La seconde guerre civile romaine entre Marius et Sylla ou deuxième guerre civile de la République romaine est un conflit politique et militaire qui se tient au cours des années 83 - 82 av. J.-C. à Rome et en Italie. Il oppose d'une part les partisans de la faction des populares, menés par Cinna, Carbon, Sertorius et Caius Marius « le jeune » et d'autre part le clan des optimates, mené par Sylla, entouré de Crassus, Quintus Caecilius Metellus Pius, et Pompée. Cette guerre a pour objet principal la vengeance de Sylla à son retour d'Orient : il cherche à chasser les marianistes ayant pris le contrôle de la capitale depuis 87 av. J.-C. et y faisant régner un climat de terreur par le biais de proscriptions et d'assassinats ciblés. L'enjeu de ce conflit est le contrôle de la République romaine, qui tombe de facto entre les mains de Sylla, victorieux en après la bataille de Sacriport et la bataille de la Porte Colline.
Les populares maîtres de Rome depuis 87 av. J.-C.
La terreur marianiste La première guerre civile entre Marius et Sylla s'était terminée par la marche de Sylla sur Rome et la fuite de Marius en Afrique, y ralliant ses vétérans installés dans la province après la défaite de Jugurtha. Sylla, contesté dans son commandement de la guerre contre Mithridate, avait alors marché sur Rome, proscrit ses ennemis, et était ensuite parti mener sa guerre en Orient. Il cherche notamment à repousser au nord de l'Anatolie le roi du Pont qui occupe la province d'Asie et qui avait fait massacrer tous les citoyens romains en au cours de l'épisode des vêpres éphésiennes.
Dès le départ de Sylla début , les populares ayant échappé aux purges syllaniennes tentent de reprendre le pouvoir : le consul Lucius Cornelius Cinna, soutenu par l'ordre équestre, propose de faire rappeler Marius de son exil. Mais il se heurte au refus du Sénat et de son collègue Cnaeus Octavius qui proclame sa destitution.
Cinna fuit alors en Campanie où il rallie les troupes laissées par Sylla et lève une nouvelle armée parmi les vétérans italiques de la Guerre sociale, notamment dans le Samnium. Il va jusqu'à recruter des esclaves, leur promettant la liberté en cas de victoire. Caius Marius le rejoint à la tête d'une forte armée adjointe d'une cavalerie maure, accompagné de Cnaeus Papirius Carbo et de Sertorius. Leurs armées marchent alors sur Rome, assiègent la ville et la prennent au prix de sanglants combats de rue.
Le Sénat capitule devant Marius qui se débarrasse des partisans de Sylla restés à Rome par des proscriptions sans même se soucier de leur donner un cadre légal, comme l'avait fait Sylla à la fin de la première guerre civile. Les principaux membres de l’aristocratie sénatoriale sont mis à mort et leurs biens confisqués, saisis et distribués entre chefs marianistes. La ville subit les exactions des soldats italiques qui se vengent de la Guerre sociale. La violence est telle que Marius doit engager des mercenaires gaulois pour maîtriser ses propres troupes.
La domination de Cinna Marius s'autoproclame consul avec Cinna pour l'année Mais il meurt treize jours après son entrée en charge, le , dans un état de santé physique et mentale sans doute déplorable. Marius laisse derrière lui un fils adoptif, Caius Marius « le jeune », qui reprend le flambeau paternel et se hisse rapidement au sommet du parti marianiste.
Cinna et ses partisans accaparent alors le pouvoir pendant quatre ans, jusqu'au retour de Sylla d'Orient, se distribuant les consulats en dépit de toutes les lois traditionnelles de la République romaine. Il est ainsi consul avec pour collègue Cnaeus Papirius Carbo à ses côtés en et de nouveau Il dirige alors une coalition qui rassemble autour de lui non seulement les populares (marianistes et chevaliers) mais aussi les « nouveaux Romains », c'est-à-dire les alliés italiques auxquels on a promis la citoyenneté à la fin de la Guerre Sociale et qui réclament d'être inscrits de manière équitable dans les 35 tribus de la cité, lors d'un recensement en bonne et due forme. En 83 av. J.-C. à Rome, les consuls de l'année 83 incarnent une tentative de restauration de la concordia : Caius Norbanus, , devient consul avec le modéré Lucius Cornelius Scipio Asiaticus Asiagenus, aristocrate d'illustre origine.
