vignette|Pierre Mac Orlan à Rouen en 1901. Pierre Mac Orlan a écrit une soixantaine de chansonsLes Greniers de la mémoire, pour la plupart réunies dans deux recueils : les Chansons pour accordéon (1953) et les Mémoires en chansons (1965).

Jean-Pierre Chabrol écrivit à propos du rapport qu'entretenait Mac Orlan avec la chanson que celle-ci « n'est pas son violon d'Ingres, c'est l'une des voix naturelles de sa vie créatriceCité par Jean-Claude Lamy, Mac Orlan. L'aventurier immobile, Albin Michel, Paris, 2002, 209. »

Il écrivit en outre de nombreuses autres chansons durant sa jeunesse, pour survivre, qu'il vendait sous forme de feuillets, de façon réellement alimentaire. Aucune d'entre elles ne survécut à l'épreuve du temps, ce qui lui fit dire « comme quoi, les gens ont bon goût ! ».

La chanson pour Mac Orlan Mac Orlan a toute sa vie durant été un passionné de chansons : déjà en 1898-1899 il envoyait ses premiers poèmes, écrits en cachette au lycée d'Orléans, au fameux chansonnier Aristide BruantJean-Claude Lamy, , 32.. Une dizaine d'années plus tard, alors qu'il vit à Paris dans des conditions très précaires, il tente de gagner un peu d'argent par tous les moyens et notamment en écrivant des chansons qu'il revend à des artistes de médiocre envergure, ou à des paroliers qui peuvent s'en attribuer la paternité. C'est ainsi que Maurice Chevalier, alors chanteur débutant, aurait peut-être interprété une chanson écrite par le jeune Mac Orlan et revendue à un parolier nommé Saint-GillesCf. Bernard Baritaud, Pierre Mac Orlan, Sa vie, son temps, Droz, 1992, 64-65. La chanson en question est intitulée Le Citron piqué.. En 1911, une autre chanson, Les Coffrets, est mise en musique par Frédéric Gérard, le patron du Lapin Agile, apparemment sans succèsCf. Jean Buzelin, livret d'accompagnement Au Lapin agile. Un siècle de veillées d'hier à aujourd'hui, coffret de quatre CD, EPM, 2003.. Devenant écrivain à part entière, Mac Orlan préfère alors réserver à son œuvre romanesque ou lyrique ses velléités de chansons, s’inscrivant toutefois à la SACEM en 1936Il a également consacré à la chanson des articles que Francis Lacassin a réunis dans le numéro 11 des Cahiers de Pierre mac Orlan : les plus anciens ont été écrits entre 1928 et 1936, mais surtout dans les années 1950 où, devenu membre de l'Académie Charles-Cros, Mac Orlan rédige notamment plusieurs chroniques pour l'Almanach du disque (de l'Académie du disque français)..

L'œuvre en chansons

C'est seulement à partir de 1947, alors qu'il n'écrit plus de romans et pour répondre à l'invitation de Nino Franck, que Mac Orlan commence une nouvelle activité de chroniqueur de radio et de parolierFrancis Lacassin, préface aux Cahiers Mac Orlan 2, reprenant une pièce radiophonique de Pierre Mac Orlan et Nino Franck : Mademoiselle from Armentières, Prima Linea, 1992.. La chanson devient alors « un succédané de [ses] livres, (…) une sorte de conclusionExtraits d'entretiens radiophoniques avec Mac Orlan réalisés entre 1953 et 1967 et sélectionnés pour l'émission Les Greniers de la mémoire par Karine Le Bail et Philippe Tétart, diffusion sur France Musique le 20 janvier 2008, archives de l'INA Pierre Mac Orlan » à sa carrière littéraire. La mise en onde de son œuvre romanesque le conduit à chercher des illustrations sonores adaptées à son cas : des chansons sur mesure, qu'il ne trouve pas dans le répertoire populaire et qu'il écrit donc « un peu par nécessité. »

Accordéoniste amateur, Mac Orlan tient cependant à faire, « [non] pas des poèmes mis en musique, mais des chansons écrites, autant que possible, en respectant les règles du jeuPierre Mac Orlan, Note 1 aux Chansons de charme pour situations difficiles, in Chansons pour accordéon, La Table Ronde, réédition de 2002, p. 124.. » Une première série de Chansons pour accordéon paraît en 1953, mise en musique par un professionnel de l'instrument, V. Marceau (dont six Chansons de soldats gravées dès 1950 par le parolier et le compositeur, interprétées par l'actrice Laure DianaCf. Bernard Ascal, livret accompagnant la compilation Pierre Mac Orlan : hommage, CD EPM, 2009.).

