Juvénal Habyarimana, né le au Ruanda-Urundi et mort assassiné le à Kigali, est un militaire et homme d'État rwandais. Il est président de la République rwandaise de 1973 à son décès dans un attentat.
Hutu, il est le premier chef d'état-major non-belge de la garde nationale, puis ministre de la Garde nationale et de la Police avant de devenir ministre de la Défense en 1965, sous la présidence de Grégoire Kayibanda.
En 1973, il renverse Kayibanda par un coup d'État et devient le nouveau président du pays. Il met en place un régime autoritaire à parti unique, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND). Il continue une politique pro-Hutu, et reste au pouvoir grâce à des élections présidentielles sans opposition, en 1978, 1983 et 1988.
Une guerre civile éclate en 1990 entre les partisans de son gouvernement et le Front patriotique rwandais (FPR), un groupe rebelle dirigé par des Tutsi. En 1993, Habyarimana signe les accords de paix d'Arusha avec le FPR. Mais il est assassiné dans des circonstances mystérieuses un an plus tard, quand un avion le transportant lui et le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, est abattu par un missile. Son assassinat est l'événement déclencheur du génocide des Tutsis au Rwanda.
Biographie Origines Juvénal Habyarimana est originaire du Nord-Ouest du Rwanda. Il a épousé Agathe KanzigaExtrait d'un Document législatif du Sénat de Belgique : . Son entourage, notamment sa femme Agathe et les frères de celle-ci, étaient surnommés Akazu par les Rwandais.
Carrière et ascension Militaire de carrière, il exerce différents commandements très tôt après l'indépendance. Il est ainsi le premier chef d'état-major non-belge de la garde nationale, en remplacement du lieutenant-colonel Louis-François Vanderstraeten.
Ministre de la Défense pendant la présidence de Grégoire Kayibanda, dont le fils était son filleul, Juvénal Habyarimana dirige un coup d'État et prend le pouvoir le . Ce coup d'État intervient dans un contexte très troublé : le président Kayibanda est de plus en plus contesté, alors que le massacre des élites hutues au Burundi, en 1972, réveille des angoisses au Rwanda. Le gouvernement de Kayibanda tente de renforcer son assise dans la population en lançant de violentes campagnes contre les Tutsis dans les établissements scolaires et l'administration. Selon l'ancien ministre de la Défense (1992-1993) James GasanaParti socialiste vaudois - Candidature de M. James Gasana au Conseil communal de Bussigny. Mise au point., , car elle se sent par le renversement et l'incarcération de son oppresseurJames Gasana, Rwanda : du parti-État à l'État-garnison, éd. de L'Harmattan, 2002, ..
Grégoire Kayibanda naît au sud du Rwanda. Même si ces deux présidents se reconnaissaient comme Hutus, les populations des deux régions avaient peu de sympathies mutuelles. Juvénal Habyarimana le laissa mourir en résidence surveillée chez lui en 1976, ainsi que plusieurs membres du gouvernement renversé.
Président de la République thumb|left|Habyarimanna accueilli à La Haye par le Premier ministre des Pays-Bas Dries van Agt, en 1980. Deux ans après sa prise de pouvoir, Habyarimana fonde un parti politique, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND). En 1978, il promulgue une nouvelle constitution déclarant le MRND parti unique et que chaque citoyen du Rwanda est membre du MRND.
Marqué, comme son prédécesseur, par l'institutionnalisation des catégories administratives ethnistes lors de la colonisation belge héritière du système allemand de l'ancienne Afrique orientale allemande, il favorise les Hutus, dont il est issu, pendant les vingt années de sa présidence, et soutient la majorité hutue du Burundi contre le gouvernement tutsi, avant que le pouvoir ne revienne, dans ce pays voisin du Sud, aux partis hutus en 1993. Habyarimana introduit des quotas ethniques dans l'administration et l'enseignement pour limiter le poids des Tutsis. L'historien Jean-Pierre Chrétien va jusqu'à parler de pour caractériser le régime Habyarimana« Un « nazisme tropical » au Rwanda ? », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 48, 1995 ].. Des auteurs, comme Gauthier de Villers, ont jugé qu'une telle dénomination n'avait Gauthier de Villers, « L'africanisme belge face aux problèmes d'interprétation de la tragédie rwandaise », Politique africaine, décembre 1995, ..
L'ancien Premier ministre (de à ) Faustin Twagiramungu indique que . James Gasana, le ministre de la Défense de J. Habyarimana, désormais installé en Suisse, nuance et précise que les quotas régionaux et ethniques ont en tout cas favorisé les Tutsis par rapport aux Hutus du Sud, soutiens du président Kayinbanda jusqu'à la fin des années 1960 — alors que Habyarimana vient du NordJames Gasana, op. cit., ..
Le juriste et politologue belge Filip Reyntjens note quant à lui qu' et que Filip Reyntjens, L'Afrique des grands lacs en crise. Rwanda, Burundi, 1988-1994, éd. Karthala, 1994, . dans les années 1970 et 1980. Dès la première édition de son ouvrage sur le génocide des Tutsis, Gérard Prunier propose des analyses comparables : Cité dans le rapport remis par la commission d'enquête du Sénat belge..
Un des arguments qui rendirent le régime Habyarimana très populaire auprès des organisations non gouvernementales jusqu'en 1990, était en effet sa stabilité et sa relative prospérité.
