Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière fils.., le à Port-au-Prince en Haïti, est un académicien, écrivain, peintre et réalisateur résidant principalement à Montréal et à Paris.
Il reçoit le prix Médicis 2009 pour son roman L'Énigme du retour. Le , il est élu à l'Académie française., où il est officiellement reçu le .
Biographie Né à Port-au-Prince le , Dany Laferrière passe son enfance au 88, de la rue Lamarre, Petit-Goâve avec sa grand-mère Da, un des personnages marquants de son œuvre. Marie Nelson, sa mère (archiviste à la mairie de Port-au-Prince), l'y envoie vers l’âge de quatre ans par crainte qu’il ne subisse des représailles de la part du régime de François Duvalier (Papa Doc), en raison des idées politiques de son père, Windsor Klébert Laferrière. Fils de paysan devenu à vingt-quatre ans le plus jeune maire de Port-au-Prince, puis sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie, celui-ci vit alors en exil, « à la dérive »... C’est dans ce contexte que, dès 1957, et par mesure de protection, sa famille lui donne le prénom de Dany, repris d’un neveu mort prématurément.
À onze ans, Laferrière retourne vivre avec sa mère et sa sœur à Port-au-Prince.. Il fait ses études secondaires au Collège Canado-Haïtien (CCH). et commence à travailler comme journaliste dès l’âge de dix-neuf ans. Le , son ami et collègue Gasner Raymond, alors âgé de vingt-trois ans comme lui, est assassiné par les Tontons Macoute. À la suite de cet événement, craignant d'être « sur la liste », il quitte de manière précipitée Haïti pour Montréal, n'informant personne de son départ, à l'exception de sa mère. En 1979, il retourne pendant six mois à Port-au-Prince et y rencontre Margaret Berrouët (dite Maggie), son épouse avec qui il a trois filles .
Lors de son arrivée à Montréal en , il habite au 3670, rue Saint-Denis et commence à écrire afin de se libérer notamment de l’usine de Salaberry-de-Valleyfield où il travaille de nuit pendant huit ans, comme ouvrier « illégal », à faire des tapis en peaux d’animaux.. Il loge dans des chambres «crasseuses et lumineuses»., mange peu, préférant se procurer chez un brocanteur de la rue Saint-Denis une machine à écrire Remington 22 et des livres d’occasion. Il découvre l'œuvre de l'écrivain Jorge Luis Borges, qu’il ne cessera jamais de lire.
Dany Laferrière occupe ainsi plusieurs emplois mal payés tout en écrivant son premier roman, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. (1985), qui remporte un succès commercial inattendu, notamment dans le monde anglophone où l'auteur est comparé à Bukowski et à Miller.. Au Québec, le livre sort un vendredi, et le samedi, il est reçu par Denise Bombardier à l'émission En tête.. C'était la première fois qu'il passait à la télévision.. Le livre sera adapté pour le cinéma par Jacques W. Benoît en 1989, en plus d’être traduit en de nombreuses langues. Aux États-Unis, le film provoque un scandale et les grands médias américains le censurent (New York Times, Washington Post, Herald Tribune, Miami Herald, Los Angeles Times).
En 1990, Dany Laferrière s’installe à Miami avec sa famille, suivant la route empruntée par près d’un million de Québécois, afin d’échapper à cette célébrité « incompatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain ». Il écrit à Kendall dix romans en douze ans, qui forment l’ossature de son œuvre, pas loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire. L'œuvre de Laferrière, qui connaît déjà le succès en France, fait l’objet de nombreuses traductions. S'il confiait en entrevue avec Jean-Paul Soulié, du quotidien montréalais La Presse, à la sortie de son premier roman en 1986: « Je veux m’emparer du monde », aujourd’hui c’est fait. Au printemps 1999, le Québec est le pays à l’honneur au Salon du livre de Paris. Dany Laferrière est invité à l’émission Bouillon de culture de Bernard Pivot, avec les écrivains Eduardo Manet (Cuba), Mongo Beti (Cameroun), Tahar ben Jelloun (Maroc), Robert Lalonde et Gaétan Soucy (Québec) . Sur ce plateau, il évoque les conditions de son départ d'Haïti et salue l’originalité de la littérature québécoise.. En 2002, Laferrière revient s'installer définitivement à Montréal, avec son épouse et ses filles..
