L’archéogéographie est un champ de recherches qui traite de la dynamique de l’espace dans la durée et qui contribue à étudier d’autres dimensions des objets géohistoriques que celles qui ont été faites par des champs voisins, en particulier la géographie historique, la géohistoire et l’archéologie des paysages ou encore .
Champ de recherches L'archéogéographie est issue d’une association entre archéologie et géographie, soutenue par l'institut des Sciences humaines & sociales du CNRS à la fin des années 1990 et portée par un Groupe de recherches du CNRS de 2000 à 2007GDR 2137 du CNRS nommé TESORA (Traitement puis Traité de l’Espace des Sociétés Rurales Anciennes)..
L’archéogéographie est une option du master Archéologies environnementales des universités de Paris Iuniv-paris1.fr et Paris X et un cours du master Archéologie et Histoire de l'université de Rennes 2. Elle est également enseignée au sein de la licence Archéologie de l'université de Rennes 2. Enfin, elle a fait l’objet d'un enseignement annuel à l’université de Coimbrawoc.uc.pt (Portugal) au niveau du master et est présentée annuellement à l’École d’Architecture de Versailles. dans le cadre du Master Jardins historiques et paysagesversailles.archi.fr.
Ce champ de recherches a été cartographié comme « discipline rare en statut d'observation » par le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) en 2022. L'utilisation du terme de discipline employé dans la cartographie du MESR « correspond en réalité à des spécialités ou domaines d'enseignement ainsi qu'à des thématiques de recherche ».
Gamme des emplois du terme archéogéographie
Le mot archaeogeography apparaît pour la première fois dans un rapport de recherche de l’Académie des sciences de Lituanie en 1928 Rapport de recherche de l’Académie des sciences de Lituanie. Dans les années 1980, 1990 et début 2000, apparaît le terme dans divers contextes, comme une association de mots tombant sous le sens, sans justification théorique particulière. On rencontre le terme en français, en anglais, en allemand, en indonésien. Ces emplois du terme archéogéographie ne sont pas concertés bien que les auteurs soient tous d’accord sur le fait que l’étude d’un espace ancien suppose le recours aux méthodes de la géographie. Et comme cette science connaît elle-même des évolutions épistémologiques complexes, les emplois du terme composé archéogéographie sont eux-mêmes divers, les uns renvoyant à la géographie humaine allemande et française (Robert Fossier), d’autres à la géographie spatiale anglo-saxonne(Javier de Carlos Izquierdo), d’autre encore à la géographie culturelle d’inspiration française (D. Guillaud). L’ambiguïté existe cependant en raison de l’existence d’une discipline dite paléogéographie (qui est la géographie des paléontologues). La confusion est souvent faite avec la géoarchéologie (qui est une archéologie des sédiments de l’holocène). Certains se demandent donc si l’archéogéographie est vraiment un nouveau concept ou bien une façon différente d’intituler quelque chose qui existe déjàLudwig Zöller, « Archäogeographie – neues Etikett oder neue Konzeptionen ? », dans de la Hugo Obermaier-Gesellschaft für Erforschung des Eiszeitalters und der Steinzeit e.V 2 - 6. avril 2002, Innsbrück ; Ludwig Zöller, « Geoarchäologie - Paläogeographie - Archäogeographie », In: H. Koschik (Hrsg.), Bodendenkmalpflege und Industriekultur. Materialien zur Bodendenkmalpflege im Rhein-land, Heft 13 : 34-40 (Landschaftsverband Rheinland, Rhein. Amt f. Bodendenkmalpflege), Cologne 2002..
En français, le terme apparaît pour la première fois, semble-t-il, chez le médiéviste Robert FossierRobert Fossier, Enfance de l’Europe. Aspects économiques et sociaux, 1/ L’homme et son espace, coll. Nouvelle Clio, Paris 1982 ( de la réédition de 1989).. En 1982, rendant compte de l’enquête de W. Janssen sur la région de l’Eifel, il écrit : « W. Janssen a examiné les phases les plus anciennes de l’évolution des habitats dans l’Eifel et ses marges : l’utilisation de toutes les méthodes conjointes de l’archéologie, de l’archéogéographie, de la paléobotanique et, naturellement, des sources de tradition permet de cerner des cellules économiques qui ne concordent pas avec les cadres administratifs ou religieux, mais où on peut suivre l’histoire du peuplement. » Il réaffirme cette voie en 2002, en donnant plus de précision sur le sens qu’il donne à l’archéogéographie : « La difficulté d'accès aux problèmes d'occupation de l'espace vient largement du caractère inapproprié des sources qui pourraient nous abreuver. Le rassemblement des écrits comportant des données de parcellaire, de surfaces, de taille, ou de limite, est loin d'être entamé […]. Les microtoponymes ? Encore faudrait-il qu'on les trouve bien fixés et anciens. L'iconographie ? Quelques gestes, quelques paysages ; mais ce sont des topoï sans réelle valeur. C'est donc l'archéologie qui sera la voie la plus sûre ; l'archéogéographie tout d'abord, c'est-à-dire la recherche, au travers des cartes, des photographies aériennes, des linéaments actuels ou anciens du paysage : des itinéraires, des parcellaires fossilisés, des habitats disparus pourront ainsi renaître. Et la fouille dégagera des remblais de bout de champ, des sillons couverts d'herbe, sans compter ces techniques d'étude du paysage végétal ancien que sont la palynologie, dendrologie, carpologie, et j'en passe. Il ne faut donc en rien désespérer de cette recherche, mais on voit bien que son caractère pluridisciplinaire, extensif, coûteux ne peut que bien difficilement être l'œuvre d'un chercheur isolé. »Robert Fossier (éd), L'espace rural au Moyen Âge : Portugal, Espagne, France (), dans Mélanges en l'honneur de Robert Durand, PUR, 2002, .
