Le château de Cerisy-la-Salle est une demeure, du début du , qui se dresse sur le territoire de la commune française de Cerisy-la-Salle, dans le département de la Manche, en région Normandie. L'édifice, aujourd'hui centre culturel international, est protégé en totalité au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé, au cœur d'une campagne vallonnée et verdoyante, sur un escarpement rocheux dominant la vallée de la Soulles, à au sud-ouest de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, sur la commune de Cerisy-la-Salle, dans le département français de la Manche.

Historique Dès le , la seigneurie de Cerisy, qui s'étendait sur les paroisses de Montpinchon et de Cerisy, est la possession des Pirou. Elle leur avait été donnée par Guillaume le Conquérant.

Vers 1389, Marie de La Lande, fille d'Annette de Pirou et de Raoul de La Lande, hérite de la terre. À sa mort, le fief est démembré et durant deux siècles la paroisse comptera deux fiefs nobles : La « grande et petite seigneurie ». La « grande seigneurie » échoit à son fils, Guillaume de Guyenro, né d'un premier mariage avec Jean de Guyenro, et la « petite seigneurie » à son second époux, Jean de Farcy. En 1395, Guillaume de Grimouville est mentionné dans un acte comme tenant d'un demi-fief de haubert à Cerisy, de Pierre de Farcy, héritier des Pirou.

C'est Jeannette de Grimouville, fille unique de Guillaume, qui fait entrer la petite seigneurie dans la famille Richier à la suite de son mariage, au début du , avec Richard Richier. Ils la conserveront jusqu'à la Révolution.

Le château actuel est construit, sous , de 1613 à 1625., après l’édit de Nantes et les guerres de religion, près de l'ancien manoir du , par Jean Richier (1582-1669), fils de Guillaume Richier (1601), fervent huguenot qui craignait les persécutions religieuses. Le château fut alors le siège de l'une des protestantes du département. C'est également à Jean Richer que l'on doit, en 1640, la création du marché hebdomadaire, le samedi, et l'établissement de deux foires annuelles, à la Saint-Martin.

Les Richier était une famille de la noblesse protestante. Un Jacques Richier, pasteur protestant, sieur de la Hutière (Cerisy-la-Salle), sera expulsé de France pour ses convictions, alors que Jacques Richier (1708-1771) sera évêque catholique de Lombez. Il a laissé ses armoiries sur le portail d'entrée du château..

Élisabeth Le Loup de Colombières, veuve de Jean Richier, eut à héberger , qui se livrèrent à de nombreuses dragonnades. Le château est agrandi en 1756. En 1679, Gédéon Richer obtient le maintien de la pratique de la religion réformée dans sa maison, mais finira par abjurer en 1686, un an après son fils, Jacques Richier (1674-1715), futur seigneur de Cerisy.

Gédéon Jean François Richier (1752-1807), alors seigneur du lieu au moment de la Révolution et qui en était entré en possession en 1781, verra la confiscation et la vente de tous ses meubles à la suite de son émigration. Officier et chef d'escadron de cavalerie aux chasseurs du Hainaut, il avait rejoint l'armée des princes. Le , le district de Coutances vend le château comme bien national le à Pierre-Joseph Hocquet, marchand à Coutances et sera revendu au profit de la Nation à François Duhérissier de Gerville qui se retire à Cerisy et sera maire de la commune de 1810 à 1815. Celui-ci revend la propriété en 1819 à Joseph-Louis-Sébastien Savary (1774-1854), capitaine d'infanterie à la retraite, décoré de la Légion d'honneur, natif de Cerisy, pour la somme de , et qui sera à son tour maire de la commune de 1831 à sa mort en 1854. Se succède de père en fils, Pierre Savary, conseiller à la Cour de cassation et conseiller général de Cerisy de 1859 à 1870, Charles Joseph Savary (1845-1889) qui exerça de nombreux mandats politique, notamment celui de secrétaire d'État au ministère de la Justice de 1877 à 1879 sous le gouvernement de Jules Dufaure. C'est son épouse, Marguerite Marie Sophie Mahou, (1917) dont il est séparé depuis 1884, qui se voit attribuer en dédommagement le château, les dépendances, ainsi que la ferme de la basse-cour et celle du Breuil. C'est le fils de cette première union Robert Savary (1882-1935) qui hérite du château en 1919 et le revend en 1925 à sa sœur, Marie-Amélie Savary (1875-1948), épouse de Paul Desjardins, organisateur des Décades de Pontigny.

Le château est occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et en font leur Kommandantur et un hôpital après le Débarquement. Le , Cerisy est détruit mais le château épargné. Après-guerre, seules sont habitables, le château ayant beaucoup souffert. La bibliothèque héberge l'école municipale. Marie-Amélie Desjardins et sa fille Anne (1899-1977), épouse de Jacques Heurgon, le restaure pendant , et en 1970, une soixantaine de chambres sont déjà habitables..

