La grande mosquée de Bruxelles (en néerlandais : Grote Moskee van Brussel) ou la mosquée du Cinquantenaire est un lieu de culte musulman situé dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Construite en 1897 comme une attraction d'exposition, elle est transformée en lieu de culte musulman en 1978 par l'Arabie saoudite qui la gère pendant quarante années. D' à , elle est dirigée par l'Exécutif des musulmans de Belgique, proche de l'administration marocaine. Elle n'est plus la mosquée la plus importante de Bruxelles, ni en superficie, ni en nombre de fidèles, ni en influence.

Histoire Le pavillon oriental ou panorama du Caire de 1897 Le parc du Cinquantenaire est fondé à l’occasion du anniversaire de l’indépendance de la Belgique en 1880. Sont alors construits l’arc de triomphe, ainsi que les bâtiments du musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire et des musées royaux d'Art et d'Histoire de Belgique..

Le pavillon oriental de l'exposition internationale de Bruxelles de 1897 est construit aux frais du comte Louis Cavens par l'architecte Ernest Van Humbeeck dans un style mauresque... Il est destiné à abriter la toile panoramique circulaire monumentale intitulée Le Caire et les rives du Nil conçue par Émile Wauters, qui remporte un important succèsEn 1970 ou 1971, avant la transformation en mosquée (1975 ; inauguration en 1978), la célèbre et imposante peinture d'Émile Wauters, le Panorama du Caire, est transféré dans les réserves du musée du Cinquantenaire (musée d'Art et d'histoire depuis 2018) qui l'entrepose dans ses réserves.. Dès 1901, le bâtiment et son panorama sont dégradés. Le peintre Alfred Bastien y effectue une première restauration en 1923, puis une seconde en 1950, à la suite des dommages causés à la verrière lors de la guerre. L'attraction est fermée en 1963..

La grande mosquée de 1978 L'État belge ne disposant pas des moyens nécessaires à l'entretien du bâtiment, abandonné, rongé par l'humidité et ouvert à tous vents., le roi Baudouin l’offre en 1967 au roi d’Arabie saoudite Faycal ben Abdelaziz Al Saoud lors de sa visite officielle en BelgiqueGrande mosquée de Bruxelles, Charara M., Alouini M. (avec la contribution de), Centre islamique et culturel de Belgique, Bruxelles, 1993, p. 3.. La transaction est effectuée par un bail emphytéotique de 99 ans signé le sous contreseing ministériel (en vertu de l'article 106 de la Constitution), afin de transformer l'édifice en lieu de culte et centre culturel pour la communauté musulmane de BelgiqueRenaerts M. et Manço U., « Lente institutionnalisation de l'islam et persistance d'inégalités face aux autres cultes reconnus », Voix et voies musulmanes de Belgique, Publications des facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2000, p. 87. Grande mosquée de Bruxelles, Charara M., Alouini M. (avec la contribution de), Centre islamique et culturel de Belgique, Bruxelles, 1993, p. 9..

La mosquée est restaurée et réaménagée en 1975 aux frais de l'Arabie saoudite par l’architecte tunisien Mongi Boubaker. La structure de la rotonde est conservée, ainsi que le minaret, mais l'aspect du bâtiment est largement modifié. La mosquée est classée au patrimoine de Belgique par l'arrêté du . Elle est inaugurée en 1978 en présence de Khaled ben Abdelaziz Al Saoud et du roi Baudouin Dunford M, Lee P., The Rough Guide to Brussels, Penguin, 2009 , Manço U. (sous la direction de), Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2000, .Torrekens C., “Espace de la Mosquée à Bruxelles : nouveaux liens sociaux et investissement politique”, REMMM, , à 152.Torrekens C., “Espace de la Mosquée à Bruxelles : nouveaux liens sociaux et investissement politique”, REMMM, , .. Selon Florence Bergeaud-Blackler de l'Observatoire des fondamentalismesL'Observatoire des fondamentalismes a été créé à Bruxelles en 2020 par la militante laïque Fadila Maaroufi. Le député Georges Dallemagne et l'essayiste Céline Pina en sont notamment membres. Nadia Geerts en est proche. Florence Bergeaud-Blackler en est la directrice du conseil scientifique., la mosquée devient, dès lors, .

Le Centre islamique et culturel de BelgiqueSouvent confondu avec le Centre islamique belge fondé à Molenbeek-Saint-Jean par le prédicateur jihadiste Bassam Ayachi., créé à la fin des années 1950, y établit son siège en 1977Manço U. (sous la direction de), Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2000, .. Son conseil général est principalement composé de représentant de l’Arabie saoudite, dont, selon Caroline Sägesser (docteure en histoire de l'Université libre de Bruxelles, spécialiste de la laïcité) et Corinne Torrekens (docteure en sciences politiques et sociales de l'Université libre de Bruxelles, spécialiste de l'intégration des musulmans), .

L’arrêté royal du approuve l’acte constitutif de la mosquée et du CIC à Bruxelles, qui a été établi de manière conforme à la loi du (modifiée par la loi du ) tendant à accorder la personnalité civile aux associations internationales poursuivant un but philanthropique, religieux, scientifique ou pédagogiqueGrande mosquée de Bruxelles, Charara M., Alouini M. (avec la contribution de), Centre islamique et culturel de Belgique, Bruxelles, 1993, ..

La mosquée accueille en outre une école et un centre de recherche islamique dont les objectifs sont de faire connaître la foi musulmane. Le centre dispense aussi des cours d'arabe aux adultes et aux enfants.. D’autres activités tournées vers la solidarité ont lieuTorrekens C., “Espace de la Mosquée à Bruxelles : nouveaux liens sociaux et investissement politique”, REMMM, , ..

