Le Prato della Valle (Prà deła Vałe en vénitien) est une place de de forme elliptique à Padoue, en Italie. C'est l'une des plus grandes places d'Italie, et une des plus grandes de toute l'Europe Lionello Puppi, Giuseppe Toffanin. Guida di Padova. Arte e storia tra vie e piazze. Trieste, 1983. . La configuration actuelle du lieu, qui date de la fin du , est caractérisée par une île elliptique centrale appelée île Memmia (isola Memmia en italien) d'environ , elle-même entourée d'un canal sur les berges duquel se trouvent plusieurs statues.
Toponymie Durant l'Antiquité et le haut Moyen Âge, la place était appelée Champ de Mars (Campo di Marte en italien), car une de ses fonctions principales était d'accueillir des défilés militaires. Elle fut ensuite renommée Valle del mercato à cause des nombreux marchés et foires saisonnières qui s'y tenaient, puis « Pré de Sainte-Justine » (Prato di Santa Giustinia en italien), à cause de l'église de Sainte Justine qui y était située. Le nom de Prato della Valle (Pratum vallis en latin) apparaît pour la première fois au Prato della Valle. Due millenni di storia di un'avventura urbana., Limena (PD), Signum, 1986. ..
En latin, le terme pratum était utilisé à l'époque médiévale pour désigner un vaste espace consacré aux usages commerciaux qui, souvent, était couvert d'herbeDictionnaire Gaffiot Latin-Français. C'est ce terme qui a donné naissance au mot italien prato, qui a la même signification. Le mot valle, quant à lui, signifie et Dictionnaire Français-Italien/italien-Français Robert & Collins.
Pendant le Risorgimento, la place est renommée place Victor-Emmanuel II (piazza Vittorio-Emmanuelle II en italien).
Histoire Antiquité thumb|Des statues le long du canal qui borde l'isola Memmia Situé immédiatement au sud de l'ancien centre romain et à l'embouchure du Brenta (Medoacus en latin), le Prato fut pendant l'Empire romain un des points de passage majeurs de la région. En effet, à cet endroit se rejoignaient les anciennes routes reliant Padoue (Patavium en latin) à Este (Ateste en latin) et Adria (Hatria en latin).
C'est également là qu'étaient situés d'importants édifices de la ville romaine, comme le théâtre, le temple de Concorde M. P. Billanovich. Una miniera di epigrafi e di antichità: il chiostro maggiore di S. Giustina in Padova. Italia medioevale e umanistica, 1969, et le cirque de la ville Luciano Bosio, L’età preromana e romana et Lionello Puppi Prato della Valle. Due millenni di storia di un'avventura urbana., Limena (PD), Signum, 1986. ..
En 304, la martyre Justine (plus tard sainte Justine), fut enterrée dans un cimetière proche du Prato. Au , la croissance du culte de sainte Justine conduisit à la construction d'un premier lieu de culte qui lui était dédié. À partir de ce moment, le Prato della Valle fut étroitement lié au culte de sainte Justine Lionello Puppi Prato della Valle. Due millenni di storia di un'avventura urbana., Limena (PD), Signum, 1986.
Moyen Âge Après l'invasion lombarde du , puis l'invasion hongroise du qui causèrent de lourds dommages, la ville de Padoue, abandonnée par l'évêché, se resserra autour de son centre et le Prato se retrouva excentré, aux marges de la cité. Néanmoins, les moines refusèrent l'abandon total du Prato della Valle. C'est ainsi que fut décidée au la construction de la première basilique dédiée à sainte Justine pour redynamiser la zone.
En 589, une série d'importantes inondations fit sortir de leur lit de nombreux fleuves de la plaine du Pô. Ainsi, le Brenta modifia son cours, le déplaçant au nord du centre urbain de Padoue. De la même façon le Bacchiglione déborda lui aussi et vint inonder la cité. C'est à la suite de ces inondations que le Prato della Valle se transforma en un lieu marécageux et fut presque totalement abandonné par les habitants de la ville.
