La cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Nevers est une cathédrale catholique située à NeversAdresse : rue du cloître Saint-Cyr, rue Abbé Boutillier, rue de la Cathédrale, rue de la Basilique. dans la Nièvre en Bourgogne (France). Elle est dédiée à saint Cyr (), martyr en 304 à l'âge de trois ou quatre ans, et à sa mère sainte Julitte (), également martyre.

Elle est aussi un monument historique, et le siège du diocèse de Nevers.

Le culte de saint Cyr et sainte Julitte à Nevers

Martyrs des premiers siècles de l'ère chrétienne, Cyr et Julitte furent suppliciés vers l'an 304, au cours des dernières grandes persécutions ordonnées par l'empereur romain Dioclétien. Leur martyre eut lieu à Tarse, ville natale de l'apôtre Paul, située dans le sud de l'actuelle Turquie. Leur vie est semi-légendaire, mais l'authenticité de leur martyre est incontestable.

Très vite après leur mort, leur culte et la vénération de leurs reliques se répand dans tout le bassin méditerranéen, en Syrie, en Palestine, en Ibérie (actuelle Géorgie), en Pont, en Lydie et jusqu'en Italie où une église est consacrée à saint Cyr dès le . Le culte des deux martyrs se répand en Gaule à partir du ; Amateur d'Auxerre, évêque d'Auxerre entre 386 et 418 (qui a fait le voyage en Asie mineure en compagnie de saint Savin, lequel se fixe ensuite dans le Poitou) rapporte des reliques des deux saints, offre un bras de saint Cyr à saint Savin et distribue d'autres reliques à divers églises (Toulouse, Arles, etc.).

Jérôme, évêque de Nevers de 800 à 816, place son action pastorale et la restauration de son diocèse sous le patronage de saint Cyr et va chercher des reliques de celui-ci et de sa mère à Auxerre et dans le Poitou ; les reliques sont accueillies à Nevers dans la liesse générale. La cathédrale de Nevers leur est officiellement consacrée au début du .

Le roi des Francs Raoul, qui fut duc de Bourgogne, fait enchâsser d'or le chef de saint Cyr sous l'épiscopat de Tedalgrin, évêque de Nevers de 928 à 947. En 1594, toutes les reliques de saint Cyr et de sainte Julitte possédées à Nevers sont réunies dans un seul reliquaire. En 1793, le reliquaire est caché à Nolay pour échapper à la destruction par les révolutionnaires. Conservées alors dans une boite modeste, les reliques sont en 1861 placées dans un magnifique reliquaire néobyzantin inauguré en grande pompe le , jour de la Saint-Cyr. Ce reliquaire est placé en 1872 dans le ciborium du nouvel autel de la cathédrale à la suite d'un vœuPendant la guerre de 1870, Théodore-Augustin Forcade fit le vœu d'offrir un nouvel autel en l'honneur de saint Cyr et sainte Julitte si la ville était protégée de l'invasion prussienne de Théodore-Augustin Forcade, évêque de Nevers à l'époque. Le reliquaire a disparu dans le bombardement du D'après une notice placée dans la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Nevers..

Histoire Implantation sur un lieu religieux païen La butte de Nevers a été très tôt un site religieux. Les vestiges d'un temple gallo-romain dédié à Janus ont été découverts vers 1904, lors de fouilles archéologiques au pied de l'édifice.

Le diocèse est établi à Nevers au avec la construction d'un premier édifice dédié à saint Gervais et saint Protais. L'édifice a été orienté le chœur à l'ouest. Cette disposition particulière peut s'expliquer par la nécessité primordiale de s'implanter sur le site païen, sans pour autant tourner le dos à la ville. Or à cette période, l'emprise de la ville reste limitée et l'orientation de l'édifice aurait mis l'entrée à l'opposé du centre politique, côté des remparts. Autre explication : les premiers chrétiens du construisaient leurs églises sur le modèle des basiliques civiles romaines : un rectangle, avec à l'ouest une partie semi-circulaire, voûtée, où siégeait, face à l'est, celui qui présidait l'assemblée.

La légende du songe de Charlemagne vignette|Bas-relief polychrome de la « Légende du sanglier ».

À la fin du , l'édifice est en très mauvais état.

La légende raconte que Charlemagne aurait rêvé être poursuivi en forêt par un sanglier furieux et qu'en implorant l'aide céleste, un enfant à demi-nu aurait promis de le sauver s'il lui donnait un vêtement. Le monarque acceptant, l'enfant s'en serait allé, à califourchon sur le sanglier. À son réveil, Charlemagne aurait convoqué ses conseillers et leur aurait raconté ce rêve. Parmi eux, Jérôme de Nevers, évêque de Nevers, expliqua au roi que l'enfant qu'il avait vu était saint Cyr, que le voile demandé représentait la restitution des biens confisqués de l'Église ainsi que la restauration de la cathédrale qui, dès lors, est consacrée à saint Cyr et à sa mère sainte Julitte. Charlemagne, touché, versa argent et biens au diocèse de Nevers. L'édifice fut reconstruit.

Les reliques de saint Cyr et de sa mère sainte Julitte furent amenées, durant cette période, en deux fois. La première depuis l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe où plusieurs communautés religieuses placèrent leur trésor à l'abri des invasions. Un évêque de Nevers, peut-être Heriman (841–860) aurait obtenu une portion de saint Cyr. La seconde eut lieu sous le règne du roi des Francs Raoul (923–936), quand les corps de saint Cyr et de sa mère saint Julitte furent amenés depuis l'église Saint-Amatre d'Auxerre où saint Amatre les avait déposés après son retour d'Antioche avant 418. Lors de la seconde translation des reliques du saint dans le premier tiers du , des miracles eurent lieu à Nevers, sans que l'on en connaisse le détail.

