Jacques Imbert dit Jacky Imbert, né le à ToulouseArticle de La Provence : « La Saga de Jacky Imbert, le parrain qui a inspiré l'immortel » et mort le à Aix-en-Provence, est un criminel français, considéré comme l'un des derniers parrains de Marseille.
Celui qui est également connu sous les pseudonymes « Jacky le Mat » (« le fou » en provençal. ou la figure du fou au tarot marseillais.), « le Matou », « le Pacha », « l'Immortel » ou « Ben Hur »en rapport avec sa carrière de driver de sulky, commence sa carrière au début des années 1950 au sein de la bande des « Trois Canards », où il rencontre Gaetan Zampa et Francis le Belge, eux aussi futurs parrains de Marseille. Il s'installe à Marseille vers 1965 et aurait pris part pour le compte de Zampa à la prise du contrôle de l'empire Guérini, après la mort d'Antoine Guerini, assassiné en 1967.
Parallèlement, il fonde un haras avec l'acteur Alain Delon. Il devient entraîneur et driver en trot attelé, gagne notamment le Prix de la Côte d'Azur et devient champion de France en 1973. Mais, la même année éclate l'affaire des paris truqués du Prix « Bride abattue » qui le fera radier des champs de courses en 1977.
Imbert s'oppose ensuite à son ancien patron, Zampa, au sujet du racket et du contrôle des casinos sur la Côte d'Azur. Il se pourrait donc que ce dernier soit le commanditaire de sa tentative d'assassinat le . Imbert survit. Il s'ensuit une série de règlements de comptes qui durera jusqu'en 1987. Cet épisode est appelé par la police « la guerre de cent ans du milieu marseillais ».
Par la suite, il décide de se ranger et prend la direction d'un petit chantier naval sur les îles du Frioul, mais son passé le rattrape dans les années 2000. En 2004, il est mis en cause et incarcéré dans une affaire présumée de trafic de cigarettes avec la mafia russe, mais sera finalement mis hors de cause. En 2006, il est condamné à quatre ans de prison pour une série d'extorsions de fonds auprès d'un marchand de biens et d'établissements de nuit. Il fait appel et obtient une reduction de cette peine en 2008.
Biographie Jeunesse vignette|Toulouse, vue du Pont-Neuf depuis les quais de Tounis. Jacques Imbert est né le à Toulouse., d'un père passionné d'opéra, ouvrier dans l'aéronautique. Il commence à gagner sa vie en ramassant de la ferraille. En 1947, Il est condamné à cinq ans de prison, mais n'en fait que deux, pour avoir frappé l'amant de sa belle-mère dans un bar de Montpellier.. À propos de sa condamnation, il déclarera des années plus tard : « … La prison, c'est l'endroit où j'ai rencontré le plus grand nombre d'enfoirés, de minables, de ratés. Mais je me suis trouvé en cellule avec un vrai dur… ». Ce « dur » en question est Auguste Méla dit « Gus le Terrible ». Il prend le surnom de Jacky le Mat, le fondu ou le fou, dans l'argot de l'époque. En 1948, il passe un an au régiment de tirailleurs sénégalais à Oran, en Algérie. Il est réformé pour caractère incompatible avec les règlements militaires.
Les années avec « les Trois Canards » puis « lieutenant » de Gaëtan Zampa Au début des années 1950, il est présenté à la Bande des Trois Canards, du nom de leur cabaret rue de La Rochefoucauld à Paris dans le arrondissement. Cette bande est spécialisée dans le casse et le braquage, mais surtout le racket. L'endroit est aussi connu pour sa cave où les personnes rétives au racket sont travaillées à la moyenâgeuse. Sauf que dans les faits, aucune cave n'a jamais été retrouvée. Est-ce une légende urbaine ou a-t-elle été rebouchée ? Nul ne le sait. En 1958, c'est au sein de cette bande, essentiellement formée d'Italiens de Marseille, qu'il rencontre un autre futur caïd marseillais : Tany Zampa. Les deux hommes se lient d'amitié. Les Trois Canards : c'est aussi Marius Bertella, patron du bar rue de la Rochefoucauld à Paris , Gégène le Manchot et Gaétan Alboréo. C'est parmi eux que le jeune Jacques Imbert apprend les ficelles du métier. Il devient un élément central de l'équipe grâce à son sang-froid et sa détermination d'expert.
