La Ville d'Hiver est un quartier d'Arcachon, commune du département français de la Gironde. Elle est née d'une opération immobilière menée au début des années 1860 par une poignée d’hommes d’affaires menés par les banquiers Émile et Isaac Pereire. Les villas qui la composent se rattachent à l'architecture dite « pittoresque », avec débauche d'éléments architecturaux empruntés à différents styles. La Ville d’Hiver a été partiellement protégée en 1943., puis en totalité en 1985. au titre des sites inscrits.

Présentation Haut-lieu de villégiature, la Ville d'Hiver d'Arcachon évoque les riches heures mondaines du passé à travers une série d'architectures qui s'inspirent des styles néo-classique, néogothique, du chalet suisse, de la maison coloniale ou de l'architecture mauresque. À la fin du , Arcachon doit son expansion rapide aux cures en ville d'hiver (appelée à cette époque ville forestière car s'étant développée sur le dunes boisées de la « petite montagne d'Arcachon »), et la villégiature estivale dans la ville d'été (appelée à cette époque ville marine)..

Les différentes villas intègrent typiquement des éléments architecturaux tels que toiture à grand débord selon la tradition du chalet, façade en brique, oriel, belvédère, tourelle, avant-corps, véranda, balcon, en une asymétrie marquant la mode pittoresque apparue au et qui s'est développée au .

La villa arcachonnaise, souvent plongée dans la verdure, emprunte ainsi son style hybride à de multiples époques, de multiples régions de la planète. L'utilisation intensive de bois découpés pour les fermes, les lambrequins et les balcons est favorisée par la mécanisation des fabriques de la région ; certains sont si finement découpés qu'on les compare à des architectures de papier.

Les noms des maisons (La Joconde, Figaro, Fantaisie, Le Moulin, Nitouche, ou Madeleine, qui a accueilli Gustave Eiffel) marquent leur époque.

Histoire vignette|300px|Affiche publicitaire des Chemins de fer d'Orléans et du Midi à la Belle Époque.

La Ville d’Hiver, avec ses extravagantes villas, est pratiquement construite d’un seul jet dans les années 1860, selon un plan d’urbanisation soigneusement préétabli. Elle doit son existence à l’« opportune association » d’un banquier avisé et du bacille de Koch.

Quand cette véritable ville nouvelle sort de terre, Arcachon est déjà une station balnéaire et de cure huppée. La bourgeoisie de la République est saisie d'un véritable engouement pour les bains de mer revigorants, et Arcachon devient une station de cure très prisée. Les riches négociants bordelais y ont pignon sur plage et les trains qui, depuis le rachat de la ligne Bordeaux – La Teste par la Compagnie du Midi, poussent désormais jusqu’à Arcachon même, font le plein tout l’été.

Or, les propriétaires de cette compagnie de chemin de fer, les frères Émile et Isaac Pereire, qui viennent de réussir à Paris la superbe opération immobilière du parc Monceau, s’intéressent beaucoup à la région où leur famille est fixée depuis un siècle, et sont propriétaires de milliers d’hectares de pins.

