Un chassagne-montrachet (, « chassagne monraché »). est un vin français d'appellation d'origine contrôlée, produit sur une partie de la commune de Chassagne-Montrachet, dans le département de la Côte-d'Or, et une petite partie de Remigny, en Saône-et-Loire.

Le chassagne-montrachet est classé parmi les appellations communales du vignoble de la côte de Beaune, entre les aires de production du puligny-montrachet au nord, du saint-aubin au nord-ouest et du santenay au sud. L'appellation a en son sein 57 premiers crus différents. La notoriété de l'appellation est aidée par les trois autres appellations spécifiques à la commune, classées grands crus : le montrachet, le bâtard-montrachet et le criots-bâtard-montrachet.

Histoire Début du vignoble On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse).. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins..

À partir du , l'implantation du christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. Ainsi le village de Chassagne est inscrit au cartulaire de 886 de l'abbaye de Saint-Seine sous le nom de Cassaneas ou Cassania, tandis que des moines clunisiens y fondent le prieuré de Morgeot et que l'abbaye bénédictine Saint-Jean-le-Grand d'Autun est propriétaire du Clos Saint-Jean.

vignette|gauche|redresse=0.7|Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins rouges de consommation courante. À la mort de Charles le Téméraire, Chassagne eut à subir les épreuves de la guerre entre le duché de Bourgogne et le royaume de France : le village est incendié en 1476 par les troupes de Louis XI après que son seigneur eût embrassé la cause de Marie de Bourgogne, l'héritière de Charles le Téméraire.

Période moderne En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..

En 1728, Claude Arnoux décrit le chassagne comme un vin rouge de primeur, cas de tous les vins de la côte de Beaune d'alors :

En 1778, Claude Courtépée et Edme Beguillet mentionnent dans leur ouvrage que le village a un , ..

En 1816, André Jullien indique pour les vins rouges : , .. En 1831, la commune de Chassagne comprenait un total de de vignes (c'est le plus vaste vignoble du canton) plantées en noiriens (le pinot noir) mais aussi en gamays, ..

Dans les décennies 1830-1840, la pyrale survint et attaqua les feuilles de la vigne. Elle fut suivie vers 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., dont le traitement par le soufre est trouvé en 1854. Le millésime 1865 donne des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précocesLa Revue du vin de France n°482S : Le Millésime 2003 en Bourgogne, 109.. En 1855, l'ouvrage de Jean Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier indique que .. Pour les vins blancs, ils mentionnent uniquement le Montrachet, comme « hors-ligne » ; pour les rouges, ils classent « hors ligne » le Clos-Saint-Jean, le Clos-Pitois et la Boudriotte ; comme « première cuvée » la Maltroie, les Brussanes (regroupant le Clos-Pitois, les Grands-Clos, les Petits-Clos et la Vigne-Blanche), les Caillerets et les Changains ; comme « deuxième cuvée » les Macherelles, les Vergers, les Mazures, les Chenevottes, la Goujonne et En Voillenot-Dessous. .

vignette|redresse=2|Carte du vignoble de Chassagne selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, effectue un classement viticole des vins produit le long de la côte d'Or, avec à Meursault un total de de , dont en (les Chaumées, Clos-Saint-Jean, Chassagne et la Boudriotte en entier ; les Montrachets, les Bâtards Montrachet, la Maltroie, Morgeot et les Brussonnes en partie), en (les Vergers, les Chenevottes, les Macherelles, Chassagne, les Masures et le Bois-de-Chassagne en entier ; les Bâtards Montrachet, Fontaine-Sol, la Maltroie, Clos-Devant, Morgeot et les Brussonnes en partie) et en (les Houillères, Plante-Longe, Voillenot-Dessous, les Concis des Champs et la Grande-Montagne en entier ; les Bâtards Montrachet, Fontaine-Sol et Clos-Devant en partie), ..

Puis arriva le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui toucha la Saône-et-Loire dès 1875 (à Mancey), puis la Côte-d'Or à partir de 1878 (à Meursault), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). En 1879, la commune de Chassagne-le-Haut est autorisée à changer son nom en y rajoutant celui de son principal cru, le climat du Montrachet, devenant Chassagne-Montrachet (par le même décret que pour Puligny-Montrachet)Décret du , publié au JORF du , ..

Le mildiou provoque un désastre considérable en 1910. Henri Gouges avait rejoint au niveau national le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui allait aboutir à la création des appellations d'origine contrôlée. Il devint le bras droit du baron à l'INAO.. Ainsi cette appellation d'origine contrôlée est reconnue par le décret du Site du BIVB.

Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans : vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, apparition de l'enjambeur dans les années 1960-70 qui remplace le cheval, etc.). Le décret de intègre les premiers crus à la définition de l'appellation et prévoit une révision des délimitations, publié au JORF du ..

Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , publié au JORF du ., puis en , homologué par le décret du publié au JORF du ..

Les 30 et , le village accueille la Saint-Vincent tournanteLe Journal de Saône-et-Loire, 31 janvier 2010, ..

Étymologie Le nom de l'appellation est celui du village éponyme. Le toponyme a varié durant les périodes médiévale et moderne : en 886 est mentionné in pago Belnensi […] in Cassaneas (dans le cartulaire de Saint-Seine), en 1225 « Chassainnes », en 1235 « Chasseygnes », en 1252 « villae de Chassegnes », en 1253 « Chassaignes », en 1278 « Chasaignes », en 1285 « Chasseignes », en 1391 « Chassaingnes les Grans » et « Chassaingnes les Petites », en 1431 « Chasseignes les Grans » et « Chasseignes les Petites », en 1450 « Chassaigne le Haut » et « Chassaigne le Bas », en 1527 « Chaisseigne », en 1574 « Chassaigne le Hault » et « Chassaigne le Bas », en 1617 « Chassagne » et en 1625 « Chassagne le Hault et le Bas », .. Le mot cassanea, désignant une chênaie, dérivé du latin vulgaire cassanus, chêne.. D'autres sources proposent que l'origine du nom de « Chassagne » soit une déformation de « cassine » (une petite maison), ou la maison d'un « Cassius ».

Par le décret du , en même temps que sa voisine Puligny devenait Puligny-Montrachet, Chassagne-le-Haut devient Chassagne-Montrachet. Montrachet, le nom du grand cru blanc de Bourgogne le plus connu, produit en partie sur la commune de Chassagne-Montrachet et en partie sur sa voisine Puligny-Montrachet, vient de la déformation du toponyme « mont Rachaz » : ce nom est dû aux caractéristiques de l'affleurement rocheux voisin, un relief chauve où ne pousse pas grand chose.

Vignoble vignette|Vignoble de Chassagne-Montrachet.

Aire d'appellation

Le vignoble produisant le chassagne-montrachet se situe dans le département de la Côte-d'Or, dans le vignoble de la côte de Beaune, sur une partie de la commune de Chassagne-Montrachet ainsi qu'une petite partie de sa voisine Remigny, près de la ville de Chagny. Elle se trouve entre les vignes de Puligny-Montrachet au nord et de Santenay au sud.

La surface totale classée dans l'aire d'appellation est de et (comprenant et à Remigny et en y excluant les parcelles en grand cru), dont et en premier cru.. Un grand cru est implanté totalement sur la commune de Chassagne, le Criots (AOC criots-bâtard-montrachet, sur ) ; il y a deux autres grands crus implantés en partie sur Chassagne (l'autre partie est implantée sur la commune de Puligny-Montrachet) : le Montrachet () et le Bâtard-Montrachet (). Selon le service des Douanes, la superficie déclarée en production en 2023 sous l'appellation chassagne-montrachet est d'un total de (dont 145,613 en ), comprenant en rouge (dont 26,331 en ) et en blanc (dont 119,281 en )..

Lieux-dits Le nom de l'appellation sur les déclarations comme sur l'étiquette peut être suivi du nom du climat (lieux-dits) sur lequel le vin a été produit. Plusieurs de ces climats sont classés comme premiers crus, à condition de respecter les critères spécifiques fixés par le cahier des charges pour l'ensemble de ces climats. Pour eux, l'étiquette peut porter juste après le nom de l'appellation la mention soit « premier cru », soit premier cru suivi du nom d'un de ces , en caractères de la même taille que ceux du nom de l'appellation :

D'autres lieux-dits cadastrés peuvent figurer sur l'étiquette, mais en caractères de taille moitié moindre que ceux du nom de l'appellation :

Géologie et orographie L'aire de production est située entre 220 et 325 mètres d'altitude, sur des sols argilo-calcaire, plus ou moins calcaires, caillouteuses ou marneuses.

Climatologie Le climat bourguignon est un climat tempéré océanique à légère tendance continentale. L'influence océanique se traduit par des pluies fréquentes en toutes saisons (avec néanmoins un maximum en automne et un minimum en été) et un temps changeant. L'influence semi-continentale se traduit par une amplitude thermique mensuelle plutôt élevée, se caractérisant par des hivers froids avec des chutes de neige relativement fréquentes, et des étés plus chauds que sur les littoraux, avec à l'occasion de violents orages.