La liste des souverains et prétendants au trône de Grèce comprend les noms de sept monarques (qui règnent sur le royaume de Grèce entre 1832 et 1973-1974, avec un intermède entre 1924 et 1935), auxquels s'ajoute un simple prétendant à la couronne. Le premier de ces souverains, qui règne entre 1832 et 1862, porte le titre de roi de Grèce (en grec moderne : ). Ses successeurs arborent, quant à eux, celui de roi des Hellènes (), entre 1863 et l'instauration de la Troisième République hellénique. À ces huit rois et prétendants, on peut ajouter un prince souverain de Grèce élu en 1830, mais jamais venu dans son pays.
Née dans le contexte de la guerre d'indépendance grecque, la monarchie hellène se met véritablement en place avec l'arrivée de deux jeunes princes étrangers : Othon de Wittelsbach (élu roi en 1832 sous le nom d') et Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg (élu roi en 1863 sous le nom de ). Malgré l'échec de l'expérience ottonienne, dont les tendances autoritaires expliquent en partie l'évolution du titre royal après l'intronisation de , la royauté se maintient et ses institutions se renforcent, évoluant de la monarchie quasi absolue à une « démocratie couronnée » où le roi conserve des pouvoirs assez étendus. Parallèlement, des règles de succession se mettent en place, insistant sur la nécessaire orthodoxie des souverains.
Sous la maison de Glücksbourg, les rois des Hellènes profitent de leurs liens familiaux avec les autres monarques européens pour mener leur propre diplomatie, ce qui cause parfois des tensions avec leurs gouvernements. En dehors de la période consécutive au Schisme national, qui éclate au cours de la Première Guerre mondiale, les souverains entretiennent des liens privilégiés avec l'Armée et considèrent les questions militaires comme une prérogative de la couronne. Cela n'empêche pas une junte militaire de mettre un terme à la monarchie en 1973, ce qui est confirmé par un référendum démocratique en 1974. Longtemps exilé, le dernier souverain, , rentre définitivement en Grèce en 2013. Son fils Paul lui succède en tant que prétendant à la couronne sous le nom de « » le .
Histoire des institutions royales Mise en place de la monarchie
L'idée de libérer la Grèce du joug ottoman et d'en faire un royaume indépendant est ancienne. Durant la Guerre russo-turque de 1787-1792, l'impératrice cherche à faire de son deuxième petit-fils, le grand-duc Constantin Pavlovitch, le souverain d'un Empire byzantin restauré. Plus tard, envisage de recréer l'Empire romain d'Orient et de placer à sa tête un membre de sa famille. Puis, en 1815, le Congrès de Vienne évoque la transformation des îles Ioniennes en principauté indépendante, placée sous le sceptre d'Eugène de Beauharnais.
C'est cependant la guerre d'indépendance (1821-1830) qui rend le projet d'une monarchie hellénique autonome réalisable. Après neuf années de combats, le protocole de Londres du fait de la Grèce un État complètement indépendant mais lui confère des institutions monarchiques sans demander l'avis de ses représentants, qui n'ont pas été conviés aux négociations. Les puissances protectrices (Royaume-Uni, France et Russie) décident donc que le gouvernement du pays doit être confié à un monarque héréditaire.
Le , les puissances signent un nouveau protocole international qui attribue au prince Léopold de Saxe-Cobourg le titre de . Le , Léopold accepte officiellement la couronne. Quelques semaines plus tard, le , le Sénat grec rédige un Mémoire adressé à Léopold dans lequel il salue l'élection du prince mais lui présente également les revendications du peuple hellène concernant les frontières de l'État grec. Face au refus des puissances de modifier les limites du pays, Léopold fait savoir, le , qu'il renonce à la couronne hellène.
Après deux années d'incertitude, le protocole du et le traité de Londres du suivant proclament finalement l'élévation de la Grèce au rang de royaume et placent à sa tête le prince Othon de Wittelsbach, deuxième fils du roi . Le traité précise cependant que . Enfin, une régence est prévue en attendant la majorité d'Othon, fixée à ses , le .
