William Henry Lane, dit Master Juba, est un danseur afro-américain, né vers 1825 à Providence ou New York et mort entre 1852 et 1857. Figure majeure de la danse américaine du , il est considéré comme l'un des premiers artistes noirs des États-Unis à se produire devant un public blanc et le premier à acquérir une renommée internationale.

Actif dans les années 1840, il se fait connaître à New York en remportant des concours de danse face à des artistes blancs, avant de rejoindre les . En 1848, il effectue une tournée en Grande-Bretagne avec les , où il connaît un important succès malgré les préjugés raciaux auxquels il est confronté. Il disparaît de la scène au début des années 1850 et meurt peu après, probablement prématurément.

Bien que sa carrière ait été brève, Master Juba est considéré comme un pionnier de la danse afro-américaine. Son style, mêlant influences africaines et européennes, est reconnu comme ayant contribué au développement des claquettes, du jazz et d'autres formes de danse américaine. Longtemps oublié, il est redécouvert par les historiens au milieu du .

Biographie Jeunesse vignette|upright=1.5|Le Quartier Five Points, peint par George Catlin (vers 1827).|alt=Tableau en couleurs représentant un carrefour animé entre deux rues, dans lequel de nombreuses personnes se battent et courent. La vie de William Henry Lane est assez largement méconnue. L'historienne de la danse Marian Winter suggère qu'il est né de parents libres vers 1824 ou 1825. Le Michael B. Leavitt écrit en 1912 que Juba est originaire de Providence, dans l'État de Rhode Island. Cité dans ., et l'historien du théâtre Thomas Allston Brown indique que son vrai nom est William Henry Lane. James W. Cook souligne en 2006 qu'il est difficile de trancher sur ses dates et lieux de naissance et de mort. Il est au mieux possible de confirmer qu'il s'agit d'un jeune danseur réputé de Providence dans les années 1840. Il favorise finalement en 2013 la ville de New York comme ville de naissance. Il serait le fils Margaret Reed et aurait pour beau père Zachary Reed, deux afro-américains nés libres. Ils auraient tenu un salon de coiffure et une cave à huîtres en plein coeur du quartier de Five Points, à proximité immédiate d'une salle de danse gérée par des afro-américains.

Un article paru dans l'édition du du , confirme que Juba vit dans le quartier Five Points de New York. C'est un où les immigrants irlandais et les afro-américains libres vivent au milieu de bordels, de maisons de danse et de bars où les Noirs dansent régulièrement. Cette population est à l'époque considérée comme la lie de l'humanité, forcée à vivre en communauté. Les populations irlandaise et noire se mélangent et s'empruntent mutuellement des éléments de culture populaire. L'un des domaines d'échange est la danse, et la jig irlandaise se mêle aux pas du folklore noir. Dans cet environnement, Juba apprend à danser auprès de ses pairs, dont Jim Lowe, surnommé « Uncle », un danseur noir de jig et de reel qui se produit dans des établissements modestes. Juba attire déjà l'attention avec son talent pour la danse dès l'âge de dix ans, écrit qu' ()..

Début de carrière Au début des années 1840, Juba danse pour manger et gagner un peu d'argent, estime la date au début des années 1840.. Vers l'âge de , il s'émancipe probablement de sa famille et vit aux côtés d'une troupe de danseurs blancs. Des sources contemporaines indiquent qu'il se produit dans des concours de danse, des et des théâtres de variétés dans le nord-est des États-Unis à partir du milieu des années 1840. Son nom de scène, Juba, dérive probablement de la danse Juba, elle-même nommée d'après le terme giouba, originaire d'Afrique centrale ou occidentale. Jube et Juba sont des noms courants pour les esclaves de cette période, en particulier ceux qui, selon la rumeur, ont des talents de danseur ou de musicien. La documentation prête à confusion, car à cette époque, au moins deux danseurs noirs utilisent le nom de Juba. Ainsi, en 1840, un homme est arrêté à New York pour vol : nommé Lewis Davis, il se fait cependant connaître sous le nom de « Maître Juber » et gagne sa vie en effectuant des représentations de danse dans plusieurs États, , cité dans ..

Une lettre anonyme de 1841 ou début 1842 dans le journal tabloïd déclare que Juba travaille pour le Phineas Taylor Barnum depuis 1840. Celui-ci fait passer le garçon pour un interprète de blanc et le fait danser au Vauxhall de New York. En 1841, d'après la lettre, Barnum fait passer Juba pour l'artiste irlandais-américain John Diamond, le danseur le plus célèbre de l'époque. La lettre accuse en outre Barnum d'avoir inscrit Juba, sous l'identité de Diamond, dans des concours de danse truqués contre d'autres artistesLettre anonyme au , 1841 or 1842. Cité dans . :

Rivalité avec John Diamond gauche|vignette|John Diamond dansant grimé en , image tirée de , vol. 2, partie 7, par Joseph N. Ireland (1866).|alt=Dessin en noir et blanc représentant un homme noir en train de danser. Il est debout une jambe en l'air, le bras droit plié et la tête inclinée sur le côté.

John Diamond, le « roi des diamants » de Phineas Taylor Barnum est un danseur blanc qui se fait connaître, grimé en , au travers de dans lesquels il affronte d'autres danseurs. Juba l'affronte dans cette période tandis que John Diamond annonce exécuter une prestation de style éthiopienLe terme éthiopien désigne ici un style de danse caricatural africain.Programme du , , .. Les sources sont discordantes sur la date du premier concours ; cela s'est peut-être produit alors que Diamond travaille encore pour Barnum ou un an ou deux plus tard, avance l'année 1843, tandis que , dit que le premier concours de danse a eu lieu au Bowery Amphitheatre en 1844. , affirme que la compétition a eu lieu à la maison de la danse de Pete Williams une nuit après le spectacle de Diamond pour Barnum, qui aurait eu lieu en 1841 ou avant..

