La Seconde Restauration, officiellement le royaume de France, désigne le régime politique monarchique de la France de 1815 à 1830. Elle succède aux Cent-Jours, qui avaient vu Napoléon revenir brièvement au pouvoir. Après une période de confusion, Louis XVIII revient sur le trône. Débute l'expérience d'une monarchie constitutionnelle qui essaie de recréer une unité dans le pays sur des bases héritées à la fois de la Révolution et de l'Ancien Régime. Après une période marquée par un bref retour au pouvoir des monarchistes absolutistes ultras, qui se caractérise notamment par la Terreur blanche, le régime prend de 1816 à 1820 un tournant plus libéral, sous la direction des ministres Richelieu puis Decazes.

L'assassinat du duc de Berry en 1820 entraîne une réaction absolutiste des ultras, avec l'arrivée comme président du conseil des ministres de Villèle, qui mène une politique de plus en plus proche des désirs des ultras, qui se retrouvent en position encore plus favorable en 1824, à l'arrivée de Charles X sur le trône. C'est en effet sous son règne que sont adoptées les mesures les plus ancrées dans l'idéologie absolutiste, par exemple le mais aussi la loi sur le sacrilège religieux. La fin des années 1820 marque une opposition de plus en plus marquée de la part des libéraux. L'arrivée du ministère Polignac, résolument ultra, et les réponses inadaptées du souverain face à l'opposition entraînent la révolution de 1830, la chute de la monarchie légitime et l'avènement de la monarchie de Juillet.

Si l'historiographie républicaine a souvent présenté la période comme un retour en arrière et une parenthèse sans grande importance, la Restauration reste un moment clé pour la France du , puisqu'elle voit le pays s'initier à certaines des libertés acquises depuis la Révolution, mais aussi le développement économique du pays qui s'industrialise progressivement. La fin de la période voit également les débuts de la présence française en Algérie.

Un difficile retour de la monarchie Hésitation et choix du retour des Bourbons thumb|Joseph Fouché joue un rôle décisif dans le retour des Bourbon sur le trône de France après les Cent-Jours.|alt=portrait de Fouché La Première Restauration, débutée en 1814, se solde au bout de moins d'un an par un échec. Le souverain Louis XVIII ne parvient pas à maintenir l'unité du pays, passé le soulagement de la fin des guerres napoléoniennes, et le débarquement de entraîne sur sa route les espoirs d'un grand nombre. Le , le souverain doit quitter le Palais des Tuileries, les forces de l'empereur approchant de la capitale. Louis XVIII franchit la frontière et se réfugie à Gand le 23. Il y établit un gouvernement en exil, tandis qu'en France, ses partisans tentent en vain de se soulever ; cependant, le roi a pleinement conscience que son destin dépendra avant tout de l'action des puissances étrangères, qui se mobilisent au même moment contre Napoléon.

La position de Louis XVIII n'est alors guère confortable. Le retour des Bourbons sur le trône en 1814 avait été principalement soutenu par les Anglais, tandis que la Russie et l'Autriche y étaient réticentes. Pour les Alliés échaudés par l'expérience de la Première Restauration, la maison d'Orléans apparaît comme un choix plus sûr. Le soutien décisif en faveur des Bourbon est Arthur Wellesley, duc de Wellington et vainqueur de la bataille de Waterloo, qui réussit à faire pencher les Alliés en faveur du retour de Louis XVIII. Cependant, tous déclarent ne pas vouloir s'imposer dans la politique interne de la France.

La seconde restauration ne sera pas forcément plus favorable aux Bourbons. Malgré l'abdication de Napoléon , les députés restent très hostiles au roi. Le , Joseph Fouché prend la tête du gouvernement provisoire et manœuvre pour organiser le retour des Bourbons, en écartant Napoléon, qu'il essaie de faire rapidement embarquer pour les États-Unis, ou La Fayette. Quant à la Chambre des députés, il lui propose de travailler à un projet de constitution, qui n'a d'autre but que de l'enliser dans de multiples débats. Fouché a ainsi les mains libres pour négocier avec les puissances étrangères. Il conclut finalement la capitulation de la France et accepte de retirer les armées au-delà de la Loire. La France est encore divisée, mais les manœuvres de Fouché réussissent, et l'arrivée des Russes dans Paris, le , finit de régler la question : le roi peut désormais revenir.

Occupation étrangère et Terreur blanche

thumb|left|Talleyrand prend dès le 9 juillet la tête du premier gouvernement de la Seconde Restauration.|alt=portrait de Talleyrand Louis XVIII revient à Paris le sur conseil de Talleyrand qui espère ainsi prendre de court les Alliés. Le retour n'est pas sous les meilleurs auspices : en revenant à la suite d'une défaite de l'armée française, et en humiliant celle-ci en lui refusant le drapeau tricolore, le roi conforte ses opposants dans l'idée qu'il revient , ce qui devient une thématique récurrente dans le discours des ennemis des Bourbon. Le , le gouvernement est confié à Talleyrand ; Fouché en assure également dans les faits la direction en recevant la charge de la police. Dans le même temps, les institutions subissent une épuration, tandis que Talleyrand et Fouché œuvrent pour garantir un plus grand pouvoir aux corps législatifs, et obtiennent la suppression de la censure préalable de la presse. Le roi doit également trouver un compromis pour maintenir la stabilité de l’État sans trop froisser ses partisans ultras. Il déclare , tout en promettant la contre ceux qui ont permis le retour de l'empereur. Fouché établit dans un premier temps une liste de 300 personnes, réduite ensuite à une vingtaine de personnes à condamner et une quarantaine à surveiller.

