L'église Saint-Germain-l'Auxerrois est une église catholique située dans le arrondissement de Paris. Elle fut également appelée église Saint-Germain-le-Rond. Depuis l'Ancien Régime, elle est connue comme la « paroisse des artistes ».
Saint-Germain-l'Auxerrois est nommée en l'honneur de l'évêque saint Germain d'Auxerre.
Situation L'église se trouve sur le côté sud-est de la place du Louvre, face à la colonnade du Louvre, à proximité de la mairie de . Elle est desservie par les stations de métro Louvre - Rivoli et Pont-Neuf.
Histoire Histoire de l'église Haut Moyen Âge Le monceau sur lequel s'est établie l'église Saint-Germain-l'Auxerrois est, avec le monceau Saint-Gervais, le monceau Saint-Merri et le monceau Saint-Jacques, l'une des buttes les plus proches de la Seine et de l'Île de la Cité, entourées par des terrains marécageux (d'où l'appellation de Marais) inondés par le fleuve lors des crues, où se firent les premières implantations sur la rive droite de Paris.
L'origine de cette église a fait l'objet de plusieurs dissertations du . Pour Gilles Corrozet (1510-1568), Childebert, fondateur de l'abbaye Saint Vincent-Sainte-Croix, est aussi le fondateur de Saint-Germain-l'Auxerrois en 552Gilles Corrozet, La fleur des antiquitez de la noble et triumphante ville et cité de Paris (1532), publiée par le bibliophile Jacob, Léon Willem/Paul Daffis, Paris, 1874, (lire en ligne). François de Belleforest (1530-1583) a aussi fait de Childebert le fondateur de l'église dédiée à saint Germain, évêque d'Auxerre, en 542François de Belleforest, L'ancienne et grande Cité de Paris notes par l'abbé Valentin Dufour, A. Quantin imprimeur-éditeur, Paris, 1882, (lire en ligne). Germain Brice (1653?-1727) attribue aussi la construction de l'église à Childebert, avant 558, qui l'aurait aussi dédiée à saint VincentGermain Brice, Nouvelle description de la ville de Paris, et de tout ce qu'elle contient de plus remarquable ( édition), chez Julien-Michel Gandouin, Paris, 1725, tome 1, (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565424d/f199 lire en ligne)]. Cependant, la dédicace de l'église à saint Vincent comme second patron n'apparaît pas dans les textes avant le règne de Philippe le Bel dans une indulgence d'un an qu'accorde le pape Nicolas IV en 1290[ Anne Massoni, Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris à la fin du Moyen Âge, genèse d'une paroisse royale (lire en ligne). Henri Sauval, dans Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, montre que Childebert et Ultrogothe ne sont pas les fondateurs de l'église et que la dédicace de l'église à saint Vincent est assez récenteHenri Sauval, (lire en ligne). Si Henri Sauval n'a pas trouvé de chartes permettant de trouver l'origine de l'église, l'abbé Lebeuf a retrouvé un testament de Vandemire datant de 690 dans lequel l'église est citée en troisième position après la cathédrale de Paris, avant l'abbaye Saint-Vincent, montrant l'ancienneté de l'église. Un diplôme de Charles le Chauve, en 870, montre que l'église est alors appelée Saint-Germain-le-Rond. C'est le nom que lui donne Abbon dans son texte Histoire du siège de Paris par les Normands. Il croit qu'un oratoire aurait été construit peu de temps après la mort de saint Germain, évêque d'Auxerre, en souvenir d'un miracle qu'il aurait fait dans ce lieu, au cours de son premier ou second voyage en Bretagne. Comme Henri Sauval, il s'oppose à une dédicace ancienne de l'église à saint VincentAbbé Lebeuf, « Dissertation sur l'origine de l'Église de S. Germain l'Auxerrois à Paris, où l'on prouve que S. Germain Evêque d'Auxerre est le seul ancien patron de cette Église, & que ce n'est pas S. Vincent », dans Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, chez Lambert & Durand, Paris, 1741, tome 2, (lire en ligne).
