Fondé en 1853, Goyard est l’un des plus anciens des malletiers parisiens dont la maison tient encore enseigne (le plus ancien étant Moynat). Son fonds de commerce se transmet jusqu'à nos jours sous les noms successifs de Martin, Morel puis de GoyardPierre Tzenkoff, Goyard, Malletier, Maison fondée en 1792, édition Devambez, 2010 présentation en ligne. François Goyard (1828-1890), le fondateur, introduit la famille dans la profession de layetier, coffretier, emballeur en rachetant la maison Morel, successeur de la maison Martin, fournisseur de Son Altesse Royale la duchesse de Berry. Edmond Goyard (1860-1937), le visionnaire, développe l'enseigne de 1885 à 1937. Robert Goyard (1893-1979), l'homme du monde, incarne la marque durant la croissance d'après-guerre. François Goyard (1918-2005) contribue au développement de l'entreprise avec sa fille Isabelle Goyard (1959-). Jean-Michel Signoles continue à accroître à l'international la réputation de la maison lors de sa reprise en 1998Frédéric Martin-Bertrand,L'artisanat retrouvé de Goyard, article du Figaro du 18-19 juin 2011. La société actuelle porte le nom de Goyard St Honoré.
Histoire de la maison Goyard Aux origines de Goyard, la maison Martin vignette|Enseigne Goyard, rue Saint-Honoré. Fondée en 1792, la maison Martin devient le fournisseur officiel de Marie Caroline de Bourbon-Siciles ce qui lui confère le titre de « layetier, coffretier, emballeur de Son Altesse Royale Madame, duchesse de Berry »Luxos Magazine, World traveller Devambez, Printemps Été 2010 . L'en-tête de la maison Martin reprend les trois professions anciennes « layetier, coffretier, emballeur », dont il énumère les spécificités comme suit : Collection privée,Facture maison Martin de 1821
Pierre François Martin a sous sa tutelle une pupille, Pauline Moutat, qu'il dote de sa maison. Il envisage le mariage de cette dernière avec l'un de ses ouvriers, Louis-Henri Morel (1817-1852), alors âgé de vingt-trois ansPierre Tzenkoff, Goyard, Malletier, Maison fondée en 1792, édition Devambez, 2010 . Morel s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur, Martin, il précise « Successeur et ancienne maison Martin ci-devant rue Neuve-des-Capucines, près de la place Vendôme »Collection privée,Facture maison Morel de 1846. À son tour, Louis-Henri Morel transmet son savoir-faire à son jeune apprenti de dix-sept ans, François Goyard (1828-1890), qu'il engage en 1845. L'apprenti va bénéficier d'une formation exemplaire, sous la double tutelle de Pierre François Martin et de Louis-Henri Morel. Monsieur Morel meurt soudainement le Collection Goyard,Carnet d'apprenti de François Goyard entré en apprentissage chez Louis-Henri Morel le octobre 1845. En peu de temps l'enseigne Morel devient Goyard, puis Goyard Aîné (François est le frère aîné), une distinction que François introduit pour se différencier de ses frères. François lègue à son fils, Edmond, une enseigne réputée qui s'est dotée d'ateliers à BezonsPierre Tzenkoff, Goyard, Malletier, Maison fondée en 1792, édition Devambez, 2010 Gérard Arthus, Bezons du village à la ville, Éditions du Valhermeil.
C'est au 347, rue Saint-Honoré (devenu 233 rue Saint-Honoré lors de la renumérotation de la rue en 1856) que Pierre François Martin s'installe en 1834, quittant le 4 rue Neuve des Capucines où s'installera Louis Vuitton en 1854Paul-Gérard Pasols, Louis Vuitton Éditions de la Martinière . Martin implante durablement ses successeurs à l'angle des rues Saint-Honoré et de Castiglione au niveau de la place Vendôme.
