Pierre de Rohan, dit « le maréchal de Gié », né en 1451 au château de Mortiercrolles à Saint-Quentin-les-Anges (actuelle Mayenne) et mort le à Seiches-sur-le-Loir (actuel Maine-et-Loire), membre de la maison de Rohan (branche Rohan-Guémené), est un homme politique et un militaire français, fait maréchal de France en 1476, l'un des proches conseillers des rois , et .
Après quatre décennies de loyaux services, il connait la disgrâce en 1506 en raison des conflits qui l'opposent très tôt à la reine, Anne de Bretagne, notamment à propos du mariage de Claude de France. Condamné par le Parlement de Toulouse, il passe le reste de sa vie loin de la cour. Mais en 1514, c'est François d'Angoulême (futur François ) que Claude de France épouse, et non pas Charles de Habsbourg (futur Charles Quint), soutenu par la reine Anne.
Possessions Par héritage, il est seigneur de Gié (aujourd'hui Gyé, dans l'Aube).
Par son premier mariage, il devient vicomte de Fronsac"Par lettres patentes données au Plessis-du-Parc en , avait donné à Pierre de Rohan et à sa femme la seigneurie de Fontenay-le-Comte en échange de celle de Fronsac, en Guyenne. La propriété de cette dernière seigneurie avait été reconnu à Pierre de Rohan par un arrêt du Parlement du , malgré les prétentions contraires du maréchal Joachim Rouault, appuyé par le procureur du roi. Mais tenait à la conserver à cause de son importance militaire" (Archives nationales, X1A 8607, ainsi que De Maulde, Procédures politiques du règne de dans la Collection des documents inédits de l'histoire de France ; publiés par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de , , , note , Librairie Renouard, Paris 1898) (actuelle Gironde).
En 1476-1477, il reçoit du roi : le comté de Porcien"... noz chiers et amez cousin et cousine Pierre de Rohan, conte de Marle et de Porcien, mareschal de France, et Francoise de Penhoet, sa femme, ..." (Lettre de datée du Plessis-du-Parc-lèz-Tours le , conservée dans les Archives nationales, X1A 9317, ; publiée par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de , , , Librairie Renouard, Paris 1898) et les seigneuries d'Avesnes, Rozoy, Montcornet, Croÿ, Renty, Bar-sur-Aube, saisis sur Antoine et son fils Philippe de Croÿ pro-Bourguignons, Philippe étant de surcroît le gendre de Louis de Luxembourg ci-après ; plus les seigneuries de Vire et Fontenay-le-Comte ; plus le comté de Marle et les seigneuries de Ham, Beauvoir, Bohain, Oisy, saisis sur le connétable Louis de Luxembourg-St-Pol accusé de trahison ; châtelain de Baugé par don de en 1513.
Par son second mariage, il devient comte de Guise (mais seulement de 1503 à 1504, son épouse décédant en 1504 sans avoir eu d'enfant).
À part la seigneurie de Gié, ces fiefs ne resteront pas à ses descendants.
Biographie Origines familiales et enfance Pierre de Rohan est le cadet de la famille de Rohan-Guéméné, elle-même branche cadette des Rohan en Bretagne. Fils de et de Marie de Montauban, il descend ainsi de deux des plus anciennes et des plus puissantes maisons du royaume. Par sa mère, Marie de Montauban, petite-fille de Bonne Visconti, proche parente d'Isabeau de Bavière, il est petit-fils de l’Amiral de Montauban, collaborateur et ami de . Par son père, il est apparenté à Du Guesclin. Sa famille est en disgrâce à l'avènement de pour avoir trempé dans l'assassinat de Gilles de Bretagne, frère du duc. C'est la raison de sa naissance hors de Bretagne.
En 1457, sa mère empoisonne son père qui meurt laissant un testament dans lequel il refuse à sa femme la tutelle de leurs enfants. Pierre de Rohan a alors pour tuteur Tanneguy du Chastel. Marie de Montauban échappe à la justice, se remarie avec Georges de La Trémoille, seigneur de Craon, mais elle meurt emprisonnée en 1476.
Au service de (1461-1483) Il est élevé à partir de 1461 par Jean de Montauban, son grand-père maternel, amiral de France qui l'introduit à la cour de .
Après la mort de son tuteur en 1466, conserve à sa cour ce jeune homme, qui, en 1472 est conseiller et chambellan du roi ainsi que capitaine de Blois, à l'âge de seulement .