En 2005, Dany Laferrière est parrain de Montréal, Capitale mondiale du livre, « Première ville du continent américain à décrocher le titre».
En , il reçoit le prix Médicis pour L'Énigme du retour et se trouve à Port-au-Prince avec Michel Le Bris. au Festival Étonnants Voyageurs, le à , heure locale, quand le séisme frappe Haïti. Son épouse reçoit un courriel de l'écrivain affirmant qu'il est sain et saufDany Laferrière, Tout bouge autour de moi, 2011, Mayenne, Grasset, , 12.01.2012, page 30 "Les premiers messages".. Il témoigne de cette catastrophe, près de deux mois après, dans son livre Tout bouge autour de moi...
Le , face notamment à Catherine Clément, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier, il est élu au premier tour de scrutin au de l'Académie française, devenant le premier immortel d'Haïti et du Canada à y siéger... À 10 heures ce jour-là, il donne une conférence sur la littérature à Port-au-Prince. Il voulait être « dans ce pays où après une effroyable guerre coloniale, on a mis la France esclavagiste d’alors à la porte tout en gardant sa langue » pour recevoir la nouvelle de son élection.. Reçu le par Amin Maalouf, il y prononce comme le veut la tradition son discours de réception., en hommage à son prédécesseur Hector Bianciotti« Discours de réception de Dany Laferrière » du 28 mai 2015, site de l'Académie Française.. Il est le deuxième membre de cette institution à l'intégrer sans avoir jamais possédé la nationalité française après Julien Green en 1971, le premier à vivre hors de France, le deuxième Noir après Léopold Sédar Senghor (élu en 1983), et le troisième Noir élu membre de l'Institut de France (Ousmane Sow étant élu associé étranger à l'Académie des Beaux-Arts, en 2012). Il appartient également à la commission du Dictionnairehttps://www.academie-francaise.fr/le-dictionnaire/commission-du-dictionnaire..
En , Laferrière présentait sa « bibliothèque idéale. » en présence du premier ministre du Québec, Philippe Couillard et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, à la bibliothèque de l'Hôtel de ville de Paris.. En , il publie Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo, un roman qui mélange fiction et réflexion, qu'il décrit comme sa longue lettre d'amour de au Québec. Il y raconte quarante années de vie et partage quelques conseils pour qui veut s'infiltrer dans une nouvelle culture.... Il reçoit le prix Ludger-Duvernay, décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste de MontréalLe prix Ludger-Duvernay (littérature). Le , il réalise la leçon inaugurale de la future promotion 2021 de Sciences Po Paris. En 2017, il devient le parrain de la quinzième édition des Correspondances d'Eastman.. En , il a été le président d'honneur du Prix CatalPa, prix littéraire et artistique français distinguant chaque année un catalogue d'exposition, parmi les titres publiés dans l’année par les musées et les institutions culturelles de Paris.. En 2018, Dany Laferrière devient le président d'honneur de la Fondation pour la langue française.. de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. En , l'écrivain est invité à l'émission 24/60, sur les ondes de Radio-Canada, et s'exprime sur le traitement politique et médiatique entourant la controverse provoquée par la publication d'une photo du Premier ministre Justin Trudeau, publiée par le magazine américain Time, affirmant qu'il ne peut s'agir d'un « blackface ». Il déplore que l'on oublie de préciser le contexte qui a alimenté l'affaire, Trudeau étant déguisé pour ressembler à Aladin, dans le conte Les Mille et Une Nuits.
