Le musée de Capodimonte (en italien Museo nazionale di Capodimonte) est l'un des musées les plus importants de Naples, et l'un des plus grands musées d'Italie. Il se situe au 1, via Miano, à l'intérieur du parc éponyme, au sein de l'ancien palais royal de Capodimonte édifié pour Charles de Bourbon, roi de Naples, par l'architecte romain Antonio Canevari.
Comptant une centaine de salles, le musée abrite des galeries d'art ancien, une d'art contemporain et un appartement historique. Pinacothèque de premier plan, elle conserve et expose des œuvres, entre autres, de Giovanni Bellini, Sandro Botticelli, Le Caravage, Parmigianino, Luca Giordano, Annibale Carracci, Artemisia Gentileschi, Francisco de Goya, Simone Martini, Masaccio, Titien, Le Greco…
On y trouve également une grande collection de céramiques et de majoliques, et, à l'extérieur, un jardin botanique et le pavillon de chasse originel.
En 2017, le musée a enregistré 262 440 visiteurs, se classant parmi les 30 musées d'État les plus visités d'Italie.
Histoire
Contexte Charles de Bourbon, qui monte sur le trône de Naples en 1734, est confronté au problème de conserver dignement les œuvres d'art héritées de sa mère, Élisabeth Farnèse, dernière descendante de la famille ducale de Parme, qui font partie de la collection Farnèse, commencée par le pape Paul III au et poursuivie par ses héritiers. Encore dispersées entre Rome et Parme, certaines œuvres, notamment celles dont la valeur dépasse les frais de transport, sont transférées au palais royal de Naples (parmi les principales, celles de Raphaël, Annibale Carracci, Le Corrège, Titien et Parmigianino) où, cependant, il manque une véritable pinacothèque. Au fil du temps, le reste de la collection est également déplacé et conservé à l'intérieur des dépôts du palais, son intégrité étant toutefois menacée par des éléments naturels comme la proximité de la mer.
Construction et premières installations En 1738, le roi décide d'ériger un pavillon de chasse (casino di caccia) sur la colline de Capodimonte, au nord de sa capitale. Très vite, il s'oriente finalement vers la construction d'un véritable palais, la Reggia di Capodimonte, d'après les plans d’Antonio Canevari et de Giovanni Antonio Medrano, l'architecte du Teatro San Carlo de Naples, destiné à servir de musée. Parallèlement, une équipe d'experts définit les espaces intérieurs pour aménager la collection ; le projet prévoit que les œuvres seront conservées dans les salles exposées au sud, sur la mer. Dès l'origine, Capodimonte a donc une vocation muséale.
La construction est encore inachevée quand les premières toiles sont installées en 1758, dans douze grandes salles, réparties par artistes et écoles de peinture. On ignore cependant quelles œuvres exactement sont exposées dans le musée, les registres de l'époque ayant été détruits lors la seconde Guerre mondiale. Parallèlement, l'Académie royale de dessin est créée en 1755, dont la direction est confiée au peintre Giuseppe Bonito.
Fin des travaux vignette|redresse|Giuseppe Bonito, Portrait de Charles de Bourbon, vers 1745, Colección Fundación Banco Santander, Madrid. vignette|redresse|Antonio Joli, Ferdinand IV à cheval avec sa cour, devant le palais de Capodimonte, musée de Capodimonte. Les travaux avancent lentement et se poursuivront tout au long du siècle en raison des difficultés d'acheminement des matériaux issus des carrières de Pianura, à l'ouest de Naples. Dès 1758, les collections sont transférées dans la partie existante du palais. En 1760, Ferdinand IV confie à l'architecte Ferdinando Fuga l'agrandissement du palais et l'aménagement du parc.
En 1759, le reste de la collection est transféré : des cartons préparatoires des fresques de la chapelle Pauline de Michel-Ange et de la chambre d'Héliodore au Vatican de Raphaël, des peintures de Giorgio Vasari, Andrea Mantegna et Masolino da Panicale. Parmi les visiteurs de l'époque figurent Jean-Honoré Fragonard, le marquis de Sade, Joseph Wright of Derby, le sculpteur Antonio Canova (en 1780), Johann Wolfgang von Goethe et Johann Joachim Winckelmann.
