Carolyn Carlson, née le à Oakland en Californie, est danseuse, chorégraphe, ainsi que poète et calligraphe franco-américaine.

Grande figure de la Nouvelle danse française Fifty contemporary choreographers, Martha Bremser, éditions Routledge, Abingdon, 1999, , ., elle a joué un rôle central dans la promotion de la danse contemporaine en France et en Italie avec le GRTOP à l'Opéra de Paris et le Teatrodanza à La Fenice. Auteur de plus d'une centaine de pièces, elle est la fondatrice de l'Atelier de Paris-Carolyn Carlson à La Cartoucherie en 1999 et a été la directrice du Centre chorégraphique national Roubaix - Nord-Pas-de-Calais. Elle a fondé également la Carolyn Carlson Company, associée au théâtre national de Chaillot de 2014 à 2016.

Biographie Famille et formation Née en Californie de parents d’origine finlandaise, Carolyn Carlson commence la danse en suivant les enseignements de danse classique à l'école du San Francisco Ballet et à l'université d'État de l'Utah.

À Salt Lake City, elle suit les cours de Joan Woodbury, élève de Mary Wigman et pilier de l’enseignement chorégraphique à l’université d’Utah. Elle découvre le travail de la chorégraphe et pédagogue Anna Sokolow, venue pour créer une pièce avec les étudiants. Cette rencontre lui offre l’occasion d’interpréter son premier soloD'un instant l'autre, artshebdomedias.com, consulté le 14 mai 2020..

Période new-yorkaise auprès d'Alwin Nikolais Alwin Nikolais, qu’elle définit toujours comme son maître et qu’elle a rencontré à l’université de l’Utah, ensuite suivi à New York, a profondément influencé sa conception du mouvement, de la lumière et de la musique. La rencontre de Nikolais coïncide avec celle du New York des années soixante. En 1965, Carolyn Carlson rejoint le Nikolais Dance Theater dont elle devient rapidement l’une des principales solistes. C’est là, au sein de la compagnie que Nikolais donne à la jeune chorégraphe la possibilité de développer son propre travail. C’est aussi au sein de la compagnie qu’elle rencontre l'éclairagiste John Davis, qui deviendra l’un de ses complices artistiques pour de nombreuses années. Elle participe à cette époque, avec le danseur Emery Hermans, au film Image, Flesh and Voice, d'Ed Emshwiller (1969)Fiche technique de sur le site de Turner Classic Movies. (consulté le ).Critique de Image, Flesh and Voice, Film Quarterly, vol. 22, , printemps 1969..

Émergence en France avec le GRTOP En 1970, Carolyn Carlson s’éloigne du Nikolais Dance Theater et développe ses propres projets. Quelques mois plus tard, elle part pour la France, accompagnée par John Davis. Là, elle rencontre Anne Béranger qui l’engage dans sa compagnie en tant que soliste et chorégraphe. À l’été 1972, au Festival d'Avignon dans la Cour d'honneur du Palais des papes, elle présente Rituel pour un rêve mort, sa deuxième création pour la compagnie. La pièce la révèle au public français.

C’est au sein de la compagnie Anne Béranger que Carolyn Carlson rencontre le danseur qui sera un de ses plus illustres partenaires : Larrio Ekson« Larrio Ekson, danseur roi », ResMusica, 13 décembre 2015.. Ensemble, ils interpréteront plus d’une trentaine de pièces dans le cadre d’une collaboration qui s’étend sur deux décennies.

En 1973, le directeur de l’Opéra de Hambourg, Rolf Liebermann, invite Nicolas Schöffer, Pierre Henry et Alwin Nikolais à créer Kyldex 1. Carolyn Carlson, conviée à participer au projet, fait la rencontre de celui qui quelques mois plus tard devient l’administrateur général de l’Opéra de Paris. Dans les mois suivant, Carolyn Carlson, accompagnée par Larrio Ekson, crée Red Shift pour la London Contemporary Dance Company. Durant les répétitions, elle reçoit la visite d’Hugues Le Gall qui lui propose de participer à une soirée d’Hommage à Edgard Varèse à l’Opéra de Paris. Poursuivant sa recherche inspirée par Nietzsche, elle prépare durant trois mois avec John Davis le solo Density 21,5 marqué d’une figure à mi-chemin entre l’être humain et l’oiseau« Parcours danse : Carolyn Carlson », adda81.fr, 2 novembre 2017..