En 2019, Dany Laferrière est délégué de l’Académie française pour prononcer le discours de la Séance solennelle de rentrée des cinq Académies sur le thème du chaos.. Il introduit Vertières sous le mot Victoire dans le dictionnaire de l'Académie française..
Le , Dany Laferrière est invité au Centenaire des Archives nationales du Québec. Il a rendu un « vibrant hommage à l’institution et à ce qu’elle représente pour la collectivité québécoise »Communiqué de presse : ., et cite le poème de Gatien Lapointe « Ode au Saint-Laurent ».
Le , La Grande Librairie, une émission littéraire créée et présentée par François Busnel, reçoit sur son plateau les écrivains Macha Méril, Cécile Ladjali, Velibor Čolić, et Dany Laferrière.. L'émission enregistrée juste avant le début du confinement est diffusée sur France 5. Au cours de cette émission consacrée à l'exil, Dany Laferrière est invité à présenter son roman L'exil vaut le voyage qui compte 408 planches dessinées. Un livre « qui donne le ton » avec « beaucoup d'humour et une certaine tristesse qui permet de célébrer la joie et l'exil ».. Le , Sophie Durocher. cite un bref extrait de cette entrevue qui dure 90 minutes, pour sa chronique.. Le , journée du livre québécois, Dany Laferrière est de passage au Téléjournal de Radio-Canada ; il témoigne de sa visite dans 12 librairies indépendantes et dans le réseau canadien de librairies francophones Renaud-Bray, où il est allé saluer les libraires en temps de Covid-19. « Impressionné par la compétence des libraires », il affirme que « Internet ne peut pas les remplacer » et invite le monde à « reconnaitre ce qui se passe d'extraordinaire » avec la littérature au Québec..
Le , il publie une lettre « Le racisme est un virus » dans plusieurs journaux et blogues..... et sur le site de l'Institut de France... Il s'exprime sur la question du racisme, qui est à l’avant-plan depuis la mort de George Floyd, tué par un policier blanc aux États-Unis lors de son interpellation. Le , il est invité à France Culture pour la réédition de son roman Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, paru en 1985 et répond à la question « Peut-on encore utiliser le mot nègre en littérature ».. Le , il est invité à l'émission Dessine-moi un dimanche pour lire son texte en ondesUne révolution invisible, qui sera publié sur de nombreuses plateformes., et repris par l'Académie française le dans sa rubrique « Dire, ou ne pas dire » sous le titre Le poids d'un mot« Le poids d'un mot », avant de publier son Petit traité sur le racisme..
Le , une œuvre sculptée de Roger Langevin rendant hommage à Dany Laferrière est prêtée à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Réalisée dans un matériau composite appelé résilice, la sculpture à l’effigie de l'écrivain le représente en position assise sur la plus haute marche d’un escalier, sur les parois duquel est transcrit cet extrait dessiné dans L’exil vaut le voyage, qui donne ainsi son titre à l’œuvre..
En 2021, Dany Laferrière est président du prix du Livre Inter.. Invité au micro de Léa Salamé, sur les ondes de France Inter, il explique que « du moment qu’il y a le mot livre, moi je suis là. Je suis un lecteur qui écrit ».. En 2022, il signe L'enfant qui regarde, un roman bonsaï de 65 pages remarqué par la critique, selon Le Figaro.. Il évoque, lors d'une entrevue avec le quotidien français Le Monde, que Gérard Campfort, poète, chroniqueur, ancien professeur de lettres au secondaire en Haïti, et figure esquissée dans ce dernier roman, serait à l’origine de sa vocation littéraire.
Le , Laferrière accueille l'écrivaine Chantal Thomas, élue au fauteuil 12 de l'Académie française (celui laissé vacant par Jean d'Ormesson), et adresse, selon l'usage, un long discours de présentation où il compare notamment Chantal Thomas à la petite Alice dAlice aux pays des merveilles.