Marie-Angélique MemmieCe deuxième prénom de Memmie est celui de son parrain et (selon Marie-Angélique) lui a été attribué pour rappeler le fait que l'enfant a été trouvée dans le diocèse de Châlons dont Saint Memmie fut le premier évêque — le Blanc, née vers 1712 en Nouvelle-France dans une région devenue par la suite l'État américain du Wisconsin et morte à Paris le , est une autochtone d'Amérique devenue une religieuse augustine et une figure marquante du siècle des Lumières, restée célèbre pour avoir été une enfant sauvage.

Ayant survécu dix années en forêt sans utiliser de langage articulé (de à ), elle parvint ensuite à apprendre à lire et écrire, fait unique chez les enfants sauvages.

Elle est aussi l'unique exemple d'enfant sauvage à être reconnu comme authentique dans les Archives du Vatican en raison d'informations reçues sur son comportement élaboré de survie lors de sa capture (chasseresse, nageuse, pêcheuse, parfois très violente, etc.), ainsi que sur son alimentation : tout aliment cuit la rend malade ; elle se nourrit exclusivement de végétaux crus (feuilles et racines) et de proies dévorées crues, ce qui atteste d'une longue désocialisation.

Capturée dans le village de Songy, en , elle est pour cette raison connue comme la ou (dans la litterature anglophone, ou ).

Le philosophe écossais James Burnett, qui la rencontre en 1765, la considère comme .

Biographie alt=Enquête en 1765 de l'Écossais James Burnet.|vignette|redresse=1.5|Enquête en 1765 de l'Écossais James Burnett. Le chercheur Serge Aroless. affirme avoir pu reconstituer le parcours hors du commun de Marie-Angélique le Blanc, à partir d'une documentation d'archives de provenances variées allant de l'Écosse à la Russie.. Cependant, cette version est contestée par d'autres historiens et chercheurs. Elle aurait été un témoin privilégié des conditions de vie de milieux sociaux divers, aussi bien en Amérique du Nord que dans la France rurale ou citadine du .

Sa renommée fut importante de son vivant : l'information de la capture d'une fille sauvage se diffuse dès dans une grande partie de l'Europe, via les nouvelles à la mainDont un exemplaire sur elle est conservé jusqu'en Russie, à la Bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg, sous la cote Fr. Q IV 35/I), puis via le Courrier de la Paix, la Gazette de Hollande (deux articles sur elle, en ), et enfin via le Mercure de France (lettre de Claude Faron).

Enfance en Haute-Louisiane (1712-1720) Née vers 1712, elle appartiendrait à la tribu autochtone des Meskwakis (ou « Renards »), qui occupe une partie du territoire de la Haute-Louisiane alors sous administration française. Les Meskwakis sont à cette époque les voisins et ennemis des nations plus puissantes des Sioux et des Ojibwés. Sans alliés majeurs et unis à des tribus disparates et de tailles modestes, les Meskwakis sont hautement vulnérables. C'est ainsi qu'ils voient disparaître la majorité de leurs hommes dans deux grandes batailles contre les Français, en 1712 et 1716, ce qui entraine l'impossibilité de nourrir les enfants. C'est dans ce contexte que de nombreuses petites « Meskwakies » (ainsi sont-elles qualifiées dans les registres du Canada), âgées de 5-7 ans, sont données ou vendues aux Français du Canada, pour servir de futures domestiques.

