Le Nieuport-Delage NiD.29 est un avion militaire français de l'entre-deux-guerres. Ce monoplace de chasse fut développé durant la dernière partie de la Première Guerre mondiale par Gustave Delage. Aboutissement d’une lignée de prototypes dérivés du Nieuport 28 et premier Nieuport équipé d’un moteur en ligne, c’est le premier avion de combat français à avoir été mis en service en temps de paix. Produit à plus de soit en France soit sous licence à l’étranger, il évita à la firme Nieuport-Astra de disparaître au moment où les commandes militaires se raréfièrent.
Une longue série de prototypes Au cours de l’été 1917, Gustave Delage entreprit le développement d’un nouveau biplan de chasse monoplace devant atteindre en charge. Destiné à remplacer le Nieuport 28, dont il conservait sensiblement la voilure, le nouveau monoplace se distinguait par un fuselage de construction monocoque en bois. Des cadres en contreplaqué épais recevaient les attaches des longerons de voilure, les fixations du train d’atterrissage et des mâts de voilure. Ils recevaient également les longerons supportant un revêtement en feuilles de tulipier contrecollées. La cabine était simplifiée et l’empennage entièrement redessiné.
Deux prototypes furent réalisés avec des moteurs en étoile différents : un moteur Gnôme 9N Monosoupape de et un Le Rhône 9R de . Ces moteurs, qui n’étaient pas encore en production, ne permirent pas d’obtenir des performances supérieures à celles du Nieuport 28.
Un nouveau prototype prit l’air en . Équipé d’un moteur rotatif Clerget 11F de , il se distinguait par une voilure de , le plan inférieur affichant un dièdre plus important que le plan supérieur. Pesant en charge avec deux mitrailleuses Vickers, il fut chronométré à à , une altitude atteinte en 12 minutes. La capacité des moteurs en étoile semblait avoir atteint ses limites et Gustave Delage dut donc se résoudre à rechercher d’autres solutions.
Le premier Nieuport équipé d’un moteur à refroidissement par eau ressemblait à un Nieuport 28 : même fuselage au maître-couple circulaire, atterrisseur et empennage identiques, une voilure à corde constante et saumons arrondis, mais un entreplan plus large, le plan supérieur étant reporté nettement au-dessus du fuselage. Le moteur Lorraine-Dietrich 8Bd, un huit cylindres en V de , entraînait une hélice quadripale, et le radiateur était placé entre les têtes de cylindres, soigneusement carénées. Ce prototype débuta ses essais en et confirmèrent que Gustave Delage travaillait dans la bonne direction, mais ils furent rapidement suspendus, une version plus opérationnelle étant espérée pour .
Un nouveau prototype prit l’air en avec un moteur Lorraine-Dietrich 8Bd modifié de , une voilure affichant une légère flèche et un entreplan sensiblement réduit. Des ailerons à compensation aérodynamique équipaient plan supérieur et plan inférieur et le radiateur était noyé dans le plan supérieur, très certainement pour favoriser le champ de vision du pilote.
Début 1918 volait un troisième monoplace Nieuport à moteur en ligne, équipé cette fois d’un Hispano-Suiza 8Fb de . Des essais comparatifs avec son prédécesseur eurent lieu entre mars et Ray Sanger . À surface portante égale (), le nouveau prototype affichait un poids à vide plus élevé ( contre ) mais des performances plus élevées : à d’altitude contre . S’il mettait 30 secondes de plus pour atteindre , l’avantage s’inversait rapidement : Il fallait pour atteindre avec un moteur Lorraine, seulement avec un Hispano.
Le programme des Avions nouveaux En le Service technique de l'aéronautique (STAé) établit un cahier des charges pour un nouveau chasseur monoplace : Le futur appareil devait atteindre à d’altitude, encaisser un facteur de charge de 5,5 et pouvoir atteindre avec deux mitrailleurs synchronisées de capot ou avec un canon.
