Pierre Beaumesnil, né à Paris vers 1718 et mort à Limoges le Acte de décès à Limoges (Saint-Michel de Pistorie), vue 97/124. Son nom de théâtre, Pierre de la Ruette de Beaumesnil ou La Ruelle est probablement un pseudonyme, de même que la particule de ; orthographié parfois Beauménil, Beaumeny ou Beauméni, voire Duménil et Dumesnil en 1811-1812, est un « comédien antiquaire » selon Louis Guibert. Il est aussi un voyageur, imprésario, dessinateur, amateur d'antique et collectionneur français, connu pour ses dessins accompagnés de descriptions représentant librement des monuments et vestiges archéologiques du Limousin, de l'Aquitaine et d'autres régions de France., dans un esprit que l'on pourrait qualifier de « préromantique » à défaut d'être scientifique.
Ces vues d'artiste précieuses, pour certaines un témoignage visuel et textuel unique toujours commentés en historiographie et par des archéologues, mais aussi critiquées pour leur manque de fiabilité, sont aujourd'hui dispersées, pas ou peu inventoriés, ni publiées. Bien que partiellement assemblée dans des recueils à la fin du et parfois copiée, une partie de la production et des notes de Beaumesnil est égarée ou semble avoir disparu des collections et des archives censées la préserver.
Biographie Pierre Beaumesnil, issu d'une famille modeste du centre de la France selon Michaud., serait né à Paris vers 1707 ou 1718, mais sans certitude (certains auteurs proposent 1715 et 1723), peut-être dans la paroisse de Saint-Jacques-la-Boucherie. Cet acte de décès, transcrit plus bas, lui donne l'âge de 69 ans à sa mort.Selon Guibert, Martin (voir ) qui a connu Beaumesnil, serait la source de nombreuses biographies du : « M. de Beaumesnil, issu d'une famille noble, était un antiquaire d'un mérite rare. Il joignait à des connaissances profondes dans l'histoire, les talens d'un habile dessinateur. On trouvait chez lui, pureté, correction, exactitude minutieuse, lorsque copiait les ruines et les médailles. Avec des talens aussi précieux, Beaumesnil fut obligé de se faire comédien pour subsister, et de changer tous les ans de troupe pour voyager et dessiner successivement les divers monumens de la France. À l'âge de 60 ans, il arrive à Limoges avec une troupe dans laquelle il remplissait les rôles de Père-Noble. Il avait une tête d'un beau caractère qui convenait parfaitement à cet emploi. Bientôt il fait connaissance avec quelques hommes instruits, et découvre, dans la communauté des Feuillans, les dessins des anciens monumens dont il ne restait que quelques faibles traces. Il les copie avec cette perfection, cette exactitude qui lui étaient propres. Il est accueilli par M. de Lépine et présenté à M. Daine, alors Intendant de la Province ; ce Magistrat le fait connaître au Ministre, appuie sa recommandation de dessins, de manuscrits, et Beaumesnil est nommé dessinateur de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, avec un traitement fixe de 1,500 fr., non compris ses frais de voyage. À 73 ans, revenant de l'Anjou, du Berri et d'autres Provinces limitrophes où il était allé, par ordre de l'Académie, pour dessiner quelques monumens du moyen âge, il fut attaqué d'une hydropisie de poitrine qui l'enleva, dans peu de temps, aux sciences et à ses amis, ne laissant, pour toute fortune à sa veuve, âgée de plus de 80 ans, que quelques livres et les minutes de ses ouvrages. Six mois après, Madame de Beaumesnil décéda sans héritiers, et fit M. de Lépine son légataire universel. ». Guibert note aussi qu'il aurait reçu d'excellents principes artistiques et en dessin, mais remarque son absence d'instruction littéraire, et ne croit pas qu'il ait été élevé dans une famille aisée. Pourtant, on ne peut que constater que sa production est le fruit d'une connaissance imparfaite mais réelle de l'épigraphie latine, du grec ancien, et d'un intérêt inhabituel à son époque pour les vestiges archéologiques et l'histoire, d'autant plus si on le considère comme un autodidacte.
