamigata). Elle se développe durant l’époque d’Edo, à l’occasion de soirées privées, sur une petite surface (la surface d’un tatami). Ses mouvements sont lents et doux. Elle peut être accompagnée de la musique nommée jiuta, composée pour un soliste au shamisen. Elle est également nommée , nom de la salle où elle est pratiquée.
Enfin, le ou naît des influences européennes et américaines au . L’écrivain Tsubouchi Shōyō, inspiré par les arts occidentaux, propose des changements dans le théâtre kabuki, ce que certains acteurs acceptent. La danse ainsi créée sous l’ère Taishō se nomme shin-buyōLittéralement « nouvelle danse ». : elle est pratiquée par des artistes voulant expérimenter une nouvelle forme d’expression.
Styles et éléments de danse Styles À la différence des théâtres kabuki, nō, kyōgen et bunraku, qui mettent en scène des hommes, le nihon-buyō est également pratiqué par des femmes. Il existe deux styles de danse différents : , rôle féminin, et , rôle masculin. Ainsi, une femme peut incarner un rôle masculin, et inversement.
Éléments Le nihon-buyō compte trois principaux éléments : le mai, l’odori et le furi. Le mai est un mouvement statique, épuré et abstrait qui souligne l’aspect rituel de la pièce, qui est souvent présent dans les séquences adaptées de théâtre nō ; l’odori est un mouvement dynamique et rythmé issu du , une danse inventée par un moine bouddhiste vers le ; le furi comprend une gestuelle théâtrale, dramatique et figurative représentant les actions de la vie quotidienne à l’époque d’Edo (comme écrire une lettre, boire du saké).
Costumes Les danseurs de nihon-buyō sont habillés en kimono. Ce vêtement s’est imposé avec l’arrivée du kabuki, lorsqu’il fallait trouver un moyen de dissimuler le corps masculin des acteurs du kabuki, qui interprètent des rôles féminins. Les chorégraphies du nihon-buyō sont réalisées en tenant compte du kimono et de ses possibilités expressives. Il permet de communiquer des sentiments comme la timidité, la mélancolie ou l’attachement de façon subtile, notamment grâce aux manches, appelées sode. Les manches du kimono peuvent aussi servir à évoquer des éléments naturels, comme le vent ou la pluie, ou des objets, comme un paravent ou un oreiller.
Accessoires Les différents accessoires du nihon-buyō ont pour origine le plus ancien écrit japonais, le . Le recueil décrit comment une divinité, , s’est mise à danser. Elle a mis de l’herbe sur sa robe et ses cheveux pour les décorer, a serré un faisceau de feuilles de bambou dans sa main et a tapé des pieds sur un grand seau. Les mêmes accessoires de scène et battements de pied sont toujours courants dans le nihon-buyō. Les feuilles de bambou, qui représentent l’intermédiaire entre ce monde et le ciel, ont pris plus tard la forme d’un éventail sur scène. L’éventail symbolise ainsi l’aspect sacré et rituel de la danse. Il peut représenter différents éléments concrets ou abstraits, comme des objets du quotidien (une coupe à sake, un sabre, un parapluie…), des paysages naturels (une montagne, la lune…) ou des phénomènes météorologiques (la pluie, le vent, la neige…). Il peut aussi exprimer les émotions des personnages de la pièce.
Influences Kabuki Le est composé de deux répertoires différents : des pièces de théâtre et des morceaux de danse. Ce dernier genre, le nihon-buyō, s’est développé grâce aux écoles fondées par des acteurs et chorégraphesEux-mêmes anciens musiciens ou acteurs de kabuki. du kabuki. Ces deux milieux distincts, nihon-buyō et kabuki, nouent un lien inséparable encore au en partageant le même répertoire de danse, bien qu’ils ne soient plus représentés ensemble.
Nō De nombreuses pièces de nihon-buyō sont inspirées de pièces du théâtre . Les trois grandes séries du répertoire du nihon-buyō sont adaptées des pièces de théâtre nō Okina, Dōjōji et Shakkyō ; c'est aussi le cas de la série de répertoire , adaptée du nō à l’ère Meiji en s’inspirant de la façon dont le kabuki a adapté les drames nō. Pour ces pièces, la danse du nō (mai) est intégrée à la chorégraphie.
Kyōgen Comme le nō, le a été fortement adapté après l’ère Meiji, bien qu’il existait déjà des pièces de danse kabuki d’origine kyōgen avant l’ère Meiji (matsubame-mono). Ce répertoire était apprécié par les acteurs de kabuki de cette période.
Bunraku Les pièces de nihon-buyō Ochiudo, Hachidanme et Yoshinoyama sont des actes des pièces de kabuki Kanadehon chūshingura et Yoshitsune senbon-zakura, adaptées du .
Par ailleurs, lors des points culminants des pièces du nihon-buyō adaptées du bunraku comme Yagura no oshichi ou Hidakagawa, le ningyō-buri est employé. Le personnage est soutenu par des marionnettistes qui se tiennent derrière lui et se déplace comme s’il était une marionnette.
