Jusqu'à la fin du , la culture du coton était l'affaire de l'Asie, surtout de l'Inde, qui vendait depuis des siècles des cotons filés déjà colorés, très recherchés en Europe.
Avant la révolution industrielle Origines indiennes anciennes Cultivé dans de nombreux pays chauds pour les fibres qui entourent les graines à maturité du fruit, le coton se trouve à l'état sauvage sous la forme d'une trentaine d'espèces., qui ne donnent finalement que quatre espèces cultivées : Gossypium arboreum, Gossypium herbaceum (coton dit indien à fibres épaisses et courtes), Gossypium barbadense (coton égyptien à fibres longues et fines) et Gossypium hirsutum, l'espèce la plus couramment cultivée à fibres de taille moyenne.
Le premier mot à désigner le coton, dans la version en hébreu de la Bible, dans le Livre d'Esther, est celui du vieux sanskrit Karpasi, qui donne plus tard Kapas ou Karpas, terme resté pour désigner le coton-graine en Inde et en Indonésie.
Les Grecs trouvent le coton en Inde, selon les écrits d'Hérodote : « Les Indiens ont une sorte de plante qui produit, au lieu de fruits, de la laine plus belle et plus douce que celle des moutons ; ils en font leurs vêtements ». L'historien avait auparavant parcouru, au , l'Égypte et l'Asie de l'Ouest, sans y voir de coton.
Strabon découvre du coton plus proche, quelques années avant notre ère, à l'entrée du golfe Persique. Pline l'Ancien le décrit ensuite sous les noms de xylon et de gossypion, comme l'une des productions de l'Arabie et de la Haute-Égypte, en précisant que les vêtements des prêtres égyptiens étaient confectionnés en coton..
Au premier siècle de notre ère, le commerce d'étoffes indiennes, jusque-là limité à l'Asie occidentale, s'étend vers l'Ouest de la Méditerranée. En même temps, la culture de la plante et la filature du coton se répandent hors de l'Inde vers la Perse et l'Arménie, où elles sont florissantes au . Parallèlement, les Arabes propagent cette culture en Afrique au fur et à mesure de leur conquête.
Coton de la Guadeloupe, en expansion en 1770 vignette|Esclaves cultivant et récoltant le coton dans les Antilles, 1751. Très tôt, le coton a compté parmi les premières cultures de la Guadeloupe. Dès 1639, le tabac disparaissait de la scène, remplacé par l'indigo et le coton, qui devaient eux-mêmes, quelques années plus tard, s'effacer devant la culture reine des Antilles, celle de la canne à sucre, mais le coton revient au siècle suivant : il y a environ hectares de coton cultivés en Guadeloupe en 1785, à la suite d'un certain succès de cette culture après 1760.. La culture du coton a été tentée à l'île de La Désirade, mais a échoué pour des raisons étrangères à l'agriculture. Au début du ., les agronomes ont estimé qu'il faudrait, pour reprendre cette exportation de façon sérieuse, éliminer complètement les cotons indigènes les plus abâtardis, afin d'éviter qu'ils ne détériorent les variétés importées.
Histoire des indiennes de coton
Dans le Sud des États-Unis et aux Antilles, le coton a d'abord coexisté avec le tabac et le riz, mais cultivé dans des quantités très marginales. La demande européenne est encore modeste et le coton d'Asie y suffit.
À partir des années 1730 à 1740, l'histoire des indiennes de coton en Europe s'accélère. L'Europe s'entiche de ces tissus légers et doux, moins chers que la soie et plus faciles à colorer, grâce aux procédés d'impression. Leur succès stimule la recherche de l'indigo, de la garance et autres plantes tinctoriales.
La production des indiennes, d'abord localisée en Inde, puis en Suisse depuis la fin des années 1690, arrive en 1746 en Alsace et 1750 en France. Symbole de cette évolution, la famille suisse de Pourtalès a installé à Nantes en 1754 une succursale pour écouler ses indiennes vers le Nouveau-Monde, où les tissus légers en coton font fureur. Pour remplir ses bateaux au retour, elle développe la culture du coton sur l'île de Saint-Domingue, où les colons français ont introduit les premiers plants de coton vers 1740. Peu à peu, les plantations de coton s'étendent, pour répondre à la forte demande européenne.
