Le Carnaval de Paris est caractérisé entre autres par des personnages typiques identifiés par leur costume particulier et variant au cours des siècles.

La liste des personnages en vogue au est ainsi donnée par le poète Jean Loret dans La Muze historique en 1655Jean Loret, La Muze historique, livre VI, lettre VII, février 1655. :

On trouve dans cette liste 5 métiers (bergère, clerc, harangère, paysanne, sergent), 3 êtres mythologiques (amazone, farfadet, Gorgone) , 3 types nationaux (Albanais, ChinoisLe Chinois connaît à Paris plusieurs siècles de succès non démenti et est encore à la mode au ., MargajatNom donné à certaines peuplades du Brésil selon Richelet.), 2 figures de théâtre (Scaramouche, Jean-doucetFigure de théâtre, valet de Scaramouche et personnage de franc nigaud. Voir à ce propos : François et Claude Parfaict, Histoire de l'ancien théâtre italien, depuis son origine en France jusqu'à sa suppression en l'année 1697, Paris, 1767, 37-38.), 2 caractères (la sainte-nitouche, la vieille), un animal (le baudet) et un personnage dont la nature reste à préciser : Scarabambombillardos.

À celle-ci s'ajoute le paralytique – formé d'un personnage portant ou porté par un deuxième qui est en fait un mannequin, – grand classique parisien jusqu'au . Il figure notamment sur une gouache du Certains de ses détails, dont le paralytique, ont été gravés en 1852 pour Le Magasin pittoresque, 140., dans un tableau en 1757Étienne Jeaurat, Le Carnaval des rues de Paris, huile sur toile exposée au du musée Carnavalet à Paris, salle 41 dite « salle Liesville ». et dans la liste de 39 personnages typiques du publiée vers 1830 et décrite plus bas.

Outre les personnages ci-dessus toujours en vogue, apparaît le chie-en-lit. Il s'agit d'un individu vêtu d'une chemise de nuit au postérieur barbouillé de moutarde. Ce personnage était fameux au point d'être devenu synonyme de personnage costumé au Carnaval : « Le Carnaval et ses chienlits ».

Dans le cortège du Bœuf Gras, certains personnages apparaissent et reviennent régulièrement chaque année durant une période assez longue. Ainsi, deux sacrificateurs habillés de peaux de bêtes et armés de massues conduisent le bœuf. Le Temps avec sa faux suit, conduisant un char et rappelant qu'il faut s'amuser et profiter de la vie sans plus attendre. Les Dieux de l'Olympe vont aussi apparaître régulièrement dans la suite du bœuf. Au nombre de ceux-ci, un petit enfant costumé en amour et héritier de l'enfant costumé qui apparaît dans la première description connue du Bœuf Gras en 1739Mercure de France, février 1739, pages 387 à 390. : « Le jeune Roy de la Fête, qui étoit monté sur le Bœuf gras, avoit un grand Ruban bleu, passé en Echarpe, et tenoit d'une main un Sceptre doré & de l'autre son épée nuë. »

Le Bœuf Gras est également décoré et couronné de fleurs, par exemple, formant par lui-même une sorte de personnage typique animal du Carnaval de Paris.

Liste de 39 personnages typiques

Dans cette liste publiée vers 1830Il s'agit d'une gravure intitulée « Le Carnaval de Paris ». se trouve la célèbre girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali et arrivée le dans la capitale. Elle est restée durant trois ans une des plus fameuses attractions de la ville. Cette figure animale du Carnaval parisien participe de la mode qui vit créer à l'époque quantité d'illustrations et objets au décor dit « à la girafe ». On trouve aussi ici les figures très populaires de Robert Macaire et son associé Bertrand, lancées par la pièce L'Auberge des Adrets lors de sa reprise en 1832. Cependant cette liste en images n'est pas exhaustive. Par exemple n'y figurent pas le débardeur, l'homme travesti en femme, ou le paillasse « costume très éminemment à la mode du jour »Citation extraite du compte-rendu du procès des Badouillards, paru dans la Gazette des Tribunaux, numéro 2343, 17 février 1833..

