La bataille des Quatre Bras s'est déroulée le , entre 14 et , au début de la campagne de Belgique, autour du carrefour routier du même nom, situé actuellement près de Baisy-Thy, sur le territoire de la commune wallonne de Genappe. Ce carrefour, situé à trente-quatre kilomètres de Bruxelles et à dix-huit de Waterloo, revêt une importance stratégique majeure car il marque le croisement des routes Namur-Nivelles et sud-nord Charleroi-Bruxelles.

Cette bataille opposa les troupes françaises commandées par le maréchal Ney et une partie de l'armée anglo-alliée du duc Arthur Wellesley de Wellington. Le même après-midi, la majeure partie de l'armée de affrontait les Prussiens du maréchal Blücher et remportait la bataille de Ligny, à au sud-est.

La bataille des Quatre Bras peut être considérée comme un match nul tactique, même si, le lendemain, informé de la défaite de Blücher, Wellington opéra un retrait stratégique vers le nord et Waterloo, où sera livrée, deux jours plus tard, l'ultime bataille de la campagne et de l'empereur français.

Prélude L'armée du Nord assemblée par Napoléon pour la campagne de Belgique de 1815 était trop faible numériquement pour vaincre, après leur concentration, les armées anglo-alliée et prussienne stationnées en Belgique et aux Pays-Bas. Son objectif stratégique était donc d'aller vite, de les séparer et de les battre l'une après l'autre. Ses adversaires étaient conscients de cette éventualité mais ne pouvaient, au moins jusqu'à ce que les intentions de l'Empereur fussent connues avec certitude, négliger les autres possibilités. Les Prussiens étaient ainsi soucieux de veiller sur la frontière du Rhin et les Anglais de garder l'accès à la mer et aux ports, qui leur garantissait approvisionnement et possibilité d'un embarquement. L'armée anglo-néerlandaise se trouvait donc cantonnée au sud et à l'ouest de Bruxelles, et les Prussiens, grosso modo, le long de la frontière belgo-allemande, sur une ligne Liège (Bülow)—Namur (Blücher)—Charleroi (Zieten). Plus d'un mois plus tôt, le , Wellington et Blücher s'étaient toutefois rencontrés à Tirlemont pour coordonner leur action, et convenu de concentrer, dès que Napoléon aurait fait mouvement en territoire belge, leurs forces dans la zone Nivelles/Quatre-Bras (pour Wellington) et Sombreffe/Fleurus (pour Blücher).

La veille de la bataille des Quatre Bras, le dans la matinée, les éléments de tête de l'armée française — cavalerie et marins de la Garde — ont franchi la Sambre à Charleroi et réussissent à repousser les Prussiens dans les villages surplombant la ville. Dans le courant de l'après-midi, deux divisions du corps du général Reille passent à leur tour la Sambre et avancent vers le nord et Bruxelles : les divisions Jérôme et Bachelu. Le corps prussien de Ziethen mène un combat d'arrière-garde en reculant vers Gosselies. À 20 heures, Napoléon installe son quartier général à Charleroi.

Contrairement à Wellington, le compétent major-général Constant-Rebecque, chef d'état-major du prince d'OrangeCommandant de la veldleger (armée mobile) aux Pays-Bas. Le roi des Pays-Bas avait nommé Wellington veldmaarschalk (Feld-marechal) de son armée et fait de lui le commandant suprême, mais tout ordre de Wellington doit passer par le prince et son état-major ; les structures de commandement des armées britanniques et néerlandaises se touchaient seulement au plus haut niveau. au grand quartier général néerlandais à Braine-le-Comte, a très tôt pressenti l'importance du carrefour des Quatre-Bras, et que Napoléon va chercher à s'en emparer au plus tôt. Aussi, dès l'annonce du retrait des Prussiens, ce , devant l'avance française, Constant-Rebecque a pris les dispositions suivantes : la (Bylandt) de la belgo-néerlandaise (Perponcher) gardera la route de Binche à Nivelles tandis que la (Saxe-Weimar) se chargera de celle de Charleroi à Bruxelles, et sera stationnée aux Quatre-Bras.

Saxe-Weimar arrive sur place dans l'après-midi. En face, l'avant-garde française, formée de la cavalerie légère de la Garde impériale) arrive à Frasnes en début de soirée et lance une reconnaissance des Quatre-Bras. Une escarmouche s'ensuit et le commandant français, le général Lefebvre-Desnouettes, surestime la force des troupes de Nassau — mercenaires combattant pour les Pays-Bas — qui lui sont opposées et considère que la tombée prochaine de la nuit ne permet pas de prendre le contrôle du carrefour avant le lendemain. Il se retire et en réfère à NeyHamilton-Williams a écrit cependant que Lefebvre-Desnouettes a simplement pensé que ça devenait trop sombre pour se battre et que les troupes nassauviennes auraient disparu le lendemain matin de toute façon ; cf. Hamilton-Williams, 1993, . Ceci est confirmé dans le rapport du général Lefebvre-Desnouettes au maréchal Ney du 15 juin, à 21 h. Il écrit : ; ..

vignette|gauche|redresse=1.5|Les mouvements de troupes du 15 au 17 juin 1815.

