vignette|upright=1.6|René de Milleville en 1966 dans la vallée de la Kali Gandaki, , près de Jomosom, avec de jeunes réfugiés tibétains
L'exode tibétain de 1959Stéphane de Tapia, Sandrine Fautrez, Samim Akgönül, Kazakhs, Kalmouks et Tibétains en France: minorités discrètes, diasporas en devenir ? Éditions L'Harmattan, 2008, : .R.S. Chaurasia, History of Modern China, Atlantic Publishers & Distributors, 2004, : .Hêng-chih Tu & Hengzhi Du, A study of the treaties and agreements relating to Tibet: a documentary history of international relations of Tibet, éditeur Tunghai University, 1971, : ., pour reprendre la terminologie du gouvernement tibétain en exil et de l'Organisation des Nations unies Tibetan Women. Oppression and Discription in Occupied Tibet, National Report on Tibetan Women Issued by The Tibetan Administration in Dharamsala, India for the Fourth World Conference on Women, Beijing, September 4-15, 1995, mis en ligne initialement sur Tibet.com, le site du gouvernement tibétain en exil : ., désigne l'exode d'une partie du peuple tibétain qui débute après l'échec du soulèvement tibétain de 1959.
, majoritairement originaires de la province de l'Ü-TsangFrançoise Robin, La société civile tibétaine et ses relations avec le gouvernement tibétain en exil, Outre-Terre, 2009/1, No 21, pp. 169-179., emboîtent le pas au dalaï-lama et gagnent l'Inde, constituant la première vague de migration. Trois ans plus tard, la guerre sino-indienne ferme hermétiquement les frontières entre la Chine et l'Inde et le Népal, tarissant le flot de réfugiés.
La seconde vague débute vers 1980Human Rights Features, Tibetan Refugees in India, , 30 avril 2008, ..
L'Assemblée générale des Nations unies, à travers sa Résolution 1723 de 1961, qualifie d'« exode massif » la vague de réfugiés vers les pays voisins en raison des violations des droits fondamentaux du peuple tibétain et des mesures prises pour détruire son particularisme culturel et religieux. La Résolution 2079 de 1965 reprend le terme d'« exode », tout comme le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en 2000.
En 2009, Tibétains ont été recensés à l'extérieur du Tibet dont en Inde, un grand nombre d'entre eux dans des camps de réfugiés, et au Népal.. Souvent oubliés, ils ont peu profité de l'aide internationale. Depuis lors, et en dépit de la fermeture en 1960 de la frontière du côté chinois, les Tibétains continuent de traverser l'Himalaya, un voyage périlleux qui dure plusieurs semainesHaut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Les réfugiés dans le monde 2000 : cinquante ans d'action humanitaire, Paris, Autrement, 2000, , : ..
Cependant, Edward J. Mills en 2005 et le dalaï-lama en 2009 estiment à au moins le nombre réfugiés tibétains en exil His Holiness the Dalai Lama Meets Himalayan Community and Foreigners who visited pre-1959 Tibet, 6 May 2009, .Edward J Mills et coll.Prevalence of mental disorders and torture among Tibetan refugees : A systematic review, BMC Int Health Hum Rights. 2005; 5: 7..
Départ en exil du dalaï-lama Le , le dalaï-lama, s'enfuit de Lhassa accompagné de sa proche famille et de ses principaux conseillers Loren Coleman, The Dalai Lama, Slick Denials and the CIA, from Popular Alienation, A Steamshovel Reader : .. Quand, en , Nikita Khrouchtchev déclara à Mao Zedong que d'avoir laissé le dalaï-lama s'échapper était une erreur et qu'il était préférable qu'il soit mort, Mao répondit qu'il était impossible de le retenir, en raison de l'étendue de la frontière avec l'Inde Warren W. Smith Jr China's Tibet?: Autonomy Or Assimilation, . Memorandum of Conversation of. N.S. Khrushchev with Mao Zedong, Beijing, 2 October 1959..