Au nombre de ces personnages : 12 sont associés par deux : Don Quichotte et Sancho Pança, la girafe et son cornac, Robert Macaire et Bertrand, les deux Martins (le montreur d'ours et son ours), les deux Mayeux, le timbalier chinois (deux personnages associés). Le couple cornac-girafe comprend trois personnes effectivement présentes, la girafe est animée par deux personnes dissimulées sous son déguisement. 5 sont musicaux : le gracioso, qui brandit un tambour de basque, le timbalier chinois (deux personnages associés, dont l'un porte, sur son dos, une timbale sur laquelle l'autre frappe avec deux baguettes), l'harmonica chinois (qui joue d'une sorte de cymbalum), un des deux Mayeux (qui souffle dans un cornet à bouquin). 2 sont montées sur un âne : le personnage avec une canne à pêche et Sancho Pança. 2 chevauchent des montures imaginaires : le Père Sournois (un dindon gigantesque), le Postillon de Ablou (un cheval sans jambes, monté sur une roue de voiture) ; Seul est armé un des deux Mayeux, qui brandit deux sabres.

Les animaux La girafe (associée avec son cornac). L'ours (associé avec le montreur d'ours).

Les figures littéraires ou/et théâtrales Don Quichotte et Sancho Pança Jeannot classique Père SournoisAllusion à une farce jouée à Paris en 1820, dans un théâtre de boulevard, parodie de l'opéra des Danaïdes, où l'on voit Danaüs en père Sournois, se débattant dans les enfers, contre un dindon. Ce personnage typique du Carnaval de Paris existe donc au Carnaval de Paris depuis déjà plus de dix ans. Pierrot romantique Polichinel romantique le Postillon de madame AblouInspiré par le dialogue portant ce nom. Paroles de celui-ci. Robert Macaire et Bertrand

Les personnages pittoresques

Monsieur Clistorel, apothicaire avec perruque poudrée et portant un énorme clystèreSans doute en référence au personnage de la pièce Le Légataire universel (1708) de Jean-François Régnard. ; Le gracioso ; Le paralytique : grand classique parisien formé d'un personnage portant ou porté par un deuxième qui est en fait un mannequin. La Pyramide s'en est inspirée (formée de deux Chinois dont l'un est un mannequin) ; Un personnage avec une canne à pêche et au bout une friandise ou un jouet pour les enfants, juché sur un âne. Les deux Mayeux : deux personnages toujours associés, avec de très grands chapeaux, dont un bicorne. Un des deux souffle dans un cornet à bouquin et porte un poulet prêt à cuire à la ceinture, l'autre est masqué, bossu et brandit deux sabresIls font référence à Mayeux, personnage comique célèbre dans les années 1830 à Paris. Inventé en 1832 par le caricaturiste Traviès et inspiré d'un certain Léclaire, il s'agit d'un bossu qui incarne tous les défauts de la bourgeoisie sous Louis-Philippe..

Les types régionaux ou nationaux Chine : La Chinoise ; l'harmonica chinois ; le timbalier chinois : deux personnages associés, dont l'un porte, sur son dos, une timbale, sur lequel l'autre frappe avec deux baguettes) ; la pyramide : Cette dernière est conçue sur le même modèle que le paralytique et associe une personne costumée avec un mannequin censé la porter. Confédération suisse : la Bernoise, la Genevoise États allemands : la Bavaroise France : l'Arlésienne Italie : l'Italienne, le Lazaroni, la Sicilienne

Les figures historiques Le chapelon Le général anglais La marquise Le Vénitien

Les métiers Le chapelain anglais Le cornac Le montreur d'ours Le pêcheur La servante La vivandière

Autres personnages L'Amour, le Temps, Dieux, Déesses et Sacrificateurs

La Promenade du Bœuf Gras au Carnaval de Paris compte des personnages revenant un certain nombre d'années de suite : un petit garçon déguisé en AmourL'Amour initialement placé sur le dos du bœuf sera reporté dans un char à sa suite, après une chute où il se blessa légèrement., les dieux et déesses de l'Olympe, dans un char conduit par le Temps avec sa barbe blanche et sa faux, cocher choisi pour rappeler le vieil adage Carpe diem.