Émile, « celui qui a les idées », se demande comment rentabiliser son petit train douze mois sur douze et, pourquoi pas, monter du même coup une nouvelle opération immobilière. Il a un coup de génie. La pénicilline, découverte par Alexander Fleming, ne sera introduite pour des thérapies qu'à partir de 1941 ou 1943, et la tuberculose, que l’on appelle encore la phtisie, fait à l’époque des ravages. On essaie de mettre les malades dans les meilleures conditions de résistance possible. Une seule prescription : bonne nourriture et, surtout, bon air. D’où la floraison d'aériums et de sanatoriums en montagne et sur la Côte d’Azur. Il n’y en a pas sur la côte atlantique, considérée comme trop venteuse. La stratégie publicitaire d'Émile est de toucher le milieu médical en utilisant des arguments autour de l'hygiénisme et du climatisme. Des médecins arcachonnais Fernand Lalesque (1853-1937)Fernand Lalesque, Arcachon, ville de santé. Monographie scientifique et médicale, Masson, 1919 et Gustave HameauGustave Hameau, De l’influence du climat d’Arcachon dans quelques maladies de la poitrine, imprimerie E. Crugy, 1866. énumèrent les bienfaits des bains de mer et remarquent que les marins et les résiniers, malgré des conditions de vie et d’hygiène déplorables, ne contractent jamais la maladie. Le médecin Pereyra, cousin des banquiers, note également qu’en traversant la forêt de pins, les vents marins perdent de leur agressivité et que ce climat océanique atténué serait parfait pour les tuberculeux. Le corps médical parisien est lui plus réservé. Pour vanter les bienfaits de la station, les frères Pereire profitent d'un congrès national de médecine à Bordeaux pour y amener, via la Compagnie du Midi, 215 médecins congressistes auxquels est offerte une excursion d'une journée à Arcachon. Il visitent la Ville d'Hiver et, enthousiasmés, envoient leurs patients dans la Ville d'Été..

La ville d’été accueille déjà des malades, s'adonnant à des bains de mer et aux bains de sable (appelés arénation, il s'agit d'ensevelissements sous le sable réputés curatifsDes racines et des Ailes, France 3, mars 2009. Émile va bientôt acheter les hauteurs d’Arcachon et les lotir. Ce sera la Ville d’Hiver, sorte de gigantesque sanatorium ouvert où les malades pourront séjourner avec leur famille, leurs domestiques, dans des maisons particulières achetées ou louées meublées. La Ville d'Hiver est, dès le départ, conçue comme une petite Suisse pour attirer les tuberculeux : la dune correspond à la montagne, les pins, ce sont les sapins, et les maisons sont conçues comme des chalets. Les villas sortent de terre comme des champignons. Toutes sont d’apparence différente mais en réalité construites pratiquement sur le même plan, à partir d’éléments industriels préfabriqués. Ces habitations tiennent des chalets suisses avec leurs grands toits à double pente et leurs balcons en bois découpé (la Suisse étant un pays montagnard où se pratique le climatisme d'altitude recommandé par les médecins). Elles sont conçues sous le signe de l'hygiénisme et de la cure climatique : sobriété et facilité d'entretien à l'intérieur pour éviter la contagion de la tuberculose (angles arrondis au niveau des sols, des murs et des plafonds, ces derniers n'ayant aucune moulure, murs peints et lavables excluant tenture et rideau) ; cheminées escamotables pour permettre aux malades de se chauffer tout en respirant l'air marin par la fenêtre (exemple à la villa Marie-Adèle) ; système de ventilation naturel qui permet de faire rentrer l’air balsamique des pins (exemple à la villa Marcelle-Marie) . À l'extérieur, accolés à la façade principale, vérandas et balcons forment une galerie de cure. Un service municipal d'hygiène, créé en vertu de la loi du relative à la politique de santé publiqueCette loi impose la création de bureaux municipaux d'hygiène dans les villes de plus de habitants ainsi que dans les communes de plus de habitants siège d'un établissement thermal., impose aux locataires une désinfection périodique des maisons et du linge sous le contrôle de médecins sanitaires qui imposent aux malades l'usage du crachoir de poche individuel.

Paul Régnauld (1827-1879), neveu d'Émile Pereire et polytechnicien, choisit le site sur la pente d'une zone forestière, pour ses conditions climatiques (exposition au sud) et la présence de pins. Il lotit les dunes ( achetés par la Compagnie du Midi) et dirige les travaux sur le terrain. Dans un même temps, l’urbanisme va bon train. Un parc à l’anglaise est planté. Rues et allées sont dessinées en courbe, de telle sorte qu’il n’y ait jamais nulle part, de courants d’air. Enfin, une formidable opération de promotion lance la station en présence de l’empereur Napoléon III, de sa femme l’impératrice Eugénie et du prince impérial, leur fils : un triomphe.