Changement de dynastie, évolution du titre royal et chute de la monarchie
vignette|alt=Une barque conduit un couple en habits traditionnels grecs sur un navire tandis qu'au loin une foule révolutionnaire brandit des drapeaux grecs.|Lithographie montrant l'expulsion d' et d'Amélie d'Oldenbourg (1862). Lorsqu'il est élu en 1832, le prince Othon de Wittelsbach reçoit des grandes puissances le titre de . Arrivé dans son nouveau pays en 1833, le monarque y mène une politique maladroite, qui lui aliène progressivement la population. Incapable de donner un héritier à sa dynastie, il est finalement renversé par une révolution en 1862.
Né Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, son successeur est quant à lui élu en 1863. C'est là la marque du refus de ses sujets d'être à nouveau dirigés par un souverain despotique. C'est aussi, en un sens, une affirmation que le roi règne sur tous les Grecs, même ceux qui vivent en dehors des frontières du royaume de Grèce. L'Empire ottoman, qui possède sur son territoire une importante minorité hellénophone, ne s'y trompe d'ailleurs pas puisqu'il proteste officiellement auprès des grandes puissances contre l'attribution de ce titre. Un protocole international est donc signé le pour amender le traité de Londres du . Le titre de est alors officiellement transformé en ., ce qui ne satisfait guère plus la Sublime Porte.
Devenu , Guillaume engendre une famille nombreuse, dont les membres règnent sur la Grèce jusqu'en 1973. Cependant, presque tous les rois des Hellènes meurent dans des circonstances tragiques est victime d'un assassinat en 1913 et meurt dans de terribles souffrances après avoir été mordu par un singe domestique en 1920 . ou connaissent les affres de l'exil est chassé de Grèce entre 1917 et 1920 puis à nouveau de 1922 à sa mort, en 1923 ; est en exil de 1924 à 1935, puis de 1941 à 1946 ; enfin, est interdit de séjour en Grèce de 1967 à 1993 au moins .. Conséquence de la Première Guerre mondiale et de la défaite militaire face à la Turquie, un premier intermède républicain se produit entre 1924 et 1935. C'est cependant la dictature des colonels qui abolit définitivement la monarchie en 1973, avant qu'un référendum démocratique confirme l'instauration de la Troisième République hellénique l'année suivante.
Règles de succession de l'ancien trône
Le traité de Londres du , qui place la maison de Wittelsbach sur le trône de Grèce et pose les bases de la future monarchie hellène, établit que la couronne y est Le traité de Londres est précisé par un article explicitatif également signé à Londres, le . Celui-ci réaffirme que la succession au trône doit se faire de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, dans la descendance légitime d' ou de ses frères Luitpold et Adalbert. Voir .. En attendant la naissance d'un hypothétique prince héritier, il fait donc de Luitpold le premier diadoque (c'est-à-dire « successeur ») du tout nouveau royaume de Grèce. La question de la succession dynastique se complique après le coup d'État du et l'instauration de la Constitution de 1844. En effet, la nouvelle loi fondamentale dispose, dans son , que les successeurs d' doivent professer la religion orthodoxe pour pouvoir monter sur le trôneCette disposition religieuse est ensuite confirmée par le traité de Londres du . Voir .. Or, tous les Wittelsbach sont catholiques et ni Luitpold ni aucun membre de sa parentèle ne semblent prêts à abjurer leur religion pour accéder au trône de Grèce. n'ayant pas d'enfant légitime, l'identité du diadoque reste donc indécise pendant plusieurs années.
La déposition d'Othon et de sa femme Amélie en 1862 résout cependant la question dynastique en proclamant la déchéance des Wittelsbach et en appelant une nouvelle dynastie sur le trône en la personne de . En 1864, une nouvelle Constitution est adoptée par le royaume de Grèce. Son établit que ..
