vignette|redresse=1|Types de croix chrétiennes. La croix est le principal symbole du christianisme. Considérée de nos jours comme l'image du gibet de la Crucifixion du Christ, elle appartient à une symbolique plus ancienne.

C'est à partir du que la croix s'impose comme l'emblème du christianisme : elle est adoptée, selon la tradition, par l'empereur Constantin le Grand au côté du chrisme (☧). Son culte débute à cette époque et après la diffusion de la légende de l'invention de la relique de la « Vraie Croix » par la mère de l'empereur. Au cours des , ce symbole commence à orner les édifices religieux. À partir du , la croix est régulièrement associée aux représentations du Christ.

La staurologie (du grec stauros, « croix ») est la théologie de la croix dans la littérature chrétienne.

Histoire

Un symbole universel L’image de la croix est antérieure de plusieurs siècles à Jésus de Nazareth. Julien Ries rappelle son caractère universel : on la retrouve entre autres dans les civilisations mésopotamiennes, élamites, amérindiennes« The cross is everywhere : in pre-vedic civilization ; in the Elamite world and Mesopotamian iconography, in the vast area of Aryan migrations and the cultures to which they gave birth, in China, in pre-Colombian and American Indian civilizations, among nonliterate people who are our contemporaries » , Julien Ries, « Cross » dans Mircea Eliade, The Encyclopedia of Religion , t. 4, 1987, col.155-65... Elle n'a pas obligatoirement une fonction religieuse : aujourd'hui encore, la croix peut aussi servir de signature à des illettrés.

Le signe du tav

thumb|upright|La croix en forme de tau, emblème des Antonins puis des Franciscains, est également une référence au passage (9:4-6) du Livre d'Ézéchiel.

Le geste de tracer un signe de croix sur le front est un des rites chrétiens les plus anciens. Utilisé lors du baptême, ou tracé en symbole de protection, il se réfère à une prophétie du Livre d'Ézéchiel (9:4-6) : « Passe par le milieu de la ville, et marque d'un tav le front des hommes »Pierre Erny, Le signe de la croix : Histoire, ethnologie et symbolique d'un geste « total », éd. L'Harmattan, 2007, p. 54-56. Les mentionnés dans l'ApocalypseApocalypse, XIV, 1 . portent également au front un signe marquant leur consécration à Dieu, probablement en référence au signe tav d’Ézéchiel.

Le tav est la dernière lettre de l'alphabet hébreu. Dans sa forme archaïque, elle équivaut à une croix en diagonale (x) ou à la verticale (+) (x) Nancy R. Bowen, Abingdon Old Testament Commentaries : Ezekiel, éd. Abingdon Press, 2011, p.50. La graphie (x) est encore en usage à l'époque de Jésus de Nazarethvoir aussi Maurice Dilasser, article « The Sign of the Cross » dans The Symbols of the Church, éd. Liturgical Press, 1999, p. 21. au moins partiellementVoir notamment pour cette forme le manuscrit 4Q186 de Qumrân, daté entre 30 av. J.-C. et 20 après ; cf. David W. Chapman, Ancient Jewish and Christian Perceptions of Crucifixion, éd. Mohr Siebeck, 2008, p.180 et, pour la datation, Mladen Popović, « 4Q186. 4QZodiacal Physiognomy. A Full Edition », dans G.J. Brooke et J. Høgenhaven (éds.), The Mermaid and the Partridge : Essays from the Copenhagen Conference on Revising Texts from Cave Four éd. Brill, Leiden, 2011, p.230 ; voir aussi à ce sujet Mireille Hadas-Lebel, Histoire de la langue hébraïque, Presses orientalistes de France, 1986, p. 25-31. Comme l'oméga grec, le tav représente Dieu ou le Nom de Dieu. Son usage comme symbole d'appartenance à la communauté messianique semble déjà présent chez les esséniens.

