Le piton de la Fournaise, culminant à d'altitude, est le volcan actif de l'île de La Réunion, département et région d'outre-mer de France, située dans l'océan Indien. Il correspond au sommet et au flanc oriental du massif du Piton de la Fournaise, un volcan bouclier qui constitue 40 % de l'île dans sa partie sud-est.

Le piton de la Fournaise compte parmi les volcans les plus actifs de la planète : par la fréquence des nouvelles éruptions (en moyenne une tous les neuf mois au cours des dix dernières années.), il tient probablement le premier rang mondial. ; par le volume moyen émis de lave (estimé à ), il est environ dix fois moins productif que le Kīlauea, mais comparable à l'Etna, .. Depuis l'installation en 1979 de l'observatoire volcanologique, le piton de la Fournaise est l'un des volcans les plus surveillés au monde. L'accès est relativement aisé, notamment par la route forestière du Volcan ou par la route des Laves, ce qui permet parfois au public d'assister au spectacle des fontaines et des coulées de lave, caractéristiques des éruptions effusives de ce volcan rouge.

Comme ceux d'Hawaï, le piton de la Fournaise est un volcan de point chaud. Il serait alimenté par un panache mantellique actif depuis plus de d'années, qui au fil de la dérive des plaques tectoniques a d'abord créé les trapps du Deccan en Inde, puis les îles Laquedives, les Maldives, l'archipel des Chagos et enfin les MascareignesInstitut de physique du globe de Paris, Formation du point chaud de l'île de La Réunion..

Géographie Topographie vignette|gauche|Animation représentant le piton de la Fournaise en trois dimensions. vignette|Vue aérienne orthophotographique du massif du Piton de la Fournaise avec le piton de la Fournaise au centre, dans l'Enclos Fouqué. vignette|Vue aérienne du cratère Dolomieu avec au loin le massif du Piton des Neiges.

Le piton de la Fournaise est un cône volcanique s'élevant au milieu d'une caldeira appelée Enclos Fouqué, le tout situé au sommet d'un complexe volcanique, le massif du Piton de la Fournaise.

L'Enclos Fouqué est en forme de fer à cheval, ouvert à l'est sur l'océan Indien, d'environ treize kilomètres de longueur sur neuf kilomètres de largeur. Il est entièrement ceinturé de falaises, appelées remparts, d'une hauteur de 100 à . La partie haute, l'Enclos Fouqué au sens strict, est une zone assez plane comprise entre d'altitude. La partie médiane, qui présente une très forte déclivité jusque vers d'altitude, porte le nom de Grandes Pentes. Quant à la partie basse, dénommée Grand Brûlé, elle s'étale en pente douce jusqu'au rivage.

Le cône du piton de la Fournaise, d'un diamètre d'environ , s'élève jusqu'à l'altitude de au rebord septentrional du cratère Bory . Le bord oriental du cône se situe à la limite des Grandes Pentes. La partie sommitale est couronnée de deux cratères : le cratère Bory, situé à l’ouest, est le plus petit avec de longueur et de largeur. Déjà présent au début de la colonisation de l’île, il est nommé lors même de l'expédition menée en 1801 par Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, naturaliste et géographe français qui fut le premier à décrire scientifiquement le piton de la Fournaise et à réaliser la première carte des coulées de ce volcan en 1802 ; le cratère Dolomieu, situé à l’est, est le plus grand cratère avec de longueur et de largeur. Il ne serait apparu qu'en 1791 à la suite de l’effondrement d’une chambre magmatique sommitale. Il est ainsi nommé par Bory en hommage à Déodat Gratet de Dolomieu (1750-1801), géologue et minéralogiste français spécialiste du basalte. À la suite de la vidange de la chambre magmatique à la fin de l'éruption de début , la quasi-totalité du fond du cratère s'est effondré le pour atteindre une profondeur de par rapport aux bords du cratère« Éruption du piton de la Fournaise », Communiqué de la Préfecture de La Réunion, ..