Du monde entier affluent les curistes. La renommée de la Ville d’Hiver devient telle que bientôt, les gens bien-portants s’y installent aussi. Les hôtels s’ajoutent aux villas, et les riches visiteurs viennent se divertir au casino Mauresque. La ville attire les têtes couronnées de toute l’Europe, jusqu'à l'impératrice d’Autriche Sissi qui séjourne au Grand Hôtel lors de sa venue pour tenter de soulager son désespoir après la mort de son fils Rodolphe.

Émile Pereire cède le lotissement en 1867 à la Compagnie immobilière d’Arcachon, où il reste actionnaire. Son idée fait florès jusqu’aux années qui suivent la Première Guerre mondiale, qui voient la montagne conquérir la clientèle des malades tuberculeux avec la création des grands sanatoriums alpins. Le déclin s'accentue durant la Grande Dépression des années 1930. La clientèle habituelle, désargentée, déserte les fastes de la ville, sonnant le glas de l’âge d’or de la cité. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les autorités municipales choisissent de privilégier le tourisme balnéaire, les vocations climatiques et thermalesArcachon est érigée en station climatique le 14 juillet 1914 et en station thermale le 9 février 1954., longtemps promues par les médecins arcachonnais, étant contestées puis combattues par les édiles au cours de la seconde moitié du . La Ville d'Hiver péréclite alors, échappant de peu à l'insalubrité. Elle connaît un regain d'intérêt depuis les années 1970 : les villas, disséminées dans la verdure, correspondent de nouveau à la sensibilité de l'époque et connaissent un certain dynamisme sous l'effet du tourisme culturel et de mouvements de protection du patrimoine qui incitent les municipalités et les investisseurs privés à lancer des opérations de rénovation et de réhabilitation..

Architecture vignette|300px|Carte postale de 1900 intitulée « un coin de la ville d'hiver ». L'architecture balnéaire du - en art, ce siècle, s'arrête en 1914 - appartient au « mouvement pittoresque », c'est-à-dire « susceptible de fournir un sujet de tableau, de charmer les yeux et l'esprit ». Voila qui décrit parfaitement cette architecture. Elle n'est pas uniquement balnéaire, on la retrouve également dans les villes d'eau, en périphérie des villes dans les résidences secondaires, même si ce terme n'était évidemment pas utilisé à l'époque.

Pour la comprendre, il faut regarder l'ensemble constitué par la villa au milieu du jardin comme une mise en scène, un merveilleux décor de théâtre conçu pour surprendre le visiteur, l'enchanter. Cette mise en scène est le fruit de plusieurs facteurs : le développement des chemins de fer et de l'industrie entraîne celui d'une grande bourgeoisie très cultivée qui prend progressivement le pouvoir en remplacement de la noblesse. Cette bourgeoisie affirme sa culture par la liberté de son éclectisme, le recours aux matériaux modernes, mais souvent un certain conservatisme des formes architecturales lié au désir de se rapprocher de la noblesse. Une compétition amicale oppose les voisins, chaque villa reflétant le statut social et la culture de son propriétaire. Cette émulation entraîne une remarquable collaboration entre les architectes et leurs clients et produit une recherche architecturale facilitée par l'apparition de nombreuses revues spécialisées. Les volumes se juxtaposent avec des décrochements de toits. Une abondante décoration d'épis de faîtage, lambrequins, dentelures, céramiques est soulignée par la multiplication des matériaux et le contraste des couleurs. l'intérêt pour l'histoire de France s'accompagne du développement des fouilles archéologiques, de l'Histoire de l'art et d'une redécouverte du Moyen Âge. La réhabilitation du gothique, considéré auparavant comme barbare, va se traduire par des tourelles, des charpentes apparentes, des pans de bois, des vitraux et de nombreuses formes médiévales.