Le masochisme est la recherche d'un plaisir dans la douleur. À l'origine, cette recherche est liée à des pratiques à caractère sexuel. Par extension, les conduites masochistes sont le fait de personnes qui recherchent la souffrance et l'humiliation, et/ou qui s'y complaisent« Le mot français, d'abord employé strictement en psychiatrie et (1916) en psychanalyse, est passé dans le langage courant pour l'attitude consistant à rechercher la souffrance et l'humiliation (souvent par hyperbole). Dans ses différents usages, il est fréquemment complémentaire de sadisme. », Dictionnaire historique de la langue française tome 2, sous la direction de Alain Rey, Le Robert, 1998, . .
Le terme « masochisme », forgé par le psychiatre Krafft-Ebing, dérive du nom de l'écrivain allemand Leopold von Sacher-Masoch.
Origines du terme « masochisme »
Le masochisme a été identifié en tant que perversion sexuelle au par le psychiatre Richard von Krafft-Ebing qui l'apparente au sadisme. Sigmund Freud confirmera les termes sadisme et masochisme comme étant un couple de contraires, d'où une complémentarité des notions avec le terme sadomasochisme. Pour Krafft-Ebing, le « masochisme » comme symptôme est une pathologie.
D'un point de vue critique, l'essayiste Régis Michel parle aujourd'hui de considéré comme par Krafft-Ebing qui . D'après Régis Michel, Krafft-Ebing, , fait de Sacher-Masoch . Dans Psychopathia sexualis, Krafft-Ebing décrit en effet le masochisme comme .
À l'origine du mot « masochisme »: Leopold von Sacher-Masoch
Dans le roman La Vénus à la fourrure, autobiographie romancée, Leopold von Sacher-Masoch présente son programme. Il veut absolument réaliser ce qu'il a écrit dans la Vénus. Sacher-Masoch n'a cessé de manipuler ses compagnes, et notamment Wanda von Sacher-Masoch, afin qu'elles incarnent le rôle de la Vénus à la fourrure.
Dans La Vénus, il ne laisse pas parler la femme. C'est un pur reflet de ses fantasmes. La femme n'existe pas. C'est pour cela que lorsque le voyage dans l'imaginaire se termine, et qu'il retourne au réel, la femme est descendue du piédestal sur lequel Masoch l'avait élevée. La misogynie est explicite. Alors qu'il a toujours rêvé que Wanda se prostitue selon un rite sacré, à la fin du roman, lorsqu'il perd Wanda, il traite les prostituées sacrées de Bénarès ainsi : « j'ai été un âne et j'ai fait de moi l'esclave d'une femme, comprends-tu ? D'où la morale de l'histoire : qui se laisse fouetter mérite d'être fouetté... Mais, comme tu vois j'ai bien supporté les coups, le brouillard rose suprasensuel de mon imagination s'est dissipé et personne ne pourra plus me faire prendre les guenons sacrées de BénaresC'est ainsi que Schopenhauer nommait les femmes. ou le coq de PlatonDiogène jeta un coq plumé dans l'école de Platon et s'écrira : « Voilà l'homme de Platon ». pour l'image de DieuLeopold Von Sacher Masoch, La Vénus à la fourrure, éditions de Minuit, collection Arguments - 1967. »
Le voyage mystique est fini ; à ce sujet Gilles Deleuze reprend Theodor Reik : « la magie de la scène masochiste s'évanouit », parce que le sujet a cru voir dans la femme prête à le frapper quelque chose qui lui rappelait le Père. Gilles Deleuze poursuit : .
Wanda dans Confession de ma vieWanda de Sacher-Masoch : Confession de ma vie, éditions Gallimard, collection Infini. confirme à quel point elle fut manipulée pour incarner le personnage masochien. Gilles Deleuze écrit :
Gilles Deleuze, toujours dans sa présentation de Masoch, explique : . Pour Deleuze, , c'est que G.Deleuze, .
Emmanuel Dazin dit que Et il ajoute :
Daniel Leuwers a préfacé une Vénus à la Fourrure en livre de poche : « Le masochiste cherche à conditionner l'attitude de la femme en vue de la faire participer à un jeu dont il entend assumer seul la direction. Il s'agit de donner à la femme l'illusion du pouvoir alors qu'elle est sous le joug insidieux de l'homme qui la force à le battreDaniel Leuwers, préface à Leopold Von Sacher Masoch, La Vénus à la Fourrure, Presses pocket. ».
Masoch reconnaît : « si une telle femme était dans ma vie, elle ne serait pas dans mes livres"Wanda" ».