Montée en puissance de Saint-Domingue de 1764 à 1789 Saint-Domingue, commença la culture du cotonnier dans la région de l'Artibonite et la plaine des Gonaïves, trop sèches pour le sucre. La guerre de Sept Ans (1757-1764) donne un coup de frein au développement du coton. Les vainqueurs anglais s'en inquiètent lors du traité de Paris de 1763 : ils laissent la France conserver Saint-Domingue, principale source d'approvisionnement potentielle des anglais.
Les députés anglais préfèrent affaiblir, en les taxant, les importations de sucre français alimentant les fabriques de rhum de la Nouvelle-Angleterre, car ils sentent les prémices de la guerre d'indépendance. L'Angleterre vote le Sugar Act de 1764, qui toilette le Sugar and Molasses Act de 1733 : la fiscalité est durcie sur les importations de sucre, alors que le coton est volontairement épargné, incitant les grands négociants anglais à capter la production de Saint-Domingue. Le coton français est importé le plus souvent via une escale à la Jamaïque anglaise., pour alimenter les premières usines de Manchester.. Plus fin que celui de la Jamaïque, le coton de Siam blanc de Saint-Domingue a une rentabilité plus élevée, 24 % contre 14 %. et les planteurs s'intéressent au coton de Sainte-Marthe.
Les trente années qui suivent, entre 1766 et 1789, voient la révolution cotonnière de Saint-Domingue. La production triple, une croissance aussi rapide que celle de la révolution du café de Saint-Domingue, qui se déroule au même moment.
En 1766, l'île exporte déjà vers la France en 1766 deux millions de livres de coton.. En 1773 elle produit 4 millions de livres de coton alors qu'elle exportait déjà vers la France en 1766 deux millions de livres de coton. En 1789 la production passe à 6,3 millions de livres et en 1790 à 8 millions de livres ; puis elle chute à 3 millions de livres en 1794., plusieurs plantations de coton étant abandonnées lors de la révolte des noirs de 1791.
C'est le coton qui exige les plus grandes entrées d'esclaves dans les années 1780. Saint-Domingue double alors le nombre de captifs importés chaque année pour dépasser après 1785, à un prix unitaire dépassant . En seulement six ans, de 1783 à 1789, les surfaces cotonnières augmentent d'un tiers, atteignant – surtout dans le Sud et l'Ouest, zone de coton où vivent les mulâtres. et les propriétaires blancs de moyenne envergure..
Après le traité de libre-échange de 1786, les importations françaises de textiles britanniques en coton furent multipliées par 15 entre 1786 et 1789]., créant une énorme demande de matière première, fournie elle par les colonies françaises. À Bordeaux, 7 navires chargés de coton partaient pour l'Angleterre en 1785, ils étaient 19 en 1789, dont 15 pour Liverpool. En 1788, la valeur de la production cotonnière dépasse 16 millions de livres..
Jusqu'en 1791, l'île reste la principale source de coton brut dans le Monde, avec l'Asie et les îles du littoral de Caroline du Sud et Géorgie. Cultivé dans exploitations, contre pour l'indigo, situées dans l'ouest de l'île, passées sous contrôle anglais en 1793. Contient la lettre de Henry Dundas.. lors du traité de Whitehall, le coton de Saint-Domingue fait travailler ouvriers dans la région de Manchester en 1794, selon les estimations d'Alain Turnier..
À partir de 1794, date de l'invention de l'égreneuse mécanique à coton par Elie Whitney, la production de coton se développe surtout dans le sud des États-Unis ainsi que l'esclavage qui l'accompagne.