En 1951, il rencontre Germaine MonteroGuy Erismann, article consacré à Germaine Montero, Encyclopædia Universalis. qui crée la plupart des chansons de cette première période et qui demeure son interprète d'électionCf. Jean Buzelin et Marc Monneraye, livret du florilège de Chansons à mon plaisir par Germaine Montero, CD EPM, 2005. Montero a créé pour la radio une trentaine de chansons de Mac Orlan, dont 23 seulement ont été enregistrées sur disques entre 1952 et 1965..

Elle fut la première à donner sa confiance aux paroles de mes chansons. Ce n'était pas une confiance de tout repos. Mais l'art de la grande comédienne, réuni à une parfaite compréhension de la poésie populaire, presque toujours secrète, lui permit de gagner le jeu souvent difficile des motsCf. Pierre Mac Orlan, texte de présentation de Germaine Montero chante les grandes chansons de Pierre Mac Orlan, 2 disques 33 t 30 cm Pathé Marconi, ATX 144 et 145, 1965..

Illustrant cette réussite, La Chanson de MargaretEnregistrée successivement par : Germaine Montero (1952); Juliette Gréco (1954); Marie Dubas (1957); Monique Morelli, Barbara, Catherine Sauvage (1968); Mistigri (1992); Françoise Kucheida (1996) ... ou La Fille de LondresCf. La pièce radiophonique du même nom, une adaptation par Mac Orlan et Armand Lanoux de la nouvelle Docks (1926) qui contient une première version de la chanson, diffusion sur la Chaîne Nationale de la RTF le 29 mars 1953, archive de l'INA La Fille de Londres sont parmi les plus exemplaires et les plus chantées de ces créations. Le nouvel « écrivain de chanson » devient même une autorité dans ce domaine : tout au long des années 1950 Mac Orlan se pose en historien de la chanson populaire à travers ses séries radiophoniques, articles documentaires et autres textes de présentation de disquesIl ne présente pas seulement les disques de ses interprètes, mais aussi d'autres aspects de la chanson populaire qui lui tiennent particulièrement à cœur, comme les chants militaires (Les Nuits de l'armée, disque Philips 76.120, 1955), les Chants de galère, bagnes et prisons (disque Barclay 80.276, 196?) ou encore la présentation et la couverture du disque consacré à Aristide Bruant par Monique Morelli (disque Le Chant du Monde LDM 4314, 1964). Il présente aussi le premier disque de Félix Leclerc en France (Félix Leclerc chante ses derniers succès, disque Polydor 530.001, 1951) et contribue à lui faire attribuer le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros. Son dernier texte de présentation va à Moune de Rivel, pour qui il a écrit la chanson À Morne-à-l'Eau (disque Îles & Rivages, Le Chant du Monde LDX 74400, 1969)., s'intéressant également aux chanteurs contemporains qui lui semblent « continuer la grande tradition orale de l'Académie des rues et des routes »La Chanson des rues et des routes, Almanach du Disque, 1951, repris dans Les cahiers Pierre Mac Orlan 11, Prima Linea, septembre 1996, 28, comme Félix Leclerc ou Georges Brassens.

Revenu vivre à Montmartre entre 1957 et 1961, l'écrivain y rencontre Henri Landier qui lui présente Monique MorelliCf. Bernard Baritaud, Henri Landier – Pierre Mac Orlan : les confidences de l'ombre, édition Musée des pays de Seine-et-Marne, 2001. et son compagnon l'accordéoniste Lino Léonardi, ce dernier prenant la relève de Marceau pour de nouvelles compositions. Morelli est pour sa part une chanteuse populaire authentique qui devient, au cours des années 1960 et après Montero, la deuxième interprète en importance des chansons de Mac OrlanMonique Morelli a enregistré au total 29 chansons de Mac Orlan réparties sur deux albums en 1962 et 1968, ainsi que quelques enregistrements tardifs en 1989., pour lesquelles elle crée un climat sentimental inspiré par la tradition réaliste.