Vers la fin des 1770, avec le transfert d'autres pièces de la collection Farnèse, le musée compte vingt-quatre salles ; de nouvelles peintures sont également achetées, les premières de peintres du Sud, comme Polidoro da Caravaggio, Cesare da Sesto, José de Ribera, Luca Giordano, ainsi que des panneaux de Anton Raphael Mengs, Angelica Kauffmann, Élisabeth Vigée Le Brun et Francesco Liani, tandis qu'en 1783 est achetée la collection du comte Carlo Giuseppe di Firmian, contenant environ vingt mille gravures et dessins d'artistes tels que Fra Bartolomeo, Perin del Vaga, Albrecht Dürer et Rembrandt.
En 1787, sur les conseils du peintre de la cour Jacob Philipp Hackert, un laboratoire de restauration des peintures est créée, confié d'abord à Clemente Ruta, puis à Federico Andres.Le Règlement du musée de Capodimonte est établi en 1785 : les horaires d'ouverture, les devoirs des gardiens, la responsabilité du dépositaire, l'accès aux copistes ; l'accès n'est pas ouvert à la population, ce qui s'est déjà produit dans d'autres musées bourboniens, sauf avec un permis délivré par la Secrétairerie d'État.
À la fin du , alors que le musée abrite environ mille huit cents tableaux, la décision est prise de créer un centre muséal napolitain unique. Le choix se porte sur le Palazzo degli Studi, le futur musée archéologique national de Naples, où les travaux pour la nouvelle utilisation publique commencent dès 1777, confiés à Ferdinando Fuga, avec l'intention d'y transporter l'ensemble des collections Farnèse et de l'Académie Ercolanese, cette dernière ayant été constituée à la suite des découvertes archéologiques des fouilles de Pompéi, Herculanum et Stabia, et d'en faire le siège de la bibliothèque et l'académie.
La République parthénopéenne et la décennie française vignette|redresse|François Gérard, Portrait de Joachim Murat, vers 1800-1810, musée de Capodimonte. En 1799, lors de l'arrivée des Français à Naples et la brève République parthénopéenne, Ferdinand IV s'enfuit à Palerme en emportant les quatorze pièces les plus précieuses des collections. Le palais est occupé par les troupes du général Jean-Étienne Championnet. Les soldats français pillent de nombreuses œuvres : sur les mille sept cent quatre-vingt-trois tableaux qui font partie de la collection, dont trois cent vingt-neuf de la collection Farnèse et le reste constitué d'acquisitions bourboniennes, trente sont destinés à la République, tandis que trois cents autres sont vendus, notamment à Rome. De retour à Naples, Ferdinand ordonne à Domenico Venuti de retrouver les œuvres pillées ; les rares récupérées ne retournent cependant pas à Capodimonte, mais au Palazzo Cellammare, le nouvel emplacement choisi comme musée de la ville.
Entre 1806 et 1815, pendant l'occupation française, la Reggia est privée de sa fonction muséale et devient la résidence exclusive des rois de Naples, Joseph Bonaparte (1806-1808) et Joachim Murat (1808-1815) : l'ensemble des collections est déplacé à l'intérieur du Palazzo degli Studi (MAN), même si, pour meubler les nouvelles salles du palais, des peintures provenant de monastères supprimés comme l'église Santa Caterina a Formiello, l'église Sainte-Anne-des-Lombards et la basilique San Lorenzo Maggiore sont utilisées, à tel point que Joachim Murat émet l'hypothèse de la création d'une pinacothèque à Capodimonte, dans le but, comme il dit lui-même : .