À force de violence et de maigres symboles, le calme est progressivement rétabli à Rome. Mais les populares savent qu'ils n'ont que peu de temps avant le retour de Sylla, et prennent peu de mesures d'intérêt général hormis un assainissement des finances (mesure sans doute inspirée par les chevaliers majoritaires au sein de la faction marianiste).
Cinna procède aux préparatifs de la guerre contre Sylla qui s'annonce : ce dernier a en effet signé un traité avec Mithridate en 85, la paix de Dardanos, par laquelle il s'est procuré une puissante flotte de 1600 navires. Mais la mobilisation des troupes en Italie n’est pas facile pour les marianistes, car Sylla est resté particulièrement populaire et une partie des citoyens mobilisés se refusent à la guerre civile. Cinna est tué au cours d'une émeute de soldats provoquée par la brutalité de ses licteurs. Le Sénat somme alors Carbon d’organiser l’élection d’un consul remplaçant, mais des augures défavorables font reporter l’élection, circonstance qui permet à Carbo de rester consul unique pendant un temps, ce qui est tout autant inédit qu'illégal. Il finit par désigner Marius le Jeune pour officier à ses côtés, alors même qu'il n'a ni l'âge, ni la carrière pour pouvoir détenir le consulat.
Le retour de Sylla en Italie Le débarquement de Sylla Apprenant le retour au pouvoir des populares, Sylla avait accéléré sa guerre en Orient contre Mithridate VI. Il remporte la victoire ce qui lui permet de signer la paix de Dardanos en qui entérine un retour au statu quo. Malgré cette victoire amputée faute de temps, Sylla rentre en Italie chargé de gloire et d'argent. Au printemps il traverse la mer Adriatique avec une flotte de 1600 navires, depuis Dyrrhachium. Après s'être assuré de la fidélité de la cité côtière par nombre d'émissaires, il débarque en Italie à Brindes, sans aucune résistance. Il a sous ses ordres cinq légions, et des troupes auxiliaires, pour un total d'environ hommes. Il est rapidement rejoint par plusieurs jeunes généraux du parti optimates : Quintus Caecilius Metellus Pius qui s'était retiré en Afrique après l'échec des négociations avec Cinna. Il avait d'ailleurs fini par se faire expulser de la région par Caius Fabius Hadrianus, proconsul marianiste de la province ; il est aussi rejoint par Crassus, le seul rescapé de sa famille massacrée par les marianistes : il s'était quant à lui réfugié en Espagne en attendant des jours meilleurs. Il est enfin rejoint par Pompée qui, alors âgé de 23 ans, a levé une légion dans sa région natale du Picénum. Sylla multiplie les signes de pacifisme et prétend chercher l'apaisement : disposant de bien moins d'hommes que les marianistes, il ne se lance dans aucune action militaire en Apulie et en Calabre, traversant la région sans heurts. Arrivé aux confins de la Daunie, il sépare alors son armée en deux : Pompée qui a pour charge de lever d'autres légions dans le Picénum, est envoyé au nord, pour déloger les marianistes qui tiennent la Gaule cisalpine. Sylla, quant à lui, remonte vers la côte tyrrhénienne à travers la Campanie en souhaitant cheminer vers Rome, d'abord en compagnie de Quintus Caecilius Metellus PiusAppien, Guerres civiles, livre I, 80, le plus influent des optimates.
La lente reprise de l'Italie centrale Il est difficile de connaître exactement les conditions dans lesquelles Sylla réussit à faire route, et la résistance rencontrée. On sait cependant qu'il mène plusieurs combats, dont certains d'ampleur.