La guerre de fut une quasi extermination des hommes Meskwakis : . Lors de la guerre de , le major Dubuisson, qui avait apporté deux canons et un mortier à grenades, vainquit en trois jours les Meskwakis rescapés de 1712 : , ces chiffres disant assez le déséquilibre démographique causé par le premier conflit. Causant un étonnement qui perdurera des décennies, le major Dubuisson les épargnaArchives nationales. op. cit., C11A/33. Les partisans de l'éradication de la nation des Meskwakis l'accuseront d'avoir reçu des fourrures et pour cette miséricorde, mais il en eût possédé bien plus en renouvelant l'extermination de 1712. Seule une conduite morale, peut-être sous l'influence des missionnaires présents sur place, peut expliquer la clémence de Dubuisson, qui aurait ainsi épargné la vie de Marie-Angélique. . alt=Après les batailles de 1712 et 1716 dans l'aire du Wisconsin, nombre de petites Amérindiennes (âge 5-8 ans) de la nation des Renards, désormais orphelines, furent données à des Français du Canada. Ici, exemple du 20 septembre 1713. Archives nationales du Québec ; N.D. de Montréal, CE. 601/51, 1713.|vignette|redresse=1.5|Baptêmes de petites Amérindiennes Renardes au Canada en 1713, données aux Français après les batailles de 1712 et 1716. Le beau-frère de madame de Courtemanche, en poste en 1718 à l'orée du Wisconsin-Minnesota, pour maintenir la paix entre les Ojibwe, les Sioux et les Meskwakis, et qui s'adonne là au commerce des fourrures et des esclaves, possédait plusieurs enfants de cette dernière nation.

Ainsi, madame de Courtemanche, qui vivait au Labrador, dans une concession alors environnée de près par les autochtones hostiles à la présence française, devint la mère adoptive de Marie-Angélique, vers l'été 1718. Dans la même maison vivaient deux jeunes filles autochtones retenues comme otages afin d'éviter les attaques de leur peuple, dont Acoutsina, la fille du chef Ouibignaro. Toutes deux seront rendues à leur nation à l'été 1719Archives nationales. Fonds Colonies C11A..

Après une importante attaque des Inuits, en , contre la concession française, puis l'incendie total du fort Ponchartrain du Labrador, en , madame de Courtemanche se résigna à embarquer vers la France, avec ses trois filles et Marie-AngéliqueArchives nationales, fonds Colonies, C11A/109. Pensant être ainsi protégée des pirates, elle choisit le morutier l’Aventurier, attendu qu'il était armé en guerre, porteur de 26 canons et doté d'une commission l'autorisant à attaquer « sus de faict et de force les ennemis de Sa Majesté ».

Arrivée en Europe vignette|alt=gravure en couleurs représentant une scène de désolation devant l'hôtel de ville de Marseille en 1720|La place de l'hôtel de ville de Marseille durant la Grande Peste de 1720. Tableau de Michel Serre. Le capitaine Cazejus, ainsi que le capitaine Tanqueray (Tanquerel), qui commandait son navire de conserve, le Jean de Grâce, tous deux ayant fait voile commune depuis le Labrador, commirent la grave erreur de ne point avoir pris des informations en passant près des côtes sud d'Espagne. Il était courant de descendre ici une chaloupe très brièvement pour prendre des nouvelles au porte-voix, notamment pour connaître l'éventuelle présence de pirates barbaresques. Le capitaine Cazejus, dans sa déposition déclarera justement avoir croisé un navire pirate qu'il crut être du Maroc, qui venait . Les deux navires de conserve, trop lourdement chargés de morue, affaiblis par une longue traversée depuis le Labrador et ayant essuyé une « queue de cyclone » tropical (20-), ne livrèrent point combat, et vinrent s'ancrer, le , dans Marseille, alors ravagée par la dernière grande épidémie de peste de l'histoire de l'Occident.

Selon des documents des armateurs de lAventurier, il semble que sa destination première était d'aller porter la morue en Italie, à Gênes ou Livourne. La présence à bord de madame de Courtemanche aura été la raison de l'accostage prématuré, sur le littoral de France.