Pour répondre à ce nouveau concours Gustave Delage et André Mary combinèrent ce qui leur paraissait le plus réussi dans les prototypes testés en 1917 et début 1918. On retint donc le fuselage de construction monocoque, robuste et très aérodynamique, associé à un moteur Hispano-Suiza 8Fb et à une voilure de à saumons droits et mâture réduite (Une seule paire de mâts d’entreplan de chaque côté). Les radiateurs étaient suspendus sous le plan inférieur et l’empennage vertical présentait une forme très arrondie.
En le prototype Nieuport Nie.29 (C/n 12001) fut livré au STAé pour essais comparatifs avec les SPAD S.XXI, Sopwith Dolphin et Martinsyde F.4 Buzzard, tous équipés du même moteur Hispano. Chronométré à à , le Nieuport était le plus rapide, mais prenait nettement moins rapidement de l’altitude en raison de son poids : pour atteindre contre au Martinsyde.
Pour améliorer les performances en montée le blindage du réservoir perdit , la masse maximale en charge fut réduite de , la charge alaire réduite en portant la surface alaire à , ce qui entraînait l’ajout de deux mâts d’entreplan de chaque côté du fuselage. La dérive prenait une forme plus anguleuse, les radiateurs originaux étaient remplacés par des radiateurs Lamblin, de forme cylindrique et des ailerons étaient ajoutés au plan inférieur. Avec au niveau de la mer et un temps de montée à ramené à , le second prototype (C/n 12002) s’imposa très nettement en , mais les essais furent alors suspendus, un incident rendant nécessaire des renforcements de structure : Une traverse fut ajoutée derrière le moteur, les goussets des mâts d’entreplan renforcés, les ailerons du plan inférieur dotés d’une compensation aérodynamique et la surface de la dérive augmentée.
La signature de l’Armistice, le , ralentit l’achèvement du troisième prototype (c/n 12003), dont les essais en vol ne furent réalisés qu’en et se révélèrent décevants. Ainsi modifié le monoplace grimpait à nouveau moins vite que le Martinsyde et sa vitesse ne dépassait plus celle du SPAD S.XXI. Par contre il offrait une excellente visibilité, était agréable à piloter, répondant franchement, et surtout il grimpait plus haut que ne le demandait le cahier des charges : Le le Lt Casale atteignait .
Début 1920 l’Aviation militaire française en pleine réorganisation décida le remplacement de tous ses chasseurs monoplaces issus de la Première Guerre mondiale par le NiD-29 C1. 300 exemplaires furent donc immédiatement commandés. Les appareils de série se distinguaient des prototypes par un fuselage plus pointu à l’avant et une modification de la tuyauterie du système de refroidissement. Les premiers appareils furent mis en service en 1922 et 400 exemplaires supplémentaires furent commandés en 1925. L’usine Nieuport-Astra d’Issy-les-Moulineaux ne pouvant réaliser une telle commande, à laquelle s’ajoutaient des commandes à l’exportation, dans les délais requis, une partie de la production fut sous-traitée à Levasseur (Paris), Blériot-SPAD (Suresnes), Letord (Meudon), Schreck-FBA (Argenteuil), Farman (Billancourt), Potez (Aubervilliers) et Buscaylet (Paris). Cette sous-traitance ne se fit pas sans quelques problèmes, ces entreprises ne disposant pas toujours de la main d’œuvre qualifiée pour le mode de construction spécifique du fuselage monocoque en bois. Des licences de production furent concédées en Italie, Belgique et au Japon, le total construit ayant peut-être avoisiné les .
