Pierre-Amand Landry, né le à Memramcook au Nouveau-Brunswick (Canada) et mort le à Dorchester au Nouveau-Brunswick, est un enseignant, avocat, juge et homme politique canadien. Il est une figure majeure de la renaissance acadienne.

Diplômé du collège Saint-Joseph, habile à la fois en français et en anglais, il est également un très bon orateur. Il est député provincial indépendant de Westmorland entre 1870 et 1874 puis siège sous la bannière conservatrice de 1878 à 1883. Il est ensuite député fédéral de Kent, aussi comme conservateur. Il soutient le bilinguisme, le pacifisme et l'égalité des peuples.

Suivant les traces de son père, qui est le premier député acadien de la province, il devient le premier avocat acadien ainsi que le premier membre d'un conseil des ministres puis le premier juge et finalement le seul à être fait chevalier. Sa carrière politique commence durant la Question des écoles du Nouveau-Brunswick, une période de tensions ethniques et religieuses. Son implication dans certains procès, notamment celui pour meurtre durant l'affaire Louis Mailloux, sa carrière politique fructueuse et surtout sa grande influence sur le gouvernement de Daniel Lionel Hanington contribuent parfois à la montée d'un sentiment anti-acadien chez la majorité anglo-protestante. Il en ressort toutefois avec la réputation d'un défenseur de la cause acadienne tout en gagnant le respect pour son intégrité, à la fois chez les anglo-protestants et les catholiques irlandais et acadiens. Pierre-Amand Landry préside les trois premières Conventions nationales acadiennes et s'implique dans la nomination d'un premier évêque de son origine.

Malgré ses premières pour un Acadien, Pierre-Amand Landry a tour à tour refusé un poste de sénateur, de premier ministre du Nouveau-Brunswick et de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. Sa santé fragile puis son cancer, la dépression de son épouse Annie ainsi que sa crainte que la renaissance acadienne soit trop rapide aux yeux de la majorité anglo-protestante ont influencé ses décisions.

Famille vignette|gauche|upright=0.7|Amand Landry, le père de Pierre-Amand. Portrait datant de 1870.

Pierre-Amand Landry naît le à Memramcook, au Nouveau-Brunswick, devenu province du Canada en 1867. Il est le quatrième d'une famille de neuf enfants et le fils aîné. Son père est l'homme politique Amand Landry (1805-1877) et sa mère est Pélagie Caissie (1812-1871) ; les deux sont cousins issus de germains.

Pierre-Amand est de la quatrième génération des Landry de Memramcook, tous des agriculteurs. La famille Landry descend de René Landry, arrivé avant 1686 à Port-Royal ; selon les sources, il est le neveu ou le frère d'un autre René Landry. René Landry est déporté en 1755 mais revient s'établir dans la région de Memramcook vers 1767, où il meurt en 1823. L'ancêtre des Caissie (ou Casey) est Roger Kessey, né en Irlande vers 1648., capturé par les Anglais et évadé en Acadie en 1665, où il épouse une Acadienne à Port-Royal. Roger Kessey est lui aussi déporté. Il passe de la France en Louisiane vers 1780 et quelques-uns de ses descendants parviennent à Memramcook. Pierre-Amand Landry compte également Charles de Saint-Étienne de La Tour (1593-1666), gouverneur de l'Acadie, parmi ses ancêtres..

Le père de Pierre-Amand Landry est tout d'abord instituteur avant d'acheter une ferme ; il est l'un des hommes les plus influents du village. L'année de la naissance de son fils Pierre-Amand, il se fait élire député de la circonscription de Westmorland à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick ; il est le premier Acadien de la province à occuper un poste aussi important.

Il épouse l'Irlandaise Bridget Annie Aloysius McCarthy, surnommée Annie, à Saint-Jean le . Le couple a onze enfants, dont quatre morts en bas âge..

