Cet article contient des informations sur la démographie de la Turquie, incluant, entre autres, des statistiques démographiques sur les natalités, les mortalités, les migrations ainsi que sur les groupes culturels, ethniques et religieux.

Évolution de la population +Évolution récente de la population.Année Population(au 31 décembre) Évolution 2015 2016 + 1,36 % 2017 + 1,25 % 2018 + 1,48 % 2019 + 1,40 % 2020 + 0,55 % 2021 + 1,27 % 2022 + 0,71 % 2023 + 0,11 % 2024 + 0,34 % 2025 + 0,50 %

Les projections ci-dessous ont été réalisées en 2018 par l'Institut statistique de Turquie. +Projections (2018) Année Population2023204020602080

Évolution des principaux indicateurs démographiques +Projections des Nations unies. Période Naissances annuelles Décès annuels Solde naturel annuel Taux de natalité (‰) Taux de mortalité (‰) Solde naturel (‰) Indice de fécondité Taux de mortalité infantile 1950-1955 48.4 18.8 29.6 6.30 167.4 1955-1960 46.9 18.4 28.5 6.15 163.9 1960-1965 44.3 17.6 26.7 6.05 160.5 1965-1970 40.3 16.7 23.6 5.70 156.9 1970-1975 38.7 15.0 23.7 5.30 141.3 1975-1980 36.4 13.0 23.4 4.72 119.4 1980-1985 33.8 10.8 23.0 4.15 96.7 1985-1990 27.7 8.8 18.9 3.28 78.0 1990-1995 25.1 7.7 17.4 2.90 63.0 1995-2000 22.6 6.5 16.1 2.57 45.5 2000-2005 19.7 5.7 14.0 2.23 31.4 2005-2010 18.7 5.5 13.2 2.15 24.0

Natalité +Évolution des principaux indicateurs au cours des dix dernières années Année Naissances Taux de natalité(pour ) Indice de fécondité(enfants par femme)2015 17,1 2,162016 16,6 2,112017 16,2 2,082018 15,4 2,002019 14,4 1,892020 13,4 1,772021 12,9 1,712022 12,3 1,632023 11,3 1,522024 11,0 1,492025 10,4 1,42

vignette|Taux de fécondité par province en 2024. vignette|Pyramide des âges en Turquie en 2017. La province ayant le taux de fécondité le plus élevé en 2025 est Şanlıurfa avec par femme.

La baisse de fécondité entre 2001 et 2008 est notamment due à la baisse de près de 17 % du nombre des naissances dans le sud-est de la Turquie, à majorité kurde.. Cette baisse est à mettre en relation avec l'augmentation de l'offre, en matière de santé, proposée par le gouvernement turc (contraception…) et le début du planning familial, inexistant jusqu’alors, dans cette région.

Composition ethnique et religieuse

+Population de la Turquie en fonction de la langue maternelle Langues Recensement 1935. Recensement 1945. Recensement 1965 Nombre % Nombre % Nombre %Turc 13,828,000 87.5 16,598,037 88.328,175,57990.2 Kurde 1,473,000 9.3 1,476,562 7.92,108,7216.9 Zazaki 147,7070.5 Arabe 145,000 0.9247,2041.3368.9711.2 Grec 109,000 0.788,6800.549.1430.2 Adyguéen 92,000 0.666,6910.457,3370.2 Ladino 79,000 0.551,0190.39,1240.0 Arménien 77,000 0.556,1790.332,4840.1 Laze 46,9870.327,7150.1 Géorgien 40,0760.232,3340.1 Abaza 8,6020.010,6430.0 Autres 110,1370.6157,4490.5 Total 15,803,000 18,790,174 31,391,207

