vignette|Panneau stop bilingue, en français et en anglais, à Ottawa (Canada). Le bilinguisme est la capacité d'un individu d'user couramment deux langues, et d’alterner entre elles selon ses besoins. Par extension à un territoire, le bilinguisme est la coexistence de deux langues officielles dans un même État. Le bilinguisme constitue la forme la plus simple du multilinguisme, qui s'oppose à l'unilinguisme.

Bilinguisme individuel

Une personne bilingue, dans le sens le plus large, est celle qui peut communiquer en deux langues, que ce soit sous une forme active (la parole et l'écriture) ou passive (par l'écoute et la lecture), cependant l'individu ne doit pas forcément exceller dans les 2 langues afin de pouvoir être considéré comme bilingue.

Le terme s'applique aux gens capables de communiquer, même de façon inégale et avec des petites erreurs, dans chacune des deux langues.

Les locuteurs bilingues ont acquis et maintenu au moins une langue pendant l'enfance, la première langue (L1). La première langue (parfois également désignée sous le nom de langue maternelle) est acquise sans enseignement conventionnel. Il est possible que les enfants aient et maintiennent plus d'une première langue.

Certains linguistes plaident pour la définition maximale qui signifie que les « vrais » bilingues sont aussi bien capables de s'exprimer dans une langue que dans l'autre et ont une connaissance identique des deux langues. D'autres plaident pour la définition minimale, basée sur l'utilisation correcte de phrases dans les deux langues pour la communication courante. Encore d'autres considèrent bilingues ceux capables de penser naturellement dans une langue comme une autre.

Il est rare que le bilinguisme parfait existe, souvent la personne bilingue aura une langue plus dominante dans son système cognitif selon son expérience de vie. De plus, le bilingue peut mieux performer dans une compétence qu'une autre dans sa première langue, alors que l'inverse se produit dans le cas de sa seconde langue. Par exemple, la personne se débrouille très bien dans la compétence de production orale et écrite en anglais, mais elle ne connaît que les bases pour la compétence réceptive. Cependant, ce même individu maîtrise couramment le français dans la réception orale et écrite, bien qu'il éprouve de la difficulté à produire ce savoir dans cette deuxième langue. Tout dépend du contexte dans lequel cette personne a appris cette langue.

Langue maternelle (L1)

Langue maternelle, langue natale ou langue première désignent tous la première acquisition linguistique d’un enfant. C’est la langue de communication utilisée avec l’enfant avant qu’il n'apprenne à parler. C’est à travers les interactions de son entourage que l’enfant assimile de façon naturelle la langue entendue. Une bonne maîtrise de la langue maternelle est essentielle pour l’apprentissage d’une seconde langue. Après l’âge de 12 ans tout apprentissage linguistique est considéré comme une seconde langueLenneberg, E. (1967) Biological Foundations of Language. New York, Wiley. .

Langue seconde (L2)

L’acquisition d’une seconde langue dépend de facteurs extralinguistiques tous interreliésValcarcel, C., Pino, L. (2012) Le concept de la langue seconde dans la francophonie et sa validité en contexte non francophone: l’exemple de la Galice. Presses Universitaires de Valenciennes, 1. : Territorialplusieurs langues sont parlées sur un même territoireInstitutionnel une langue est officiellement reconnue; elle est la langue administrative du pays et est enseignée dans ses établissements scolairesDidactique une langue seconde est acquise par immersion sociale ou scolaire

Acquisition d'une langue

Un point de vue largement répandu, et pourtant voué à de nombreuses critiques, est celui du linguiste américain Noam Chomsky qui parle de « module humain de langue » - un mécanisme permettant à un individu de recréer correctement les règles (grammaire) des locuteurs autour de lui. Ce mécanisme de langue, selon Chomsky, devient moins utile une fois que l'enfant grandit et n'est plus, normalement, disponible à la puberté, ce qui explique le fait que les adolescents et les adultes ont parfois du mal avec certains aspects de l'apprentissage d'une deuxième langue (L2).

Les locuteurs multilingues ont plus d'une langue à leur disposition ; d'abord une L1 et une (ou plusieurs) L2(s). Si la connaissance des langues est un processus cognitif, plutôt qu'un module de langue, comme le suggère l'étude menée par Stephen Krashen, la différence entre l'acquisition d'une L1 et une L2 serait seulement relative.

Une troisième école a fait son apparition ces dernières années qui pense que le mécanisme qui permet l'acquisition d'une langue pourrait se situer quelque part entre le module de langue et les processus cognitifs.

L'un des processus induisant cette dualité des langues maternelles consiste à commencer par enseigner à l'enfant la langue du pays où il ne réside pas. Une fois cette première langue acquise, on lui parle dans les deux langues, en lui laissant s'imprégner de la langue dans son pays. Il n'est pas rare que ces enfants aient besoin d'avoir recours à un orthophoniste après un certain temps pour la langue de leur pays.

Variables individuelles Le bilinguisme individuel varie en fonction de nombreux facteurs. Il existe alors plusieurs façons de caractériser le bilinguisme, selon ces variables. Celles-ci doivent donc être prises en compte dans les études psycholinguistiques.

Motivation La source de motivation dans l’apprentissage d’une langue seconde est une variable qui influence son acquisition et donc le type de bilinguisme caractérisant l’apprenant. Les motivations intrinsèques peuvent s’appliquer dans les sphères du travail, de l’immersion d’une langue et du plaisir. Plus précisément, le type de motivation de l’apprenant influence le degré d’acculturation (la capacité à faire sienne la culture de la langue cible) et, par le fait même, la maîtrise de la langueCelce-Murcia, M. (2010) Teaching Pronunciation: A Course Book and Reference Guide. Cambridge University Press.. La motivation peut être intégrative, l’apprenant désire être socialement intégré dans la culture cible ; assimilative, l’apprenant ne veut pas être différencié d’un locuteur natif ; ou instrumentale, l’apprenant souhaite atteindre un but particulier, par exemple obtenir une promotion professionnelle.

