thumb|upright=1.5|Inscription « Longue vie au Président Mao » dans une ancienne usine à Pékin.
La propagande de la république populaire de Chine désigne l'ensemble des actions de communication menées par la république populaire de Chine (RPC) pour influencer la population dans le but de faire évoluer sa pensée ou son comportement. Conjointement à la censure, elle permet de faciliter la mise en application de la ligne politique décidée par le parti communiste chinois. Si son importance a culminé à l'époque de Mao Zedong, elle existe encore dans la Chine actuelle, tout en ayant évolué dans sa forme.
Histoire
L'histoire de la propagande communiste précède l'établissement de la république populaire de Chine. Elle remonte au premier congrès du Parti communiste chinois (PCC) en 1921, qui créa le Département de la propagande du Comité central du Parti communiste chinois (中共中央宣传部 ; pinyin : Zhōnggòng Zhōngyāng Xuānchuán Bù), et souligna l'importance pour les membres du parti de superviser toutes les publications des organes centraux et locaux du PCC. La diffusion de la propagande incombait également à l'armée, au travers de ses activités de formation politique et d'éducation idéologique. Des départements de la propagande furent ainsi créés à tous les niveaux du parti et de l'armée The Mechanics of State Propaganda: The People's Republic of China and the Soviet Union in the 1950s, op. cit., ..
Lors de la Conférence de Gutian en , Mao Zedong, qui avait tenu un rôle important au sein du Département central de la propagande du Kuomintang dans les années précédentes, présenta un rapport pointant les imperfections dans le travail de propagande mené par le PCC, dues selon lui à l'attention insuffisante qui lui était accordée. Il cita notamment le manque de travail en direction de certaines catégories de population, comme les pauvres des zones urbaines, les femmes ou les jeunes, et une adaptation insuffisante aux réalités du terrain, et proposa ses remèdes, comme l'attribution aux sections de propagande de l'armée de la responsabilité des « journaux muraux » (壁报 ; pinyin : bìbào) et des sessions de formation. Les lignes directrices de cette conférence demeurèrent la base de la politique de propagande du PCC jusque dans les années 1940The Mechanics of State Propaganda: The People's Republic of China and the Soviet Union in the 1950s, op. cit., .
Après l'arrivée au pouvoir du PCC en 1949, et avec l'aide de conseillers soviétiques, l'organisation de la propagande fut revue pour l'adapter à la nouvelle situation politique, en séparant les activités du Parti de celles de l'État. Diverses associations furent créées pour assurer le contrôle des activités individuelles dans le domaine de la culture et de l'éducation, comme celles des écrivains, des artistes ou des journalistes. Au niveau gouvernemental, les questions légales et administratives furent prises en charge par des bureaux du Conseil des affaires de l'État, comme l'Administration centrale de la radiodiffusion, celle du cinéma, le Ministère de la culture ou l'Agence de presse Xinhua. Cette agence avait en charge la diffusion d'une information contrôlée, à la fois vers la Chine et vers l'étranger ; ses journalistes devaient également rédiger à l'attention exclusive des cadres supérieurs du PCC des rapports sur les informations sensibles qui n'étaient pas rendues publiques, notamment les problèmes sociaux et les catastrophes naturelles Marketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., Xinhua : la plus grande agence de propagande du monde, op. cit., .
thumb|upright=0.8|Restes d'un dazibao datant de la Révolution culturelle Pour Mao Zedong, la transformation du mode de pensée des Chinois constituait la tâche la plus importante dans la construction du socialisme en Chine, ce qui l'amena à rédiger lui-même de nombreuses directives du Département de la propagande. D'importants moyens furent ainsi mis en œuvre, comme les sessions d'études journalières dans les bureaux et les usines, dans le cadre d'incessantes campagnes de propagande politiqueMarketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., ..
Alors que jusqu'en 1966 les campagnes politiques avaient été coordonnées par le Département de la propagande, il n'en a plus été de même lors de la « Grande Révolution culturelle prolétarienne ». Ce Département devint au contraire la cible de Mao qui cherchait à imposer une politique plus radicale que celle alors menée par ses ennemis politiques ; fermé en 1966, il ne fut rétabli qu'en 1977. Dans l'intervalle, la propagande transmise par la presse et la radio se réduisit à la diffusion de la pensée et des paroles de Mao, ainsi qu'à la glorification de la situation économique et politique et aux critiques adressées aux ennemis de Mao ; la production culturelle, dominée par les « huit opéras » officiellement autorisésLes opéras et ballets autorisés étaient en réalité un peu plus nombreux : voir l'article , s'affaiblit également. Parallèlement à l'appauvrissement de la propagande officielle, cette période vit naître une certaine forme de liberté d'expression caractérisée par un foisonnement de publications non officielles, souvent critiques envers le pouvoir, sous des formes diverses, en particulier journaux, compilations de discours et dazibaoMarketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., ..