Histoire Durant les siècles ottomans et notamment depuis l'âge d'or de cet empire (), un système dit « des Millets » (« nations » au sens confessionnel du terme) fut mis en place : il n'y avait pas de statistiques ethniques ou religieuses à proprement parler, mais la collecte de l'impôt, notamment du haraç, a produit des registres qui nous renseignent sur la démographie de l'époqueGábor Ágoston et Bruce Masters, article « Millet » in Encyclopedia of the Ottoman Empire, ed. Holmes & Meier 1982, pp. 383–4.. Ce système était conforme au droit islamique, avec les notions de Dar-al-Islam (« maison de la soumission à Dieu » ou monde islamique : les musulmans), Dar-al-Ahd (maison de la trêve ou monde des soumis ou Dhimmis, des vassaux et des alliés, avec lesquels les musulmans sont en paix) et Dar-al-Harb (« maison de la guerre » ou monde ennemi avec lequel les musulmans sont en conflit). Les Millets non-musulmans s'intègrent dans le Dar-al-Ahd en tant que Dhimmis. Le premier millet : Rum milleti, reconnu dès la prise de Constantinople (1453), correspondait à l'Église orthodoxe. Le second à être reconnu, au moment de la prise de Trébizonde (1461), fut le millet arménien (millet-i sadika, « millet fidèle », avec juridiction sur tous les chrétiens d'Orient (assyriens, coptes, syriaques, catholiques et même bogomiles). Le troisième fut le millet juif, dès la fin du (mais sans charte officielle avant 1839). Au et au début du , d'autres millets furent créés pour les Églises chrétiennes d'Orient, pour les uniates (un millet catholique unique reconnu par le Traité d’Andrinople de 1829, confirmé par un firman de 1830), pour les protestants (arméniens, assyriens ou arabes)Dimitris Stamatopoulos, « From Millets to Minorities in the 19th century Ottoman Empire: an Ambiguous Modernization », in S. G. Ellis, G. Hálfadanarson, A.K. Isaacs (dir.), Citizenship in Historical Perspective, éd. Plus, Université de Pise 2006., mais aussi pour deux communautés juives « hétérodoxes » : les karaïms, reconnus comme millet par le sultan Abdul-Hamid en 1900, puis en Égypte en et les samaritains, reconnus à la fin du en PalestineBenjamin Braude et Bernard Lewis, Christians and Jews in the Ottoman Empire, tome 1, Holmes & Meier, New York 1982, ..

Pour sa part, la République Turque, en adoptant la laïcité le , a aboli ce système, mais pas les statistiques ethno-religieuses : jusqu'en 1965, la langue, la religion et l'ethnie sont recensées avec précision et rendues publiques.. Au , ces données sont toujours recueillies mais sont désormais confidentielles : il est donc impossible de donner des chiffres précis en ce qui concerne l'appartenance linguistique, ethnique et religieuse. vignette|Didar-ı Hürriyet kurtarılıyor (la Liberté sauvée) : lithographie célébrant la révolution jeune-turque et représentant les sources d'inspiration du mouvement, Midhat Pacha, le prince Sabahaddin, Fuad Pacha et Namık Kemal, les chefs militaires Niyazi Bey et Enver Pacha, ainsi que le slogan « Liberté, égalité, fraternité » (hürriyet, müsavat, uhuvvet en turc, ελευθερία, ισότης, αδελφότης en grec). vignette|Langues parlées en Turquie en 1910. vignette|Langues parlées en Turquie en 2021. vignette|Des Turcs a Istanbul. Par ailleurs, le nationalisme qui s'est développé dans toutes les communautés depuis le Kapriel Serope Papazian, Patriotism Perverted, Boston, Baikar Press, Boston 1934. au sein des « renaissances culturelles » des minorités (grecque, bulgare et autres) et de la majorité (mouvement des Jeunes-Turcs et autres réformistes, kémalisme)Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes, Institut français d'études anatoliennes, Maisonneuve et Larose, Paris 2007. s'est historiquement traduit par un recul territorial de l'Empire ottoman confronté notamment à l'impérialisme russe et culminant au traité de Sèvres par une quasi-partition de la Turquie, abolie de justesse par le Traité de Lausanne (1923), mais au prix d'échanges de populations obligatoiresJustin McCarthy, The Ottoman peoples and the end of empire, coll. « Historical endings », Arnold Oxford Distributed by St. Martin's Press, Londres 2001, ou ., de sorte que les questions démographiques restent jusqu'à nos jours politiquement très sensibles et donc sujettes à manipulations selon les propagandes des uns ou des autres..