Le roi, à qui il restera indéfectiblement fidèle, lui restitue la seigneurie familiale de Gié en Champagne, spoliée par le chancelier Rolin, et il ajoute ce nom à celui de « Rohan ».
200px|thumb|right|Pierre de Rohan, seigneur de Gyé (1451-1513), Raymond Quinsac Monvoisin (Bordeaux, 1790 ; Boulogne, 1870), copie d'après un original conservé au château de Beauregard ; commandé par pour le musée historique de Versailles en 1834.
Il participe aux sièges de Lectoure et de Perpignan en 1473 à la tête d'une compagnie de . En 1474, il est ambassadeur chargé de faire ratifier la paix par le duc de Bretagne . Afin de le récompenser, le fait en 1474 chevalier de l'ordre de Saint-Michel, capitaine de l'ordonnance en 1475 et le nomme maréchal de France le ..
À la suite de la signature du traité de Picquigny qui, en , met un terme définitif à la guerre de Cent Ans, en , le maréchal de Gié participe à la signature du traité de Senlis qui rétablit la paix avec la Bretagne à l'abbaye de la Victoire, dont il signe les et des lettres patentes royales avec le roi.
Il continue de donner des preuves de sa fidélité et de dévouement qui confortent dans la confiance qu'il lui accorde écrivait au comte de Dammartin que, était un des grands seigneurs du royaume qu'il se félicitait le plus d'avoir attaché à son service : "... et entre autres m'ont nomme Monseigneur de Gye, qui est de bonne et grant maison, comme savez, et de present est conte de Porcien et de Marle, et sont d'oppinion qu'il est homme qui vault bien d'y estre, je vous en advertiz, affin que m'escrivez vostre advis sur ce. ... Escript a Selonmes, le de septembre . LOYS. J. MESME. A Monseigneur le grant maistre (comte de Dammartin)". (Publiée par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de , , , Librairie Renouard, Paris 1898.) ; "... Touchant la diligence que monseigneur de Gye a faicte, vous l'en mercirez de par moy, et lui dictes que s'est bien raison qu'il ait sa part du prouffit, puisqu'il a fait si bonne diligence. ...Escript a Compiengne, le de may . LOYS. TILHART. A nostre ame et feal conseiller et chambellan le sire du Bouchaige." (Publiée par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de , , , Librairie Renouard, Paris 1895) ; etc.. Il se voit confier la direction d'une campagne militaire en Flandre en 1479, et avec il reprend toutes les places dont Maximilien d'Autriche s'était emparé précédemment.
Avec Charles d'Amboise, son frère l'évêque d'Albi et Jean Daillon, il est l'un des quatre membre du conseil qui gouvernent l’État pendant la maladie du roi aux Forges-lèz-Chinon en 1479Philippe de Commynes, Mémoires, , « Quant il eut faict cest espouventement a ceulx dont j'ay parle, il s'enquist de l'expedition du conseil et de despeschez que on avoit faict en dix ou douze jours, dont avoient la charge l'evesque d'Alby, son frere le gouverneur de Bourgongne, le mareschal de Gye, le seigneur de Lude, ... », (Philippe de Commynes, Mémoires, GF Flammarion, Paris 2007, ) ; si c'était Philippe de Commynes qui écrivit le mois de mars et l'année MCCCCIIIIxx (1480) selon sa mémoire (), en fait il s'agissait du mois de mars 1479 lorsque avait été attaqué aux Forges près de Chinon.. En 1482, il assiège Aire avec succès. Lorsque exécute son testament politique au château d'Amboise le , Gié figure au troisième rang parmi les conseillers du roi qui le signent..
Au service de (1483-1498) Il assiste au sacre de le en portant l'épée royale.
Membre du conseil de régenceLettres patentes royales : https://books.google.fr/books?id=VORZAAAAYAAJ&pg=PA607 ( à Bourges) ; https://books.google.fr/books?id=VORZAAAAYAAJ&pg=PA699 ( (1486 avant Pâques) à Bordeaux), il y joue un rôle importantSelon les études de Joseph Vaesen et d'Étienne Charavay, dans les Lettres de , tome , Librairie Renouard, Paris, notamment d'après De Maulde, Procédures politiques du règne de , dans la Collection des documents inédits, Paris 1885 et combat avec succès en 1487 le duc de Gueldre et le comte de Nassau ; le roi lui confie ensuite la garde des frontières de Picardie. Il accompagne le roi à la conquête du royaume de Naples.