Durant presque quatre-vingt dix ans, cet article constitutionnel est interprété sous une forme quasi-salique, les Grecs n'envisageant de voir une femme monter sur le trône qu'en cas d'extinction totale des mâles de la dynastie. Il faut attendre la réforme constitutionnelle de 1952 pour que les choses évoluent. Un article explicatif est alors ajouté au précédent. Celui-ci établit que , contenant le texte de la Constitution de la Grèce de 1952.. Depuis cette réforme, les filles du monarque ont donc préséance sur leurs cousins mâles mais continuent à venir après leurs frères dans l'ordre de succession à la couronne.
Aucun article constitutionnel ni aucun traité international liés aux lois de succession au trône de Grèce n'établissent de règle concernant le mariage des souverains et de leurs descendants. L'institution du mariage morganatique, d'origine allemande, n'existe pas officiellement dans le pays et aucune règle explicite n'oblige les membres de la famille royale à épouser des individus de rang similaire au leur, autrement dit des personnes issues de maisons souveraines. Malgré tout, en Grèce comme dans les autres pays européens, les unions inégales ont longtemps été considérées comme des mésalliances et seul le roi a épousé une femme étrangère au monde des familles royales. Ayant échoué à obtenir l'autorisation de l'Église et du gouvernement, son union a néanmoins été jugée illégale et son épouse n'est jamais devenue reine.
Intronisation des anciens souverains
Bien que des regalia aient été conçus dans la perspective du sacre du roi , aucun souverain hellène n'a jamais été couronné. Les deux premiers monarques grecs étant restés étrangers à la foi orthodoxe, l'Église nationale refusait en effet de les sacrer. Jusqu'à la proclamation de la République, l'intronisation d'un nouveau monarque était donc accompagnée d'une simple prestation de serment en présence du primat de Grèce et des principales personnalités politiques du pays, parmi lesquelles le Premier ministre.
Rôle constitutionnel des monarques
Après une période de quasi absolutisme (1832-1843), la Grèce se transforme en monarchie constitutionnelle. « Démocratie couronnée » à partir de 1864, le royaume connaît néanmoins deux parenthèses dictatoriales, lors du régime du 4-Août (1936-1941), puis lors de la dictature des colonels (1967-1973).
En dehors de ces périodes, durant lesquelles les rois des Hellènes perdent l'essentiel de leurs prérogatives, les différentes constitutions reconnaissent de réels pouvoirs aux souverains, qui peuvent notamment intervenir dans la nomination des Premiers ministres.. Profitant de leurs liens familiaux avec les autres monarques européens, les rois mènent par ailleurs leur propre diplomatie, ce qui cause parfois des tensions avec leurs gouvernements. Enfin, en dehors de la période consécutive au Schisme national, les souverains entretiennent des liens privilégiés avec l'Armée et considèrent les questions militaires comme une prérogative de la couronne.
Liste des souverains et prétendants « Prince souverain de Grèce » (1830) Portrait Nom et titre Revendication Éléments biographiques Monogramme Vacance du trône ( – ) 70px|Léopold de Saxe-Cobourg Léopold.,« prince souverain de Grèce »Né le à Cobourg (Saxe-Cobourg-Saalfeld) — Mort le à Laeken (Belgique) Prince titulaire — () Élu par les puissances protectrices, Léopold accepte avec satisfaction la couronne hellène. Les réticences de Ioánnis Kapodístrias et le refus des chancelleries d'octroyer des frontières plus avantageuses à la Grèce le conduisent cependant à revenir sur sa décision et il ne vient jamais en Grèce. Néant Vacance du trône ( – )
Roi de Grèce (1833-1862) Portrait Nom et titre Règne Éléments biographiques Monogramme 70px|Othon ., roi de GrèceNé le à Salzbourg (Bavière) — Mort le à Bamberg (Bavière) Roi mineursous un conseil de régence — ()Roi majeur — ()