C'est à l'initiative de cette dernière, que le château accueille depuis 1952 le Centre culturel international, dans le prolongement des « Décades de Pontigny » (1910-1939) créées par son père Paul Desjardins. Ainsi le château a accueilli des « rencontres » sur Barbey d'Aurevilly, l'Humour Normand, la Contre-Réforme, les Normands en Sicile, l'Architecture normande médiévale, les manuscrits et enluminures Ont notamment participé à ses rencontres : Raymond Aron, Jean-Marie Domenach, Jean Follain, Alain Robbe-Grillet, Clara Malraux, Eugène Ionesco, Roland Barthes, Jacques Derrida, Elie Wiesel, Michel Tournier, Umberto Eco, Carlo Ginzburg À la mort d'Anne Heurgon-Desjardins c'est ses deux filles, Catherine Peyrou et Édith Heurgon, propriétaire du château, qui prennent en charge la direction du centre culturel.

Description Le château est bâti sur une terrasse, délimitée côté nord par un escarpement qui descend jusqu'au ruisseau du Robec, et côté sud, par un dénivelé moins accentué qui offre une large perspective sur le vallon voisin.

La demeure actuelle, succédant à un ancien manoir, de style classique, entre place forte et demeure de plaisance, adopte le plan bastionné des manoirs de la fin du . Il ne subsiste de l'ancien manoir, endommagé lors des guerres de Religion, que quelques vestiges : une partie du mur d'enceinte et la base d'une échauguette à l'extrémité nord de la ferme du château.

L'imposant corps de logis central, haut d'un étage sur rez-de-chaussée, édifié en grès rouge et en granit, flanqué de quatre pavillons d’angle à plan légèrement losangé, est protégé sur trois côtés par des douves sèches. Un cinquième pavillon, contenant l'escalier principal à deux volées, placé au centre du logis, est coiffé d'un clocheton. L'étage est surmonté par les combles avec un toit en forte pente et éclairés par une unique lucarne centrale. L’alignement de la façade nord et les ponts datent de 1756. D’un style grave et noble, les éléments décoratifs se limitent aux lucarnes des pavillons, aux bandeaux horizontaux et à la polychromie des matériaux (grès rouge et granit). Les nombreuses fenêtres par lesquelles le château s'éclaire ont été ajoutées à partir du .

À l’intérieur, on note l’escalier monumental, les cheminées en granit, la bibliothèque, ancienne salle basse, avec son plafond peint et sa cheminée de la même époque, ainsi que des salons avec leurs boiseries, le grand salon, l’ancienne cuisine, les combles.

La ferme au sud-ouest du château, contemporaine de celui-ci et aménagée en salle de réception, et comportant quelques éléments antérieurs, adopte un plan en « L ». Les autres bâtiments : la charterie avec ses trois arcades, les écuries au nord-est, ainsi que l'orangerie et les serres, situées à l'est en léger retrait, sont postérieurs. alt=Grand Platane du Château de Cerisy-la-Salle|vignette|Grand Platane du Château de Cerisy-la-Salle Le parc du château de Cerisy-la-Salle est organisé autour des composantes naturelles du site – le relief, l'eau, le bocage et le couvert végétal – et conserve plusieurs arbres remarquables qui structurent le paysage du domaine. Depuis la terrasse nord, plantée de tilleuls, la perspective s'ouvre sur un platane d'Orient (Platanus orientalis), classé arbre remarquable de la Manche, puis sur l'étang et le ruisseau du Rabec, qui constituent la principale zone humide de la propriété. Le chemin qui monte vers le village de Cerisy-la-Salle traverse le Haut Jardin, dont l'aménagement évoque le bassin versant de la Sienne et de son affluent, la Soulles. Une allée bordée de châtaigniers conduit au Tilleul et à l’araucaria de l'Orangerie, puis à la hêtraie du Bosquet en contre bas. Une allée d'arbres mène enfin au jardin potager. Les serres du potager, adossées au mur d'enceinte, ont été construites dans les années 1880 d'après les plans d'Albert Michaux, horticulteur à Asnières. Elles sont composées d'un pavillon central destiné à servir de jardin d'hiver, encadré à l'ouest par une serre chaude et à l'est par une serre froide.

Protection vignette|La ferme. Au titre des monuments historiques. : les dépendances, sauf celles classées, sont inscrites par arrêté du ; le château avec ses décors peints ; les terrasses, les fossés et leurs ponts, les vestiges de l'ancien château, notamment la barbacane, et la ferme à l'exclusion des écuries situées au nord-est du château, sont classés par arrêté du .

Propriétaires du château

Notes et références Notes

Références

Pour approfondir

Bibliographie

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Articles connexes Liste de châteaux et manoirs de la Manche Liste des monuments historiques de l'arrondissement de Coutances Cerisy-la-Salle

Liens externes

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Cerisy-la-Salle Catégorie:Monument historique inscrit en 1946 Catégorie:Monument historique classé en 1995