Rolf Liebermann , durant l'année 1974, Carolyn Carlson à l’Opéra de Paris en la nommant « chorégraphe-étoile », statut créé spécialement pour elleAllison Sinard, « Quand Carolyn Carlson secouait l’Opéra de Paris », France Culture, 20 septembre 2015. Elle rassemble un groupe de danseurs qu’elle conduit avec John Davis et qui devient le GRTOP (Groupe de recherche théâtrale de l'Opéra de Paris), installé dans la Rotonde des Abonnés« La période de l’expérimentation (1973 - 1980) », Opéra de Paris, consulté le 20 mai 2019.. Le GRTOP se compose de personnalités telles que Larrio Ekson, Odile Azagury, Dominique Petit, Caroline Marcadé, Anne-Marie Reynaud, Peter Morin et Quentin Rouillier. Par la suite, ils sont rejoints par Malou Airaudo et Dominique Mercy. De 1974 à 1980, de Sablier Prison aux Architectes, le GRTOP est une période de grande créativité pour Carolyn Carlson, marquée par des pièces comme L’Or des fous/Les Fous de l’Or ; X-land ; Wind, Water, Sand ; This, That and the Other, the Beginning and the End ; The Year of the horse. Ce cadre permet à Carolyn Carlson de se consacrer à un travail expérimental au sein de l’Opéra ; travail qui participe à l'essor de la Nouvelle danse française.

En 1976, Carolyn Carlson retrouve brièvement la Finlande pour la création de Kaiku avec le Ballet national de Finlande. , et permet à la chorégraphe de rencontrer Jorma Uotinen qui intègre le GRTOP et l’accompagnera durant plusieurs années. Les jazzmen John Surman et Barre Phillips participent à cette création.

En 1979, elle crée le solo Writings on the wall à l’Opéra-Comique en collaboration avec le metteur en scène Petrika Ionesco. La pièce constitue l’occasion pour elle d’explorer les liens entre danse et théâtre.

Ces années sont aussi marquées par une nouvelle rencontre majeure, le compositeur René Aubry avec lequel elle entame une collaboration qui débute au Théâtre des Bouffes du Nord avec Running on the sounds of a thousand stones et se poursuit avec Slow, Heavy and Blue pour le Ballet de l’Opéra. Depuis lors, leurs parcours de créateurs seront liés de Blue Lady à Signes, d’Underwood à Steppe, jusqu’à leurs retrouvailles pour Le Roi penché en 2009, puis Now en 2014 et The Tree en 2021.

Résidence à La Fenice En 1980, Carolyn Carlson s'installe en Italie, pays où elle a créé l'année précédente, Trio avec Larrio Ekson et Jorma Uotinen à la Scala de Milan.

Italo Gomez, le directeur artistique de La Fenice, l'invite à Venise, met à sa disposition le Teatro Malibran et les moyens de constituer une nouvelle compagnie : le Teatrodanza La Fenice. Avec l’aide de Larrio Ekson et de Jorma Uotinen, Carolyn Carlson fonde un groupe qui compte dans ses rangs une part de ceux qui constitueront la première génération de chorégraphes contemporains italiens : Caterina Sagna, Rafaella Giordano, Luisa Casiraghi, Roberto Castello, Michele Abbondanza, Francesca Bertolli et Giorgio Rossi. Le Teatrodanza La Fenice produit Undici Onde (1981), Underwood (1982) et Chalk work (1983).

Cette période est aussi marquée par son travail avec René Aubry à la création de Blue Lady, solo qui deviendra la pièce la plus emblématique de sa carrière, créée après la naissance de leur fils.

À l’invitation de Gérard Violette et du Théâtre de la Ville, Carolyn Carlson revient à Paris en 1985. Avec une compagnie qui se compose de fidèles du Teatrodanza et de nouveaux venus parmi lesquels Toméo Vergès ou Lari Leong, elle crée trois pièces : Still Waters, Dark et Steppe. Elle répond également à des commandes de ballets : A Time exposure pour le Elliot Feld Ballet sur la musique de Joachim Kühn à New York et Shamrock avec le compositeur Gabriel Yared, pour le Het Nationale Ballet à Amsterdam. Elle participe à la pièce Cosmopolitan Greetings dirigée par Bob Wilson à Hambourg.

