Un beaune est un vin français d'appellation d'origine contrôlée, produit sur une partie de la commune de Beaune, en Côte-d'Or.

Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Beaune, située d'une part entre les aires de production des savigny-lès-beaune et chorey-les-beaune au nord, d'autre part du pommard au sud.

Histoire Incertitudes antiques On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse)..

L’édit de l'empereur romain Domitien, en 92, interdisait la plantation de nouvelles vignes hors d’Italie ; il fit arracher partiellement les vignes en Bourgogne afin d’éviter la concurrence. Le vignoble résultant suffisait aux besoins locaux.. Mais l'empereur Probus annula cet édit en 280.. En 312, un disciple d'Eumène rédigea la première description du vignoble de la côte d'OrLes plaintes des vignerons du Pagus Arebrignus in Docteur Morelot, Statistique de la vigne dans le département de la Côte-d'Or, Dijon-Paris, 1831., consulté le 25 novembre 2008..

Moyen Âge Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins.. À partir du , l'implantation du christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques., tel que l'abbaye de Cîteaux (fondée en 1098) avec des plantations en côte d'Or..

vignette|upright=0.75|gauche|Les toits polychromes des hospices de Beaune. En 1224, les vins de « Biaune » sont mentionnés dans La Bataille des vins en tant que vins blancs (vers 39).. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins de consommation courante. Enfin en 1416, Charles VI fixa par un édit les limites de production du vin de BourgogneSite du BIVB : Historique, consulté le 24 novembre 2008..

Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Bon, et son épouse Guigone de Salins décidèrent de fonder un hôpital pour les pauvres mais hésitèrent un moment sur le lieu entre Autun et Beaune. Cette dernière ville fut choisie pour son passage important et l'absence de grande fondation religieuse. C'est ainsi que le naquit sur le papier l'Hôtel-Dieu André Dominé : Le Vin (La Bourgogne), .. En 1461, lors du sacre de Louis XI, Philippe le Bon lui offrit 24 chariots de vins de Beaune et de Germolles.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.

Période moderne En 1652, devant l'école de médecine, des médecins émettent une thèse relatant que « le vin de Beaune est la plus saine comme la plus agréable des boissons ». Au début du , des négociants-éleveurs, venus d'outre-Rhin, arrivèrent à leur tour sur Beaune.

En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..

En 1728, Claude Arnoux décrit le beaune comme un vin de primeur, cas de tous les vins de la côte de Beaune d'alors :

En 1816, André Jullien indique pour Beaune : , .. En 1831, le vignoble de la commune comprenait de noiriens (l'ancien nom du pinot noir) ainsi que de gamay, ..

Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). Ce fut en 1851 que les hospices de Beaune organisèrent leur première vente aux enchères. En 1855, l'ouvrage de Jean Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier classe comme « tête de cuvée » les Fèves, les Grèves, Aux Crais et les Champs-Pimonts ; comme « première cuvée » les Aigrots, les Avots, le Clos-de-la-Mousse, la Mignotte, Aux Coucherias, le Clos-des-Mouches, les Vignes-Franches, le Clos-du-Roi, les Blanches-Fleurs, Es Toussaints et les Boucherottes ; comme « deuxième cuvée » les Teurons, la Creusotte, les Sanvignes-Hautes et Basses, les Reversées, les Montrevenets, les Tuvilains, les Pirotes, les Chouacheux, les Epenottes et les Sizies ; comme « troisième cuvée » les Levées, les Pirotes, le Chardonnereux, les Verottes, Belissart, les Prevolles, les Sceaux, le Bas-des-Teurons, la Champagne-de-Savigny, la Maladière, les Chelènes, les Mariages et les Rôles..

