Le tata de Chasselay, officiellement nécropole nationale de Chasselay, est un cimetière militaire de la Seconde Guerre mondiale situé à Chasselay (Rhône).

Dans cette nécropole nationale sont inhumées combattant pour le compte de la France ( d'Afrique-Occidentale française, d'Afrique française du Nord, et ), toutes massacrées par l'armée allemande en pendant la bataille de la vallée du Rhône. D'après des photographies retrouvées en , ce massacre semble imputable à la de la Wehrmacht, autant imprégnée d'idéologie raciste que la division SS à qui on en a longtemps attribué la responsabilité.

Cette nécropole a été construite selon le style d'architecture de l'Afrique de l'Ouest. Le mot tata, d'origine mandingue., signifie « enceinte fortifiée » dans cette langue et d'autres comme le wolof, mais il prend ici, selon le constructeur du lieu Jean-Baptiste Marchiani, le sens d'« enceinte sacrée » dans laquelle on enterre les guerriers morts au combat.

Localisation Le monument est situé dans le département du Rhône, le long de la D100 entre Les Chères et Chasselay, au lieu-dit Vide-Sac. Il est sis administrativement sur le territoire de la commune de Chasselay.

Histoire

Contexte Du au , à Chasselay, les troupes coloniales sénégalaises de l'armée française retardent l'entrée des troupes allemandes dans Lyon, déclarée « ville ouverte » le .

La défense s'organise, le , à Chasselay, village situé à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Lyon. Des barricades sont dressées, grâce aux soldats du de Sathonay, du de tirailleurs sénégalais, de légionnaires et aussi avec l'aide de civils.

N'ayant rencontré que très peu de résistance depuis Dijon, les Allemands arrivent le , près du couvent de Montluzin, à Lissieu. De durs et violents combats entre troupes allemandes et françaises se soldent par dont une civile du côté français, et plus de pour les Allemands.

Massacre de Chasselay Le , à l'issue d'une deuxième bataille, au château du Plantin, les prisonniers, au nombre d'environ 70, sont divisés en deux groupes, les soldats français (blancs) d'un côté, les soldats sénégalais (noirs) de l'autre.

Après avoir parcouru deux kilomètres à pied, les soldats français sont allongés dans l'herbe sous la menace de leurs gardes armés. Le long d'un pré, ils assistent au massacre des soldats sénégalais sous le feu des mitrailleuses, achevés sous les chenilles des chars d'assaut.. Le capitaine Gouzy tente de s'interposer pour protéger ses hommes et reçoit une balle allemande dans le genou. Les Français blancs sont emprisonnés à Lyon. Deux jours durant, les Allemands recherchent les soldats des colonies que les habitants cachent et soignent. Une fois capturés, ces soldats sont brûlés vifs ou exhibés en trophées sur les chars de combat.

Horrifiés par le massacre, les habitants de Chasselay enterrent les corps des Africains : dès le lendemain, une soixantaine de volontaires procèdent à l'inhumation des soldats dans une fosse commune. Les effets personnels sont rassemblés pour procéder à l'identification des victimes.

Responsabilités du massacre En l'absence d'indice, le massacre est d'abord attribué à la SS (« tête de mort »). En , l'historien Raffael Scheck pense que les chars ayant participé au massacre ne sont pas forcément issus de cette division SS comme souvent supposé, mais peuvent être des chars régimentaires de la division d'infanterie mécanisée , ou encore de la , envoyés en renfort du fait de la résistance inattendue des Français.

L'acquisition en par un collectionneur français d'un album de photographies proposées à la vente sur internet par un brocanteur allemand permet de lever le doute sur les coupables de ces exactions : sur une double page de l'album, montrent le déroulement du massacre d'une colonne de prisonniers français noirs. L'historien Julien Fargettas, avec qui le collectionneur a pris contact, fait le rapprochement avec le massacre de Chasselay et attribue avec certitude ce crime à ., confirmant une des hypothèses émises par Scheck.. L'analyse de ces clichés permet aussi de préciser comment des chars ont participé à la mise à mort de combattants.

Cette découverte donne lieu à une nouvelle série d'articles dans la presse rappelant le massacre...