La vie du Mat, à cette époque, se résume à une accumulation de sensations fortes. Lorsqu'il travaille, il est cascadeur, expert en conduite automobile. Il participe à des courses automobiles sur les quais du Vieux Port, aime faire des dérapages contrôlés sur la Place de la Concorde à Paris et relève toutes sortes de défis. Comme le jour où il traverse à la nage un bras de mer au large de Marseille, du Canal du Rove à la Pointe Rouge, les deux points les plus éloignés de Marseille. Il flambe et passe pour être un homme à femmes, deux mariages et six maîtresses. En 1961, la police le coince pour proxénétisme. Il est condamné à 6 mois de prison à Oran dans cette affaire qui implique aussi Raymond Infantes, le baron de nombreux bordels d'Oran. Ce dernier fait jouer ses réseaux pour échapper à la prison, en oubliant « le Mat », qui ne lui pardonnera pasArticle de La Provence : Guet-apens pour Jacky « le Mat ».
Certains actes permettent à Imbert d'asseoir sa réputation d'homme dangereux. Quelques mois après sa sortie de prison, il enlève Infantes. Le Mat, à bord d'un avion Cessna qu'il pilote lui-même, traverse la Méditerranée de nuit, kidnappe le pied-noir, le ramène dans une chambre d'hôtel à Marseille, le torture et le somme de payer une rançon de ( de 2018) en échange de sa liberté. Effrayé, Infantes se soumettra. C'est ce magot qui aurait permis au Mat de s'installer à Marseille. Après la connaissance de Zampa, le Mat, tout en restant dans les Trois Canards, se met à faire des affaires à Marseille. Il crée sa propre équipe d'une vingtaine de truands sous ses ordres. Chef de bande incontesté, il évolue sous la houlette de Zampa mais reste indépendant vis-à-vis de lui. Il s'associe aussi avec l'ancien commissaire Robert Blémant. Le , un caïd des jeux parisiens, Jean-Baptiste Andréani, reçoit deux coups de fusil de chasse tirés possiblement par le Mat, il survivra. Le mobile de la tentative de meurtre n'est pas bien défini. Peut-être que ce dernier refusait de se soumettre au racket de nouveaux francs imposé par les Trois Canards, ou bien était-ce un contrat de son rival Marcel Francisci.
La Bande des Trois Canards se sépare vers 1965. Le , Antoine Guérini est assassiné, sûrement par le Mat pour le compte de Tany Zampa, qui est toujours son patron. Cet acte est largement soutenu par une grande partie du Milieu, qui n'a pas accepté l'assassinat de Robert Blémant le par le clan Guérini, sur ordre d'Antoine. La vieille génération laisse place à la nouvelle. En cheville avec un troisième homme, Francis Vanverberghe dit « Francis le Belge », ils partent à l'assaut de l'empire Guérini. Des boîtes et établissements de nuit sont à reprendre à Paris et Marseille, c'est ainsi qu'Imbert se retrouve, entre autres, propriétaire d'un bar à hôtesses de luxe, Le First, rue François dans le arrondissement à Paris.
En 1968, le Mat est fiché au grand banditisme sous le matricule 909/68. L'entente cordiale des trois ne dure pas, Tany et « le Belge » se déclarent une guerre ouverte. Imbert préfère prendre le large.
Jacques Imbert dans le monde hippique et le show-business La même année, il change d'orientation pour devenir entraîneur hippique. Il est responsable des chevaux du maître incontesté du trot attelé des années 1970, Pierre-Désiré Allaire, qui connaîtra des ennuis d'ordre judiciaire. Il fonde le haras du Rousset avec Alain Delon et Mireille Darc au Puy-Sainte-Réparade, près d'Aix-en-Provence. L'acteur, sur les conseils de son mentor, se porte acquéreur d'une quinzaine de pur-sang avec Pierre-Désiré Allaire comme copropriétaire et Imbert comme entraîneur. Alain Delon et Jacky ont été présentés par Bimbo Roche, un lieutenant de Jean-Dominique Fratoni et de Tany Zampahttps://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1514_19931111/OBS1514_19931111_080.pdf. Jacky a l'habitude de fréquenter L'Ascenseur, une discothèque très en vue à l'époque à Marseille, sur la place Thiars, tenue par Monique Sessler. En 1973, à l'époque du tournage de Borsalino and Co. par Jacques Deray, Alain Delon s'assoit souvent à la même table que Jacques Imbert. Jacky suit avec assiduité les prises de vues, à tel point que certains pensent avoir vu Imbert à l'écran, ce à quoi l'intéressé répond ironiquement : « Figurant, moi ? J'aurais bien pu figurer au générique... mais comme producteur. ».