Âge d’acquisition L’âge d’acquisition d’une langue influence la compétence du bilingue. Tout apprentissage linguistique fait après l’âge de 12 ans est considéré comme une langue seconde. Bilinguisme précoce simultanéapprentissage et développement de deux langues dès la naissance qui génère un bilinguisme fortBilinguisme précoce consécutifapprentissage partiel d’une langue suivi d’une seconde durant la petite enfance avec un développement langagier en partie bilingue. Le bilinguisme précoce consécutif est aussi appelé bilinguisme précoce séquentielou successif. Il est difficile de distinguer un âge précis où l'on peut considérer un enfant comme bilingue précoce consécutif, mais beaucoup s'attendent à dire que ce type de bilinguisme comprend les enfants âgés entre 3 et 6 ans. Le plus souvent, le bilinguisme précoce consécutif se développe avant que l'enfant commence l'école, car les processus cognitifs pour apprendre une nouvelle langue ne sont plus les mêmes après cet âge.Bilinguisme tardifla langue seconde est apprise après l’âge de 6 ans, il est distinctif du bilinguisme précoce et son développement est basé sur les connaissances de la L1Bilinguisme additifapprentissage des deux langues de façon équivalente autant sur le plan de la communication que de la compréhension, les deux langues coexistentBilinguisme soustractifapprentissage de la langue seconde au détriment de la L1, il y a une baisse de la compétence de la L1 Dans le développement de l’enfant, l’acquisition du langage s’étend en général de 0 à 3 ansDaviault, Diane. L’émergence et le développement du langage chez l’enfant. Chenelière Éducation, Montréal, 2011. Reproduction des sons à travers le babillage Apprentissage de la communication Construction de phrase

Âge d’acquisitionAcquisition0 à 12 mois Découverte des sons/phonèmes de leurs langues Reproduction des sons à travers le babillage Apprentissage de la communication12 à 18 mois Utilisation de mots simples18 à 24 mois Explosion du vocabulaire Construction de phrase

Degré de maîtrise Le degré de maîtrise des langues influence le type de bilinguismeParadis, M. (1987). Bilinguisme. Dans R. Jean A., & J.-P. Thibaut, Problèmes de psycholinguistique (). Bruxelles: Pierre Mardaga.. LangueDegré de maîtrise« vrai » bilinguisme (bilinguisme idéal)le locuteur peut s’exprimer de façon équivalente sur tous les sujets dans une langue comme dans l’autre (maîtrise tous les registres)« semi-linguisme »aucune des langues n’est maîtrisée comme un locuteur natif« équilingue »connaissance des deux langues équivalente, mais non identique à celle du locuteur natifBaeten-Beardsmore, H. (1982) Bilingualism: basic principles. Clevedon: Multilingual Matters, Tieto Limited, 7-12.« diglossie »chaque langue est utilisée dans un contexte spécifiquebilinguisme passifcompréhension d’une langue seconde sans la parler

L’aire corticale occupée par chaque langue est inversement proportionnelle à son degré d’automaticitéOjemann, G., Whitaker, H. (1978) The bilingual brain.Archives of Neurology, 35, 409-412.Rapoport, R., Tan, C. et Whitaker, H. (1983) Fonctions linguistiques et troubles du langage chez les polyglottes parlant chinois et anglais. Languages, 72, 57-78.. En d’autres mots : plus une langue est maîtrisée, plus elle occupe une petite superficie dans la zone corticale du langage étant donné que des automatismes ont été développés. Pour chaque type de bilinguisme, le locuteur peut utiliser différents registres pour chacune de ses langues, c’est-à-dire, qu’il peut être parfaitement bilingue, mais utiliser un registre familier dans une langue, et un registre formel dans une autre langue, ayant complété sa scolarité dans cette langue, par exemple.

Contextes d’acquisition Lorsque l’acquisition des deux langues se fait de façon simultanée (bilinguisme simultané) et que chaque langue est parlée seulement avec un locuteur ou un groupe différent, la séparation fonctionnelle des deux languesRonjat, J. (1913) Le développement du langage observé chez l’enfant bilingue. Paris: Champion. et le contrôle cognitif volontaire des opérations mentalesBain, B., et Yu, A. (1980) Cognitive consequence of raising children bilingually: ‘one parent, one language’. Revue Canadienne de Psychologie, 34, 304-313. serait facilité. Il est également possible d’acquérir une deuxième langue hors de la maison (acquisition informelle) ou d’en faire l’apprentissage de façon systématique (en classe).

La séparation fonctionnelle des deux langues serait facilitée par la capacité à distinguer les différences phonétiques des langues, un prérequis pour acquérir deux systèmes distincts issus d'une exposition au bilinguisme simultané. Plus tôt cette capacité est stimulée, plus longtemps l'enfant la conservera et sera capable de différencier des langues différentes par leurs phonétiques. Elle peut être supportée par la quantité de chaque langue que l'enfant entend et la clarté du contraste exprimé par ceux qui parlent autour de lui.

Contextes d’utilisation Les registres sociolinguistiques (familier, soutenu, etc.) d’utilisation de chaque langue doivent également être pris en compte dans les études psycholinguistiques sur le bilinguisme.

Bilinguisme passif Le bilinguisme passif, également appelé bilinguisme réceptif, désigne la capacité d'une personne à comprendre une langue sans la parler activement. Ce phénomène est fréquent chez les enfants de migrants, qui sont exposés à la langue de leurs parents à la maison, mais utilisent principalement la langue dominante du pays d'accueil dans la vie de tous les jours.