L'Empire songhaï, ou empire des Songhaï, est un État précolonial d'Afrique de l'Ouest qui se développe de 1464 à 1591. L'empire prend racine dans l'ancien empire de Gao et obtient son indépendance de l'empire du Mali sous l'influence de la dynastie Sonni et notamment Sonni Ali Ber. Il atteint son apogée sous la dynastie Askia et particulièrement Askia Mohammed et s'étend sur des régions correspondant aujourd'hui au Mali, au Niger et au Nigeria.
Sous la dynastie des Askia, l'Empire songhaï adopte une organisation politique centralisée, influencée par les modèles islamiques. L'empereur, portant le titre d'Askia, est à la fois chef politique et religieux. Le pouvoir est structuré autour de deux centres : Gao, la capitale impériale, et Tindirma, base stratégique à l'ouest administrée par le . Tombouctou devient un centre majeur du commerce transsaharien et de l'érudition islamique.
L'empire songhaï décline dans la seconde moitié du à cause de conflits de succession et des dissensions au sein de la famille impériale. Ce déclin s'amorce particulièrement après le règne d'Askia Daoud. En 1591, les armées saadiennes d'Ahmad al-Mansur, dirigées par le mercenaire Yuder Pacha, envahissent l'empire et remportent la bataille de Tondibi. Malgré une résistance sous forme de guérilla, l'empire s'effondre et la majorité des territoires sont administrés par le pachalik de Tombouctou. La dynastie Askia fuit Gao et fonde le royaume de Dendi.
Histoire L'Empire songhaï est initialement un petit royaume étendu du fleuve Niger autour de l'actuelle ville de Gao. Au , c'est le royaume de Gao, devenant vassal des empires du Ghana et du Mali. Il devient l'empire songhaï durant le . et, à son apogée, s'étend sur une partie du Niger, du Mali et une partie du Nigeria actuels.
Royaume de Gao ()
Depuis le , deux villes dominent la région au sein de l'empire de Gao, et . Cette dernière est fondée par les touaregs sanhadjas. Tandis que le royaume de Gao se renforce depuis Gao, un groupe culturel parlant le songhaï se concentre à Kukiya peu avant le . Une dynastie régnante, les , émerge d'une fraction de la population, issue de métissages Songhaïs et Berbères. Son fondateur, Za el-Ayamen, dirige le royaume de Gao et porte le titre de . Ce changement dynastique s'accompagne d'un processus d'islamisation entre les qui se renforce avec la conversion du Jaa kosoy en 1019.. Ces changements rapides suggèrent un lien entre la nouvelle dynastie et les influences Almoravides de Tadmekka.
Les territoires du Gao sont peut-être conquis par Sakoura, les faisant passer sous la coupe de l'empire du Mali, et la dynastie Zuwa semble disparaitre. Mansa Moussa le réinvestit pacifiquement et entame des projets de construction importants. Cependant, des réévaluations plus récentes liant les sources écrites aux données archéologiques permettent de dessiner une période de transition de pouvoir depuis une dynastie régnante, Zuwa, vers une soumission malienne pacifique. L'hypothèse d'une famille régnante malinké, proche de l'aristocratie malienne, est avancée.
Dynastie des Sonni et la naissance de l'Empire songhaï (-1492) Depuis le début du , une nouvelle dynastie dirige la ville de Gao, ayant le titre de Sii, cette dynastie porte le nom de Sonni. Contrairement à la version reconstruite donnant une ascendance yéménite à cette dynastie, son fondateur pourrait en réalité provenir du Mali et de son aristocratie. Cependant, les données restent contradictoires et ne permettent pas de déterminer si cette dynastie agit en tant que dynastie régnante, ou en tant que vice-royauté. Toutefois, cette transition dynastique complexifie les relations avec l'empire du Mali.
