Massacre d'Addis Abeba ou Yekatit 12 ou encore Massacre de Graziani correspond à trois journées consécutives de massacres menées à Addis-Abeba par les troupes fascistes contre des civils éthiopiens entre le 19 et le . Ces massacres font suite à un attentat contre le chef de l'occupation, le maréchal Graziani, le . Deux jeunes résistants Érythréens Abraha Deboch et Moges Asgedom, tentent d'assassiner le chef de l'occupation lors d'une célébration au palais d'Addis Abeba (aujourd'hui université d'Addis Abeba) en le visant de grenades à main.
Ces journées de massacre sont connues en Éthiopie sous le nom de « Yekatit 12 », et valent à Graziani la désignation de « boucher d’Éthiopie ».
Peu de temps après les massacres, le , un correspondant djiboutien indiquera que les rues de la capitale sont désormais « pratiquement vide d’Éthiopiens ».
L’ampleur du massacre a un effet primordial sur le développement du mouvement patriotique de résistance éthiopienne lors de l’occupation italienne de 1936 à 1941.
Un monument à la mémoire des victimes de ces massacres se trouve aujourd’hui à Addis-Abeba.
Les témoignages et la description des massacres vignette|Guido Cortese thumb|Victimes éthiopiennes Les meilleures descriptions des événements qui ont lieu à Addis-Abeba entre le 19 et le , nous sont fournies par les témoignages de l’époque.
L’un des premiers témoignages est donné par le docteur hongrois, Ladislav Sava, ou Shaska. Il se rappelle qu’immédiatement après l’attentat, le chef du parti fasciste, Guido Cortese :
Un autre témoignage est donné par l’ambassadeur éthiopien de Londres, déclarant que :
thumb|Victimes éthiopiennes Les mêmes scènes sont décrites par les missionnaires américains, Herbert et Della Hanson. Ils rapportent que visitant la ville peu de temps après les massacres, ils :
Le capitaine Toka Binegid de la brigade des pompiers éthiopien d’Addis Abeba raconte :
Le bilan des massacres vignette|Les victimes éthiopiennes du massacre de Addis Abeba Un correspondant du Manchester Guardian rapporte que le ministre français à Addis Abeba donne une estimation de Éthiopiens massacrés en trois jours.
Le Consulat anglais affirme qu’il « connaissait au moins noms parmi les tués. »
En massacrant les Éthiopiens de la capitale, les fascistes tuent de nombreux Éthiopiens qui ont reçu une éducation à l’étranger, en Angleterre ou aux États-Unis. Parmi les morts, on compte Tsege Marqos Wolde Tekle, Gabre Medhen Awoqe, Ayenna Birru, Yohannes Boru, et Yosuf et Benjamin Martin, fils du ministre éthiopien à Londres qui y avait étudié, Besha Worrid Hapte Wold et Makonnen Haile, étudiants aux États-Unis, et Kifle Nassibu étudiant en France.
Les conséquences
Le développement de la résistance thumb|Les victimes éthiopiennes du massacre de Addis Abeba thumb|Victimes éthiopiennes Il est aujourd’hui admis que l’ampleur des massacres eut à cette époque une influence profonde sur la pensée éthiopienne de l’époque et le renforcement du mouvement de résistance. Les journaux New Times et Ethiopia News de Djibouti rapportent peu de temps après les massacres, le , qu’Addis Abeba était alors « pratiquement déserte d’éthiopiens », ajoutant qu'à la suite des massacres « les Éthiopiens savent qu’ils n’ont plus d’autre solution que de se battre (…). Ceux qui ont quitté Addis savent très bien ce qu’ils ont à attendre de l’Italie et ils continueront de combattre. »
L’une des principales conséquences du massacre est le renforcement des troupes de Ras Abebe Aregai, le principal chef de la résistance dans le Choa « d’environ » selon Blatta Dawit. De nombreux autres mouvements voient aussi leurs forces s’accroître au cours de cette première année d’occupation italienne.
Beaucoup de ceux qui ont réussi à fuir Addis-Abeba partent dans les forêts entourant la capitale pour y rejoindre les mouvements de résistance, comme l’écrit Salome Gabre Egzaiabher.
La condamnation et la mémoire des crimes En 1950, un tribunal italien condamne Graziani, en raison de sa collaboration avec les nazis, à une peine de prison de 19 ans. Il n’en purge que quelques mois avant d’être libéré.
En 1989, le journaliste de la BBC, Ken Kirby, réalise pour la première fois un documentaire sur les massacres perpétrés par les fascistes italiens en Éthiopie. Après sa première diffusion qui choque les Britanniques, la RAI en achète les droits pour que le documentaire ne soit plus diffusé.
Un monument à la mémoire des victimes de ces massacres se trouve aujourd’hui à Addis-Abeba.
Notes et références
Notes
Bibliographie Berhanou Abebe, Histoire de l’Éthiopie d'Axoum à la révolution, Paris, Maisonneuve & Larose, coll. « Monde africain », 1998 ; Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie. L'œuvre du temps, Paris, Moulin du Pont, trad. de l'anglais par Robert Wiren, 2004 ; Richard Pankhurst, The Ethiopians: A History (Peoples of Africa), Wiley-Blackwell; New Ed edition, 2001 ; Richard Pankhurst, Historic images of Ethiopia, Shama books, Addis Abeba, 2005 . Richard Pankhurst, ‘’History of the Ethiopian Patriots (1936-1940), The Graziani Massacre and Consequences’’, Addis Tribune Richard Pankhurst, ‘’The story of Abraha Deboch, Moges Asgedom and Simeon Adefres’’, Addis Tribune Anthony Mockler Haile Selassie's War. The Italian-Ethiopian Campaign, 1935-1941, New York/Oxford, Random House/Oxford UP, 1984, 454 p. (2e ed. Olive Branch, 2002, 496 p.)
Filmographie Fascist Legacy, Ken Kirby, Royaume-Uni, 1989, documentaire 2 × 50 min
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