Farida Belghoul (née le à Paris, Limag.) est une militante politique française et ancienne enseignante, également romancière et réalisatrice. Dans la première moitié des années 1980, elle se fait connaître en tant que militante antiraciste ; elle est alors proche de l'extrême gauche. À partir de , elle connaît une nouvelle notoriété du fait de son engagement contre la , dans le cadre duquel elle se rapproche de l'extrême droite.
Biographie Premières années Farida Belghoul est la fille aînée d'une famille française d'origine algérienne établie à Paris ; son père est éboueur et sa mère femme de ménage. Elle entre en 1978, après son bac, à l'université Panthéon-Sorbonne, où elle obtiendra une maîtrise d'économie. Membre de l'Union des étudiants communistes, elle préside quelque temps à Panthéon-Sorbonne le cercle des étudiants communistes. Dès 1981, cependant, elle s'éloigne du Parti communiste français et s'oriente vers l'extrême gauche« Farida Belghoul, de l'extrême gauche anti-raciste à la croisade anti-genre à l'école », Abel Mestre et Sylvia Zappi, Le Monde, février 2014.Jean Déjeux, La littérature féminine de langue française au Maghreb, Karthala, 1994, page 219Christinae Ndiaye, Introduction aux littératures francophones, Presses Universitaires de Montréal, 2004, page 253.
Parallèlement à ses études, elle mène une activité de cinéaste et réalise deux moyens-métrages sur le thème de l'immigrationL’école prise entre rumeur et mensonges, Libération, 28 janvier 2014Edouard Mills-Affif, Filmer les immigrés : Les représentations audiovisuelles de l'immigration à la télévision française 1960-1986, De Boeck, 2004, page 263. Son film Le Départ du père est sélectionné pour représenter le « septième art » dans le panorama créatif des « enfants de l'immigration », thème d'une exposition organisée en 1984 le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou.
Une figure du mouvement antiraciste En , Farida Belghoul assiste à l'arrivée en Île-de-France de la marche pour l'égalité et contre le racisme, dite . Elle milite ensuite activement au sein du « Collectif jeunes » de la région parisienne qui se met en place dans la foulée de ce mouvement. En , elle participe, en tant qu'animatrice de ce collectif, à un colloque organisé par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) sur le thème « Vivre ensemble avec toutes nos différences ». Dans son intervention, elle dénonce « le droit à la différence comme une forme voilée de l'exclusionÉditions de la différence - Compte-rendu des Assises nationales contre le racisme - Maison de l'Unesco - 16/17/18 mars 1984. » et conclut : « s'il faut absolument un slogan, je propose alors : « Vivre ensemble avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences ».
Alors que le Collectif jeunes d'Île-de-France connaît une crise, Farida Belghoul souhaite lancer une nouvelle initiative ; elle ne parvient cependant pas à réunir autour d'elle suffisamment de de 1983. Avec un groupe de militants, elle monte alors un nouveau collectif, qui devient l'association Convergence 1984Albano Cordeiro, « Convergence 84 : retour sur un échec », Plein droit février-mars 2005 (n° 65-66) , p. 59-63. Ce nouveau mouvement organise, fin , une deuxième et lance le slogan . La manifestation attire, lors de son arrivée le 1er décembre à Paris, plus de personnes sur la place de la République ; Farida Belghoul prononce le discours de clôtureToujours en marche, Libération, 28 juin 2008. La marche de 1984 a, par rapport à celle de l'année précédente, une nette coloration d'extrême gauche : le discours de Farida Belghoul, qui met alors en garde contre les risques de récupérationLa Marche des Beurs, 25 ans après, Politis, 4 décembre 2008, dénonce entre autres l'opportunisme des qu'elle juge incapables de comprendre les problématiques de la jeunesse issue de l'immigration. Un observateur, militant mais extérieur à Convergence, Saïd Bouamama, résume ce discours, qui a marqué l'idéologie ultérieure du mouvement beur, par une dénonciation du des associations et organisations de gauche : Farida Belghoul reprochait à celles-ci d'utiliser les enfants d'immigrés en les enfermant sur un débat sur l'anti-racisme et sur la mobilisation contre le Front national, et de négliger ainsi le débat sur l’égalité et la question de l'immigrationSaïd Bouamama in 25 ans de marche et toujours pas d'égalité - reportage radio réalisé par Oliver Minot pour Radio Pluriel - Article : - Document sonore : ..
S'appuyant sur le mouvement beur, Convergence 1984 fédère aussi des groupes et associations de jeunes Portugais comme José Vieira , Asiatiques, Africains et Antillais. Cependant, le mouvement tourne court après la marche : une partie des militants est en effet en désaccord avec l'orientation radicale que Farida Belghoul tient à imprimer à Convergence 84 comme avec son refus de coopérer avec ceux qu'elle considère comme des anti-racistes. La journaliste Nadia Hathroubi-Safsaf, analysant l'histoire du militantisme antiraciste en France, considère que l'échec du mouvement de 1984 est dû à son absence de discours clair. Pour elle, la faute en incombe notamment aux positions prises par Farida Belghoul qui, alors que la seconde marche prônait le , a contredit le prôné au départ en fustigeant à l'arrivée les associations de soutien à qui elle reprochait de se conduire en Nadia Hathroubi-Safsaf : "Le mouvement "beur" a été récupéré car il n'y avait pas de leader", interview sur le Bondy Blog, 7 décembre 2013.