En 1489, il est nommé lieutenant général de Guyenne, puis en 1491 lieutenant général de Bretagne sous le gouverneur prince d'Orange.
En 1491, il reconstruit le château de la Motte-Glain, sur les marches de Bretagne. Il accompagne à Naples en 1494. Commandant de l’avant-garde à la bataille de Fornoue le , il conclut une trêve avec les VénitiensBrantôme dit qu'« il fit fort bien selon aucuns, et selon d'autres non. » On lui reprocha d'avoir tenu son corps d'armée en réserve, sans en débander pour le moins quelques légères troupes afin de renforcer les pauvres combattants. Enfin, continue Brantôme, tout alla bien ; et le maréchal ne laissa pas d'emporter le renom d'avoir été un bon capitaine et pour la guerre et pour la paix..
C’est lui qui conduit du secours à , alors duc d'Orléans, assiégé dans Novare, d'où il parvient à le délivrer ; il devient par la suite chef du conseil du roi.
Au service de (1498-1506) Débuts du règne Avec l'avènement de , en 1498, son crédit augmente. Il accompagne le roi en Italie en 1499, et est à ses côtés lors de l’entrée solennelle que ce prince fait à Gênes le . Il est très apprécié du monarque qui le fait lieutenant général de Bretagne et . Il partage cependant le pouvoir avec le cardinal d'Amboise.
En 1500, il fait rebâtir le château de Mortiercrolles et établit dans son domaine le couvent franciscain de Notre-Dame des Anges.
En 1502, il commande un David de bronze à Michel-Ange."Michelangelo pittore" a cura di´ Pier Luigi De Vecchi. Milano: Jaca book 1984, , œuvre qui ne sera pas réalisée en raison de sa disgrâce.
Veuf depuis 1497, Pierre épouse en 1503 la fille du duc Jacques de Nemours-Armagnac, Marguerite, héritière du comté d'Armagnac et fait épouser Charlotte, sœur de Marguerite, par son fils aîné. Mais les deux sœurs meurent très vite, en 1503 et 1504.
Conflits à la cour après l'avènement d'Anne de Bretagne À la suite du mariage de avec Anne de Bretagne, deux factions s'opposent à la cour sur la stratégie d'alliance matrimoniale pour Claude de France (1499-1524), fille du couple royal : d'un côté, la reine Anne de BretagneAnne de Bretagne a été mariée (par contrat) avec le grand-père de Charles de Habsbourg, Maximilien d'Autriche, en 1490, ce qui a entraîné l'invasion du duché de Bretagne par l'armée de Charles VIII, qui a ensuite fait casser ce mariage pour épouser lui-même la duchesse (décembre 1491). Après la mort de Charles VIII, Anne a dû épouser le nouveau roi au bout de seulement quelques mois. En théorie, Claude, fille aînée d'Anne de Bretagne, doit devenir duchesse de Bretagne à la mort de sa mère. Si elle épouse Charles de Habsbourg, celui-ci deviendra maître de la Bretagne, en plus des Pays-Bas, de l'Espagne et de l'Autriche., soutenue par le cardinal d'Amboise, préconise une union avec Charles de HabsbourgAussi appelé Charles de Gand, étant né dans cette ville du comté de Flandre (dans les Pays-Bas bourguignons). (1500-1558), petit-fils de l'empereur Maximilien, héritier présomptif des possessions de la maison de Habsbourg, de Philippe le Beau (Pays-Bas bourguignons), d'Isabelle la Catholique (royaume de Castille) et de Ferdinand d'Aragon (royaume d'Aragon) ; de l'autre, le maréchal de Gié préconise une union avec François de Valois-Angoulême (1494-1547), premier prince du sang, redoutant l'encerclement du royaume de France en cas de mariage avec Charles de Habsbourg.
Cet conflit avec le cardinal d'Amboise, ainsi que des difficultés avec le Parlement de Paris, conduisent en 1504 à une opération visant un proche du maréchal, Olivier de Coëtmen, grand maître de Bretagne, que Pierre de Pontbriand accuse auprès du roi, avant de se rétracter.
Procès et condamnation du maréchal (1506)