« Chez Sacher-Masoch, l’esclave éduque le maître. Le contrat est d’abord un contrat d’apprentissage. La violence permet la rédemption et le vice y est, comme dirait Cioran, "une envolée de la chair hors de sa fatalité, opine Roland Jaccard Gilles Deleuze évoque des lignes de fuite. Pour lui, « fuir ce n'est pas fuir la vie, mais trouver une arme », et il existe une différence entre le traitre et le tricheur. Le traitre peut-être un traitre à l'ordre établi sans être un tricheur. « L'histoire de Caïn, c'est la ligne de fuite de Caïn. (...) C'est l'histoire de Jonas : le prophète reconnaît à ceci qu'il prend la direction opposée à celle que Dieu lui ordonne, et par là réalise le commandement de Dieu, mieux que s'il avait obéi. (...) La fuite peut se faire sur place, c'est le voyage immobile. (...) Une fuite c'est une espèce de délire. Délirer c'est exactement sortir du sillon comme déconner, etc. (...) C'est être outsider. La ligne de fuite c'est lorsque le masochiste se construit un corps-sans-organesGilles Deleuze et Claire Parnet - Dialogues collection Champs - Édition Flammarion 1995. »
Scène primitive dans le masochisme Certains auteurs, tels Jean-Jacques Rousseau et Leopold von Sacher-Masoch, ont rapporté dans des textes à caractère autobiographique l'existence d'une Le terme de n'a pas dans ce contexte le sens limitatif d'observation par un très jeune enfant du rapport sexuel entre ses parents que lui réservent les psychanalystes. où ils voient l'origine de leur masochisme. Richard von Krafft-Ebing, dans sa Psychopathia sexualis où il forge le terme de , relève ces descriptions et Paul-Laurent Assoun estime que .Paul-Laurent Assoun, « La passion du joug ou la servitude contractualisée », La clinique lacanienne, 2016/2 (), , ..
Krafft-Ebing relève le premier que la « scène de la fessée » dans les Confessions de Rousseau est une scène originaire masochiste.. Rousseau y rapporte avoir trouvé dans la fessée de Lambercier, reçue quand il avait huit ans, , notant que s'y et affirme que Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Livre I, Gallimard, coll. « Folio classique », 1995, .. Cette confession est également relevée par Paul-Laurent Assoun qui y voit .. En revanche, Philippe Lejeune met en garde contre une lecture univoque de cette scène au détriment de sa complexité et de sa dimension symbolique : ..
De son côté, Leopold von Sacher-Masoch évoque également une scène d'enfance qui serait à l'origine de son masochisme., en se référant, comme le souligne Daniel Grojnowski; à la scène originaire rousseauiste.. Sa propre est celle au cours de laquelle la fouette Masoch enfant qui l'a espionnée alors qu'elle fouettait son mari : .. Pour Paul-Laurent Assoun, .. Selon lui, ..
vignette|Simon Legree et l'oncle Tom. Sigmund Freud, portant sur les premiers souvenirs de sa vie sexuelle, l’enfant aurait assisté à la fustigation d’un enfant par le maître. Plus tard, les patients de Sigmund Freud trouveraient de nouvelles stimulations dans la lecture de livres pour la jeunesse, comme ceux de la collection de la Bibliothèque rose, tels que La Case de l’oncle Tom ou des ouvrages analogues. Tous eurent accès aux mêmes livres accessibles à la jeunesse dans le contenu desquels les fantasmes de fustigation allaient se chercher de nouvelles stimulations et il cite spécifiquement La case de l’oncle Tom Or, le père de Sacher-Masoch est commissaire, enfant il passe ses premières années dans la préfecture de police, lieu privilégié pour les mises en scène soldatesques et les déguisementsJean-Paul Corsetti Repères bibliographiques - La Pêcheuse d'Âmes 377. Dans cette maison de police qui fut la maison de son enfance, il voit depuis sa fenêtre des vagabonds, des criminels enchaînés, des . Au journaliste français Victor Tissot, il déclare : .
Psychologie du trouble masochiste Le masochisme est une pratique sexuelle qui n'est pas forcément pathologique. Elle est souvent étudiée comme un trouble en lien avec les traumatisme psychologique.
Le développement d’états du moi alternants et dissociés, de type victime/agresseur ou masochiste et sadique, peut provenir de figures parentales maltraitantes. Ces alternances peuvent s’observer dans l’ensemble du spectre des troubles dissociatifs, du trouble borderline au trouble dissociatif de l’identité.
La souffrance traumatique peut se rejouer dans le corps et le système neuroendocrinien, les émotions, les comportements ou les relations sociales. Cette répétition est rarement un choix conscient : elle résulte de fonctionnements cérébraux durablement modifiés par les abus, la violence, l’impuissance et ses conséquences dissociatives. Lorsque l’enfant ou l’adulte est submergé et dépourvu de ressources pour affronter un événement traumatisant comme une agression, un viol ou une exposition précoce à la pornographie, le cerveau protège le sujet d’une trop grande décharge de cortisol qui pourrait le tuer par des stratégies de survie : dissociation, anesthésie émotionnelle, excitation sexuelle traumatique, hypervigilance, comportements d’évitement, recherche compulsive de sensations fortes ou anesthésies affectives. Ces stratégies, vitales au moment de l’agression et si l'on est quotidiennement confronté à l’agresseur, peuvent devenir des trajectoires de souffrance : irritabilité, impulsivité, automutilations, conduites sexuelles à risque, délinquance, troubles psychiatriques, développement de sexualité paraphilique, identification au narratif de l’agresseur, toxicomanies ou attachements destructeurs, pensées suicidaires. Le système nerveux traumatisé réagit comme si la menace était toujours actuelle. Un élément lambda comme une odeur, une émotion ou un stress peuvent suffire à réactiver la mémoire traumatique. Les stimuli du présent sont traités comme des retours du passé. Pour éviter de ressentir ce stress incompréhensible le cerveau réactive les circuits de mémoire traumatique, ce qui peut déclencher un comportement irrépressible, « compulsif » de se masturber par exemple, un comportement agressif ou un autre schéma de protection, de décharge ou de dissociation.