Il poursuit cependant sa carrière hippique, devenant driver de sulky en trot attelé avec un palmarès de 29 victoires. Imbert gagne notamment le prestigieux Prix de la Côte d'Azur et devient même champion de France en 1973. Mais un nouveau scandale éclate. Le , à Auteuil, un groupe de parieurs a misé dans le prix de Bride Abattue sur la combinaison 3 , 1 et 24 trois semi-tocards. Les chevaux Toulois, Right Ho et Bodensee, soit le 3, le 1 et le 14, composent le tiercé gagnant. Les parieurs rempochent néanmoins une somme colossale, de cinq millions et demi de francs (soit près de 5 500 000 € en 2020)cf Convertisseur franc-euro de l'INSEE https://www.insee.fr/fr/information/2417794. Parmi les gagnants, qui sont au nombre de 22, Jacques Imbert et le futur parrain de Toulon, Jean-Louis Fargette.
Cependant, la fréquence de leurs paris et l'addition des mises plus les indiscrétions ont attiré l'attention sur eux. Résultat, 14 jockeys complaisants sont inquiétés, dont Pierre Costes, Cravache d'or 1973. Le propre fils de Jacky, Jean-Louis Imbert, jockey, est radié à vie. Imbert subira le même sort quelques années plus tard. Sa fiche d'interdiction, qui porte le numéro C.75.46, prend effet le . Elle le fait renvoyer du monde hippique, avec une interdiction formelle et à vie d'approcher d'un champ de courses. Sans effet notoire, car les tribunes du Parc Borély se sont vues honorées de sa présence après sa tentative d'assassinat en 1977. Selon l'enquête, il s'avère que le Milieu avait mis la main sur l'inventeur d'une formule mathématique basée sur les probabilités pour parierJeux en ligne et menaces criminelles, Tome 1, 2008..
Parallèlement, Imbert évolue, toujours dans le sillage d'Alain Delon, en marge du show-business.
Rivalité avec le clan Zampa : la guerre de cent ans du milieu marseillais Après cette parenthèse de quelques années, le Mat revient aux affaires. Il devient de plus en plus indépendant vis-à-vis de Tany Zampa, véritable et unique parrain de Marseille, notamment au niveau du racket. Imbert s'éloigne de Tany mais ne cesse de faire augmenter son capital, le premier s'associant au monde gitan, le second s'ouvrant au monde des cités marseillaises pour développer leurs traficsAlain Bauer, « n », émission L'heure du crime sur RTL, 27 décembre 2012. Jusqu'à un litige, en 1977, quand le clan du Mat rackette le même client que le clan Zampa, pour un montant de de francs. Il semblerait que Zampa n'ait pas supporté que l'un de ses amis, un Arménien qui protégeait un homme d'affaires, Sammy Flatto, se soit fait « casser la baraque » par un concurrent qu'il désigne comme étant « le Mat ». Il fallait en avoir le cœur net. Sommé de s'expliquer sur cette ténébreuse affaire, Imbert aurait préféré prendre le large en voyant qu'on avait érigé une sorte de tribunal contre lui, dont le verdict risquait de lui être défavorable. D'autant qu'Imbert et Zampa, comme d'autres du Milieu de l'époque, s'opposent pour le contrôle des casinos de Nice. Mais la sentence ne se fait pas attendre.
Le , vers vingt heures, Jacques Imbert est laissé pour mort sur le parking de sa résidence Les Trois Caravelles, à Cassis (Bouches-du-Rhône), après avoir été criblé de balles par 3 hommes.. À ce sujet, il déclare :