Au début des années 1990, la rébellion armée tutsie du Front patriotique rwandais, intégrant dans ses rangs les démocrates hutus opposants à Juvénal Habyarimana, mène des actions militaires contre le gouvernement rwandais. Après avoir franchi la frontière ougando-rwandaise en masse le , déclenchant ainsi la guerre civile rwandaise, l'avancée se poursuit jusqu'à Gabiro (à de Kigali), mais à la suite des contre-attaques meurtrières de l'armée rwandaise et à l'engagement des forces françaises de l'opération Noroït, le FPR ne peut progresser plus loin. Il poursuit des actions de guérilla pour maintenir son contrôle sur une partie du territoire rwandais.
À la suite du discours de La Baule du président François Mitterrand en 1990, Habyarimana annonce une libéralisation et une démocratisation du régime. En 1991, une nouvelle constitution, garantissant le multipartisme et les libertés publiques, est adoptée. À partir de 1992, le gouvernement est dirigé par un membre de l'opposition et le président commence à infléchir sa politique vis-à-vis des Tutsis et des rebelles. Néanmoins, sa politique d'ouverture et de conciliation rencontre une opposition grandissante des milieux politiques extrémistes tels que le Hutu Power.
En 1993, il signe les accords d'Arusha pour mettre un terme à la guerre civile débutée en 1990.
Selon Colette Braeckman, Pascal Krop et Gérard Prunier, le président François Mitterrand entretint une relation particulière avec Habyarimana, de même que leurs fils respectifs Jean-Pierre Habyarimana et Jean-Christophe Mitterrand, responsable de la cellule africaine à l'Élysée, que les Rwandais, comme d'autres Africains, appelaient . L'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu, a pour sa part jugé que ces relations n'avaient jamais été particulièresAudition de M. Faustin Twagiramungu devant la mission d'information parlementaire française : . Selon les notes rédigées par Jean-Christophe Mitterrand et consultées par Pierre Péan, le conseiller et fils du président était réservé et dénué d'enthousiasme sur l'intervention française au Rwanda. Dans une note du , il juge « impossible » une intervention directe, se prononce pour de munitions et d'armes, et juge que cette aide ..
Lorsque Juvénal Habyarimana signe un accord de paix pour le partage du pouvoir avec le FPR, les extrémistes hutus commencent à se demander si le président n’est pas devenu un « traître ». En , la revue extrémiste Kangura titre « Habyarimana mourra en », affirmant que les tueurs seraient des Hutus achetés par les « cafards » (membres du FPR)..
Assassinat et conséquences
Déroulement de l’attentat Dans la soirée du , vers 20 h 30, le président Habyarimana, le président du Burundi Cyprien Ntaryamira, ainsi que plusieurs hauts responsables du Rwanda et du Burundi, sont tués à bord de l'avion qui les ramène de Tanzanie, où ils avaient participé à un sommet consacré aux crises burundaise et rwandaise. Leur Falcon 50 avait amorcé sa phase d'atterrissage sur l'aéroport international de Kigali, lorsqu'il a été frappé par un tir de missile sol-air. Le lendemain, les extrémistes hutus ont éliminé les éléments modérés du gouvernement dont notamment la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, avant d'exterminer les populations civiles tutsies ainsi que les Hutus qui s'opposaient au génocide.
Théories et enquêtes Les circonstances exactes et les responsabilités de cet attentat ont fait l'objet de vives controverses. Sur le moment, les Belges sont accusés par les autorités génocidaires d'être les auteurs de cet attentat. Dix casques bleus belges sont assassinés le lendemain. Pendant le génocide, beaucoup d'observateurs s'accordent pour penser que cet attentat est un coup d'État fomenté par les durs du régime. Après le génocide, deux principales thèses s'affronteront. Selon la première thèse, l'attentat aurait eu lieu sur ordre de Paul Kagame, chef du FPR, selon la seconde, il aurait été perpétré par des extrémistes hutus voulant faire capoter les accords d'Arusha qui les contraignaient à partager le pouvoir avec d'autres partis dont le FPR. À plusieurs reprises, depuis , la participation de mercenaires français à cet attentat sera évoquéePar la journaliste Colette Braeckman, spécialiste de l’Afrique des grands lacs dans le journal Le Soir de Bruxelles notamment « Le mystère du super gendarme »..
Les militaires français lancent une enquête immédiatement, dans la demi-heure qui suit, selon le rapport parlementaire français, sur les lieux du crash. Au même moment la mission des Nations unies est interdite d'accès au site par la garde présidentielle rwandaise. L'auditorat militaire belge conduit une enquête à la suite de l'assassinat de dix casques bleus belges le lendemain au camp de Kanombe. Une enquête judiciaire sur l'attentat contre le président Juvénal Habyarimana est ouverte en France en , une des familles des trois membres d'équipage français de l'avion présidentiel abattu ayant porté plainte pour Jacques Morel, La France au cœur du génocide des Tutsi, Izuba édition - L'Esprit frappeur, 2010, 1 500 pages.Livre de Jacques Morel disponible aussi en ligne, chapitre 7, 230 pages, « L’attentat du 6 avril : pistes pour une enquête jamais faite »..
Les députés de la mission d'information parlementaire sur le Rwanda s'interrogent aussi sur cet attentat, examinent quatre pistes plausibles et n'en privilégient aucune dans leur rapportRapport de la mission d'information parlementaire française, chapitre « L’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana – Version PDF pages 224 à 262..