Pour les premiers chrétiens, être marqué d'un tav au front signifie être marqué d'une croix : quand, par exemple, l'auteur du Pasteur d'Hermas parle de « porter le Nom de Dieu », il veut dire « être marqué au front du tav », donc du signe de la croix ou, autrement dit, être baptisé. Cela laisse supposer que le tav était lié au nom même de Jésus-Christ, incarnation de la Parole de Dieu. Il est attesté par Tertullien comme une pratique rituelle habituelle pour les chrétiens aux alentours du début du Philipp A. Cunningham, « Cross/crucifix » dans Edward Kessler et Neil Wenborn (dirs), A Dictionary of Jewish-Christian Relations, éd. Cambridge University Press, 2005, p.113-114. Les Romains le rangent parmi les pratiques magiquesPaul Hartog, « Greco-roman Understanding of Christianity », dans D. Jeffrey Bingham (éd.), The Routledge Companion to Early Christian Thought, p.60.

Les premiers symboles chrétiens thumb|upright|Crucifié à tête d'âne, graffiti d'Alexamenos, , conservé au Musée du Palatin.

D'une manière générale, avant le , les premiers chrétiens usent de figures variées comme la lyre, l'ancre de marine, un bateau au vent, l'orante, le criophore (« porteur d'un bélier »), la colombe ou le poissonSimon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. P.U.F., 2007, p. 454. Ce dernier symbole s'écrit en grec IXΘYΣ, « ichthus », acronyme de l'expression Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr, c’est-à-dire « Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur ». On trouve également l'usage de symboles issus de l'iconographie romaine, comme la palme ou le laurier.

On a longtemps expliqué que le symbole de la croix, parce qu'il évoquait la croix du supplice, image d'une mort humiliante, ne faisait pas partie des premiers symboles du christianisme. Cette explication est désormais battue en brèche par un examen renouvelé de l'épigraphievoir à ce sujet qui atteste des représentations multiples de croix ou de symboles cruciformes évoquant Jésus, par exemple dans les thermes de Neptune à Ostie (seconde moitié du ), dans la crypte de Lucine de la Catacombe de Sainte-Calixte à Rome (fin -début ) ou encore sur des bagues chrétiennes du , accompagnées d'autres symboles.

En outre, il semble que la croix soit très tôt utilisée par les adversaires des chrétiens pour les tourner en dérision : exposé au musée du Palatin, le graffiti d'Alexamenos, datant du début du , représente un âne crucifié surplombant la mention « Alexamenos adore [son] Dieu ». Il s'agit peut-être de la plus ancienne représentation de la Crucifixion connue à ce jour. Michael Gough indique que « Alexamenos était sans doute un esclave que ses compagnons raillaient parce qu'il était chrétien »..

Symbole du christianisme

On identifie quelques croix dans l'iconographie chrétienne avant le règne de l'empereur Constantin Ier, notamment dans une inscription découverte à Palmyre (datée de 136) — qui pourrait constituer la première trace répertoriée de son usage — ou encore à Doura Europos (232).

À partir du , la croix devient l'un des emblèmes de la chrétienté, adopté par l'empereur Constantin Ier au côté du chrisme (☧), à la suite d'un épisode miraculeux notamment rapporté par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique au cours duquel Constantin aurait, peu avant de s'engager dans la bataille du pont Milvius, eu la vision d'un signe — une croix ou un chrisme, cela reste ambigu— apparaissant dans le ciel et accompagné du message : (). La victoire de Constantin constitue ainsi un tournant dans l'histoire des symboles du christianisme, éclairant croix et chrisme d'une lumière qu'ils n'avaient jamais connue précédemment dans l'art chrétien.