Le Bœuf Gras est conduit par deux Sacrificateurs, la tête ornée de plumes et armés de massues. Ceux-ci, en carton, sont encore présents sur un char au cortège de la Mi-Carême 1914, auprès d'un Bœuf Gras également en cartonLa photo du char a paru dans le magazine Excelsior..

Le débardeur et la débardeuse

Jusqu'au inclus, en dehors de la période du Carnaval une femme à Paris n'a pas le droit de s'habiller en homme. Pour pouvoir porter un pantalon en dehors de cette période elle doit bénéficier d'une autorisation d'un commissaire de police, délivrée sur la foi d'une ordonnance médicale attestant qu'elle en a besoin pour raisons médicales.

Durant très longtemps les formes féminines sont très largement dissimulées par les vêtements. Ainsi les fesses, cuisses, jambes et mollets sont en temps normal complètement cachés par la robe et trois épaisseurs de jupons. Seule la cheville apparaît parfois au regard et est considérée comme érotique.

Un débardeur ou une débardeuse est une femme ou jeune fille vêtue d'un débardeur ou pantalon, de préférence particulièrement moulant. Ce personnage est ressenti comme très érotique.

Une montre une scène de CarnavalScène de carnaval : dans une calèche divers personnages costumés, conservé au département des Arts Graphiques du Musée du Louvre, RF 31 864, Recto Petit format. et confronte à gauche une femme et sa fille en tenue courante avec à droite une débardeuse montée à l'arrière d'une calèche. Une autre débardeuse est à cheval, de trois quarts dos et porte des vêtements masculins extrêmement moulants. Cette peinture permet de mesurer la distance astronomique séparant le vêtement féminin ordinaire de la tenue de débardeur.

Le débardeur c'est aussi une attitude et un comportement de la femme ou jeune fille ainsi costumée. Qu'ils soient réels ou attribués, on peut voir à ce propos les caricatures de Cham.

Le dessinateur Paul Gavarni s'est fait une spécialité de la représentation des débardeurs. On peut en voir un sculpté en bas-relief sur le socle du monument élevé à sa mémoire place Saint-Georges à Paris.

Les débardeuses n'étaient pas que parisiennes et propres au seul . Julien Gracq en parle dans La forme d'une ville, où on les voit apparaître dans le cadre du Carnaval de Nantes en 1923 : « Ces silhouettes insolentes, puissamment vulgaires, de débardeuses du plaisir, qui pour un jour envahissaient les rues et se substituaient presque entièrement au peuple gris et noir des femmes encore long-vêtues des premières années vingt, sont restées pour moi le premier appel sexuel vraiment troublant, un appel auquel je ne savais donner encore aucun nom. »

Extrait d'une description du bal masqué de l'Opéra, par Théophile GautierThéophile Gautier, La Presse, 29 décembre 1845. : « Un torrent de pierrots et de débardeuses tournent autour d'un ilôt de masques stagnant au milieu de la salle, ébranlant le plancher comme une charge de cavalerie. Gare à ceux qui tombent. ... Comme nous rentrions chez nous, nous vîmes descendre d'un estaminet une bande de quarante pierrots tous costumés de même, qui se rendaient au bal de l'Opéra, précédés d'une bannière où étaient écrits ces mots : Que la vie est amère! »

Il ne faut pas confondre ce débardeur avec un autre débardeur, célèbre maillot sans manches, plus tard baptisé familièrement en France « marcel », dont l'invention est attribuée aux Forts des Halles de Paris au milieu du .

Le Pierrot Le Pierrot apparaît comme un personnage typique du Carnaval de Paris. Peut-être à la suite de la nouvelle vogue de ce personnage de la Commedia dell'arte après 1830 sur les théâtres de pantomimes parisiens, grâce aux talents de Jean-Gaspard et Charles Deburau, et de Paul Legrand.

En 1896, à la Promenade de la Vache enragée sortie à Montmartre le jour de la Mi-Carême, le célèbre artiste montmartrois Willette costumé en Pierrot noir conduit une troupe de Pierrots et Colombines La Mi-Carême à Paris, La Vache enragée, Le Petit Journal, 13 mars 1896, page 1, . Pierrot et Colombine étaient deux des sujets de prédilection dessinés par l'artiste montmartrois Adolphe Willette..