Vers 1746, il s'engage dans une troupe de comédiens de provinceÉtonnamment, Lekain nomme en 1768 une chanteuse « Beaumesnil », et particulièrement un couple « La Ruette [membre de la comédie italienne, et son conseil ; un monsieur et une demoiselle] » à propos du troisième chapitre des entrées gratuites accordées par la Comédie-Française, dans ses Mémoires, Paris, 1825, 168 (dans la section « Mémoire à MM. du Conseil, qui prouve que la multiplicité des entrées gratuites est un grand obstacle à la clareté nécessaire dans la perception de la recette, Le ») (en ligne). Il ne semble pas qu'il s'agisse de notre couple itinérant, ni de familiers (Cf. Annales dramatiques, ou Dictionnaire général des théâtres, 5, Paris, 1810, 303). Guibert (1900, 49 n. 1) n'a pas trouvé trace de leurs activités parisiennes, ni aucun rapport avec des homonymes (51).. Il a déclaré à ses soutiens, Martial de Lépine (subdélégué de l’intendant de Limoges et secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture de la ville), l'abbé Joseph Nadaud et dom Col (1723-1795), avoir fait ce choix afin de satisfaire son goût pour les voyages et pour les études archéologiques, selon Allou. Non sans condescendance, Guibert (1900, 51) envisage plutôt qu'il l'ait fait afin d'accompagner sa femme lors de ses tournées, et pour « embrasser l'existence insouciante et vagabonde des héros du Roman comique »...
Il parcourt ainsi le Limousin, le Berri, l'Angoumois, l'Agenois et de nombreuses provincesVoir les séjours de Beaumesnil, après 1746, dans ., dessinant à la plume les monuments qu'il rencontre et y ajoutant ses observations personnelles. Il aurait aussi voyagé en Italie dans sa jeunesse, voire en Égypte, selon Guibert.
Le théâtre itinérant fut sa principale activité de 1747 à 1775, date de son installation définitive à Limoges. Guibert suppose qu'il était l'imprésario de la compagnie. Sa femme, Aimée Gouslin (vers 1701-1788, ou Irenée Garlin d'après l'acte de décès) était elle aussi comédienne, et jouait les rôles principaux de leurs spectacles. Les deux bénéficiaient du prorata le plus élevé des revenus de la troupe de théâtre, les dernières années.
Sans doute parce que l'objet de ses planches de dessins et de textes était de répondre à des commandes de « vue d'artiste » pour amateurs d'antique (les antiquaires d'alors), et que celle-ci étaient manifestement appréciées (rétrospectivement, en 1993, François Michel constate que « sa vision idéale de la tour de Vésone semble moins absurde que les reconstitutions imaginées par l'abbé Audierne de l'oppidum de la Curade »), l'intendant du Limousin, Marius-Jean-Baptiste-Nicolas Daine (1730-1804), lui obtient le titre de correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1780, avec une pension de (dont 500 pour frais de voyage). Pérouse de Montclos (1982-1983, 80-81) note que Beaumesnil y envoie des rapports depuis 1779 jusqu'en 1784.
Beaumesnil est mort le à LimogesL'acte de décès publié dans ne fait pas mention de l'excommunication des acteurs (mais s'abstient de lui donner la profession de comédien) : « Le vingt-huit mars mil sept cent quatre-vingt-sept a été inhumé dans le cimitière M. Pierre de la Ruette de Beaumenil corespondant de l'Académie, natif de Paris, paroisse St Jacque-la-Boucherie, époux de son vivant, de Melle Irenee (?) Garlin, native de Paris, paroisse de St Sulpice, décédé hier à cinq heures du soir dans la maison du (?) présente paroisse, âgé de soixante-neuf ans, muni du sacrement de penitance par , curé de Montjovis, qui a signé avec les soussignés de ce requis. — Coste, curé de St Michel-de-Pistorie. — Vitrac, curé de Montjovy. — Nouhalier. — Un nom illisible [libraire G.-N. Isecq, d'après . », enterré au cimetière des pénitents noirs de Saint-Michel-de-Pistorie, à 64 ans selon l'abbé LegrosMartial Legros, Continuation de l'abrégé des annales du Limousin, 327 du manuscrit, cité dans : « Le 20 (sic) mars 1787 étoit mort à Limoges le sieur Pierre Beaumesnil, ci-devant comédien de profession. Ce savant artiste excelloit dans l'art de dessiner l'antique ; mais les observations qu'il joignoit à ses dessins n'étoient ni pures, ni correctes, ni souvent judicieuses. Le Priapisme étoit son goût favori : il y rapportoit toutes ses recherches. Sa collection de copies d'antiques étoit immense. Il en avoit fait passer une grande partie à l'Académie, dont il étoit membre. » (qui le connaissait), à 69 ans pour Guibert (sur foi de l'acte de décès), à 72 ans pour Martin (qui le connaissait, aussi), et à 80 ans selon — mais sans certitude — les auteurs cités par Espérandieu, dont Tripon (repris sans sources supplémentaires par Arquié-Bruley et Pérouse de Montclos).