Michael Gomez émet l'hypothèse que la montée en puissance progressive de cette dynastie l'amène, au moment du règne de Mansa Souleiman à une première période d'autonomie, tout d'abord de les villes de Gao et Kukiya. Par la suite, vers les années 1430, les conflits internes permettent à Muhammad Dao, le père de Sonni Ali Ber, de reprendre possession de Tombouctou. Selon une autre version, il s'agirait plutôt de Sulayman Dama qui prend possession de Méma. Ces versions permettent de considérer que le processus d'expansion impériale s'enclenche avant le règne de Sonni Ali Ber. La fondation de l'empire songhaï constitue en réalité une réémergence de l'empire de Gao.
Le règne de Sonni Ali Ber (1464-1492) commence par un conflit de succession en l'absence de règle de succession claire. Il entame ensuite une série de campagnes dont la stratégie consiste à se concentrer sur la sécurisation de villes majeures comme Tombouctou et Djenné. L'objectif stratégique est de pouvoir résister aux menaces que représentent les Touaregs au nord et les royaumes mossi au sud. Ainsi, à l'exception de la capture de Oualata, sa politique expansionniste reste d'abord très régionale.
La première sécurisation vise Tombouctou, alors tombée aux mains des Touaregs. L'élite musulmane anticipe la bataille et décide de fuir à Oualata, permettant à Sonni Ali Ber de prendre Tombouctou dès . Ses troupes mettent la ville à sac. Après avoir sécurisé Tombouctou, il se dirige vers Djenné avec une flotte de 400 pirogues, mais la ville ne se rend qu'après un long siège. Après cela, il lance une série d'offensive en dehors du territoire de l'ancien royaume Gao et se dirige dans le pays Bambara, près de Bandiagara. Les combats continuent et les troupes s'enfoncent en territoire Peuls jusqu'à Oualata. Au retour de cette campagne, une nouvelle campagne se dirige cette fois vers les territoires de l'Azawagh. L'issue de cette campagne est incertaine.
Après s'être étendu à l'ouest et au nord, les conquêtes permettent au territoire de s'étendre à l'est, capturant plusieurs villes haoussa. L'objectif stratégique étant ici de pouvoir prendre de front les royaumes Mossi au sud. Cependant, les forces Mossi s'enfoncent également dans le territoire songhaï et le conflit s'enlise durant six ans. Il semble qu'Ali Ber choisisse de renforcer ses positions qui se trouvaient dans la suite logique des attaques Mossi. La confrontation se fait à Kubi, au sud du Lac Débo, en 1483. La victoire est décisive et confirme l'hégémonie impériale songhaï.
Afin d'administrer les villes qu'il capture, il n'hésite pas à nommer des hauts fonctionnaires. Cependant, il rencontre des difficultés avec les élites musulmanes car il n'agissait pas en bon musulman. Sonni Ali tente en effet de préserver la culture non musulmane de son royaume.
Askia Mohammad Touré
Renversement dynastique vignette|Réponds des érudits musulmans aux questions servant à légitimer la nouvelle dynastie Askia (vers 1500). La mort de Sonni Ali Ber ouvre une courte période (1492-1493) d'instabilité au sein de l'Empire songhaï. Sonni Baro prend le pouvoir le , cependant il fait face à un prétendant, Askia Mohammed, gouverneur régional et neveu de Sonni Ali ber. La prise de pouvoir s'effectue après deux batailles majeures, la première à Danagha le et la seconde près de Gao le . Ces deux défaites poussent Sonni Baro à fuir au sein du sultanat de l'Aïr.
Le conflit entre Bāru et Mohammed Touré révèle une fracture au sein de l’appareil militaire songhaï. Si certaines unités sont restées fidèles à Bāru, d’autres soutiennent Mohammed Touré, notamment le gouverneur de la province de Bara, Mansā Kūra. Cependant, ce dernier semble avoir été le seul gouverneur à soutenir activement le Tondi-farma, tandis que les autres responsables provinciaux sont demeurés loyaux au sunni. Des sources mentionnent que Bāru bénéficie encore de l’appui de plusieurs dignitaires régionaux, tels que les chefs de Dirma, Kala, Bani, Djenne et possiblement Taratan.