Cet épisode est relaté dans la cathédrale sur le dernier chapiteau de la nef, côté sud, et sur le pignon du chevet roman, reconstruit par l'architecte Victor Ruprich-Robert à la fin du .

Aux vignette|gauche|Vue intérieure de la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte.

Au début du , le groupe cathédral se présente sous la forme d'un narthex à deux travées voûtées, donnant au nord sur un baptistère polylobé, dont la fondation remonterait au et au sud sur la chapelle épiscopale Saint-Jean construite en bel appareil de pierre. L'église cathédrale se compose d'une nef probablement charpentée, d’un transept de même et d'un chœur composé d'une crypte semi-enterrée et d'une tribune haute, disposition héritée des édifices de la renaissance carolingienne (ex. : l'abbaye de Saint-Riquier, dans la Somme). Deux tours flanquent les façades orientales du transept, au nord et au sud.

Après un incendie en 1211 qui détruisit de larges portions de la cathédrale, L'évêque Guillaume de Saint-Lazare la reconstruisit dans le style « nouveau » gothique. La cité de Nevers s'est développée, son enceinte s'est agrandie et l'édifice peut désormais être envisagé orienté (chœur vers l'est).

La construction nouvelle présente une élévation à trois étages : grandes arcades, triforium aveugle et baies hautes. Une des spécificités de cette architecture réside dans la présence de statuettes adossées aux colonnettes des baies hautes et du triforium représentant les Neversois de l'époque dans la diversité de leur condition (gentilshommes, paysans, ecclésiastiques…).

Le chœur et le transept roman, moins atteints par l’incendie ont été conservés. Durant les travaux de reconstruction, ils présentaient l’avantage certain de pouvoir poursuivre l’exercice du culte. Une fois les travaux terminées, il aura certainement manqué une volonté ferme ou des crédits conséquents pour édifier une façade appropriée.

La présence d'un transept gothique à l'est, en plus du transept roman toujours existant, n'est pas réellement prouvée. L'édifice actuel comporte de nombreux vestiges notamment sculptés au nord et au sud, mais rien ne permet d'affirmer que ce transept ait été complètement terminé avant la reconstruction du chœur gothique au après de nouveaux incendies en 1228 et 1308. En effet, un nouveau chœur est édifié dans le style gothique rayonnant mais sans transept. Les remplages des baies sont plus élaborés, et le triforium désormais ajouré inonde l'édifice de lumière. Si l'on regarde en plan la cathédrale, on remarque que le chœur gothique ne respecte pas l'axe général de l'édifice. Cette particularité a fait l'objet de plusieurs hypothèses tant d'ordre mystique qu'architecturales ou géologiques sans qu'une explication claire ne se distingue.

La reconstruction de la cathédrale, au après l'incendie de 1308 a été rapide puisqu'en 1331, Pierre La Palud, patriarche latin de Jérusalem, consacra l'édifice.

La construction d'une tour sur le flanc sud de la nef commença dès le début du . Le plan laisse clairement apparaître qu'une autre tour devait être érigée pour le flanc nord, en remaniant les restes d'une chapelle. La tour est aussi le signe de la préparation d'une façade occidentale qui ne sera jamais construite.

Du vignette|La chapelle de l'Immaculée Conception, (son décor actuel date de 1876).

Au , des chapelles rayonnantes sont édifiées dans le chœur gothique. La chapelle de l'Immaculée Conception date du et atteste que cette croyance était largement répandue en Nivernais bien avant que l'Église catholique n'en fasse un dogme en 1854. Sa décoration actuelle date de 1876.

De nouvelles chapelles sont également ajoutées le long de la nef au , comme la belle chapelle des Fontenay datée de 1550. Elles sont de style gothique flamboyant. Le mobilier s'enrichit d'un orgue (disparu hormis quelques fragments de buffet), d'un beau jacquemart à automates et d'un décor de chœur : des stalles et un maître-autel en pierre et en albâtre qui est réalisé vers 1580 par un artiste flamand : Jean de Borset.

À cette même période a également repris le chantier de reconstruction de la tour sud. Partiellement rhabillée de pierre de taille en partie basse au , les travaux sont relancés sous l'épiscopat de Jean Bohier et terminés en 1528 sous celui de Jean III de Navarre. La tour prend, alors, le nom de « Tour Bohier ». La tour nord, rabaissée et simplement couverte d’un pan de tuile canal se fond, aujourd’hui, dans la silhouette de l'édifice. Elle renferme toutefois un des plus vieux escaliers de la cathédrale en « vis de Saint Gilles » (par référence à Saint-Gilles du Gard).

Une chapelle couverte d'une voûte lambrissée avec des entraits à engoulants est édifiée dans l'angle sud-ouest du chœur roman. Cette chapelle, utilisée par le chapitre et contigu aux bâtiments épiscopaux, servira au de salle de catéchisme avant d'être démolie au début du dans cette mode hygiéniste qui prescrira le percement de l'actuelle rue de l'Abbé-Boutillier.

Le ne semble pas avoir marqué le bâtiment de modifications notables. De nombreux vestiges de clôture en ferronnerie et des éléments sculptés de tombeaux datent néanmoins de cette période.

Période faste avant la Révolution Dans la seconde moitié du , l'évêque de Nevers Jean-Antoine Tinseau lance une importante campagne de restauration : l'édifice couvert en tuile plate de bourgogne est recouvert en noble ardoise. La charpente est sans doute également refaite à cette époque. Un campanile en arcature de plomb et bulbe d'ardoise, orné de feuillages et de rayons en plomb doré est rajouté sur le toit de la nef, raccordé au jacquemart du chœur.