L'idée selon laquelle les bateaux n'entrèrent plus à Marseille durant la peste est erronée puisque le dépouillement complet des registres de déclarations des capitaines (qui sont très détaillées : provenance, cargaison, propriétaires, événements en mer, etc.), fait par Serge Aroles, a relevé le nombre considérable de entrés dans le port durant la longue période officielle de l'épidémie (1720-1723). Certains bateaux furent renvoyés de suite, et seuls les plus suspects de porter la peste, notamment ceux en provenance de Méditerranée orientale, reçurent l'ordre d'aller mouiller aux îles du Frioul. Jamais le port de Marseille ne connut une telle promiscuité de bateaux, écrasés coques contre coques, et mâts s'entrechoquant lors des ventsNombreux procès-verbaux à ce sujet dans le fonds 9 B des Archives des Bouches-du-Rhône.. alt=Ministre de la Marine, 19 mars 1721. de Courtemanche a passé en France avec une Sauvagesse, du Canada vers Marseille.|vignette|Ministre de la Marine, . de Courtemanche a passé en France avec une Sauvagesse, du Canada vers Marseille. Parmi ces , dont l'arrivée et le départ s'échelonnèrent sur 32 mois, et aux fins de mieux cerner l'origine de Marie-Angélique , Serge Aroles retint la présence, durant la peste de Marseille, des navires du Canada et la présence d'un navire venu de l'Arctique russe. Ce malchanceux navire en provenance d'Arkhangelsk (lHercule, de 40 canons), qui avait relâché à Cadix, bousculait toute la recherche, attendu qu'il fallait désormais ajouter comme hypothèses à l'origine de Marie-Angélique celles des peuples autochtones de Russie vivant non loin de l'Arctique : les Nenets, les Komis, les Samoyèdes

Par chance, la masse d'archives est alors considérable, en raison notamment d'une rébellion à bord du Jean de Grâce et du caractère procédurier du capitaine Cazejus, qui refusa la réquisition de sa cargaison, et multiplia les plaintes devant toutes les juridictions, depuis l'Amirauté jusqu'au Parlement de Provence :

,

Madame de Courtemanche ne fut point en reste, multipliant ses suppliques à la Cour afin de pouvoir quitter la zone de peste , d'abord enfermées sur le navire, puis réfugiées brièvement en l'arsenal des galères. La cargaison de morue n'appartient pas à madame de Courtemanche, qui doit payer pour chacun de ces poissons. Ses dettes de nourriture s'accumulent. Dès le , elle supplie la Cour de

Sur ces suppliques, le Conseil de Marine apposa ces trois mots : . Lors, pensant qu'il s'agissait pour elle d'un sort meilleur, Madame de Courtemanche, qui considérait Marie-Angélique comme sa fille, fut contrainte, entre juillet et , de la confier au sieur Ollive, qui avait repris, dans le terroir nord de Marseille, une activité dans la filature de la soie dès que la peste se fut amoindrie. alt=Photo.Arrivée de la jeune esclave noire, avec une cargaison de soie pour les associés du sieur Ollive. Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479, 21 mai 1720|vignette|redresse=1.5|Arrivée de la jeune esclave noire à Marseille, avec une cargaison de soie, . Marie-Angélique y aurait rencontré une jeune esclave noire venue de Palestine, arrivée à Marseille au tout début de la peste sur le navire le Saint-François XavierArchives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479.. Une partie de la cargaisonNantes, Archives diplomatiques, Correspondance Saïda, liasse 50, f° 621v° appartenait au sieur Ollive. À la suite de maltraitances et très certainement d'un viol (Marie-Angélique sera à jamais terrorisée qu'un homme la touche), elle s'enfuit avec la petite fille noire, aidées dans leur fuite par le fait qu'elles traversent une Provence dépeuplée, dévastée par la peste.

Au cours de leurs dix années communes de survie en forêt, jamais les deux filles ne seraient parvenues à trouver un langage articulé commun, ne communiquant que par des gestes, des cris et des sifflements. Au vu de sa provenance (la Palestine), la petite esclave noire était probablement originaire du Soudan ou d'Éthiopie, ces deux terres fournissant l'immense majorité des esclaves noirs de cette aire en ce début de . alt=Retour de de Courtemanche vers le Labrador en 1723. Mentionnée pour le voyage aller, Marie-Angélique ne figure plus au retour. Archives du 2e arrondissement maritime. Bureau de Saint-Malo, 1P, liasse 2, avril 1723.|vignette|Retour de de Courtemanche vers le Labrador en 1723. Mentionnée pour le voyage aller, Marie-Angélique ne figure plus au retour.