Maison de famille, de pères en fils S'appuyant sur le travail de son père, François Goyard, Edmond propulse le comptoir de vente de la rue Saint-Honoré en marque de luxe à l'élitisme croissant et à la clientèle internationale. Il crée les premières publicités Goyard, participe aux Expositions universelles et ouvre quatre succursales. Il pose les bases de la marque telles qu'elle est connue aujourd'hui grâce à la création de la toile emblématique Goyardine, au lancement des articles pour animaux et au développement des produits automobiles. Edmond s'associe à son premier-né Robert ; ils dirigeront conjointement E. Goyard Aîné et Fils. Robert prendra la succession de 1937 à 1979Pierre Tzenkoff, Goyard, Malletier, Maison fondée en 1792, édition Devambez, 2010 p 108.
De Clamecy à Paris Les Goyard sont originaires de Clamecy en Bourgogne où la famille exerce de longue date les métiers de flotteurs et de compagnons de rivière pour approvisionner Paris en bois de chauffagePierre Tzenkoff, Goyard, Malletier, Maison fondée en 1792, édition Devambez, 2010 Jean-Claude Martinet, Clamecy et ses flotteurs, Éditions de l'Armançon. Le patronyme Goyard découle du mot « goujard », également dit « goyard ». Cet outil utilisé par les paysans du Morvan est une serpe placée à l'extrémité d'un long et fort manche de deux mètres. Les Bourguignons usaient du goujard pour couper les épines qu'ils repiquaient sur les pieux des haiesDiderot et d'Alembert, Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des art et des métiers.
Installation d'Edmé Goyard (1801-1879) à Paris En 1832, une importante épidémie de choléra décime la population de Clamecy. Le , le père d'Edmé Goyard meurt à l'âge de 72 ans. Son fils, quitte alors la bourgade avec sa femme et ses deux fils, François et Claude, âgés respectivement de quatre et deux ans. La famille s'installe à Paris et s'agrandit de Martin, qui voit le jour le .
François Goyard (1828-1890) et son fils Edmond Goyard (1860-1937) Après avoir dirigé plus de trente-deux ans son fonds de commerce, le François cède son entreprise à son fils aîné Edmond, alors âgé de 25 ans. L'enseigne de la maison, qui devient E. Goyard Aîné, concourt durant les décennies suivantes au développement de l'industrie des articles de voyage de luxeCollection privée,Contrat de vente du fonds de commerce de François Goyard à Edmond Goyard, avril 1885.
Robert Goyard (1893-1979) Comme son père, Robert dirige la boutique jusqu'à ses derniers jours en 1979. Robert fait considérablement évoluer la gamme des produits en développant une nouvelle toile. Il met au point une toile tissée dont il dépose le dessin en 1965. Le motif des chevrons est conservé, et la simplification du dessin, nécessaire au procédé, rend la toile vierge de tout patronymeDépôt Institut national de la propriété industrielle, Dépôt de marque du 24 novembre 1965.
Robert Goyard décida de contribuer au prestige de son quartier et le est constituée l'association « La Place Vendôme » sise au 233 rue Saint-Honoré à Paris ; le , une assemblée générale extraordinaire refond le groupement qui prend le nom de « La Place Vendôme, la rue de la Paix et ses alentours » avant d'adopter sa dénomination actuelle de Comité Vendôme. Robert Goyard participe à la création du groupement, il est celui de ses membres qui en gère les formalités de constitution et qui accueille cette nouvelle entité juridique à l'adresse du magasin Goyard, 233 rue Saint-HonoréActe de la préfecture de Police de Paris, Acte de constitution de l'association du 12 janvier 1937.
François Goyard (1918-2005) Jean Edmond François, fils de Robert Goyard, travaille avec son père. L'Occupation impose ses rigueurs, et la boutique du 233 rue Saint-Honoré a tiré rideau. C'est le , que François entre dans le capital social de l'entreprise, qui est transformée en société anonyme quatre jours plus tard. Après la guerre, Robert continue à diriger l'entreprise jusqu'en 1979 ; à son décès sa petite-fille Isabelle Goyard la reprendra aidée de son père.
La reprise par Jean-Michel Signoles : entreprise familiale En 1998, un repreneur prend la suite de la famille Goyard, Jean-Michel Signoles, collectionneur féru de la marque, reprend la direction de la maison avec le soutien de ses fils Alex, Rémi, Pierre et Edouard. En marge de tout grand groupe de luxe il fait revivre le patrimoine de la rue Saint-Honoré, construit de nouveaux ateliers à Carcassonne, France et ouvre des comptoirs de vente internationaux qui ont rendu, en l'espace d'une décennie, tout son rayonnement à l'enseigne à mille lieues de la production industrielle. Considérée comme la maison la plus discrète du secteur, demeurer confidentiel est le parti-pris maison.