Dans le même temps, c'est en effet l'occupation étrangère qui pose le plus grand tort au régime. Le gouvernement peine à contrôler toute son armée, qui refuse d'accepter la défaite, et certaines places fortes continuent à se défendre face aux Alliés. Cependant, cette résistance est très symbolique : plus d'un million de soldats étrangers occupent le pays à l'été 1815, en se livrant à des pillages et exactions destinées à financer l'occupation, qui touche la plus grande partie du pays. L'occupation diffère cependant selon la nature de l'occupant ; ainsi Wellington veille au bon comportement des troupes britanniques, craignant sinon de causer des révoltes ; à l'inverse, les troupes prussiennes inspirent la terreur. Le , une commission est créée pour verser les 50 millions demandés pour financer les occupants. Après le traité établi en septembre, la facture s'élève à dix millions par mois ; les Alliés, jusqu'en septembre, ne se pressent pas pour établir un traité, ce qui leur permet de vivre de leur occupation.

Ce n’est pas le seul souci de Louis XVIII, qui doit contenir la fureur des ultras, monarchistes absolutistes. Ceux-ci perpètrent des massacres envers les Bonapartistes après les Cent-Jours, c’est la . Si elle reste modérée en Vendée, où elle est affaiblie par des divisions, elle s'exprime surtout dans le Midi, où les opposants à l'empereur se sont réunis au sein de sociétés secrètes et considèrent la bataille de Waterloo comme le signal du début des vengeances. Des massacres éclatent à Marseille, à Toulon, dans les villes de la vallée du Rhône. À Nîmes, les exactions prennent une allure de guerre de religion et se dirigent principalement vers les protestants, donc beaucoup fuient la ville. Le gouvernement peine à agir, ce qui nuit à sa réputation : c'est l'occupation autrichienne qui met fin aux troubles. Qui plus est, la condamnation de ces troubles par le roi lui oppose une partie des absolutistes : en Vendée, les exactions contre les acquéreurs de biens nationaux se poursuivent malgré les demandes du souverain, pendant plusieurs années.

La

thumb|Le Traité de Paris décide de l'occupation de la France par les puissances alliées, pour cinq ans (réduits finalement à trois).|alt=carte représentant les zones d'occupations du nord et de l'est de la France Aussitôt le roi rentré en France, la Chambre des députés élue durant les Cent-Jours est dissoute. De nouvelles élections sont organisées pour élire les 402 députés, en respectant les collèges électoraux formés sous l'Empire. L'âge minimal des électeurs et des éligibles est abaissé (à 21 et 25 ans) : tout ceci vise à noyer les extrêmes, redoutés par le gouvernement, qu'il s'agisse des jacobins ou des royalistes purs. Ces projets sont cependant remis en cause par le climat qui règne alors dans le pays : la peur face aux Cent-Jours et à la Terreur blanche entraîne une victoire radicale des royalistes convaincus, qui représentent les neuf dixièmes de la nouvelle chambre, que Louis XVIII qualifie d' tant ce résultat lui semblait improbable.

Cette nouvelle chambre se démarque par son ardeur : aussitôt élue, les adresses demandant au roi de punir les régicides affluent. Pour les satisfaire, Talleyrand sacrifie Fouché, qu'il remplace au ministère de la police par Decazes. Le seul espoir du chef de gouvernement est de conserver le prestige international qu'il avait acquis l'année précédente par son rôle au Congrès de Vienne. Cependant, les négociations de paix ne vont pas dans le bon sens. Le second Traité de Paris est en effet moins favorable que le premier. La France perd la Sarre, la Savoie, ainsi que quelques communes du Pays de Gex, Landau, Philippeville et Mariembourg. L’occupation étrangère est également décidée pour plusieurs années, tandis qu'une grande indemnité de guerre est demandée à la France. Talleyrand choisit de démissionner avant d'avoir à signer. Louis XVIII le remplace par Richelieu.

Ancien émigré, hostile à Bonaparte et à la Révolution, Richelieu rassure la nouvelle chambre. Sa proximité avec les Russes (chez qui il avait émigré) effraie en revanche à l'étranger, notamment les Autrichiens. L'autre homme fort du gouvernement est Decazes, qui s'attire rapidement la faveur du roi. Lorsque la Chambre commence ses travaux en octobre, elle est noyautée par les Chevaliers de la Foi, société ultraroyaliste qui parvient ainsi à imposer ses vues, notamment en ce qui concerne les représailles contre les Jacobins et ceux qui ont contribué aux Cent-Jours. Sont ainsi votées plusieurs lois pour les satisfaire : la loi de sûreté générale (), permettant d'emprisonner les suspects de complots, la loi contre les cris et écrits séditieux () ou encore la loi d'amnistie du 12 janvier 1816, qui punit d'exil ceux qui en sont exceptés, notamment les régicides ralliés aux Cent-Jours. À plusieurs reprises, Richelieu et le gouvernement doivent modérer les ardeurs de la Chambre pour limiter cette . Lazare Carnot, Jacques-Louis David, Fouché et bien d'autres doivent ainsi quitter le pays. Si les emprisonnements sont plus limités que le veut la légende noire de la Chambre introuvable, de nombreuses actions symboliques comme la chasse aux insignes impériaux la placent sous le signe de la revanche, une image qui s'attache ensuite plus généralement à la Restauration tandis que l'opinion se polarise.