Biographie Jeunesse et éducation Les historiens connaissent peu de choses sur l'enfance de Pierre-Amand Landry, puisque lui-même en parlait rarement. Sa famille réside avec le grand-père Alain et la tante Nathalie dans une petite maison de piètre qualité, pièces sur pièces, comptant deux salles. La maison est pourtant l'une des plus grandes et des plus confortables du village. Plus tard, le père construit toutefois une plus grande maison en bois, de style victorien, au centre du village.

Le père étant souvent absent, c'est Pélagie qui s'occupe de l'éducation des enfants, même si elle est illettrée ; Pierre-Amand en garde le souvenir d'une mère affectueuse. L'éducation qu'ils reçoivent s'apparente probablement à ce qui se fait dans d'autres familles du village. La famille est religieuse mais Pierre-Amand ne le montre pas vraiment en public. Sa mère lui transmet des valeurs comme le respect des sentiments des autres, le partage, l'honnêteté et le respect de la nature. Pierre-Amand aime d'ailleurs les promenades et le jardinage. Son père lui parle souvent de politique et l'influence de plus en plus au fil du temps. C'est un nationaliste mais il est respecté à la fois des Acadiens et des Anglais pour son intégrité. Il inculque à ses enfants le respect des deux peuples du Nouveau-Brunswick et la valeur du bilinguismeAmand Landry, et plus tard son fils Pierre-Amand, considèrent que le fait d'utiliser le français dans la vie courante mais d'apprendre aussi l'anglais, et non pas vivre de façon bilingue ou uniquement en anglais, est la meilleure option pour les Acadiens. comme voie raisonnable pour la survie des Acadiens.

Pierre-Amand Landry entre à l'école élémentaire francophone de Memramcook-Ouest à l'âge de sept ans. La qualité de l'éducation varie alors fortement d'une localité à l'autre, mais la population locale y démontre un intérêt, ayant des enseignants depuis 1790 et une école depuis 1803. Ses instituteurs ont seulement un brevet d'enseignement de troisième classe, mais certains sont tout de même très éduqués. Les résultats scolaires de Pierre-Amand ne sont pas connus et il n'a jamais parlé de son éducation primaire. Il doit toutefois être un bon élève puisque son père l'inscrit à la de la Fredericton en 1856. Déjà bilingue, son séjour lui permet de parler l'anglais parfaitement et l'initie à la culture anglaise. De plus, il se rend régulièrement à l'Assemblée législative lorsque son père participe aux débats et il est donc initié précocement aux joutes politiques. Il est vraisemblablement un très bon élève et il obtient, après quatre ans d'études, un brevet d'enseignant de troisième classe le , à l'âge de seize ans.

Premiers emplois et poursuite des études vignette|Le Collège Saint-Joseph (avant l'incendie de 1933).

Pierre-Amand enseigne à Memramcook en 1861, avant même l'obtention de son brevet. Il ne parlera jamais de cette expérience et,e toute façon, n'a d'ailleurs pas l'intention de rester professeur mais cherche plutôt à économiser pour poursuivre ses études. Son brevet obtenu, il part enseigner pour deux semestres à Cap-Pelé en janvier 1863 ; il considère ces quelques mois comme la période la plus heureuse de sa vie. Il est apprécié de la population locale et il laisse une bonne impression à l'inspecteur scolaire.

Le , il est l'un des trente premiers étudiants à s'inscrire au Collège Saint-Joseph, dans son village natal. Le collège est situé dans un bâtiment inconfortable mais Pierre-Amand n'est pas pensionnaire. Le collège donne un cours classique accéléré — quatre ans au lieu de huit — et Pierre-Amand est en fait exempté de la première année grâce à l'éducation reçue à Fredericton. Le collège est bilingue et Pierre-Amand compte des camarades comme Pascal Poirier. L'établissement accorde une place importante à la religion et à l'éloquence. Il obtient plusieurs prix de discours et d'excellence académique, qu'il donnera plus tard au collège. Ses résultats sont toutefois inconnus, les documents ayant été détruits dans un incendie en 1933. Il quitte le collège au printemps 1867. En 1893, il est nommé vice-président d'honneur de l'Académie Saint-Jean-Baptiste, le cercle de débat puis société littéraire du collège. Il obtient une maîtrise en arts honorifique la même année.