Restauration des Bourbons Même avec la restauration des Bourbons en 1815, le palais de Capodimonte continue à remplir sa fonction résidentielle : les murs des pièces sont ornés de peintures envoyées par de jeunes artistes napolitains envoyés à Rome pour étudier aux frais de la Couronne, et qui peuvent ainsi montrer leurs progrès. En 1817, la collection du cardinal Borgia arrive au palais, fortement désirée par Murat mais dont l'achat est finalisé par Ferdinand. Dans ces années, les exemples de dispersion d'œuvres appartenant à l'ancien musée ne manquent pas, comme celles données à l'université de Palerme en 1838 ou la vente de la collection de Léopold de Bourbon-Siciles, frère de , à son gendre Henri d'Orléans, pour régler ses dettes de jeu puis transféré au château de Chantilly.
Ferdinand IV, revenu de son exil sicilien, relance les travaux dans le parc et le palais : ceux-ci sont exécutés par de nombreuses artisans, peintres et sculpteurs, qui œuvrent en particulier dans le Salone delle Feste. Lorsqu'en 1825 François accède au trône, la poursuite des travaux est confiée à l'architecte de la maison royale Antonio Niccolini. De 1826 à 1836, celui-ci réalise ainsi l'escalier monumental extérieur qui relie le Tondo di Capodimonte au palais, mais également la façade ouest (1828), la palazzina dei Principi pour les membres de la famille royale, le jardin à l'anglaise , et les décorations de la salle de bal et du Salottino pompeiano.
Après le Risorgimento Avec le Risorgimento, après l'expédition des Mille par les Piémontais et la chute des Bourbons en 1861, Capodimonte devient un palais de la maison de Savoie, qui ajoute une très importante collection d'armes historiques, notamment d'armes à feu. Annibale Sacco est nommé directeur de la Maison Royale ; le palais de Capodimonte, en plus de continuer à remplir son rôle de demeure., retrouve, quoique officieusement, une fonction de musée. vignette|redresse|salon de porcelaine de style chinois de Marie-Amélie de Saxe, 1757-1759. De nouvelles pièces sont ajoutées aux collections d'art, Domenico Morelli étant chargé des nouvelles acquisitions. Après la vente d'environ neuf cents tableaux, Annibale Sacco et ses collaborateurs Domenico Morelli et Federico Maldarelli, transfèrent de nombreuses porcelaines et biscuits dans les salles du palais ; des peintures de l'école napolitaine, qui en un peu plus d'un an vingt ans dépassent les six cents unités, et plus d'une centaine de sculptures sont installées dans l'aile nord-ouest : toutes les œuvres sont disposées chronologiquement, selon les normes muséales modernes, dans les salles autour de la cour nord, créant une sorte de pinacothèque au rez-de-chaussée. En 1864, la collection d'armes farnésiennes et bourboniennes est transférée ; en 1866, c'est au tour du salon de porcelaine de style chinois de Marie-Amélie de Saxe, initialement installé dans une pièce du palais royal de Portici, et en 1880, les tapisseries tissées par la Manufacture Royale et les animaux de la crèche de l'artisanat napolitain sont transférés. Le palais de Capodimonte redevient un centre culturel napolitain, à tel point qu'en 1877 une fête y est organisée à l'occasion de l'exposition nationale des Beaux-Arts. En 1877 un pavement en marbre d'époque romaine y est transféré depuis une villa romaine de Capri, la villa Jovis.
vignette|redresse|Façade arrière. La muséification se ralentit au début du : le palais devient la résidence permanente de la famille du duc d'Aoste, tandis que les collections qui formeront le noyau du futur musée sont encore rassemblées dans le Palazzo degli Studi, qui, avec l'unification de l'Italie prend le nom de Musée National. Malgré l'achat d'œuvres de peintres comme Masaccio, en 1901, et Jacopo de' Barbari, entre les années 1920 et 1930, le pic des aliénations est atteint : celles-ci sont réalisées soit pour satisfaire les demandes avancées par Parme et Plaisance, comme une sorte de compensation pour ce que Charles de Bourbon a pris, soit pour meubler les pièces des sièges institutionnels de l'État italien, comme le palais du Quirinal, le palais Montecitorio, le palais Madame (Rome), les ambassades à l'étranger et les universités.