L'historien James W. Cook suggère que Juba et Diamond auraient pu organiser leur premier concours dans le but d'assurer leur publicité mutuelle. À l'époque, nul ne croit qu'un danseur noir puisse l'emporter sur un célèbre rival blanc, dans le climat de ségrégation raciale et de suprémacisme blanc qui imprègne la ville de New York et le pays dans son ensemble au milieu des années 1840.

Ces challenges emploient généralement trois juges. Le premier, assis sur scène, prend en charge la mesure du temps. Le second, assis dans ou près de la fosse d'orchestre, juge le style. Le troisième, sous la scène, observe la prestation du danseur afin de repérer les gestes techniques manquants, les pauses superflues et les éventuels défauts dans les pas, cité dans .. Après la danse, ils comparent leurs notes et déterminent le gagnant. Les membres du public et les amis des concurrents parient sur le résultat et peuvent désigner le vainqueur par acclamation populaire au cas où les juges ne parviennent pas à arrêter leur décision. Selon une référence non datée de Michael B. Leavitt, Juba perd l'un de ces challenges, au Boylston Garden de BostonL'emplacement exact est la Park House, située dans le Park Square qui jouxte la Boylston Street et le Boston Public Garden, alors appelé Boylston Garden., mais les articles indiquent qu'il remporte toutes les autres compétitions qui l'opposent à John Diamond.

En 1841, la rivalité avec John Diamond explose à cause d'un conflit avec Phineas Taylor Barnum. En effet, après avoir extorqué de l'argent à Barnum, leur association prend fin et Barnum interdit à ses collègues d'embaucher le danseur. L'écrivain Thomas Low Nichols appuie certaines parties de l'histoire dans un livre d'histoire sociale de 1864. Il déclare qu'en 1841, Diamond met fin à son association avec Barnum et est remplacé par , que Barnum présente comme . Ce danseur aurait fait ses débuts au printemps 1841. Thomas Nichols n'identifie jamais ce danseur comme Juba, mais des auteurs ultérieurs concluent que le garçon et cet artiste ne font qu'un. L'historien Eric Lott : un homme noir imitant un homme blanc imitant un homme noir. Il est à l'époque plus acceptable de voir sur scène des caricatures de Noirs que des artistes noirs, ce à quoi Juba fait exception.

Un extrait non daté de la , écrit par un fan de , décrit le concours de danse unique que Diamond parvient à remporter. . Ensuite, Juba enchaîne un dernier mouvement avec son pied gauche sous les applaudissements de la foule et se rend au bar pour prendre un verre. Diamond le suit sur scène et se montre calme mais déterminé. Il sait que cela déplairait à Barnum qu'il perde car : . John Diamond aurait redoublé d'énergie et un homme noir se serait écrié : .

Le plus célèbre affrontement qui oppose les deux hommes se déroule à New York, en 1844. Juba bat Diamond pour . Après cette victoire, il se rend à Boston et s'y présente comme le roi de tous les danseurs. Il y joue, pendant deux semaines, au travers de compétitions qui l'opposent à un autre danseur, Frank DiamondSans lien de parenté avec John Diamond., cité dans ..

Révélé par Charles Dickens vignette|upright=1.5|En 1842, Charles Dickens observe un danseur fougueux à New York et écrit à son sujet dans ses Notes américaines, publiées la même année. Cette gravure est une illustration de ce livre. Les auteurs ultérieurs identifient le jeune homme comme étant Juba.|alt=Gravure en noir et blanc représentant deux hommes noirs en train de danser dans un bar, entourés par une foule de spectateurs En 1842, l'écrivain anglais Charles Dickens visite le quartier Five Points de New York. C'est à peu près à l'époque où les challenges de danse se déroulent. Dickens est peut-être attiré par les rumeurs selon lesquelles Barnum déguiserait un jeune noir en interprète de blanc. Là, l'écrivain est témoin d'une représentation d'un à la taverne et au bordel d'Almack au 67 Orange Street dans le tristement célèbre . L'édition du du identifie plus tard ce danseur comme étant Juba. Dickens écrit dans ses Notes américaines :

Juba bénéficie de la visibilité que lui offre Dickens et parvient ainsi à passer des bars à la scène. D'après les descriptions données par le , son spectacle évolue en une succession d'imitations de danseurs renommés avant de conclure sur ses propres enchaînements de danse uniques. Dans ces performances, Juba imite les blancs Richard Pelham, Frank Brower, John Daniels, John Smith, James Sanford, Frank Diamond et John DiamondD'après un prospectus de 1845, cité dans .. Les imitations de Juba de ses rivaux blancs démontrent sa plus grande maîtrise des styles alors en vigueur dans la danse . Ce faisant, il aide à démocratiser le et en fait un médium artistique digne d'être imité.

Membre de troupes Tournée en Nouvelle-Angleterre en 1844

vignette|upright=1.5|Les dessinés par Henry Mayhew dans (1851).|alt=Dessin en noir et blanc montrant un groupe de musique composé de six hommes noirs, chacun avec un instrument. . . Les danseurs en viennent à reconnaître Juba comme le meilleur., et sa renommée monte en flèche. Il fait une tournée à travers la Nouvelle-Angleterre avec les en 1844. L'affiche l'annonce comme . . Il joue également avec les et les . Durant ses tournées dans la Nouvelle-Angleterre, il se forge un nouveau public qui lui permet d'établir sa popularité en dehors de scènes accoutumées aux .