Le Département de la propagande fut rétabli en 1977, quelques mois après le décès de Mao en et l'arrestation de la Bande des Quatre en octobre. Pendant les années qui suivirent, il eut à subir les luttes qui se déroulaient au sein du PCC, les diverses factions tentant d'en prendre le contrôle pour promouvoir leurs lignes politiques respectivesMarketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., .. Lors du mouvement de contestation de 1989, une partie du personnel des organismes de propagande, et du Département de la propagande lui-même, se rangea du côté des manifestants. Après la reprise en main par le gouvernement chinois, nombre d'entre eux, personnels administratifs ou journalistes, furent les victimes de la répression qui s'ensuivit, et subirent transfert, rétrogradation, licenciement ou même emprisonnementMarketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., ..
À la suite de ces événements, les instances dirigeantes du PCC décidèrent que le contrôle par le Parti des activités idéologiques et de propagande, qui s'était affaibli au cours des années précédentes, devait être rétabli. Désormais doté de ressources et de pouvoirs accrus, le Département de la propagande fut chargé de promouvoir la nouvelle ligne politique dont l'objectif fondamental était le développement économique de la Chine. Les deux piliers en étaient d'une part le maintien d'un État basé sur le système du parti unique, et d'autre part la nécessité de s'engager dans la voie de l'économie de marchéMarketing Dictatorship - Propaganda and Thought Work in Contemporary China, op. cit., ..
En 1991, le bureau de la propagande extérieure, qui a pour rôle de surveiller Internet et les journalistes étrangers, a été promu au rang d’un ministère..
En 2014, un « examen idéologique » est mis en place par le Parti communiste afin de « contrôler » l'ensemble des journalistesDorian Malovic, Examen idéologique pour les journalistes chinois La Croix, 29 avril 2014. Ces derniers doivent connaître des règles essentielles, par exemple : « Il est absolument interdit à des articles publiés de faire état de commentaires contredisant la ligne du parti communiste chinois. Ou encore : la relation entre le parti et les médias est celle du dirigeant et du dirigé »Les journalistes chinois contraints de passer un examen d'idéologie Le Figaro, 13 décembre 2013.
Rôle de la propagande
Des spécialistes en science politique pensent que la propagande est utilisée par le PCC pour nourrir le développement du nationalisme chinois et la loyauté envers la RPC, le PCC, et le gouvernement de Pékin en général. Beaucoup croient aussi que le gouvernement de la RPC, ayant entrepris un programme de réformes et de modernisation économique de style capitaliste dans la fin des années 1970, est prompt à utiliser la propagande pour dépeindre le PCC comme un parti nationaliste et patriotique, plutôt que comme un parti qui construit le socialisme ou applique le marxisme-léninisme en Chine, puisque ces principes ont été largement abandonnés dans la pratique et ne peuvent ainsi plus servir de bases efficaces pour le régime. Parmi les thèmes de la nouvelle propagande nationaliste de la RPC, les plus couramment employés sont l'adulation de l'Armée populaire de libération et de ses soldats pour leur exploits et sacrifices pendant la Guerre sino-japonaise (1937-1945), et l'unité indéfectible des 56 groupes ethniques officiellement reconnus.
Au cours des précédentes décennies, la propagande de la RPC a joué un rôle crucial dans la formation et la promotion du culte de la personne du président Mao Zedong. Elle a également servi d'outil de mobilisation populaire lors des campagnes nationales comme le Grand Bond en avant de 1958 et la Révolution culturelle de 1966-1976. Après le décès de Mao en 1976, la propagande a été utilisée pour noircir l'image des membres de la célèbre Bande des Quatre, à qui on faisait porter la responsabilité des excès de la Révolution culturelle. La propagande avait aussi précédemment encouragé les Chinois à suivre l'exemple des travailleurs et soldats modèles comme le célèbre Camarade Lei FengLei Feng : le retour d'un héros idéal, vidéo Arte, 7 juin 2008, consulté le 22 juin 2008., le héros de la guerre civile chinoise Dong Cunrui ou celui de la guerre de Corée Yang Gensi, et le Docteur Norman Bethune, un médecin canadien qui apporta son concours à la Huitième armée de route pendant la seconde guerre sino-japonaise. Elle fit également l'éloge des révolutionnaires du tiers monde et des proches alliés comme l'Albanie et la Corée du Nord, tout en vilipendant à la fois les « impérialistes » américains et les « révisionnistes » soviétiques, ces derniers étant considérés comme traîtres au marxisme-léninisme.
À l'époque de la réforme et de la modernisation économiques engagées par Deng Xiaoping, une propagande destinée à promouvoir le « socialisme aux caractéristiques chinoises » fut mise en œuvre. À la fin du règne de Jiang Zemin, la propagande assura la promotion de sa théorie des « trois représentations ». Cette même époque vit la naissance de la propagande diabolisant le Falun Gong en tant que culte ; l'« incident de l'auto-immolation de la Place Tiananmen » du a été présenté par le Falun gong comme une mise en scène destinée à le déconsidérer..
Une tentative de contrer le Prix Nobel de la Paix de 2010 qui attribua cette distinction au dissident chinois Liu Xiaobo a été effectuée en créant un Prix Confucius de la Paix qui fit long feu..
Arrière-plan idéologique Dans le domaine artistique, le réalisme socialiste adopté par l'URSS et la RPC de Mao Zedong a servi de base à l'utilisation de l'art dans la promotion de l'idéologie communiste. Ce fut en particulier le cas pendant la période de la Révolution culturelle en RPC, dont l'un des objectifs officiels était de « transformer la littérature et l'art ».