La colonne Trajane (en latin : Columna Traiani) est une colonne triomphale romaine située sur le forum de Trajan à Rome. Elle mesure 40 mètres de hauteur. Elle est célèbre pour le bas-relief qui s'enroule en spirale autour de son fût et commémore la victoire de l'empereur Trajan sur les Daces lors des deux guerres daciques (101-102 et 105-106). Depuis 1587, sous le pape Sixte-Quint, elle est surmontée de la statue de bronze de saint Pierre, remplaçant celle de Trajan depuis longtemps disparue.

La colonne a été construite de 107 à 113, peut-être par l'architecte Apollodore de Damas dont le rôle dans la construction de l'ensemble du forum de Trajan n'est pas bien établi : il est possible qu'il ait seulement supervisé les travaux. La colonne est dédiée en mai 113, alors que le forum de Trajan a été inauguré l'année précédente.

Fonction La colonne Trajane fait partie intégrante du forum de Trajan. Avant de bâtir cet ensemble monumental, il a fallu dégager une large zone au nord-est du Forum Romain. Les travaux d’excavation ont abouti à la suppression de l’ensellement qui reliait les collines du Capitole et du Quirinal et ont permis de dégager une zone aplanie de près de de large. Une modification aussi importante et définitive du paysage peut être considérée par les Romains comme un sacrilège (sacrilegium) et c’est peut-être comme monument expiatoire (piaculum) qu’est élevée la colonne, sa hauteur rappelant celle de la colline qui a été supprimée, 3, même si la colonne n'est pas située exactement à l'endroit où se trouvait l'ancienne colline, des fondations de bâtiments datant du début de l'Empire ayant été retrouvées au-dessous.

La colonne a également été construite pour célébrer le triomphe de Trajan sur les Daces, dans la continuité du reste du forum. Le fût de la colonne est couvert d’un long bas-relief relatant le déroulement des deux guerres daciques, qui avaient livré un butin évalué à un demi-million de livres d'or et un million de livres d'argentNational Geographic, avril 2015, Trajan's Amazing Column. Le récit, qui compte 155 scènes et personnages, débute par la traversée du Danube durant le printemps 101, marquant le début de la première guerre, et se termine par la déportation de la population dace, qui marque la fin de la seconde guerre dacique.

À la mort de Trajan en 117, le Sénat décide de ramener ses cendres à Rome et de les déposer dans la base de la colonne. Les cendres de son épouse Plotine, contenues dans une deuxième urne en or, sont également placées à l’intérieur du soubassement après sa mort vers 121/122. La colonne Trajane devient alors un monument funéraire. La ressemblance de la table de marbre sur laquelle sont déposées les urnes funéraires, construite en même temps que la colonne, avec les autels funéraires utilisés vers la fin de la République laisse supposer que Trajan avait prévu d'en faire sa tombe dès le départ.

Description vignette|La colonne sur un aureus de Trajan. La colonne est érigée au centre d'une petite cour de de large sur de profondeur, délimitée par la façade de la basilique Ulpienne, les deux bibliothèques qui se font face et l'entrée monumentale du forum sur le côté nord-ouest (voir le plan). Les travaux ont débuté dès 107, date de la célébration du triomphe de Trajan pour ses victoires sur les Daces. La colonne n'est achevée qu'en 113, soit après l'inauguration du forum, qui a eu lieu en janvier 112. Elle est dédiée en mai 113Milella Marina, Il tempio di Venere Genitrice e le novità archeologiche sul Foro di Cesare, Roma, Museo dei Fori Imperiali, 2008, , en même temps que le temple de Vénus Genitrix du forum de César, modifié lors des travaux. La dédicace est effectuée par le Sénat, ce qui confère à la colonne et à ses reliefs le statut d’œuvre officielle.