Construction du tata et postérité Jean Marchiani, vétéran de la Première Guerre mondiale et secrétaire général de l'Office départemental des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la Nation, mobilise les anciens combattants locaux pour leur rendre hommage. N'ayant pas réussi à obtenir un financement de la part du gouvernement de Vichy, il finance lui-même l'achat du pré.. D'abord réticent à un hommage qui pourrait froisser les Allemands, Vichy autorise finalement le regroupement des corps en , au moment où les colonies d'Afrique sont peu à peu reprises par la France libre. Jean Marchiani fait alors construire une nécropole, sur le modèle des constructions du Soudan français (actuel Mali), réalisé en terre et de couleur rouge ocre, pour rassembler les corps des soldats tombés lors des massacres de et enterré à la hâte en divers endroits. Le Tata est finalement inauguré le , avant l'invasion de la zone libre. Il comporte , coloniaux (dont six maghrébins) et deux légionnaires, un Russe et un Albanais..

Après la guerre, la tente de conserver son empire colonial en créant l'Union française. La symbolique du tata de Chasselay est alors mobilisée pour de grandes cérémonies ; le président de la République, Vincent Auriol, s'y rend par exemple en . Mais l'empire ne survivra pas et le tata de Chasselay tend de plus en plus à se limiter à un site d'histoire locale, même si en la le déclare « nécropole nationale »...

Des cérémonies officielles continuent cependant de se tenir tous les ans, le , par les communes de Chasselay et de Les Chères, où sont présents des représentants sénégalais et français, préfet et pompiers locaux. En , une trentaine de sans-papiers de l'église Saint-Bernard assistent à cette cérémonie.. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, visite le tata le .

En , l'enceinte, qui avait souffert des outrages du temps, fait l'objet d'une rénovation. Dalles et tombes sont également rafraîchies., ainsi que le portail et les masques dont il est orné.

Le , Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, rend hommage aux tirailleurs sénégalais au tata : .

Le site est entretenu par l'Office national des combattants et des victimes de guerre du Rhône.

Le , des dégradations de dizaines de plaques sépultures ont été découvertes. Le président de la République Emmanuel Macron, a écrit sur le réseau social X le message suivant : Une plainte a été déposée par l'Office national des combattants et victimes de guerre..

Description

Généralités Ce cimetière de , de forme rectangulaire, est d'architecture néo-soudanaise. Il abrite identiques dont 2 sont dédiées à la mémoire des soldats français morts le , et les autres sont marquées des noms des tirailleurs morts, sauf 50 où il est indiqué « Inconnu ». Elles sont entourées de murs d'enceinte de de hauteur, de couleur ocre. Le porche et les tourelles aux quatre angles sont surmontés de pyramides quadrangulaires bardées de pieux. Le portail à claire-voie, en chêne massif, est orné de huit masques africains.

On a fait venir de la terre de Dakar par avion, pour la mélanger à la terre française lors de l'inauguration du lieu le ..

Le drapeau tricolore implanté en son centre .

Oratoire

En face de l'entrée, au bout de l'allée centrale, une case accolée au mur d'enceinte sert d'oratoire, accueillant les dépôts de gerbes et offrandes lors des cérémonies. Elle est surmontée d'une croix latine encadrée de deux croissants musulmans. Sur le mur du fond, une plaque commémorative reproduit la citation à l'ordre de l'armée de la du de tirailleurs sénégalais, comportant attribution de la croix de guerre avec palme :

Plaques posées en

Le ont été ajoutées deux plaques commémoratives portant les noms de jusqu'à cette date inconnus.. Un communiqué de presse des armées affirme que ces ont été identifiés grâce à des recherches génétiques. Les services du ministère ont reconnu ensuite qu'aucune recherche génétique n'a été menée et a déclaré que ce communiqué a été diffusé par erreur... Les travaux historiques conduits par Julien Fargettas établissent le parcours de ces . Depuis, l'historienne Armelle Mabon a entamé des démarches auprès du tribunal administratif pour demander le retrait de ces plaques malgré la joie de cette reconnaissance formulée par certains descendants..

Postérité Films Le Tata, Paysage de pierres, documentaire de de Patrice Robin et Eveline Berruezo (). Le cimetière Tata, mémoires des tirailleurs sénégalais, documentaire de Rafael Gutierrez et Dario Arce (). Le cimetière Tata est le point de départ d'un film qui questionne l'histoire de la France coloniale comme celle des héros oubliés ou instrumentalisés. Une histoire encore problématique aujourd'hui. Il a été produit par la société C Productions Chromatiques, de Lyon.

Théâtre Tam-tam au Tata : Évocation théâtrale de l'ombre d'un soldat inhumé au Tata sénégalais de Chasselay (Rhône) par Jacques Bruyas (). Chasselay et autres massacres par Eva Doumbia ()...

Galerie de photographies

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie . . . . . . . .

Articles connexes Liste de nécropoles nationales en France Massacre du bois d'Eraine Bataille de la vallée du Rhône Monument aux 43 soldats français africains

Liens externes

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