thumb|Localisation du Pont par rapport à l'Europe et à l'environnement régional pontique. right|thumb|En violet : zone historique de présence laze et pontique. vignette|droite|Pays des Argonautes.
Le Pont (du grec Πόντος, de Pont-Euxin, c'est-à-dire la mer Noire pour les anciens Grecs) est une région historique de la Turquie et, selon les limites que lui accordent certains, de la Géorgie. Sa ville principale est historiquement Trabzon (Trébizonde ou de Trapézonte du grec : Τραπεζούντα), mais Samsun (Amisos) est aujourd'hui la plus peuplée avec plus de . Ce pays fut colonisé par les Grecs venus d'Ionie dès l'époque archaïque et fut par la suite un foyer isolé de culture hellénique sous une forme allogène jusque bien après la conquête ottomane du . La région fut le centre de deux puissants États au cours de l'histoire : le royaume du Pont (période hellénistique) et l'empire de Trébizonde (bas Moyen Âge).
Approche géographique Localisation et réseaux Toponymie, limites spatiales et territoriales Situé au nord-est de la Turquie, le pays du Pont a une largeur moyenne d'environ entre la mer Noire au nord, et les Alpes pontiques qui courent tout le long du littoral, plongeant dans la mer. Cela donne au Pont une forme étroite et allongée, en arc de cercle aplati, une configuration similaire à celle du Chili, mais selon un axe est-ouest.
Si le tracé des limites nord et sud de la région n'est guère difficile à établir (encore qu'on puisse discuter de l'intégration ou non du versant sud du massif pontique), il est plus délicat d'en dresser les limites à l'est et à l'ouest. Arbitrairement, on fixe généralement la limite ouest du Pont à la ville de Sinope, assez éloignée du cœur du Massif pontique, mais point le plus au nord de l'Asie mineure, délimitant bien l'arc de cercle du littoral pontique. Après Amasya, Sinope fut la dernière capitale du puissant royaume du Pont de la dynastie Mithridatide ; même si ce royaume outrepasse largement les limites du pays du Pont proprement dit, exclure Sinope serait illogique du point de vue historique. Cette définition du pays pontique, de Sinope à la Géorgie avec Batoumi, est retenue par le géographe Michel Bruneau dans son ouvrage consacré à la diaspora grecque issue de la région : cette approche est fondée sur le critère ethnique de la présence de l'élément grec dans la populationMichel Bruneau, Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 21. mais vaut aussi pour l'élément laze.
vignette|gauche|Sinope et les ruines de ses remparts, vues depuis la mer Noire. À l'est, on a souvent fixé la limite du Pont à la frontière entre la Turquie et la Géorgie mais cette frontière, purement politique et fluctuante, n'a pas de réalité physiqueJoël Charre, « La forêt de la chaîne pontique orientale », Revue de géographie alpine 62, Grenoble, 1974, p. 192.. Depuis la dislocation de l'URSS et l'ouverture des frontières, il apparaît aujourd'hui logique d'intégrer le littoral pontique de la Géorgie, ce qui correspond grosso modo au littoral de la république géorgienne autonome d'Adjarie.
Une position politique radicale, fréquente en Turquie, affirme l'inexistence du Pont comme entité géographique, non pour des raisons physiques mais davantage philologiques.. En effet, le terme Pont dérive du Pont-Euxin, c'est-à-dire du nom qu'attribuaient les anciens grecs à la mer Noire. De ce point de vue, il n'y a guère de raison de dénommer par ce nom cette seule région du littoral de cette mer, plutôt qu'une autre ; tout le pourtour de la mer Noire pourrait être qualifié de « ». Sans nier la réalité physique de l'entité géographique ici décrite, les partisans de cette thèse soulignent l'homogénéité géographique de la partie orientale du Pont (de Trébizonde à la frontière géorgienne) avec la Colchide, c'est-à-dire le littoral géorgien, Abkhazie exclue. Sinope est ainsi une ville de la Paphlagonie, autre région historique d'Anatolie.