La colonne, d’ordre dorique, est aujourd'hui haute de si on inclut le grand piédestal, le chapiteau et l'attique de qui sert de base à la statue. La hauteur totale durant l'Antiquité, avec la statue en bronze de Trajan, devait être d'environ 150 pieds, soit . Elle est composée de 29 blocs de marbre Luna de Carrare, 8 blocs quadrangulaires pour le piédestal et la plinthe et 21 blocs circulaires pour le fût et le chapiteau. Sa masse est estimée à environ tonnesLa masse totale de la colonne se décompose comme suit : deux blocs de 45 tonnes et un autre de 50 pour le piédestal ; un seul bloc de 75 tonnes pour la plinthe ; 50 tonnes pour le bloc de la base ; six blocs de 33 tonnes, trois de 32, deux de 31, trois de 30 et trois de 29 tonnes pour le fût ; 56 tonnes pour le chapiteau ; enfin 24 et 30 tonnes pour lattique (voir ). Plus récemment, la masse totale a été estimée à tonnes (voir ).. La carrière de Carrare est située à près de 400 km au nord de Rome, non loin de la mer. L'assemblage du fût s'est fait au moyen d'un système de levage complexe. Une fois la colonne installée, des ouvriers ont aplani la surface, puis une équipe de six à huit sculpteurs se sont mis simultanément au travail en occupant chacun une section de l'échafaudage et en s'élevant progressivement. Des trous forés dans les mains de certains personnages étaient destinés à leur faire tenir des outils ou des armes. Le tout a probablement été peint, mais aucune trace de peinture n'a subsisté.

Vues de la colonne

Le piédestal Le piédestal, de 5,27 mètres de haut pour 5,5 mètres de large, repose sur des fondations en travertin. Il est décoré sur trois faces de bas-reliefs représentant des trophées. Les angles sont surmontés de quatre aigles soutenant une guirlande de lauriers. La dernière face, au sud-est, porte une dédicace incluse entre deux Victoires. Elle est percée d'une porte d'entrée qui donne accès à un vestibule débouchant sur l'escalier en colimaçon et sur une chambre sépulcrale, éclairée par une fenêtre creusée dans la face sud-ouest. C'est dans cette petite pièce (cella memoriæ) que se trouvaient les urnes dorées contenant les cendres de Trajan et de Plotine.

La dédicace On peut lire sur la base de la colonne, au-dessus de la porte d'entrée, l'inscription de dédicace = ILS 294. Le panneau a été endommagé au milieu de la dernière ligne : on y voit la trace laissée par le toit de l'église Saint-Nicolas. La présence de l'église en avant de la base empêche à l'époque de lire la dédicace, et il est communément admis que les reliefs datent du règne d'Hadrien et font le récit de la guerre de Troie, le nom latin de Columna Traiana étant transformé en Columna Troiana.

SENATVS•POPVLVSQVE•ROMANVSIMP•CAESARI•DIVI•NERVAE•F•NERVAETRAIANO•AVG•GERM•DACICO•PONTIFMAXIMO•TRIB•POT•XVII•IMP•VI•COS•VI•P•P•AD•DECLARANDVM•QVANTAE•ALTITVDINISMONS•ET•LOCVS•TANT[IS•OPER]IBVS•SIT•EGESTVS300pxInscription dédicatoire de la colonne Trajane.

Ce qui se traduit par :

« Le sénat et le peuple romain, à l’empereur César Nerva Trajan, fils du divin Nerva Auguste, germanique, dacique, grand pontife, en sa dix-septième puissance tribunitienne, salué imperator pour la sixième fois, consul pour la sixième fois, père de la patrie, pour faire savoir de quelle profondeur la colline et l'endroit ont été creusés par de si grands travaux. »

Cette inscription est un des plus célèbres exemples d'épigraphie latine utilisant la capitale latine monumentale (capitalis monumentalis), plus particulièrement employée pour les textes gravés. Le graveur a pris soin d'utiliser une échelle croissante pour la taille des caractères des lignes supérieures lues par un spectateur placé en contrebas. Les mots sont séparés par des points, les abréviations habituelles de l'épigraphie latine sont utilisées. La dernière ligne de l'inscription a été partiellement entaillée, mais on la restitue sans peine (passage entre crochets).

thumb|right|upright|Détail du fût.