Deux singularités notables se distinguent dans la partie nord de l'enclos, au nord-est aux pieds du piton de la Fournaise : une zone de suraffaissement d'environ de diamètre, la plaine des Osmondes ; un pointement rocheux isolé s'élevant à , le piton de Crac, vestige d'un relief antérieur à la formation de l'enclos.

La partie active du piton de la Fournaise s'étend cependant au-delà des limites de l'enclos. En effet la zone préférentielle d'écartement (ou rift-zone) où se produisent les fractures éruptives, forme un croissant plus évasé que le « U » de l'enclos. Cette bande de fragilité qui passe par le sommet rejoint l'océan dans les régions de Saint-Philippe au sud et de Sainte-Rose au nord, où peuvent se produire occasionnellement des éruptions dites « hors-enclos ».

Faune et flore vignette|upright=0.7|Recolonisation végétale d'une coulée de type pāhoehoe vieille de 3 ans. vignette|gauche|upright=0.7|Recolonisation végétale par des fougères et des lichens d'une coulée de type ʻaʻā vieille de 21 ans.

La fréquence des éruptions et l'abondance des coulées renouvellent sans cesse la configuration du piton de la Fournaise et de ses pentes et maintiennent les paysages dans une dominante minérale. Cependant, dès que les laves sont complètement refroidies, des processus de colonisation végétale peuvent se mettre en œuvre.

Les lichens sont généralement les premiers à s'installer, suivis par des fougères puis par une végétation arbustive ou arborée. Le phénomène est peu sensible en altitude où les conditions climatiques sont rudes et où les buissons restent très clairsemés, mais en partie basse la forêt reprend en quelques dizaines d'années possession du terrain. Dans cette dynamique d'installation, les espèces pionnières indigènes comme les bois de rempart se font aujourd'hui le plus souvent supplanter par des espèces exotiques envahissantes comme les filaos, les goyaviers de Chine ou les bois chapelet.

L'enclos est une zone complètement inhabitée et non cultivée (hormis quelques plantations de vanille en sous-bois dans la partie basse). La route nationale 2, qui traverse la partie basse du Grand Brûlé constitue le seul équipement présent ; elle est surnommée à cet endroit la « route des Laves ». Le site de pèlerinage de la « Vierge au parasol » qui se trouvait également dans l'enclos a été recouvert par une coulée en 2005 et la statue a été déplacée jusqu'au village de Piton Sainte-Rose.

En revanche, les zones actives adjacentes sont occupées par les villages de Bois-Blanc et de Piton Sainte-Rose sur la commune de Sainte-Rose, du Tremblet et de Takamaka sur la commune de Saint-Philippe. Le paysage y est très forestier, mais s'ouvre aussi sur des champs de canne à sucre et des plantations de palmistes.

Plusieurs coulées (1977, 2004, 2007) ont atteint la mer, et totalement réinitialisé le fond marin. La recolonisation de ce milieu minéral par la vie marine a fait l'objet d'un programme scientifique appelé , qui s'est également intéressé aux remontées d'espèces abyssales rares, désorientées par les perturbations thermiques et chimiques de l'eau..

Géologie vignette|Les dépôts argilisés des « cendres de Bellecombe », particulièrement bien visibles au pied du Demi-Piton, un kilomètre environ avant le terminus de la route forestière du Volcan, sont caractéristiques d'un épisode phréatomagmatique violent. vignette|upright=1.5|Carte des coulées de lave émises lors des éruptions de 1972 à 2000. vignette|gauche|Éruption du piton de la Fournaise, avril 2007. vignette|gauche|Panaches de l'éruption d'avril 2007,de droite à gauche : grand panache de condensation provoqué par l'entrée de la lave dans l'océan, fumées rougeâtres et bleutées de l'éruption, nuage de poussière noire des effondrements du cratère Dolomieu. vignette|Coulée de février 2005.