La cause antiraciste est ensuite largement récupérée par SOS Racisme, association proche du Parti socialistePourquoi il ne faut pas parler de «Marche des beurs», Slate, 3 décembre 2013Qui est Farida Belghoul, opposante à la "théorie du genre" ?, Direct Matin, 31 janvier 2014. Farida Belghoul dit avoir été contactée, à l'époque de la formation de SOS Racisme, par Julien Dray et Harlem Désir, qui lui auraient proposé d'en être la présidente : selon ses dires, elle aurait refusé pour ne pas devenir . Serge Malik relate, dans son livre Histoire secrète de SOS Racisme, la manière dont Harlem Désir, devenu le leader très médiatisé de SOS, s'est employé à l'époque à , en occupant le terrain militantSerge Malik, Histoire secrète de SOS Racisme, Albin Michel, 1990, pages 28-29.
Littérature et carrière dans l'enseignement Confrontée au de SOS Racisme, et jugeant le mouvement antiraciste désormais récupéré par le PS, Farida Belghoul décide de se mettre en retrait du militantisme.
Elle se consacre à l'écriture et publie en 1986 Georgette !, qui reçoit le prix Hermès du premier roman : le livre raconte l'histoire d'une fillette déchirée entre la culture algérienne de ses parents et son éducation scolaireThéorie du genre : Farida Belghoul, histoire d'une dérive, Le Point, 30 janvier 2014. Le roman remporte à l'époque un véritable succès, ce qui lui vaut d'être salué comme l'un des meilleurs exemples de la littérature de la . Farida Belghoul refuse cependant à l'époque l'étiquette d' et souhaite, au nom de l'égalité, être considérée comme un écrivain tout courtLa banlieue un genre de fiction, Libération, 10 juin 2014.
En , elle obtient le Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré de lettres. Elle enseigne ensuite la littérature et l'histoire-géographie. dans des lycées professionnels, notamment au lycée Ronceray de Bezons où elle est nommée en 1996. Sur le plan personnel, elle se marie et évolue religieusement vers le soufismeL’opposante aux « ABCD de l’égalité » Farida Belghoul sanctionnée par l’éducation nationale, Le Monde, 30 octobre 2014.
Retour au militantisme En 2007, Farida Belghoul, qui enseigne alors toujours au lycée professionnel de Bezons, est interrogée dans le documentaire Sauve qui peut ! : elle y explique pourquoi elle a choisi de retirer de l'école ses trois enfants, qu'elle élève seule, afin de leur faire suivre une scolarité à domicile ; elle plaide également pour une réforme des programmes.
En 2008, elle est interviewée dans les médias à l'occasion du de la Marche pour l'égalité et contre le racisme. La même année, elle s'engage contre l'échec scolaire en annonçant le lancement d'un dispositif éducatif appelé REID, soit « Remédiation éducative individualisée à domicile ». Cette initiative a pour but de mettre en place un soutien individualisé pour sortir des jeunes de l'illettrisme. Faute de financement, le projet ne voit pas le jour.
Engagement contre la Courant 2013, Farida Belghoul se rapproche d'Alain Soral et de son association Égalité et Réconciliation... Elle expliquera par la suite avoir noué des relations avec Soral du fait de leur détestation commune de la manière dont le PS avait longtemps traité les jeunes d’origine maghrébine..
Elle revient alors sous les feux de l'actualité en militant contre ce qu'elle estime être l'introduction de la « théorie du genre » à l'école. À partir du mois d'octobre, elle diffuse sur Internet des vidéos dans lesquelles elle dénonce l'ABCD de l'Égalité comme un Celle qui incite les parents à boycotter l'école, Le Parisien, 29 janvier 2014. Elle dénonce également la du Parti socialiste sur le sujet du mariage homosexuel en France, dressant un parallèle avec les manœuvres de ce même parti vis-à-vis du militantisme antiraciste des années 1980Farida Belghoul, la croisée antiscolaire, Libération, 30 janvier 2014. Le site du mouvement d'Alain Soral lui fournit une tribune en hébergeant des vidéos dans lesquelles elle expose longuement ses thèses, dénonçant notamment la qui viserait à aux enfants et à éliminer toute différence entre les sexes. Son roman Georgette ! est par ailleurs réédité par Kontre Kulture, la maison d'édition d'Alain Soral.
Le , Farida Belghoul lance l'initiative « Journée de retrait de l'école » (dite JRE), invitant les parents à retirer leurs enfants de l'école une journée par mois à partir de , en justifiant cette absence par la phrase : . La première initiative a lieu le ..
Le militantisme du groupe de Farida Belghoul vise tout particulièrement les milieux de l'immigration, et notamment la communauté musulmane de France., obtenant un réel écho dans certains quartiers populairesNacira Guénif : « Certains parents migrants ont développé une méfiance envers l'école », Le Monde, 30 janvier 2014Théorie du genre : des élèves absents du fait d'une étrange rumeur, Le Figaro, 29 janvier 2014. Les messages du collectif JRE prêtent notamment à l'Éducation nationale l'intention d'instaurer des dès la maternelle, de distribuer aux enfants des peluches en forme de pénis ou de vagin, ou de proposer des modules d'éducation sexuelle "Masturbation", "théorie du genre" à l'école... Décryptage de cinq folles rumeurs, France TV Info, 31 janvier 2014. L'humoriste Dieudonné, proche d'Alain Soral, soutient lui aussi Farida Belghoul en faisant la promotion de son initiative de retrait de l'école.. Relayée entre autres par SMS, par courrier électronique et sur les réseaux sociaux, la campagne entraîne jusqu'à 30 % d'absentéisme dans certains établissements..
Cette action amène le ministre de l'Éducation nationale de l'époque, Vincent Peillon, à réagir en démentant l’existence de tout enseignement à l'école d'une et en dénonçant ..