Un petit oratoire aurait d'abord été construit au , soit sur le lieu de la seconde rencontre de saint Germain, évêque d'Auxerre, avec sainte Geneviève pendant son second voyage en Bretagne pour y combattre le pélagianisme, vers 440Aline Dumoulin, Alexandra Ardisson, Jérôme Maingard, Murielle Antonello, Paris d'église en église, Massin, Paris, 2008, , , soit sur le lieu d'un miracle fait par saint Germain d'AuxerreAmédée Gabourd, Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Gaume frères et J. Duprey éditeurs, Paris, 1863, tome 1, (lire en ligne).
La première église aurait été construite par le roi Chilpéric à la fin du ou par saint Landry, évêque de Paris, vers 650. Le roi Chilpéric (né 525/527 ou 534, † 584) aurait commencé la construction de l'église : il souhaitait y voir le futur tombeau de saint Germain (ce qui ne se réalisera pas)Théodore Muret, Histoire de Paris, depuis son origine jusqu'à nos jours, 1837, ., à l'emplacement de la chapelle bâtie en 540 sous l'invocation de saint Germain d'Auxerre, pour le roi Childebert et la reine UltrogotheJournal des demoiselles, janvier 1841, 1, , , .. En 584, le roi meurt assassiné laissant l'église inachevée.
La rotonde, ainsi que le cloître et les fossés en cercle, ont pu être bâtis pendant l'épiscopat de Germain de Paris, évêque de Paris au . Les formes de ces éléments font parfois désigner l'église sous le nom de Saint-Germain-le-Rond. On retrouve la trace de ces fossés dans la rue des Fossés-Saint-Germain-l'AuxerroisRue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. (aujourd'hui rue Perrault).
C'est l'une des quatre églises marquant les points cardinaux de Paris en 581. Le Gallia Christiana dit qu'en 581 il y avait quatre abbayes aux portes de Paris : Saint-Laurent vers l'est, Sainte-Geneviève au sud, Saint-Germain-des-Prés à l'ouest et Saint-Germain-l'Auxerrois au nord.
C'est le lieu de sépulture de saint Landry, évêque de Paris, mort vers 655 ou 656.
Le , sous le règne de Pépin le Bref, eut lieu la translation du corps de saint Germain de la petite chapelle Saint-Symphorien dans le chœur de la grande église Saint-Vincent, qui fut alors appelée église Saint-Germain ou Saint-Vincent et Saint-Germain des Prés, vraisemblablement pour distinguer les deux églises consacrées à des saints différents mais de même prénom, dont la dernière était nommée Saint-Germain-le-Rond. Le nom abbatia Sancti Germani Rotundi est donné dans les bulles de Benoît VII, en 983, d'Alexandre III, en 1165.
La première église fut détruite lors du siège de Paris par les Vikings en 885-886, puis fut rebâtie au sous Robert II le Pieux. Il ne reste aucune trace visible de cette période : le portail principal tombant en ruine, l'église fut à nouveau reconstruite fin du . C'est alors qu'apparaît la première appellation « Saint-Germain-l'Auxerrois »Guérard, Cartulaire de l'église Notre-Dame de Paris, 4, 1850, ..
Moyen Âge Sa paroisse datant de la fin du est, avec celle de Saint-Gervais, l'une des plus anciennes de Paris et, à l'origine, la plus vaste s’étendant, avant ses démembrements, sur le territoire de la censive de l’évêque au nord de la Seine, de la rue Saint-Denis jusqu’en bas des collines de Montmartre et de Chaillot.. Avant la bataille de Bouvines, le roi Philippe-Auguste se place sous la protection de saint Germain. Après sa victoire, il rend grâce dans l’église dédiée au saint protecteur, située à proximité du Louvre nouvellement construit. Dès lors, la paroisse devient paroisse royale..
Son territoire fut réduit par la création des petites paroisses Sainte-Opportune, des Saints-Innocents et Saint-Leufroy au puis par la création de l'importante paroisse Saint-Eustache fondée en 1223 à partir de la chapelle annexe Sainte-Agnès. Ces créations sont liées au développement de l'urbanisation autour du marché des Champeaux..