En 970, l'évêque Gauslino, en visitant la basilique Sainte-Justine et la zone du Prato, la décrit comme désolée et abandonnée. Il décréta donc la construction d'un monastère qui fut doté de possessions importantes, parmi lesquelles la zone entière du Prato della Valle. Celui-ci était en fait considéré comme appartenant à Sainte-Justine depuis le et, par cette action, l'évêque ne fit qu'appuyer une décision alors assimilée.
thumb|L'actuelle basilique Sainte-Justine Ce n'est qu'au milieu du , alors que Padoue renaissait économiquement, que les Padouans retournèrent établir des marchés et des foires sur le Prato. C'est d'ailleurs à cette époque que le lieu commença à être appelé Pratum, à cause des échanges commerciaux qui s'y déroulaient.
De très nombreuses controverses légales virent s'affronter la ville et le monastère sur le droit pour les foires et les marchés de se tenir au Prato. Un décret fondamental fut rendu par l'évêque Ulderico en 1077, dans lequel il confirma aux moines que le Prato était leur, tout en se réservant le droit d'utiliser les restes du théâtre romain encore présents sur les lieux comme pierre de construction Selon le témoignage de V. Radicchio. dans sa Descrizione della general idea, ed in gran parte effettuata dall’eccellentissimo signore Andrea Memmo sul materiale che denominavansi della Valle. (Description de l'idée générale, et en grande partie effectuée par le très honorable Andrea Memmo sur le matériau qui dominait dans le Valle) Rome, MDCCLXXXVI, p. 13., i les restes du théâtre romain de Padoue auraient été utilisés pour la construction du Pont du Rialto à Venise.
En 1117, un violent séisme détruisit la première basilique Sainte-Justine qui fut reconstruite aux alentours de 1123, sur l'initiative de l'abbé Benzone, qui dessina une église de style roman.
À partir du , de nombreux documents relatent la renaissance de la place, qui accueillait plusieurs spectacles. Ainsi certaines chroniques mentionnent des représentations sur le Prato de spectacles comme L'homme sauvage (l'uomo selvatico en italien) ou encore Les châteaux de l'amour (i castelli d'amore en italien), ainsi que des représentations religieuses comme la Passion du Christ ou la Résurrection. À partir de 1257, le Prato della Valle accueillit également des courses de chevaux pour fêter la libération de la ville de Padoue de la tyrannie d'Ezzelino III da Romano. Toutes ces utilisations de la zone furent permises par des travaux de réhabilitation du Prato ayant eu lieu à partir du , dirigés par Frà Giovanni Eremitano et qui réussirent à transformer le marais qu'était alors le Prato en un endroit sain et utile. Le , une procession grandiose, dite dei bianchi, menée pour assurer la paix à la ville de Padoue pour tout le , se termina au Prato, qui accueillit de grandes fêtes pour toute une journée A. F. Marcianò. Le processioni dei Bianchi nella testimonianza di Giovanni di Conversino 1980. ..
Entre la fin du , la principale forge de Padoue fut construite à proximité du Prato. Cet édifice utilisa l'eau du canal qui passait par le Prato, ce qui bouleversa à plusieurs reprises le cours dudit canal et causa plusieurs inondations. Au cours du , un grand palais fut construit à l'angle nord du Prato. Il était la résidence padouane du cardinal Basilius Bessarion et fut surnommé palazzo Angeli (« Palais des Anges »).
Renaissance et Époque moderne thumb|upright=1.3|Carte du Prato della Valle en 1767, juste avant le projet d'Andrea Memmo À partir du , le Prato, malgré une hydrographie catastrophique, put maintenir et même consolider sa vocation de lieu de marché, de foire, de spectacle populaire et de dévotion religieuse. En 1434, le banquier florentin Palla Strozzi, exilé de Florence, s'établit à Padoue et fit construire sur le Prato un palais qui y apporta pour la première fois le style architectural de la Renaissance italienne.
Toujours dans les premières décennies du , le monastère Sainte-Justine fut considérablement agrandi. En 1466, un gigantesque cheval de bois fut construit par Annibale Capodilista sur le modèle du Gattamelata de Donatello. Il est aujourd'hui conservé au Palazzo della Ragione de Padoue.