La Grande Mosquée au vignette | Les imams Abdelkader Dahmichi, Abdelhadi Sewif et Mouhameth Galaye Ndiaye de la Grande Mosquée en juin 2014. À la suite des attentats du 22 mars 2016 de Bruxelles, la mosquée est l'objet de polémiques, notamment parce que plusieurs experts en radicalisme, notamment l'islamologue Michaël Privot, la considèrent comme un foyer d'introduction du salafisme en Belgique.. Commentant les premiers résultats de la commission parlementaire d'enquête sur les attentats de Bruxelles du , le député Georges Dallemagne estime que . Il relève en outre que le comité de gestion de la mosquée est composé de « quatre représentants saoudiens sur huit et trois représentants de la Ligue islamique mondiale » dont les ont pour but de répandre l'islam wahhabite.. Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon explique toutefois sur la base d'un rapport de la Sûreté de l'État que l'on n'a pas constaté à la grande mosquée de Bruxelles de « grands problèmes » de radicalisation islamiste et que ce problème est imputable plutôt à Internet et à des lieux de culte clandestins..

En 2017, la Belgique souhaite expulser l'imam égyptien de la mosquée, Abdelhadi Sewif., jugé « très conservateur et dangereux pour la sécurité nationale ». Le secrétaire d'État Theo Francken fonde sa décision sur « des signaux très clairs » des services de renseignement, estimant « que c'est un homme très radicalisé, salafiste ».. Le , il annonce avoir retiré sa carte de séjour à l'imam.. Cependant, les faits reprochés à l'imam restent flous. et, le , le Conseil du Contentieux des Étrangers (CCE) annule l'ordre de quitter le territoire. Il considère que « lorsque l'autorité prend une décision basée sur l'existence d'une menace pour l'ordre public, elle doit faire apparaître dans la motivation de sa décision [...] en quoi le comportement personnel de l'intéressé constitue concrètement une menace actuelle, réelle, et suffisamment grave affectant un intérêt fondamental de la société. Une telle démonstration ne peut reposer sur de simples supputations ou sur des considérations générales »..

Selon Werner de Saeger, docteur en droit et théologien notamment à l'université de Cambridge, ..

Le , la Belgique résilie la convention emphytéotique avec le Centre islamique et culturel de Belgique, rattaché à la Ligue islamique mondiale.. Le ministre de la Justice Koen Geens et d'autres dirigeants belges présentent cette décision comme un moyen de promouvoir un « islam européen » qui respecte et véhicule les traditions et valeurs de la Belgique..

Selon Nadia Fadil, sociologue et anthropologue à la KUL et spécialiste de l'islam, . La chercheuse a observé une « panique morale », terme utilisé en sociologie et en criminologie pour se référer à la nécessité d’identifier un coupable..

vignette |Abdelkader Dahmichi, imam, en juin 2019 à la Grande mosquée de Bruxelles. Photographie prise lors de la récolte, par les responsables de la Grande mosquée, de la zakat al fitr en argent, juste avant la prière de la fête de la rupture du jeûne (Aïd al Fitr H1440). Le , l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), proche du gouvernement marocain avec lequel la Belgique entretient de solides liens., devient gestionnaire de la mosquée et nomme son ancien président Salah Echallaoui, lié à l'ambassade marocaine, nouveau directeur de la mosquée.. Depuis, la Grande mosquée est devenue une « arène » où les influences du Maroc et de la Turquie se font concurrence, où les services de renseignement étrangers sont à l'œuvre et où il y a des désaccords constants. Selon la Sûreté de l'État, elle n'est pas assez ouverte aux fidèles belges convertis ou originaires d'autres pays.. Le lieu accueille en moyenne une trentaine de fidèles pour les cinq prières quotidiennes et plusieurs centaines de personnes, voire plus d'un millier, le vendredi... En 2020, la mosquée al Khalil des Frères musulmans, située à Molenbeek-Saint-Jean, est devenue plus importante en termes de fréquentation, d'influence et de superficie... vignette|Entrée de la mosquée, en août 2022. Le , à la suite des pressions du nouveau ministre de la Justice et des Cultes Vincent Van Quickenborne, le directeur de la Grande mosquée Salah Echallaoui démissionne.. Cependant, fin , il apparaît qu'Echallaoui et ses partisans sont encore très actifs dans l'ombre, via une structure latérale (le CIBLe CIB (à ne pas confondre avec le Centre islamique et culturel de Belgique) est le Conseil de coordination des institutions islamiques de Belgique, organisation peu connue qui surveille le fonctionnement de l'Exécutif musulman. Salah Echallaoui joue un rôle de premier plan dans ce CIB, même après sa démission de l'Exécutif des musulmans de Belgique. Le même cercle de personnes revient en boucle dans toutes ces « institutions » liées à l'« islam des ambassades ».) qui a notamment sélectionné un nouveau directeur. Cette organisation obscure, représentative de l'« islam des ambassades »., a choisi l'imam d'origine marocaine Khalid Benhaddou, connu pour être un innovateur, qui a temporairement refusé le poste de directeur de la Grande mosquée car il souhaite aussi un rôle au sein de l'Exécutif des musulmans..

En , Vincent Van Quickenborne confie la gestion de la Grande Mosquée à un projet mené par l'islamologue Michaël Privot. De nombreux musulmans belges ont été choqués par la création de cette nouvelle organisation. nommée Conseil musulman de Belgique. L'intention du ministre à l'époque était bien de donner la mosquée au nouveau Conseil musulman de Belgique. Cependant, juridiquement, ça n'a jamais été fait.

Le 2 avril 2025, la ministre de la Justice Annelies Verlinden a dû clarifier devant la Commission Justice de la Chambre, à une question sur la Mosquée du Cinquantenaire :