Limitée à l'intérieur de l'enceinte de Philippe-Auguste au territoire compris, à l'ouest de la rue Saint-Denis, entre la rue Saint-Honoré et la Seine, la paroisse était encore , la plus peuplée de Paris avec une population évaluée à habitants en 1300. Saint-Germain-l'Auxerrois devient l'église attitrée de la famille royale au moment où les Valois s'installent à nouveau au Louvre, au .
L'édifice est l'un des plus anciens de Paris.
Du , date la partie la plus ancienne de l'église, à savoir le clocher. Il était surmonté d'une flèche qui fut abattue vers 1754 et remplacée par la balustrade actuelle.
Au , vers 1220-1230, est réalisé le portail occidental, et la chapelle de la Vierge, vaste chapelle qui occupe le second collatéral sud de l'église actuelle et qui renfermait l'autel paroissial.
Au , dans les années 1340-1358, le chœur est probablement totalement reconstruit.
Au , l'église est en grande partie reconstruite (nef et transept, ainsi que le porche occidental).
Ancien Régime thumb|L'église vers 1550 (Plan de Truschet et Hoyau, détail).
L'église est associée au tragique épisode de la Saint-Barthélemy. Dans la nuit du 23 au , son tocsin est réputé avoir sonné l'alarme dans la ville et déclenché le massacre des civils protestantsContrairement à ce qui est souvent dit et écrit, ce tocsin ne fut pas le signal de départ d'une tuerie planifiée. C'est le bruit suscité par l'attaque de l'hôtel de Coligny situé à proximité, qui aurait provoqué l'affolement des paroissiens et le déclenchement improvisé du tocsin d'après Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy. Les mystères d’un crime d’État. 24 août 1572, Paris, Gallimard, « Les journées qui ont fait la France », 2007, . et Denis Crouzet, La nuit de la Saint-Barthélemy. Un rêve perdu de la Renaissance, Fayard, 1994, . On peut même présumer que le tocsin fit avorter une partie de l'opération militaire consistant à éliminer les chefs protestants, puisque le tocsin permit d'alerter les protestants logés sur la rive gauche dans le faubourg de Saint-Germain-des-Prés, et provoqua leur fuite.. Selon l’historien Jacques Hillairet, l’interprétation est abusive : les religieux de l’église avaient coutume de faire sonner les cloches les jours chômés (c’était le cas de la Saint-Barthélémy) pour appeler les fidèles à célébrer l’office de matines, à minuit. Les Guisards se sont donné ce carillon comme signal. Ce tocsin fut sonné du clocher de l'église (petite tour au sud de l'édifice) et non du beffroi construit seulement au entre l'église et la mairie du . Une des cloches, nommée Marie, datant de 1527, existe toujours.
Molière se marie dans l'église le Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris : Du lundi vingtiesme [février 1662] Jean Baptiste Poquelin, fils de Jean Poquelin et de feüe Marie Cresé d'une part et Armande Gresinde Béiard, fille de feu Joseph Béiard et de Marie Herué d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais Royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M. Comtes, doyen de Nostre-Dame et grand vicaire de Monseigneur le Cardinal de Retz, archevesque de Paris, en présence de Jean Poquelin, père du marié et de André Boudet, beau-frère dud. marié et de lade dame Herué, mère de la mariée, et Louis Béiard et Magdeleine Béiard, frère et sœur de lad. mariée et d'autres, avec dispense de deux bans. Les registres paroissiaux et d'état civil à Paris ont été détruits par les incendies de la Commune de Paris (1871) mais l'acte a été recopié par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1872, page 871..
Au , à l'occasion de la réunion du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois à celui de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1745, le jubé., dessiné par Pierre Lescot et sculpté par Jean Goujon au est détruit. De nouveaux aménagements pour le chœur de l'église sont amorcés à partir de 1756, sur les plans de l'architecte Claude Bacarit, qui furent approuvés par l'Académie d'Architecture. Les colonnes sont alors cannelées, et les chapiteaux portent des têtes d'anges sculptées.