La connaissance parcellaire d'une œuvre dispersée ou disparue État et localisation des archives et des dessins Les manuscrits, dessins et archives connus, de généalogies incertaines, ou les copies de Tersan, d'Allou et de Tripon, se trouvent essentiellement à la BnF, au Département des manuscrits ou au Cabinet des estampes, dans les sociétés savantes (généralement transférées aux archives départementales), bibliothèques et archives de Poitiers, de Limoges, de Périgueux, d'Agen, d'AixLe fond d'Aix est signalé brièvement par Pierre Pinon lors de sa communication de 2008., de BordeauxVoir Camille Jullian 1890, 254-258. et de l'Institut. Louis Guibert a, en 1900, fait un inventaire des manuscrits et copies dont il connaissait l’existence, concernant Limoges. Mais la majorité de la production de Beaumesnil ou de sa documentation n'était alors déjà plus visible ou localisableVoir aussi Émile Espérandieu, en 1888 (Épigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge, 141-142 n. 1) et Arquié-Bruley 2002 (130)État et localisation des archives et des dessins..
Au vu des auteurs et des documents connus, les feuillets et recueils de Beaumesnil ont principalement plusieurs origines : Un don, un échange ou une vente, éventuellement à la suite d'une commande, auprès d'un antiquaire, savant ou un de ses soutiens, parfois d'une institution civile ou religieuse, d'un original ou d'un double par Beaumesnil lui-même. Les recueils (ou doubles de recueils, d'extraits) envoyés à l'Académie de 1779 à 1784 et ceux envoyés préalablement à son statut de correspondant. La succession Beaumesnil (les divers papiers, notes, dessins, croquis et versions préparatoires, peut-être sa bibliothèque et ses collections d'objets et de gravures). Les copies réalisées par les savants et graveurs ayant consulté ses travaux au fil des siècles. La collection de l'abbé de Tersan, 1737-1819 (de provenance inconnue — probablement mixte), partiellement acquise par Alexandre Lenoir. La collection de Taillefer, 1761-1833 (de provenance inconnueCf. infra Lacombe 1998, 11., aussi), partiellement acquise par l'abbé Audierne.
Il est notable que les cahiers de Beaumesnil ont parfois changé ou disparu de lieu de conservation sans explications, et qu'aucun inventaire même partiel de l’œuvre et des archives de Beaumesnil n'a été entrepris depuis 1900. De plus, ceux toujours conservés ne sont généralement pas considérés comme complets, des billets ajoutés ou des parties ont pu être arrachés. Par conséquent, il est probable que des feuillets ou recueils dispersés depuis la fin du soient dans des collections privées ou dans des fonds d'archives non inventoriés ou identifiés.
La perte des recueils envoyés à l'Académie Quelles que soient les déceptions formulées à propos des travaux de Beaumesnil, ses images et ses textes récoltés, mis au propre, puis en forme, et expédiés, via l'Intendant de la généralité de Limoges à l'Institut de France, ont dû former un ensemble exceptionnel, un témoignage original et unique de la perception du patrimoine au , dont la disparition, sauf un reliquat, est irremplaçable.
Aucun inventaire des envois faits entre 1779 et 1784 par le correspondant de l'Académie ne semble connu. On sait, en revanche, que d'autres cahiers ont été fournis, les années précédentes, peut-être à la suite de commandes ponctuelles.