Description Le Nieuport-Delage NiD-29 était un biplan monoplace à ailes égales décalées. Le fuselage à structure monocoque était réalisé en collant à chaud en spirale des bandes de bois de tulipier de de large et d’épaisseur sur un gabarit incluant les surfaces fixes de l’empennage. 6 couches croisées à 90° permettaient d’obtenir une épaisseur de à l’avant, trois couches seulement ramenant l’épaisseur à à l’arrière et au niveau des empennagesRay Sanger . 16 longerons en épicéa et quatre cadres en contreplaqué de d’épaisseur situés au niveau des attaches de voilure et du train renforçaient l’ensemble, qui était recouvert d’une toile et d’une laque cellulosique. Tenu par deux longerons verticaux et deux longerons horizontaux supportant également le siège du pilote, le moteur 8 cylindres en V de était refroidi par eau au moyen de deux radiateurs Lamblin montés sous le plan inférieur, entre les jambes du train d’atterrissage. Un réservoir d’huile de était situé sous le moteur et un réservoir de carburant de Ray Sanger installé entre le moteur et le pilote.
Chaque plan, rectangulaire à extrémité arrondie, reposait sur deux longerons en épicéa espacés de au moyen de nervures en contreplaqué (26 de chaque côté au plan supérieur, 27 au plan inférieur), l’ensemble étant raidi par de la corde à piano. Le profil était tenu par une feuille de contreplaqué entre le bord d’attaque en épicéa et le longeron avant et l’ensemble recouvert comme le fuselage d’une toile de lin vernissée. Deux paires de mâts profilés en épicéa supportaient l’entreplan de chaque côté du fuselage, les plans supérieurs étant liés par des ferrures supportant également les mâts en V inversés formant la cabane. Le plan inférieur recevait des ailerons à compensation aérodynamique. Toutes les surfaces mobiles étaient réalisées autour d’une structure en bois entoilée, un compensateur en aluminium, ajustable au sol équipant les gouvernes de profondeur et de direction.
Le train d'atterrissage comportait deux jambes fortes en V, amorties par interposition de blocs de caoutchouc et reliées par un axe supportant des roues équipées de pneumatiques .
Cet avion recevait comme armement deux mitrailleuses Vickers synchronisées de capot de , dont la fixation dut être modifiée en cours de production, leur utilisation ayant tendance à gauchir l’avant du fuselage. Elles furent finalement installées dans un carénage métallique. De même pour permettre au pilote de disposer d’un parachute, ce qui constituait une première pour un avion français, il fut nécessaire de modifier le dessin du cockpit et de relever le pare-vent.
Les versions militaires
Nieuport-Delage NiD.29B-1 : Un petit nombre de NiD.29C-1 furent modifiés pour pouvoir emporter 8 ou 10 bombes de sous voilure et utilisés au Maroc en 1925 par l’Aviation militaire française comme appareils de coopération et d’appui contre la guérilla.
vignette|379x379px|Nieuport-Delage NiD.29 C1Nieuport-Delage NiD.29C-1 : Monoplace de chasse standard de l’aviation militaire française durant les années 1920. Robuste et équipé d’un moteur fiable, cet avion avait bonne réputation malgré quelques défauts. En particulier le champ de vision du pilote restait limité. Un rapport de l’Inspection générale de l’aéronautique daté du indiquait que le recul des armes pouvait fausser le fuselage avant, rendant imprécise la visée. Enfin et surtout le NiD-29 était incapable d’intercepter un Breguet XIX, équipé d’un moteur de .
Nieuport-Delage NiD.29ET-1 : Monoplace d’entraînement avancé à la chasse répondant à nouveau à un programme de l’Aviation militaire française, ce biplan ne disposait que d’un moteur Hispano-Suiza de . Reconnaissable à un capot moteur plus bas et à l’absence d’armement, il affichait sur la balance en charge, une vitesse de à et un plafond de . Cet appareil fut comparé aux Blériot-SPAD S.72, Caudron C.77, Hanriot HD.27 et un monoplan Gourdou-Leseurre. Il remporta la compétition et 100 exemplaires furent construits sous licence par SABCA, au profit de la France comme de la Belgique.
Nieuport-Delage NiD.29bis : Le Salon aéronautique de Paris en fut pour Nieuport-Astra l’occasion de présenter diverses évolutions du NiD.29C-1, dont ce chasseur à basse altitude. Il se distinguait du NiD.29C-1 par une envergure réduite à , la surface alaire passant de à . Aucune commande ne devait se matérialiser.