De son côté, Constant-Rebecque, une fois informé, commande à Saxe-Weimar de tenir son poste à tout prix, et en réfère aussitôt, le soir même, au prince d'Orange, alors à Bruxelles. À peu près au même moment, Wellington vient de recevoir l'information de la retraite prussienne, et a actualisé ses ordres précédents en conséquence (les after ordersIls sont appelés after orders (« (ordres) après les ordres ») parce que Wellington a déjà émis un certain nombre d'ordres « courants » de mouvement et de position ce jour-là.). Cette actualisation prescrit aux troupes néerlandaises de quitter Quatre-Bras pour Nivelles, ce qui laisse le carrefour aux Français et menace de rompre la liaison entre les armées anglo-néerlandaise et prussienne. Wellington, lorsqu'il reçoit la nouvelle de l'accrochage des Quatre-Bras, ne change pas ses ordres immédiatement. Ce soir-là, il y a un bal en l'honneur de la Duchesse de Richmond et il est hors de question que les officiers britanniques n'y participent pas. Wellington s'y rend donc avec son état-major mais demeure attentif à l'évolution de la situation. Pendant ce temps, les after orders destinés aux divisions néerlandaises continuent leur chemin et parviennent à Constant-Rebecque, à Braine-le-Comte autour de 22 h du . Celui-ci comprend alors que Wellington n'a pas saisi la gravité de la situation. Pour ne pas contredire le général en chef, il se résout à « interpréter » les ordres. Ainsi, au lieu d'éloigner les Néerlandais de Quatre-Bras, il rapproche la (Chassé) à Nivelles et place la division de cavalerie du général baron Collaert derrière La Haine. Verbalement, il prescrit au général Perponcher de tenir Quatre-Bras à n'importe quel prix. Cette initiative permet aux alliés, le lendemain , de tenir le carrefour et donc d'empêcher que l'armée prussienne ne soit prise à revers et sans doute détruite par les troupes de Ney.

Côté français, les choses ne sont pas claires. Ney, à qui est confié le commandement de l'aile gauche de l'armée impériale ((d'Erlon) et (Reille) plus la division de cavalerie légère de la Garde impériale), est un arrivé de la dernière minute : l'Empereur lui a fait écrire le 13 que, s'il voulait combattre à ses côtés, il veillerait à être présent à la première bataille. Ney a rallié immédiatement la frontière et Napoléon à Charleroi ce soir du . L'Empereur lui explique ce qu'il attend de lui et lui confirme par lettre (que Ney reçoit vers 23 heures ce soir-là des mains du général Charles de Flahaut, aide de camp de Napoléon. Il y est dit : ; cf. .. Ney doit donc non seulement improviser son commandement, ses relations avec ses subordonnés, mais aussi deviner le sens des ordres de l'empereur.

Préliminaires vignette|Carte de la bataille. Déploiement des Alliés Le général Perponcher, commandant la néerlandaise, réussit à regrouper presque toute sa division — — aux Quatre-Bras tôt dans la matinée du . Seul le de ligne se trouve encore à Nivelles avec le commandant de la brigade, Bylandt, mais ce régiment doit rallier le carrefour dès que possible. Car, en se mettant en route à deux heures du matin, et ainsi que le rapporte le chef de l'état-major de la , le colonel : . Sur place, Perponcher ordonne ses troupes pour le combat. Concernant l'infanterie, les chasseurs du sont placés en première ligne, à gauche de la chaussée de Charleroi, les deux compagnies de flanc de ce bataillon à gauche. Le de milice est placé en réserve au centre, derrière le hameau des Quatre-Bras. Le du de Nassau (que viendra soutenir, vers midi, le ), est positionné sur les hauteurs, près de la chapelle de Frasnes : l'une de ces compagnies garde le hameau, les deux autres la lisière du bois de Bossu. De cette façon, le bataillon commande tout le bois.

À six heures, deux compagnies de chasseurs se portent à la hauteur de la chapelle de Frasnes elle-même afin de la disputer à l'ennemi, cependant que deux compagnies du se postent plus loin à gauche et que les tirailleurs gagnent la lisière du Bois de Villers-Perwin pour observer l'ennemi. Le de ligne fait mouvement pour se placer à droite de ce bois que le de milice investit alors. Enfin, le de milice se poste à gauche de la chaussée de Charleroi avec mission de garder la ferme de Gémioncourt. Quant à l'artillerie, deux canons de deux livres et un obusier de l'artillerie à cheval (capitaine Bijlevelt) sont placés sur la route de Frasnes tandis qu'un obusier et un canon de six livres sont postés sur le côté droit de cette route et que les trois autres canons de six sont positionnés sur la chaussée de Namur. Les deux obusiers et quatre canons de six livres de l'artillerie à pied (capitaine Stevenart) se placent avant le hameau, deux canons soutenant l'aile droite de la première ligne.

Arrivée de Wellington Vers sept heures, le duc de Wellington et le prince d'Orange quittent Bruxelles. Wellington prescrit à son chef de l'état-major, le colonel , de lui dresser un état de la position actuelle de toutes les unités de l'armée qu'il commande. Malheureusement, l'état-major est débordé par les trois flux d'ordres de la veille et DeLancey n'a qu'une vague idée de ces positions. Pire, beaucoup de ses ordres ne sont pas arrivés à destination, et les unités concernées n'ont pas bougé, ou ne l'ont fait de leur propre initiative que tardivement. Ce dysfonctionnement explique en grande partie les retards vécus par l'armée anglo-alliée aux Quatre-Bras. Le duc lui-même rencontre la division Picton à proximité du Mont-Saint-Jean, toujours en attente, et doit ordonner lui-même à Picton de faire mouvement vers le carrefour. Il est dix heures, ce , quand Wellington et le prince arrivent aux Quatre-Bras. Là, il est informé de l'attaque exploratoire menée par la cavalerie française et approuve les dispositions prises par Perponcher, qui reçoit même les compliments du général en chef. En fin de matinée, il gagne Ligny pour une conférence avec Blücher sur la bataille à venir avec Napoléon, laissant le prince d'Orange en charge aux Quatre-Bras.

Arrivée des Français et face-à-face des belligérants