Le fût

Le fût est haut de , soit environ 100 pieds romainsGiangiacomo Martines, L’architettura, dans Autour de la colonne aurélienne, 2000, . Il est constitué de 18 blocs évidés de marbre de Luna (marmor lunensis) d'un diamètre variant de 3,16 à . Le fût s'amincit très légèrement depuis la base () jusqu'aux deux-tiers de sa hauteur () puis rétrécit davantage jusqu'à son sommet () afin d'éviter un effet de concavité, selon les recommandations de Vitruve. Chaque bloc pèse entre 29 et pour les plus larges. Les blocs ont été assemblés en alternant le sens du marbre afin de consolider la structure. Ils sont scellés un à un à l'aide de quatre joints de plomb, sans mortier.

Une fois que le fût est assemblé, la surface extérieure des blocs est lissée et sert de support à une frise continue en bas-reliefs qui s’enroule en spirale jusqu’au sommet, comme un immense rouleau de papyrus, réalisée par des lapidarii et sculptores en partant de la base. Longue de près de , la frise comprend 155 scènes, d'après le découpage proposé par Cichorius entre 1896 et 1900 (et qui sert depuis de référence), disposées sur 23 spires et mettant en scène personnages. Ce long bas-relief hélicoïdal fournit de nombreux renseignements sur les arts, les mœurs et l'équipement militaire, tant des Romains que des Daces.

L'escalier intérieur La colonne Trajane est creuse : on y entre par une petite porte sur un côté de la base, sous l'inscription dédicatoire, et un escalier en colimaçon de 185 marches permet d’accéder au sommet. Il faut 14 marches pour faire un tour complet et chacun des blocs du fût en contient 8, évitant ainsi que les jointures de l'escalier ne soient alignées verticalement. Une série de 43 petites fenêtres rectangulaires éclairent l’ascensionJulian Bennett, Trajan : Optimus Princeps, Routledge, 1993, . Les blocs, de grande dimension pour l'époque, ont vraisemblablement été évidés dans la carrière d'où ils ont été extraits, permettant ainsi de les alléger de près d'un tiers de leur masse d'origine et de faciliter leur transport : les blocs pleins sont estimés à environ 45 tonnes et ne font plus que 30 tonnes une fois l'escalier aménagéGiangiacomo Martines, L’architettura, dans Autour de la colonne aurélienne, 2000, . Ce travail n'a pu être réalisé que par des marmorarii, spécialistes du marbre, alliant à la fois un savoir-faire pratique et des connaissances théoriques permettant l'alignement de l'escalier le long des différents blocs, ce qui demande un travail de stéréotomie d’une grande précision. La colonne est parfois baptisée columna cochlis, du nom d'une machine hydraulique en bois fonctionnant sur le principe de la vis d'Archimède. L'escalier de la colonne Trajane en est un exemple en marbre.

Le chapiteau et la statue Le chapiteau, fait d’un seul bloc de s’élevant à au-dessus du sol, est surmonté d'un attique composé de deux blocs pesant respectivement 24 et 30 tonnes sur lequel est placée une statue en bronze. Des pièces de monnaie datant de l’époque de la construction montrent la colonne surmontée d’une aigle romaine, mais elle était surmontée de la statue en bronze doré de Trajan revêtu d’une armure et tenant une lance et un globe. Cette statue ayant disparu à une date indéterminée, le pape Sixte-Quint la fit remplacer en 1587 par celle de saint Pierre, que l'on voit aujourd'hui.

Histoire Antiquité thumb|right|Denarius daté de 114. Au revers figure une représentation de la colonne Trajane. En 117, après la mort de Trajan, le Sénat décide de déposer les cendres de l’empereur dans la base de la colonne, un honneur exceptionnel, puisque la colonne est construite dans les limites du pomerium, à l'intérieur duquel les Romains respectent en théorie l'interdit funéraireAndré Magdelain, Le pomerium archaïque et le mundus. Jus imperium auctoritas, Rome, Études de droit romain, 1990, .