Selon Michel Peissel, le dalaï-lama atteignit la ville de Lhuntsé le Michel Peissel, Les Cavaliers du Kham, guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, Paris, 1972, , page 138-139, 185-186, 206-207.. Ses compagnons et lui sont, de son propre témoignage, au nombre de quatre-vingt« Nous dûmes offrir un bien pitoyable spectacle aux quelques gardes indiens que nous trouvâmes à la frontière : quatre-vingt voyageurs épuisés, aussi bien moralement que physiquement ». Phrase citée par Anne-Sophie Bentz, La diaspora tibétaine en Inde, Café de la cloche, 6 décembre 2006.. Il fait halte au dzong de Lhuntsé, y dénonce l’accord en 17 points, réaffirme son gouvernement comme le seul légitime du Tibet. Plus de participent à la cérémonie. L’installation du gouvernement se déroula avec la solennité que permettaient encore les circonstances, avec chants, prières et danses sacrées spécifiques de la culture tibétaine, devant les dignitaires locaux, trois ministres accompagnant le dalaï-lama et les Khampa de la résistance. Le gouvernement nouvellement installé réaffirma l’unité du Tibet, le Kham, l’Amdo et le Tibet central étant de nouveau réunis. Des messages officiels furent envoyés du dzong de Lhuntsé pour faire part de la création du nouveau gouvernement à l’ensemble du pays. Un appel fut envoyé au Panchen Lama.
Première vague (1959-1961) La première vague s'est déroulée de 1959 à 1962Stephanie Roemer, The Tibetan government-in-exile: politics at large : ..
Selon Chen Jian, un mois après le départ du dalaï-lama, déjà tibétains avaient gagné l'Inde vers la fin Brent Navarro, Tibet: Assessing its Potential for China’s Instability, September 15, 2007 : .Chen Jian, The Tibetan Rebellion of 1959 and China's Changing Relations with India and the Soviet Union, 8.3 (2006), 54-101 : ..
Selon Arjun Sawhney, un artiste indien, en 1960, environ ont traversé l'Himalaya pour rejoindre l'Inde Arjun Sawhney, A Spot in the Mountains, sur le site galleryespace.com : ., au péril de leur vieChögyam Trungpa Rinpoché, Né au Tibet, éd. Buchet/Chastel 1968, Ed. Seuil, 1991.. En 1966, le magazine Réalités mentionnait que selon des estimations, la moitié des fugitifs auraient été décimés par le froid, la faim et l’exténuationRéalités, Numéros 240 à 241 ;Numéros 244 à 245, Société d'études et de publications économiques, 1966, page 156 : ..
Selon Thomas Laird, les tentatives d'évasion étaient périlleuses à cause des assauts de l’armée populaire de libération. Dans certains cas, moins de 10 % arrivèrent en vie sur un groupe parti du Tibet oriental pour un voyage qui dura 4 mois. Malgré ses difficultés, ont survécu à leur voyage trans-himalayen pour l’Inde les années suivant immédiatement le soulèvement tibétain de 1959 Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations With the Dalai Lama, 2007, : ..
Selon Jampa Panglung, à la suite du soulèvement tibétain de 1959 et à la répression violente par l’armée chinoise, un grand nombre de Tibétains furent tués, tandis que, protégés par les résistants khampa, personnes réussirent à atteindre l’IndeJampa Panglung in Le Tibet est-il chinois ? Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, Albin Michel, 2002, , ..
Selon Israel W. Charny (1984) puis le Tibet Information Network (1990), une dépêche dite sur Radio Lhassa le annonçait que Tibétains avaient été tués (selon le TIN) ou exécutés (selon Charny) durant l'année ayant suivi le soulèvementTibet Information Network, Retrospective: Political Statements by the Panchen Lama, 1990-1991 .Israel W. Charny, Toward the understanding and prevention of genocide: : proceedings of the International Conference on the Holocaust and Genocide, Westview Press, 1984, : ..