En 1990, une thèse soutenue à Madrid porte le titre « L’archéogéographie, Une méthode pour l’étude de l’espace préhistorique »Javier I. de Carlos Izquierdo, La Arquegeografia, Un procedimiento para el estudio del espacio prehistórico, Universidad Complutense de Madrid, 1990, 414 p.. Elle part de l’intérêt de l’auteur pour la géographie humaine. Constatant la diversité des études archéologiques en raison des fluctuations de la géographie elle-même, il se propose de mettre au point une méthode spécifique. Il choisit d’appeler « méthode archéogéographique » l’étude de l’espace archéologique. Son but, cependant, n’est pas de réviser tous les champs thématiques de l’archéologie spatiale mais de formuler une proposition neuve, l’archéogéographie. Il ne voit pas de différences de méthode entre l’archéogéographie et l’archéologie spatiale, mais une différence d’utilisation de la méthode. Le champ d’application est l’analyse de l’appropriation des ressources par une communauté préhistorique.
Les publications issues d’un programme de recherches de l’IRD portant sur Sumatra emploient le terme à partir de 2003Dominique Guillaud, H. Forestier, « Pour une archéogéographie. La reconstitution des anciennes occupations et leurs enjeux actuels dans le nord de la Nouvelle-Calédonie ». In Iles rêvées, territoires et identités en crise dans le Pacifique insulaire, D. Guillaud, Ch. Huetz de Lemps, O. Sevin (eds.). Paris, PUPS, 2003, ; Dominique Guillaud, H. Forestier, A. Romsan, B. Prasetyo, « Daerah Pegunungan : Sebuah Pendekatan Arkeogeografis Mengetengahkan Zaman Protosejarah ». In D. Guillaud (ed.), Menyelusuri Sungai, Merunut Waktu. Penelitian Arkeologi di Sumatera Selatan. Jakarta, Puslitbang Arkenas – IRD – EFEO, 2006, ; Dominique Guillaud, L’archéogéographie : pour une reconnaissance du passé dans l’espace, dans EchoGéo, , mars-mai 2008.. L’archéogéographie y est définie comme l’articulation entre les reconstitutions scientifiques que les archéologues peuvent faire du passé et les perceptions qu’en ont les populations actuelles. Cette méthode conduit à des résultats intéressants pour comprendre la territorialité actuelle des populations, en raison de son ancrage dans le temps. L’archéogéographie est ici comprise comme l’application au passé des principes de la géographie culturelle. C’est une conception qui se situe à la rencontre de l’archéologie et de la géographie, mais aussi de l’anthropologie. Elle est résolument tournée vers le présent, comme l’écrit Dominique Guillaud : « Par une démarche novatrice, l’archéogéographie, en mettant en regard approche scientifique et pratiques des populations, confère à l’archéologie une dimension actualiste qui la met directement en prise sur les questions de développement ».
Le mot composé anglais archaeogeography est employé en 1996 par James Q. Jacobs. Il est un des mots clés d’une thèse sur les Maya dans la région du Belize. Ensuite, il est utilisé par le projet ArchAtlas de l’Université de Sheffield, dans l’intitulé d’un atelier tenu en 2007. Il est également revendiqué par les participants du Projet Phoenix de l’Université de Nottingham, où il est une importation des chercheurs de l’UMR 7041 du CNRS qui y participent, Margareta Tengberg, Jérémie Schiettecatte, Jessica Giraud, Claire Delhon, Carl Phillips, Julien CharbonnierJames Q. Jacobs, The Archaeogeodesy Pages. Bretton Michael Somers, Hidden Landscapes of the Ancient Maya: Transect Excavations at Arvin's Landing Southern Belize, thèse de l’Université d’État de Louisiane, 2004. ArchAtlas : Mapping Human History from Space: Tells, Routes and Archaeogeography in the Near East, voir le site : http://www.archatlas.dept.shef.ac.uk/workshop/works07_intro.php. The Phoenix project - Origine et évolution d'un agrosystème – la culture en oasis au Moyen-Orient et en Égypte de l'Âge du Bronze à l'époque islamique. (Origin and evolution of an agricultural system – oasis cultivation in the Middle East and in Egypt from the Bronze Age to the Islamic period).