Le piton de la Fournaise forme la partie actuellement active d'un volcan bouclier plus large : le massif du Piton de la Fournaise dont les roches les plus anciennes connues ont été formées il y a environ .. Ce massif constitue avec le massif du Piton des Neiges, d'âge plus ancien, l'île de La Réunion telle qu'on la voit de nos jours.

Le piton de la Fournaise, comme on le connaît aujourd'hui, date d'environ . Cet âge correspond à l'effondrement majeur qui a donné naissance à l'enclos Fouqué en s'accompagnant d'explosions cataclysmiques..

Les traces de ces explosions prennent la forme de dépôts dits des cendres de Bellecombe visibles dans un rayon de dix kilomètres. Le contour de l'effondrement reste très clairement visible dans le paysage, formant une falaise continue de 150 à de dénivelé. Les éruptions qui ont ensuite suivi régulièrement ont reconstitué au centre de la zone d'affaissement le cône central du piton de la Fournaise.

La plupart des éruptions se produisent dans l'enclos ou dans les cratères sommitaux de manière effusive. Elles débutent par l'apparition d'une ligne de fissures longue de quelques centaines de mètres (parfois de plusieurs kilomètres) d'où les laves jaillissent en rideau. Puis au bout de quelques minutes à plusieurs heures, l'éruption se concentre en un seul ou en quelques points. À ces points de sortie, les laves sont propulsées de manière plus ou moins saccadée au rythme des coups de pression. Une partie de la lave libérée peut rester fluide et se répandre ; elle dévale les pentes sous forme de coulées de surface ou à l'intérieur de tunnels de lave. Une autre partie des laves libérées peut être projetée violemment à plusieurs dizaines de mètres en hauteur. Au cours de la projection, la lave se fige au contact de l'air et en retombant s'accumule au sol. Cela provoque l'édification de cônes de projections appelés localement pitons. Une même éruption peut connaître plusieurs phases avec apparition de nouvelles fissures et de nouveaux points de sortie.

Ce type d'éruption effusive survient en moyenne plus d'une fois par an (bien que parfois le piton de la Fournaise soit demeuré assoupi pendant plusieurs années consécutives) et ne présente pas de danger pour les populations. Les seuls risques à distance sont liés à l'émission éventuelle de cheveux de Pélé ou à une pollution de l'air par accumulation de gaz soufrés. Chaque éruption dure de quelques heures à plusieurs mois.

Il arrive cependant que certaines éruptions de ce type se produisent en dehors de l'enclos. Elles peuvent alors affecter des zones habitées, comme en 1977 où les coulées ont détruit une partie du village de Piton Sainte-Rose. Les éruptions hors-enclos surviennent en moyenne tous les cinquante ans mais à un rythme irrégulier ; au cours des trois derniers siècles certaines se sont succédé à simplement quelques mois ou quelques années d'intervalle.

De temps à autre il se déclenche par ailleurs des effondrements dus au poids des roches sur le toit d'une chambre magmatique qui s'est vidée latéralement. Ces phénomènes se manifestent en surface par la formation d'un cratère d'effondrement : les cratères Bory et Dolomieu en sont les exemples. Le cratère Dolomieu s'est ainsi effondré puis comblé à plusieurs reprises.

Si l'effondrement entraîne du magma ou des roches encore brûlantes au contact brutal de gisements d'eau contenus dans la structure du volcan, il peut se produire une explosion dite phréato-magmatique. Il apparaît alors un panache explosif qui projette des roches aux alentours et disperse des cendres sur l'île et au-delà. Une explosion importante serait survenue en 1860, car le pont du navire Marie-Elisa qui naviguait à trente kilomètres au nord-est de l'île fut couvert de cendres.

Plus récemment, une explosion en 1961. a formé un panache de cendres jusqu'à d'altitude et une autre en mars 1986 a créé dans le Dolomieu un cratère de plus de cent cinquante mètres de profondeur..