Le succès conduit Mac Orlan à écrire de nouveaux textes ou remanier d'anciens poèmes qui sont mis en musique cette fois par des compositeurs plus spécialisés dans la chanson comme Philippe-GérardPhilippe-Gérard et son ensemble accompagnent Germaine Montero pour l'essentiel de ses enregistrements au cours des années 1950 : en ce qui concerne Mac Orlan et après avoir orchestré dans un premier temps les musiques de Marceau, le compositeur en vient a écrire la musique d'une douzaine de nouvelles chansons entre 1953 et 1961. Elles sont finalement presque toutes réunies dans l'album Gréco chante Mac Orlan (1964), sauf Écrit sur les murs et Chanson perdue (enregistrées par Germaine Montero et le compositeur en 1961)., Georges van ParysGeorges van Parys a composé et orchestré cinq chansons de Mac Orlan, dont quatre figurent sur un disque 45 tours longue durée enregistré en 1958 avec Germaine Montero (le troisième consacré à Mac Orlan chez Pathé et qui comprend les titres : Il aurait pu, L'Entrée du port, Tortuga, La Route de Simla). Il a également écrit une autre composition pour Les Gentlemen de la nuit, interprétée par Patachou et les Frères Jacques (1963). ou Christiane VergerChristiane Verger (1903 - 1974) est surtout connue pour ses compositions sur des poèmes de Jacques Prévert (notamment L'Opéra de la Lune en 1953) : de Mac Orlan, elle a mis en musique les Chanson de Bagatelle et Chanson des Saintes-Marie-de-la-Mer.. Léo Ferré se prête également à l'exercice en 1960 pour l'unique Fille des bois, créée par Catherine Sauvage l'année suivante. Des chansons composées pendant cette deuxième période, comme Tendres Promesses, Comptine, Matines ou La Terre promise, comptent parfois jusqu'à trois interprètes différentes, toujours féminines : Francesca Solleville, Béatrice Arnac et surtout Juliette Gréco, dont l'album Gréco chante Mac Orlan obtient le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros le . Finalement assuré que cette suite de chansons constitue bien ses souvenirs, ses mémoires, Mac Orlan la fait paraître sous ce titre en 1965.Je me retrouve donc dans toutes mes chansons, tantôt en acteur, tantôt en spectateur. (…) Pour un vieil homme, c'est une situation insolite mais non sans charme, que de se retrouver en présence de ses anciennes apparences, des apparences chargées de détails dont la somme, péniblement acquise, devient la substance même de ce que l'on appelle un écrivainPierre Mac Orlan, préface aux Chansons de la Vieille Lanterne, ouvrage de bibliophilie, 1967..

Liste des chansons de Mac Orlan Chansons pour accordéon Bel-Abbès (musique de V. Marceau) Chanson de la route de Bapaume (musique de V. Marceau) Chanson rhénane (musique de V. Marceau) Fanny de Laninon (musique de V. Marceau) La Belle de Mai (musique de V. Marceau) La Bonne Aventure (musique de Lino Léonardi, éditée postérieurement au recueil) La Chanson de la ville morte (musique de Lino Léonardi, éditée postérieurement au recueil) La Chanson de Margaret (musique de V. Marceau) La Chanson du grenadier irlandais (première version de La Route de Simla, sans musique composée à la parution du recueil) La Fille de Londres (musique de V. Marceau) Le Pont du Nord (musique de Philippe-Gérard, éditée postérieurement au recueil) Marie-Dominique (musique de V. Marceau) Nelly (musique de V. Marceau) Rose des bois (musique de V. Marceau) Rue de Chiaia (musique de V. Marceau) Rue Saint-Jacques (musique de V. Marceau)

Mémoires en chansons À Sainte-Savine (musique de Henri-Jacques Dupuy) Au Tapis-Franc (musique de V. Marceau) Ça n'a pas d'importance (musique de V. Marceau) Chanson perdue (musique de Philippe-Gérard) Complainte de Pillawer (musique de Willy Grouvel) Comptine (musique de Philippe-Gérard) Écrit sur les murs (musique de Philippe-Gérard) En disant : chiche (musique de V. Marceau) Il aurait pu... (musique de Georges van Parys) J'ai dans la Caroline... (musique de Philippe-Gérard) Jean de la Providence de Dieu (musique de Philippe-Gérard) Je peux vous raconter... (musique de Philippe-Gérard) La Chanson du perroquet (sans musique composée à la parution du recueil)