La bataille de Capoue Il rencontre d'abord une armée marianiste près de Capoue. Caius Norbanus était en effet parti de Rome avec une armée levée à la hâte, afin d'affronter Sylla dans le sud de l'Italie ou de l'y fixer le plus longtemps possible. Des émissaires de Sylla venus négocier sont malmenés dans le camp de Norbanus, qui engage la bataille sur les pentes du mont Tifata, près de Casilinum. Ses troupes levées à la hâte dans la plèbe urbaine n'ont hélas pas la combativité des vétérans de Sylla et Norbanus est dépourvu d'expérience militaire : il est battu, perdant et et après une courte entrevue entre les deux hommes à Teanum Sidicinum, il se réfugie pendant plusieurs mois derrière les remparts de Capoue que Sylla décide de ne pas assiéger. L'année suivante en 82 av. J.-C., Norbanus est à nouveau vaincu, cette fois dans le nord par Quintus Cacilius Metellus Pius, à Faventia en Gaule cisalpine et se replie sur Ariminum avec seulement un millier de rescapés. Trahi par son lieutenant qui assassine tout son état-major, abandonné par ses troupes, il s'enfuit en bateau pour Rhodes, espérant trouver des protections en Orient où il avait été questeur. Il finit par se suicider sur l'agora de la cité.
Hivernage en Campanie Après sa victoire près de Capoue, Sylla multiplie les actions de communication politique auprès des peuples italiens, cherchant à en rallier le maximum à sa cause, affirmant vouloir préserver l'Italie des ravages de la guerre. Il peut alors compter assez sûrement sur la Calabre, l'Apulie, et le Picénum, mais les populations du Samnium lui sont farouchement opposées.
Les syllaniens l'emportent ainsi coup sur coup au nord sur des adversaires médiocres, qui perdent rapidement leurs armées, se ralliant même pour certaines aux syllaniens. En effet, les chefs des populares, s'ils ne sont pas dénués d'un certain courage, sont globalement de piètres généraux, à l'exception de Sertorius. De plus, ils ne peuvent guère recruter d'hommes de valeur car la population de la péninsule ne s'est pas encore remise de la Guerre sociale, terminée cinq ans plus tôt. Enfin, Carbo n'arrive pas à se concilier les Italiques, malgré ses tentatives pour faire inscrire les nouveaux citoyens romains dans les 35 tribus romaines afin de solder la promesse faite à la fin de la guerre sociale. Au cours de l'été et de l'automne 83 l'hiver, Pompée, qui avait entre-temps réussi à lever dans le Picénum une forte armée à titre privé et à ses propres frais, en puisant dans les réseaux clientélaires de son père, Cnaeus Pompeius Strabo, vainqueur de la Guerre sociale, poursuit sa marche. Il prend Auximum (actuelle Osimo), fait route au sud et rencontre Sylla. Les deux hommes se saluent mutuellement du titre d'imperator, l'un pour reconnaître la légalité du pouvoir de son aîné, l'autre pour souligner la nature pratique du pouvoir du jeune homme, qui fait ensuite route vers Ariminum, où Carbo s'est installé. Les deux camps passent ensuite un rude hiver dans leurs cantonnements militaires respectifs et attendent les beaux jours du printemps pour reprendre leurs manœuvres, dont le but est simple : Sylla cherche à prendre Rome, Carbon et Marius cherchent à l'en empêcher.
Remontée vers Rome Au printemps venu, Sylla poursuit sa route au nord. Il emprunte la via Latina pendant que son légat, Cnaeus Cornélius Dolabella, suit le tracé de l'Appia Vetus. Sylla assiège Setia, l'actuelle Sezze, aux bords des marais pontins, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Rome. Marius le Jeune fait donc marche pour essayer de briser le siège avant que la ville ne tombe. Il échoue et se replie vers le nord, à Signia, l'actuelle Segni, avec 87 cohortes, soit environ .
La deuxième marche sur Rome
La fin de Marius le Jeune