Cosmopolitisme et pluralisme politique Askia Mohammed (1493-1528) prend le contrepied de la politique religieuse de son oncle Sonni Ali Ber. Il achève d'islamiser le royaume à travers plusieurs batailles que rapporte le voyageur Léon l'Africain.. L'Empire songhaï, largement islamisé, au moins dans les grandes villes, connaît son apogée sous la dynastie musulmane des Askia...
Sous la dynastie des Askia, l'empire se distingue par une forme de cosmopolitisme inédite dans la région depuis l’époque de l’empereur malien Mansā Mūsā. Ce cosmopolitisme se manifeste par une mise en valeur des centres urbains tels que Gao, Tombouctou et Djenné, renforcés par un commerce transsaharien dynamique et une ouverture culturelle vers le monde islamique.
L’un des aspects les plus novateurs de l’expérience songhaïenne est sa tentative d’unification politique au-delà des clivages ethniques. Des populations diverses — Songhaï, Mande, Peuls, Touaregs, entre autres — voient leurs appartenances tribales se transformer progressivement en une allégeance à l’État. Cette approche représente une rupture notable avec les modèles antérieurs, comme ceux de l’Empire du Ghana ou du Mali, qui maintenaient des noyaux ethniques dominants.
Expansion territoriale droite|vignette|Carte de l'Empire songhaï sous Askia Mohammed Sous le règne d'Askia Mohammed, les territoires de l'empire Songhaï sont repoussés jusqu'à atteindre leur apogée. Les conflits opposent l'empire au royaumes mossi, à l'empire du mali, aux royaumes haoussa, au royaume du Kanem-Bornou ainsi qu'au royaume du Fouta-Toro.
Au sud, la frontière songhaïenne s’établit de manière durable dans la région de Bendugu, après une série de campagnes contre les Mossi de Yatenga. Au nord, le contrôle de Teghazza, centre majeur d’extraction du sel symbolise l’emprise de l’empire jusqu’aux marges du Sahara. À l’est, les campagnes contre Agadez et l’Aïr consolident la domination songhaïenne dans cette région. Dans la région haoussa, les succès sont plus limités. Les expéditions contre Katsina et Kebbi échouent à soumettre durablement ces États. D'autres cités haoussa (Zamfara, Zaria, Kano, Gobir) sont mentionnées comme conquises dans les récits de Léon l’Africain, mais ces affirmations, non corroborées par les chroniques soudanaises, semblent relever d’une confusion avec l’expansion de Kebbi. À l’ouest, le Songhaï incorpore la province de Baghana et le royaume de Diarra devient tributaire.
Si certaines sources affirment que l’empire s’étendait jusqu’à l’océan Atlantique, cette frontière occidentale semble en réalité s’être arrêtée aux hautes vallées du Falémé et du Sénégal. Les campagnes dans cette région, bien qu’importantes, ne sont pas accompagnées de preuves d’une expansion jusqu’à la côte.
Conflits au sein de la dynastie Askia vignette|Tombeau d'Askia Mohammed. Le règne d'Askia Mohammed ne s'achève pas par sa mort, mais par sa destitution par Askia Monzo Moussa en 1529. À partir de son règne, de très nombreux conflits dynastiques secouent l'empire. Son règne est notamment marqué par des purges dynastiques et une période de terreur. La situation provoque le soulèvement de plusieurs membres de la famille impériale qui le tuent le , cependant Askia Mohammed II Benkan saisit l'opportunité pour se faire couronner en l'absence des autres prétendants.
Il tente de sécuriser sa position durant son règne en exilant le vieux roi Askia Mohammed, toujours en vie. Durant son règne, il parvient à renforcer la bureaucratie, mais fait face à de multiples échecs militaires. En parallèle, Askia Ismaïl fomente un coup d'état avec son père Askia Mohammed et monte sur le trône en 1537. Afin d'être légitimé, il est proclamé calife par son père, peu avant la mort de ce dernier. Son règne est là encore marqué par des conflits et il meurt en 1539. Askia Ishaq Ier lui succède et se fait connaître pour son règne tyrannique. Cependant, à partir de son règne, les conflits dynastiques s'estompent .