vignette|redresse=2|Le vignoble de Beaune selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe de sur la commune de Beaune, dont en (les Marconnets, En l'Orme, En Genet, les Perrières, A l'Ecu, les Fêves, les Bressandes, les Toussaints, les Teurons, Sur les Grèves, Aux Cras, le Clos-de-la-Mousse, les Vignes-Franches, le Clos-des-Mouches, les Aigrots, Pertuisots, les Sizies, Tièlandry, les Seurey, Champs-Pimont et la Mignotte en entier ; Blanche-Fleur, Clos du Roi, les Chilenes, les Cent-Vignes, les Grèves, le Bas-des-Teurons, Aux Coucherias, les Reversées, les Epenottes, les Beaux-Fougets, les Choicheux, les Boucherottes, les Avaux, Chaume-Gaufriot, Montée-Rouge, les Aigrots, les Montrevenots et les Theurons en partie), en (les Tuvilains, les Pointes-de-Tuvilain et Bélissand en entier ; Blanche-Fleur, Clos du Roi, les Chilenes, les Cent-Vignes, les Grèves, le Bas-des-Teurons, les Reversées, les Prévoles, les Bons-Feuvres, les Epenottes, les Beaux-Fougets, les Choicheux, les Boucherottes, les Avaux, Chaume-Gaufriot, Montée-Rouge, Au Renard, Longbois, les Aigrots, Montagne-St-Désiré, les Montrevenots, la Creusotte, les Theurons, la Blanchisserie, le Foulot, Faubourg St-Martin et les Mariages en partie) et en (Champagne de Savigny, les Sceaux, les Verrottes, les Paules, les Chardonnereux, les Pirotes, les Levées, les Longes, Siserpe, Lulunne et Faubourg de Bouze en entier ; Blanche-Fleur, Clos du Roi, les Chilenes, Aux Coucherias, les Prévoles, les Bons-Feuvres, les Epenottes, Chaume-Gaufriot, Montée-Rouge, Au Renard, Longbois, Montagne-St-Désiré, les Montrevenots, la Creusotte, la Blanchisserie, le Foulot, Faubourg St-Martin et les Mariages en partie), ..

vignette|redresse=0.7|Le phylloxéra, minuscule insecte qui a ravagé le vignoble à la fin du . Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces.. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (à Meursault), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).

Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. Henri Gouges avait rejoint au niveau national le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui allait aboutir à la création des appellations d'origine contrôlée (AOC) ; il devint le bras droit du baron à l'INAO. Ainsi cette appellation fut créée par un des décrets du , publié au JORF du .. En , l'aire d'appellation est légèrement augmentée avec l'adjonction de deux lieux-dits (l'un de , l'autre de 40 ares) du faubourg Saint-Nicolas, publié au Journal officiel de l'État français du ..

En , une des vignes du climat des Teurons (juste au-dessus de Beaune) est vendue par les hospices de Beaune au département de la Côte-d'Or, dont la « commission administrative » (le nouveau nom du conseil général) en fait don à Philippe Pétain. Ce dernier ayant accepté, une délégation bourguignonne se rend à Vichy le pour lui remettre son titre de propriété et une clef. La vigne est bornée (trois bornes d'un mètre 20 de haut en pierre de Corgoloin portant la et l'inscription )., clôturée (avec un mur de pierre sèche et une grille) et inaugurée le en grande cérémonie. et prend alors le nom de ; l'entretien et les vendanges restent confiés aux Hospices. Le décret du créé les premiers crus des appellations bourguignonnes ; la liste est publiée dans le Bulletin officiel du Service des prix le , comprenant le clos du Maréchal.. Beaune est libérée le ; le clos est placé sous séquestre par le nouveau sous-préfet le , puis confisqué le (après la condamnation de Pétain), déborné et renommé .. Par un jugement du tribunal civil de Beaune du , le clos redevient propriété des Hospices, malgré quelques propositions de l'offrir à Charles de Gaulle ou à la ..

Dans les années 1960-1970, l'enjambeur remplace le cheval. Les techniques en viticulture et œnologie ont beaucoup évolué depuis : vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc. Le décret du prévoit la mise à jour des délimitations de l'appellation et de ses premiers crus sur le cadastre, publié au JORF du ..

Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , publié au JORF du ., puis en , homologué par le décret du publié au JORF du ..

Étymologie Le nom de l'appellation est celui de la ville éponyme. Ce nom a évolué : à la fin c'est le Beleno cas[tro] (sur une monnaie mérovingienne), en 630 elle est le chef-lieu du pago Belnense (le « pays beaunois », dans le cartulaire de Saint-Symphonien d'Autun), en 832 Belna, en 1004 Actum est Belno, en 1119-1124 Bealna, en 1164 Berna, en 1168 Belgna, en 1260 « Beaune », en 1275 « Beane », en 1282 « Bealne », en 1288 « Byaune », en 1328 « Beaulne » et en 1518 « Baune », ..

Le nom de la ville de Beaune fait référence au dieu celtique Bélénos (assimilé à l'Apollon romain), dieu solaire qui a donné son nom à plusieurs sources et cours d'eau claires, notamment l'ancienne aqua Belina (l'« eau de Bélénos »), actuellement soit l'Aigue, soit la Bouzaise, qui ont leur sources à Beaune à la base du coteau..

vignette|Vue d'une partie du vignoble de Beaune (par l'entrée sud).

Vignoble vignette|Vue d'une partie du vignoble de Beaune.

Aire d'appellation