C'est en 1498 que commença la démolition de la basilique de romane de Sainte-Justine, afin de permettre la construction d'une nouvelle basilique. Dans la droite ligne de la croissance de Padoue, de nouveaux palais furent construits, comme en 1555-1557, le palazzo Zacco et, au milieu du , le palazzo Grimani. En 1539 et 1580, de graves inondations stoppèrent pendant un moment la réhabilitation du Prato, qui redevint pendant une courte période un lieu marécageux et peu sain.
À partir de 1608 le collège universitaire Da Mula fut construit, à l'est du Prato. Cet édifice devint ensuite une habitation privée et fut détruit par un incendie en 1822. En 1608, une importante foire, la fiera del Santo fut transférée de la place de la Basilica di Sant'Antonio au Prato par besoin d'un espace supplémentaire. Pendant tout le et le , les inondations se poursuivirent, aucune solution n'ayant été trouvée.
En 1766 se déroulèrent les premières courses de cheval con le cighe, ancêtres du sulky, qui continuèrent à se tenir jusqu'au début du .
Les travaux d'Andrea Memmo thumb|upright=1.3|Le Prato della Valle juste avant les transformations entreprises par Andrea Memmo dans un tableau de Francesco Guardi (musée des beaux-arts de Dijon). En 1767, au terme d'une âpre lutte, le Prato changea de propriétaire, passant du monastère Sainte-Justine à l'administration de la ville de Padoue. Cette alternance représenta un changement capital dans l'histoire du Prato. En effet, l'administration publique s'attaqua directement aux problèmes d'insalubrité et d'hydrographie de la zone, en créant une agence spécialisée dans la maintenance du Prato, la Presidenzia del Prato. Cette institution, composée de quatre notables padouans, avait pour but de gérer le Prato et de garantir le bon déroulement des différentes manifestations qu'il hébergeait. Néanmoins son rôle dans les grands changements qui suivirent fut presque seulement formel et juridique.
Le principal artisan du changement fut en fait Andrea Memmo, qui rejoint l'administration de Padoue avec le grade d'Inspecteur extraordinaire en 1775. Son programme de gouvernement pour Padoue avait deux objectifs principaux : la relance du commerce dans la ville et l'hygiène publique. Ils trouvèrent une synthèse parfaite dans son projet pour le Prato della Valle.
Les premiers travaux débutèrent en 1775 pour pouvoir donner des résultats pour la grande foire d'automne de sainte Justine. Pendant tout le déroulement des travaux, Andrea Memmo contrôla quotidiennement le bon déroulement des travaux. Il s'était installé dans le palazzo Angeli, l'ancien palais du cardinal Basilius Bessarion.
Grandes lignes du projet thumb|La fontaine de l'isola Memmia Andrea Memmo voulait faire du Prato un lieu fonctionnel qui pourrait accueillir les foires qui y étaient historiquement situées et que, le reste de l'année, il puisse être un lieu de détente et de promenade pour les Padouans. La transformation du Prato fut caractérisée par la création d'une île centrale de forme elliptique, entourée d'un canal artificiel de même forme avec, sur chacune de ses rives, une rangée de statues (une troisième rangée était prévue, mais ne fut jamais réalisée). Les plans du projet furent établis par l'abbé Domenico Cerato, professeur d'architecture, surveillé de près par Memmo, lui-même passionné d'architecture La description complète du plan est disponible dans V. Radicchio. Descrizione della general idea, ed in gran parte effettuata dall’eccellentissimo signore Andrea Memmo sul materiale che denominavansi della Valle. Roma, MDCCLXXXVI. .
Une courte note de Francesco Piranesi datant de 1786, ainsi qu'un dessin de Giuseppe Subleyras, nous montrent le projet définitif. À l'origine était prévue la construction d'un long édifice à portiques sur le côté sud du Prato, là ou se situe aujourd'hui un long chemin de promenade.
L'isola Memmia et le canal