Révolution industrielle Invention de nouvelles fileuses et tisseuses Les années 1790 voient se généraliser les machines perfectionnées au cours des trois décennies précédentes, qui permettent de doper la production de vêtements en coton. L'ingénieur anglais Edmond Cartwright reçoit du parlement en 1792 pour avoir inventé en 1789 la machine à peigner le coton, fonctionnant à vapeur, qui permet de décupler la productivité de ses 400 ouvriers. Son rival Robert Owen en fait travailler dans la ville-champignon écossaise de New Lanark. Son invention multiplie le potentiel de la fileuse Spinning Jenny de James Hargreaves (1765), de la fileuse water frame de Richard Arkwright (1768) et de la machine à vapeur de James Watt (1769).
thumb|left|Oldham par , 1831 Richard Arkwright donne le modèle de la filature de coton hydraulique (cotton mill) dans ses trois mills de Cromford, en Derbyshire, construits à partir de 1771, et qui sont imités partout. De grands et hauts bâtiments rectangulaires, de sur 10, avec 5, puis 6 ou 7 étages, et des rangées régulières de fenêtres. Autour, des bâtiments annexes, des installations hydrauliques, et un « village industriel », souvent construit par l'industriel, selon un plan, et pourvu d'église, école, boutique, auberge, pour lesquels Arkwright donne aussi le modèle à Cromford. New Lanark sous Robert Owen est la plus célèbre de ces « colonies ». Bradford a un mill en 1811, 67 en 1841 ; Leeds en a plus de 130 en 1838 ; Oldham (vers Manchester) passe de 12 mills en 1794 à 63 mills (tous à vapeur) en 1825, et 94 en 1841. Le premier « faubourg ouvrier », c'est-à-dire un quartier conçu délibérément pour loger des ouvriers, est bâti à Leeds dès 1787..
En 1789 dans le Rhode Island, l'immigré anglais Samuel Slater s'associe à Moses Brown, qui crée une usine textile à Pawtucket, avec son gendre William Almy et son neveu Smith Brown. Samuel Slater apporte les techniques développées en 1768 par Arkwright, puis quitte la firme Almy, Brown & Slater pour créer la sienne avec son fils John en 1818. Les vêtements en coton sont produits en quantité dix fois supérieure, ce qui fait chuter leur prix de vente. Mais parallèlement, le coût de la matière première augmente de 50 %, en raison de l'explosion de la demande. Dans le port de Liverpool le cours de la livre de coton (indice cotlook) passe de 30 à entre 1790 et 1800, avant de retomber à , mais seulement en 1840, l'offre de coton brut ne s'adaptant que progressivement à la demande.
Spéculation immobilière sur le Le boom de la consommation en Angleterre, à partir de 1770 puis 1789, déclenche les premières spéculations foncières pour planter du coton dans la région dite du : les terres de l'ex-Louisiane française, passées sous contrôle des Espagnols qui ne parviennent pas à les peupler, malgré l'appel aux Acadiens et aux Allemands. La partie la plus intéressante est le Nachez District : des terres fertiles y surplombent le Mississippi, à l'abri des inondations. Les spéculateurs prévoient que les riches planteurs des îles Caraïbes seront tentés un jour ou l'autre de se replier sur la Louisiane. Les premiers réfugiés français de Saint-Domingue arrivent alors en Amérique du Nord comme Pierre-Jacques Meslé de Grandclos.
Essor des zones productrices d'Amérique du Nord vignette|Récolte du coton L'arrivée des planteurs de coton suit les vagues de hausse des cours (et donc de la demande). La Géorgie et la Caroline du Sud dominent tout d'abord, multipliant par vingt leur production dans les années 1790, en innovant avec le Sea Island cotton. Suit la basse Louisiane dans les années 1800, puis en 1817 l'Alabama et le Mississippi, qui vit un second boom entre 1833 et 1837. Les progrès technologiques nourrissent une demande structurelle de coton brut et donc une expansion régulière, vers l'ouest, des surfaces plantées, privant les planteurs de toute visibilité sur l'offre mondiale et leurs futurs prix de vente. S'enrichir, c'est aussi arriver le premier sur les terres de l'Ouest.
Cours du coton à La Nouvelle-Orléans au début du Voici une liste non exhaustive des cours du coton à La Nouvelle-Orléans : 1792 : 25 cents 1801 : 22 cents 1802 : 16 cents 1809 : 14 cents 1812 : 12 cents 1815 : 30 cents 1818 : 28 cents 1819 : 25 cents
Géorgie et Caroline