En 1867, il fait un stage dans le cabinet d'avocat d'Edward Barron Chandler et d'Albert James Smith ; ce dernier a été démis de son poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick l'année précédente. Reçu en 1870 et admis au Barreau en 1871, Pierre-Amand Landry est le premier Acadien à être avocat. Il déménage à Dorchester, le chef-lieu du comté de Westmorland, où il installe son étude.

Député provincial

Son père, Amand Landry, se retire de la vie politique juste avant l'élection provinciale de 1870. À l'âge de 24 ans, Pierre-Amand prend la relève et annonce sa candidature le . Deux semaines après son annonce a lieu une convention à Barachois pour le choix d'un candidat acadien pour le comté et son seul opposant est François-Xavier Nortbert Lussier, l'éditeur-rédacteur du journal Le Moniteur acadien ; les Acadiens restent en effet divisés politiquement. Pierre-Amand Landry l'emporte avec une forte majorité, probablement avantagé par la réputation de son père et parce son opposant ne réside dans la région que depuis trois ans. À l'époque, lors des élections dans la circonscription de Westmorland, un allié anglophone puissant et des liens dans la localité dépassent en importance la représentation locale, contrairement aux autres comtés. Les Acadiens approuvent généralement son investiture mais Le Moniteur acadien questionne son droit d'être le seul candidat francophone ainsi que son jeune âge. F.-X. Lussier avait d'ailleurs accusé Landry d'être jeune et inexpérimenté. Lors de son discours de victoire, prononcé le soir même, Pierre-Amand affirme qu'il fera de son mieux pour se débarrasser de « ce jeune âge » le plus vite possible et qu'il s'opposera fermement à la loi sur les écoles communes.

L'élection se produit en pleine Question des écoles du Nouveau-Brunswick. Le premier ministre sortant, George Edwin King, a proposé de réformer le système scolaire en 1869, en instaurant les commissions scolaires et une taxe scolaire, mais il retire le projet juste avant l'élection face à l'opposition des journaux catholiques comme Le Moniteur acadien et The Morning Freeman. Le projet fait toutefois des remous durant la campagne, créant des tensions ethniques et religieuses, entre d'une part les Acadiens et Irlandais catholiques et d'autre part les Anglais et les Écossais protestants. Cette situation pousse les Acadiens à défendre leurs intérêts publiquement. Landry propose l'instauration de deux réseaux scolaires distincts, l'un laïc et l'autre catholique, financés par le gouvernement. Conscient de son influence, King lui propose un poste de Commissaire des travaux publics s'il se joint au parti du gouvernementIl n'existe pas de partis politiques à l'époque. Toutefois, les députés sont classés selon leur appui ou leur opposition au gouvernement, ou encore leur neutralité., ce qu'il refuse. Pierre-Amand Landry est tout de même élu le . Les Landry représentent alors la seule dynastie politique acadienne.

En , le gouvernement King réintroduit le projet de loi 87, ou Loi des écoles communes (). Un article est ajouté, proposant de rendre les écoles laïques. Malgré l'opposition des catholiques, le projet est adopté par la majorité des députés, qui sont protestants. Les catholiques refusent alors de payer la taxe scolaire, malgré les pressions du gouvernement, et demandent l'aide du gouvernement fédéral, sans succès. La réforme scolaire est toujours l'enjeu principal lors de l'élection provinciale de 1874. Sollicitant l'appui de la majorité protestante afin d'empêcher les catholiques d'abroger la loi, le gouvernement obtient une majorité importante. Landry perd son siège de député.

Bref retour à la carrière d'avocat