L'adoption du symbole est encore renforcée quelques décennies plus tard lorsque commence à circuler la légende de l'invention du bois de la « vraie croix » . par Hélène, mère de l'empereur, lors de son séjour à Jérusalem que la tradition situe entre 325 et 327., à l'occasion des travaux ordonnés par ce dernier pour éliminer les édifices païens du Golgotha ; .. Suivant cette tradition, Hélène laisse un morceau de la relique sur place en la basilique du Martyrium de l'église du Saint-Sépulcre et en envoie un autre à Constantinople. L'épisode constitue bientôt un élément central de la légende constantinienne, lançant le culte de la croix — dans un parallèle liant le couple Hélène-Constantin à celui formé par la Vierge Marie et son fils Jésus — qui se développe à partir des années 340.

L'usage du symbole se développe dès lors sur des maisons, des sarcophages, des pièces de monnaie, des lampes, des coffrets, des vêtements, et d’autres objets ou bien comme tatouages aux vertus propitiatoires ou protectrices. James Hall, Dictionary of Subjects & Symbols in Art, édition, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2018, .. Au cours des , la croix commence à orner les édifices religieux : si Constantin et sa famille ne sont pas les promoteurs d'une impulsion iconographique, ils le sont d'une architecture cultuelle qui, parmi d'autres ouvrages, voit s'édifier la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome.

La plus ancienne attestation de « croix-trophée » se trouve sur un sarcophage daté de 340-350 et conservé au musée Pio Cristiano. Une des plus anciennes représentations de la croix dans une église en France est une mosaïque, datée du , transposée de Syrie du nord dans l'église d'Antony en .

Théodose II interdit en 427 de dessiner la croix sur le sol : elle ne doit figurer que dans les endroits les plus honorables des lieux de culte. L'interdiction est maintenue sous le règne de Valentinien III (419-455), mais elle est ignorée dans les églises de Palestine au et , où l'on retrouve des croix en mosaïque de pavement. .

vignette|redresse|Statue d'Auguste divinisé marquée de la croix chrétienne sur le front, Musée archéologique d'Éphèse. Avec l'avènement progressif de la croix comme emblème principal de la chrétienté, on assiste à une « christianisation » des effigies et des édifices liés à des cultes différents ou plus anciens par l'apposition d'une croix, comme en témoigne la statue de l'empereur Auguste transformé a posteriori en pénitent chrétien par l'ajout d'une croix sur son frontSteven Fine, Art, History and the Historiography of Judaism in Roman Antiquity, éd. Brill, ..

Premières représentations du Christ en croix Sur la porte en bois de l'église Sainte-Sabine de Rome (), la crucifixion à l'angle supérieur gauche serait l'exemple le plus ancien d'une telle représentation.. Devant une muraille rappelant Jérusalem, un Christ athlétique, vêtu du subligaculum, est entouré des deux larrons au visage imberbe.

À partir du , la croix est régulièrement associée aux représentations du Christ.

Dans la cathédrale de Narbonne, primitivement dédiée à Genès d'Arles, une peinture, probablement d'origine orientale, montre un Christ imberbe, ceint seulement du subligaculum, pagne d'athlète typique de l'Antiquité romaine. Cette figure du crucifié quasi nu, de type hellénistique, va disparaitre au cours du . Grégoire de Tours raconte en 593 dans son De Gloria Martyrium que le Christ apparut en songe par trois fois à un prêtre nommé Basile, pour en dénoncer la nudité et le menacer de mort s'il ne la couvrait pas. Dans les représentations postérieures, comme celles des évangiles de Rabula, il est revêtu le plus souvent d'un colobium (tunique longue).

Au cours du Moyen Âge, il y eut débat car l'Évangile selon Jean dit que les soldats romains se partagent la tunique du Christ (Jn 19:23-24). Les artistes à partir du délaissent progressivement le colobium au profit du périzonium qui s'impose vers le , créant différents styles de drapés.

Usages dans les Églises

Dans l'Église catholique la croix latine est aussi utilisée comme base du crucifix qui représente le supplicié sur la croix. La croix est portée en procession lors des pèlerinages, des rassemblements et des cérémonies religieuses.