Participations de la maison Goyard aux Expositions universelles François Goyard, comme Louis Vuitton, ne participe pas à l'Exposition universelle de 1855, la première qui eut lieu à Paris ; l'un comme l'autre dirigent leur entreprise depuis trop peu de temps. La maison Goyard, dirigée par Edmond Goyard, prend une nouvelle direction commerciale et participe à sa première exposition en 1900.
Exposition universelle de 1900, Paris À l'Exposition universelle de 1900 du au , Goyard y remporte une médaille de bronze : M. E. Chapel, Rapport d'exposition, Groupe XV Classe 99 Industries du caoutchouc et de la gutta-percha. Objets de voyage et campement, Georges Vuitton expert, 1900
Exposition internationale de Milan, 1906 Edmond Goyard participe à l'Exposition internationale de Milan qui a lieu du au . Son rapporteur, Victor le Renard, conclut ainsi : Goyard y remporte une médaille d'orM. Victor le Renard, Rapport d'exposition Pavillon de la Carrosserie, section des Transports Terrestres, Groupe VII Classe 99, Objets de campement et voyages 1906.
Exposition franco-britannique de Londres, 1908 L’Exposition franco-britannique, a lieu à Londres de mai à . Victor le Renard, le rapporteur, constate l'absence de fabricants britanniques tout en la regrettant. Les fabricants français n'ont pas montré beaucoup plus d'empressement pour répondre aux sollicitations répétées du comité de la classe 99, puisque deux seulement d'entre eux figurent à Londres : la maison Goyard et la maison Louis Vuitton. Edmond Goyard y remporte une médaille d'orM. Victor le Renard, Rapport d'exposition Campements et Voyages, Groupe VII classe 99. Président du Comité d'admission et Président du jury M. Georges Vuitton, 1908.
Exposition Universelle de Bruxelles de 1910 L'Exposition universelle de Bruxelles qui se tient du au présente les trois grandes maisons parisiennes déjà réunies à Milan : Goyard, Louis Vuitton et Artus. Goyard obtient un diplôme d'honneur à l'occasion de cette exposition, qui est la plus fréquentée depuis 1900Georges Vuitton, Rapport d'exposition Groupe XV Classe 99, 1910.
Exposition de Roubaix en 1911 Le rapporteur de l'exposition Étienne Béraud, vante ainsi le prestige de la maison Goyard : M. Etienne Béraud, Rapport d'exposition Groupe VII, Industries diverses, 1911
Exposition anglo-latine de Londres en 1912 À l'Exposition anglo-latine de Londres qui se tient à la Great White City, Goyard figure dans la section V « Section des industries diverses », division J « Carrosserie, automobiles et accessoires bois, tourisme ». La classe est présidée par le français Léon Auscher, l'un des carrossiers les plus prestigieux qui font appel à Goyard pour la fabrication de malles-auto. Le catalogue commercial de la maison Goyard illustre le lourd héritage que les malles automobiles devaient aux habitudes de la malle-poste. Le malletier y remporte un grand prix. Le rapporteur Henri Pichot, précise à son sujet : M. Henri Pichot, Président M. Léon Auscher Rapport général, Comité des expositions à l'étranger. Section V, Division J, Carrosserie, Automobiles et accessoires bois, Tourisme. Section française, 1913
Exposition de Gand en 1913 Gand ouvre son exposition du au . Son rapporteur, monsieur Lamy-Torrilhon, relate ainsi l'importance de la maison Goyard qui y reçoit un grand prix : Le jury international de la classe 99 lui a accordé le rappel de Grand Prix qu'elle possédait déjà. M. Goyard est officier d'Académie depuis l'Exposition internationale de Bruxelles en 1910M. Lamy-Torrilhon, Rapport d'exposition, Groupe XV, Classe 99, 1913.
Exposition Panama Pacific International de San Francisco en 1915