En 1989, elle entame une longue série d’improvisations avec des musiciens : John Surman qu’elle retrouve et Michel Portal avec lequel elle collaborera plusieurs années durant.

Période finlandaise En 1991, son parcours la ramène vers la Finlande. À l’automne, elle crée Maa pour le Ballet de l’Opéra national. La pièce marque sa première collaboration avec la compositrice Kaija Saariaho et sa rencontre avec les danseurs Tero Saarinen et Nina Hyvärinen. Cette période finlandaise se prolonge par deux créations Elokuu et Syyskuu, pour la Helsinki City Theatre Dance Company et Sininen porti pour le Aurinkobaletti au Kaupunginteatteri.

Pérégrinations en Europe L’année 1993 marque les retrouvailles avec la France et deux créations : le solo Don’t look back pour Marie-Claude Pietragalla et Commedia, spectacle mêlant danse, théâtre et musique, conçu avec Michel Portal pour le Schauspielhaus à Hambourg.

Elle accepte la direction du Ballet Cullberg pour une année. Avec la compagnie suédoise, elle crée Sub rosa en .

En juin, Carolyn Carlson retrouve le public du Théâtre de la Ville pour un nouveau solo majeur : Vue d’ici qui constitue une sorte de second chapitre de la narration débutée avec Blue Lady, douze années plus tôt.

En 1997, elle crée Signes avec le peintre Olivier Debré et René Aubry pour le Ballet de l'Opéra national de Paris. De la rencontre entre la chorégraphe et le peintre nait un ballet porté par les étoiles Marie-Claude Pietragalla et Kader Belarbi. À l’image des productions des Ballets russes de Diaghilev, Signes rassemble une chorégraphe, un peintre et un compositeur de renom

En 1998, Carolyn Carlson revient au Théâtre de la Ville pour Dall’Interno, pièce inspirée par la musique de Bob Dylan.

En 1999, Paolo Baratta lui propose la direction artistique de la première Biennale de la Danse de Venise. L’aventure se double de la création d’une école de danse, l'Academia Isola Danza, conduite en collaboration avec Simona Bucci. À Venise, elle chorégraphie des pièces liées à des lieux particuliers de la ville : Light bringers, créé en extérieur au Teatro Verde sur l’Île de San Giorgio Maggiore et J.Beuys song, conçu dans l’immense espace de l’Arsenal. Cette période est aussi marquée par plusieurs solos regroupés en deux programmes Solo Donna et Solo Men. Parmi eux, Man in a room, interprété par Tero Saarinen et inspiré par la peinture de Mark Rothko, constitue une expérience saisissante, une plongée dans la folie créatrice. En 2002, le second séjour vénitien se clôt comme le premier par la création d’un solo Writings on Water.

Atelier de Paris-Carolyn Carlson Parallèlement à l’expérience de Venise, elle fonde en 1999 avec Pierre Barnier, l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson à La Cartoucherie, avec le soutien de la Ville de Paris. Outre ses propres masterclasses, Carolyn Carlson convie les plus prestigieux artistes de la scène internationale à enseigner comme Susan Buirge, Meredith Monk, Lucinda Childs, Trisha Brown, Benoît Lachambre ou Josef Nadj…

Soucieuse de rassembler maîtres de la danse, jeunes talents et publics, elle lance en 1999 le festival « June Events » sur un rythme biennalSite Atelier de Paris, plaquette de présentation du festival June Evetns, consulté le 15 janvier 2019..

Pendant cette même période, elle crée le solo Kan (2001) interprété par Yutaka Takei, qui sera l’un des interprètes clefs de cette période et le trio Tigers in the tea house (2004), fruit de l’inclinaison de la chorégraphe pour l’Orient et le bouddhisme zen en particulier. Quelques mois plus tard, elle revient à Salt Lake City et chorégraphie Down By the River pour la compagnie de Joan Woodbury et Shirley Ririe, puis Wash the Flowers en 2005 pour le Ballet de Lucerne.

Centre chorégraphique national de Roubaix