Le site Friends of Tibet donne à ce chiffre de morts une autre source : « un document capturé par les guérilleros affrontant l'armée chinoise »Before the invasion... and after : .. Le journaliste Warren Smith, cité par le démographe chinois Yan HaoWarren Smith, Tibetan Nation: A History of Tibetan Nationalism and Sino-Tibetan Relations, Westview Press, Boulder, 1996, ., affirme lui aussi que ce chiffre vient d'un document de l'Armée populaire de libération datant de 1960 et capturé par la Résistance tibétaine six ans plus tard, pour être publié une première fois par une organisation bouddhiste tibétaine en 1990. Le document capturé parle de ennemis « éliminés », ce qui pour Smith ne veut pas dire obligatoirement « tués ». Yan Hao fait remarquer qu'il est difficile de comprendre pourquoi il fallut six ans pour mettre la main sur le document de l'APL et 30 ans pour le publier, ajoutant qu'il était des plus improbables qu'il ait pu y avoir encore des forces de la Résistance au Tibet aussi tard qu'en 1966 Yan Hao (Institute of Economic Research, State Department of Planning Commission, Peking), Tibetan Population in China: Myths and Facts Re-examined, , note 21: ..
Selon Alex McKay, les Tibétains partis en exil en Inde et au-delà, venaient de tout le Tibet et de toutes les couches de la société mais comportaient un pourcentage disproportionné des classes supérieures, noble comme monastique Alex McKay, General Introduction, in The History of Tibet, vol. 1, The early period: to c. AD 850: the Yarling Dynasty, : .. Toutefois, selon l'anthropologue Timm Lau, parmi les dizaines de milliers de réfugiés arrivés en Inde en 1959, pour la plupart agriculteurs et pasteurs, une partie connut initialement une discrimination par absence d'opportunités économiques, différences sociales et culturelles, si bien que les premiers trouvèrent un emploi dans la construction de routes dans les États du nord du pays. Il y eut jusqu’à Tibétains employés par le gouvernement indien dans un peu moins d’une centaine de sites. Bien qu’ils fussent considérés par les Indiens comme aptes physiquement à travailler à haute altitude et en terrain montagneux, nombre d’entre eux périrent, victimes de maladies ou d’éboulements Timm Lau, Tibetan Fears and Indian Foes: Fears of Cultural Extinction and Antagonism as Discursive Strategy, in Explorations in Anthropology, vol. 9, No 1, , en part. : ..
Fin , un articulet de la revue américaine Time fait état de l'essor, le mois précédent, du nombre de réfugiés arrivant en Inde : de deux ou trois depuis la révolte de , on est passé à des vingtaines, voire des centaines d'arrivants. La raison évoquée : la faim et la famine au Tibet. Les autorités chinoises ont confisqué les céréales et aliments d'origine végétale dans les villages sous leur contrôle et fait l'inventaire de tous les ovins, bovins et yaks. Les villageois reçoivent des rations de grains variables et ne peuvent manger leurs animaux morts de mort naturelle. D'après les réfugiés, dans certains villages, on mange de l'herbe et des tubercules sauvages. L'article estime le nombre de morts imputables à ce régime de famine à Tibet: Starvation Diet, Time (magazine), 27 janvier 1961 : ..
Deuxième vague (à partir des années 1980) Selon l'ethnomusicologue Keila Diehl, peu de Tibétains s'enfuirent durant les pires années de la révolution culturelle au Tibet, mais dans les années 1980, une seconde vague de réfugiés, ou second exode, dont un grand nombre a connu la prison durant les premières décennies de l'occupation, a fui le TibetKeila Diehl, Echoes from Dharamsala: music in the life of a Tibetan refugee community, University of California Press, 2002 : ..
Entre 1986 et 1996, à la suite de l'ouverture du Tibet au commerce et au tourisme, environ Tibétains, fuyant la répression politique et ce qui, en 1993, est qualifié par le dalaï-lama de « génocide culturel »Rapport de 1960 de la Commission internationale des juristes sur le site du Sénat Tibet : un peuple en danger.Sinisation du Tibet, par Astrid Fossier, sur le site de l'Institut de ressources pour la paix, Association financée par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l'homme (FPH)., se sont réfugiés en Inde, augmentant le nombre des exilés de 18 % The Situation of Tibet and its People: Maura Moynihan, Consultant to Refugees International ..