Répertoire Le répertoire du nihon-buyō consiste principalement en pièces de danse de kabuki (shosagoto) créées à l’époque d’Edo, comme ou . De plus, il existe des pièces chorégraphiées selon la technique de danse kabuki. Les thèmes du répertoire sont vastes : légendes, littérature classique, personnages historiques, faits divers, la vie et les coutumes de l’époque d’Edo. Les théâtres nō, kyōgen et bunraku font également l’objet d’adaptations.
Les pièces dansées par une seule personne représentent environ 60 % du répertoire, et les pièces dansées par plus de deux personnes constituent le reste du répertoire. Environ 60 % du répertoire consiste en pièces de danse pure sans drame (pièce de métamorphose, pièce de mœurs de l’époque d’Edo, pièce de festivité), contre environ 40 % de pièces dramatiques.
L’ensemble des pièces ne peut pas être classé parfaitement, mais peut être regroupé approximativement selon les catégories suivantes.
Sanbasō-mono (adaptation de la pièce de nō Okina) La pièce de nō Okina, la pièce la plus sacrée, mêlant danse et rituel de prière pour une récolte abondante et la prospérité, met en scène trois personnages : Okina, Senzai et Sanbasō. La danse dynamique de ce dernier a donné une série de répertoire dans le kabuki : la pièce Kotobuki-shiki-sanbasō est la plus rituelle, tandis que le reste du répertoire (Ayatsuri-sanbasō, Ninin-sanbasō, Shitadashi-sanbasō, Hisazuru-sanbasō, Shiki-sanbasō, Kuruwa-sanbasō) développe les aspects divertissants du kabuki.
Dōjōji-mono (adaptation de la pièce de nō Dōjōji) vignette|gauche|redresse|alt=Portrait en noir et blanc d’un homme qui porte un kimono sombre avec des motifs floraux et un col blanc. Il a les cheveux noirs coiffés en chignon et le visage maquillé de blanc. Il regarde vers la droite avec une expression sérieuse.|Nakamura Utaemon en 1951 dans la pièce Kyōganoko-musume-dōjōji. La pièce de nō Dōjōji, inspirée par un mythe lié au temple Dōjōji, a été adaptée dans la danse kabuki avec Kyōganoko-musume-dōjōji, qui a donné ensuite la série principale du répertoire : Ninin-dōjōji, Meoto-dōjōji, Kane-no-misaki, Otsue-dōjōji, Futaomote-dōjōji, Yakko-dōjōji
Shakkyō-mono (adaptation de la pièce de nō Shakkyō) La pièce de nō , dans laquelle un moine bouddhiste voit des lions mythiques jouer avec des pivoines au Mont Seiryo en Chine, a été adaptée comme danse d’onnagata (acteur dans un rôle féminin) dans la première période du kabuki. Cela a donné lieu aux pièces Aioi-jishi, Shūjaku-jishi et Makura-jishi. C’est vers l’ère Meiji que l’adaptation s’est rapprochée du nō : la danse majestueuse du lion est interprétée par un tachiyaku (acteur dans un rôle masculin) dans les pièces Kagami-jishi et Renjishi.
Onryō-mono (pièces de fantôme) Asama-mono Dans les pièces d’, un jeune fiancé brûle la lettre de serment d’amour écrite à une courtisane. Dans la fumée, l’esprit vivant de cette courtisane apparaît et tient des propos pleins de rancœur. La pièce Keisei-asamadake a donné lieu à des variations telles que Takao-zange (confession de la keiseiLittéralement « château-roche », un surnom donné aux courtisanes. Takao).
Futaomote-mono Dans les pièces de , deux personnages ayant la même apparence dansent ensemble et l’un d’eux révèle sa vraie nature de fantôme. Ce style, dont l’origine remonte à une pièce de nō intitulée Futari ShizukaLittéralement « les deux Shizuka »., est devenu populaire avec de nombreuses pièces comme Futago-sumidagawa de Chikamatsu Monzaemon. Les pièces les plus célèbres sont Futaomote (le dernier acte de la pièce de kabuki Hōkaibō) et Futaomote-dōjōji. Dans ces pièces, le personnage principal est un fantôme avec deux esprits à l’intérieur. Les âmes de deux amants qui se sont entretués se rejoignent pour former un esprit vengeur maléfique, mi-homme mi-femme.
Kyōran-mono (pièces de folie) vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d’une scène d’une pièce de kabuki. On y voit une femme habillée en kimono regarder vers le haut.|Fukusuke Nakamura dans la pièce Onatsu-kyōran. Inspiré par la catégorie des pièces de théâtre nō sur la folie, ce thème est développé dans les pièces de danse dès la première période du kabuki. Outre le thème de la folie amoureuse, un sujet courant dans le est la folie en raison de la perte d’un enfant. En effet, à l’époque d’Edo, il arrivait qu’un enfant soit enlevé pour être vendu à des troupes de saltimbanques. Dans le kyōran-mono, le personnage central, la mère de l’enfant, perd généralement la raison à cause du chagrin et devient une artiste itinérante qui recherche son enfant en chantant et en dansant. Dans le nō, ce thème est évoqué dans les pièces Sumida-gawa, Sakura-gawa et Miidera.