La plupart des démographes admettent ce que les nationalistes réfutent : la majorité des « Turcs d'origine turque » contemporains ne sont pas de « purs Turkmènes » venus d'Asie centrale mais descendent des populations qui vivaient depuis des siècles en Anatolie ou dans les Balkans, et qui, au fil des siècles, furent assimilées par les OttomansToutefois, une partie des nationalistes a intégré l'assimilation des populations autochtones d'Anatolie et des Balkans en l'inversant, c'est-à-dire en affirmant que les Hittites, les Thraces, les Troyens, les Louvites, les Mysiens, les Lydiens, les Cariens, les Phrygiens ou les Commagènes seraient, en fait, des Turcs : cette position est appelée par les historiens « protochronisme » : cf. Erol Özkoray, Turquie : le putsch permanent, éd. Sigest, 2010. en adoptant l'islam ou la langue turque ou les deux, de la même façon que les Arabes assimilèrent au Maghreb une bonne partie des populations berbères. En 1914, ce lent processus n'était toujours pas achevé en « Anatolie orientale » (Doĝu Anadolu), appellation officielle qui comprend le Kurdistan turc, le pays pontique et des régions peuplées jusqu'au génocide de 1915-1916 d'Arméniens et d'autres minorités non-turques, où vivraient encore au quelques dizaines, voire centaines de milliers de musulmans arménophones (Hémichis convertis depuis le et le ) et hellénophones (Pontiques musulmans), ainsi que, peut-être, des crypto-chrétiensZeynep Türkyılmaz, Les Grecs crypto-chrétiens du Pont, entre islam et christianisme, Repair 28-11-2016, ..

En outre, au cours de leur histoire, l'Empire ottoman et la République turque ont accueilli des centaines de milliers de réfugiés, tradition fort ancienne relevant du zakāt () qui est l'un des « cinq piliers » de la foi musulmane : juifs séfarades chassés d'Espagne après 1492 ; réfugiés polonais et hongrois après chaque insurrection réprimée par l'Empire russe (il existe encore sur le bord du Bosphore une localité polonaise, Adampol, Polonezköy ou Polonez Köy), notamment celle de 1848 ; Russes appartenant à des communautés religieuses dissidentes persécutées pendant l'ère tsariste ou la période soviétique ; juifs ashkénazes fuyant les pogroms de Biélorussie, en Ukraine et en Russie ; juifs fuyant l'Europe sous domination nazie pendant la Shoah, avec des tragédies comme celles du Struma ou du Mefküre dont les passagers, ne disposant pas de visas britanniques pour la Palestine, étaient personæ non gratæ comme « citoyens des pays de l'Axe », et dont les navires furent coulés en mer Noire par des sous-marins soviétiques) ; révolutionnaires socialistes persécutés pendant l'ère tsariste, puis communistes idéalistes, trotskystes ou démocrates persécutés pendant la période soviétique ; réfugiés musulmans (Muhadjirs) en provenance de régions naguère dominées par des États musulmans et conquises par des États chrétiens : mudéjars espagnols de l'ancienne Al-Andalus, Tatars, Circassiens et Tchétchènes de l'Empire russe, partisans algériens d'Abdelkader ibn Muhieddine, mahdistes soudanais, Turkmènes, Kazakhs et autres peuples de langues apparentées au turc en Asie centrale fuyant l'URSS, puis quelques milliers d'Afghans, et même des Kazakhs et des Ouïghours fuyant la Chine communiste. Il y a également plus d'un million de musulmans des Balkans (Turcs, Bosniaques, Albanais, Pomaques, musulmans de Grèce ou de Bulgarie…) fuyant les nouveaux pouvoirs chrétiens depuis 1920Alexandre Adler, Rendez vous avec l'Islam, .'.

Aujourd'hui, un pourcentage non négligeable de la population turque descend de réfugiés venus des Balkans, de Crimée, du Caucase ou d'autres régions européennes. De même, une partie des immigrés originaires de Turquie en Europe occidentale sont eux-mêmes issus de ces migrations, tout comme leurs homologues grecs d'ailleurs, parmi lesquels de nombreux Micrasiates et Pontiques ou leurs descendants.

Données génétiques

L'analyse en composantes principales de plus de de SNP confirme les données historiques : l'ascendance génétique des Turcs est à 38% européenne, 35% moyen-orientale, 18% sud-asiatique et 9% d'Asie centrale. La structure génétique dans les échantillons observés était homogène et unique.

Aujourd'hui