Dans l'histoire, le pays du Pont ne forma que rarement une entité politique ou administrative. Ainsi, le royaume du Pont, de même que le Diocèse du Pont du Bas-Empire romain, s'étendaient à toute la moitié orientale de l'Asie mineureWarren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford, Stanford University Press, 1997, p. 80.. Plus tard, à l'époque byzantine, Trébizonde se trouva être la capitale du thème de Chaldée qui dépassait largement vers le sud les Alpes pontiques mais n'incluait pas Sinope ni AmisosWarren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford, Stanford University Press, 1997, p. 536..
Néanmoins, malgré ces réserves que l'on peut émettre quant à l'étendue du toponyme de « Pont », l'usage a consacré le terme pour désigner la région décrite dans cet article (cf. la revue Αρχείον Πόντου - Archeion Pontou, publiée depuis 1928 par le Comité des études pontiquesMichel Bruneau, « Les monastères pontiques en Macédoine, marqueurs territoriaux de la diaspora », Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires (sous la direction de Michel Bruneau), Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 218.).
vignette|droite|Région de la mer Noire : entité statistique turque comprenant le Pont proprement dit avec une extension vers l'ouest.
Du point de vue du découpage administratif de la Turquie, le Pont correspond approximativement aux provinces de : Sinop, Samsun, Ordu, Giresun, Gümüşhane, Trabzon, Bayburt, Rize, Artvin ainsi que l'extrême nord de la province d'Erzurum. Il existe en outre une région de la mer Noire (Karadeniz Bölgesi) comme entité statistique turque (mais non administrative — voir l'article « Régions de Turquie ») qui dépasse assez largement les limites traditionnelles du Pont, notamment vers l'ouest du pays, jusqu'à Bolu, ville située dans l'ancienne Bithynie.
Réseaux et connexions Le Pont, territoire situé entre mer et montagne, présente un réseau urbain remarquablement linéaire, les villes étant situées au débouché des vallées perpendiculaires au littoral, comme en Ligurie à ceci près qu'ici la mer est au nord et la montagne au sud. La région n'est traversée que par une route principale (la D010), comprenant quelques portions de voie rapide, qui longe le tracé côtier. Cette route actuelle reprend le tracé d'une ancienne voie romaine. Pour la partie orientale du Pont, seules trois routes franchissent le massif pontique en direction du sud et d'Erzurum : la première depuis Trabzon, par Maçka (D885), la deuxième à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Rize (D925), et la troisième depuis Hopa (en prolongement de la D010). L'ouest du Pont est davantage connecté au réseau routier turc, via la route D795 qui rejoint Ankara ou le Bosphore.
D'une manière générale, la faiblesse globale des infrastructures routières de la Turquie fait du Pont un territoire périphérique. Néanmoins, depuis la dislocation de l'URSS en 1991 et l'ouverture de la frontière géorgienne, la route du Pont est devenue le principal axe pour rejoindre, depuis l'Europe, le Caucase, l'Arménie (la frontière turco-arménienne demeurant fermée), voire l'Iran, d'autant que la route par le nord de la mer Noire est coupée par la guerre du Donbass et par la sécession de l'Abkhazie qui ont fermé les frontières.
L'acheminement du pétrole de la mer Caspienne vers la mer Méditerranée aurait pu constituer une opportunité pour les ports de la région, mais, principalement à cause de la congestion du détroit du Bosphore et des risques engendrés par le transport de substances inflammable au cœur d'Istanbul, c'est la solution d'un oléoduc reliant directement la mer Méditerranée à Ceyhan qui a été privilégiée (oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan).
Le pays du Pont constitua, avant la conquête ottomane, une étape importante du commerce entre l'Orient et l'Occident, étant l'un des débouchés occidentaux de la Route de la Soie. Ainsi le Pont était traversé par une voie romaine qui reliait Constantinople à l'Arménie, et par-delà la Perse et les Indes. Le port de Trébizonde (Trabzon) constituait le premier débouché maritime de cette route pour les caravanes arrivant du Levant et apportant les épices et les gemmes des Indes. Les Génois s'implantèrent à la même époque dans différents comptoirs pontiques comme Amisos (Samsun) pour y acquérir ces marchandises qu'ils revendaient en Occident. La conquête ottomane et les des et s qui ravagèrent l'Anatolie orientale mirent un terme à l'exploitation de cette route de commerce. .
vignette|droite|La ville moderne de Samsun : l'urbanisme témoigne bien du premier rang régional acquis par la ville en termes de démographie. thumb|Giresun, marquée, elle aussi, par une forte croissance urbaine.
Principales villes d'aujourd'hui Entre parenthèses, le nom historique francisé de la ville. En Turquie : Samsun (Amisos) : hab. (en 2007). Trabzon (Trébizonde) : hab. (en 2006). Ordu (Cotyore) : hab. (en 2008). Giresun (Cérasonte) : hab. (en 2007). Bafra (Magare) : hab. (en 2007). Rize (Rhizon) : hab. (2000). Ünye (Oinoé) : hab. (en 2008). Fatsa (Polémonion) : hab. (en 2008). Görele (Kordyle) : hab. (en 2000). Çarşamba (Tétartée) : hab. (en 2000). Akçaabat (Platanée) : hab. (en 2007). Sinop (Sinope) : hab. Gümüşhane (Argyrople) : hab. (en 2000). Artvin : hab. (en 2000). Tirebolu (Tripolis) : hab. (en 2000). Of (Ophis) : hab. (en 2008). Hopa (Chopta, Sarpe). Pazar (Athènes-du-Pont). En Géorgie : Batoumi (Bathys) : hab. (en 2006). Kobuleti : hab. (en 2009).
Relief et climat Le relief
Le relief de la région est naturellement dominé par les Alpes pontiques qui s'étirent sur près de kilomètres tout le long du rivage, avec, généralement, une seule ligne de faîte, à en moyenne de la côte. Cette chaîne n'est pas morphologiquement uniforme : on peut opposer un versant nord bien arrosé, en pente parfois douce permettant l'émergence de petites plaines aux débouchés des rivières, à un versant sud plus sec et plus abrupt. De même, la haute montagne ne commence véritablement qu'à l'est d'Ordu, ville située à peu près à mi-chemin de la longueur du massif. Les collines dominent plutôt l'arrière-pays de Sinope et Samsun, à l'ouestJoël Charre, « La forêt de la chaîne pontique orientale », Revue de géographie alpine 62, Grenoble, 1974, p. 192-193..
Le plus haut sommet des Alpes pontiques est l'antique mont Cauron, aujourd'hui Kaçkar, qui s'élève à , situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Rize. Ce sont les failles nord-anatolienne et anatolienne du nord-est qui courent le long de la chaîne.
centre|thumb|upright=3|Vue panoramique des Alpes pontiques.
Du fait de la configuration du terrain, le réseau hydrographique se caractérise à la fois par son abondance et sa médiocrité. Abondance, car le Pont est une région très humide et son territoire se trouve ainsi parcouru d'une multitude de rivières dévalant les pentes des Alpes pontiques pour se jeter dans la mer Noire. Médiocrité cependant, car l'exiguïté de la plaine littorale a pour conséquence que ces cours d'eau dépassent rarement la cinquantaine de kilomètres de longueur. Le Tchorokhi au sud-est et la rivière de Kelkit au sud-ouest font exception. À l'extrême ouest, l'ancien Halys, aujourd'hui Kızılırmak se jette en Mer Noire dans le Pont, mais ce fleuve, le plus long de Turquie avec ses , a l'essentiel de son cours en Cappadoce, plus au sud.
Le climat
thumb|upright=1.8|Habitat laze typique au cœur des Alpes pontiques. Le Pont, quoiqu'étant un territoire de dimensions réduites, est caractérisé par un climat quasi endémique appelé « climat pontique ». Néanmoins, du fait de la configuration du terrain, constitué à l'horizontale de nombreuses vallées différemment orientées vis-à-vis des vents et de l'ensoleillement, et, à la verticale, d'un étagement allant du niveau de la mer jusqu'à près de , de nombreuses variantes climatiques cohabitent dans la région.