L'hôtel de Soubise, anciennement hôtel de Clisson puis hôtel de Guise, est un hôtel particulier parisien situé au coin de l'actuelle rue des Francs-Bourgeois et de la rue des Archives dans le de Paris (quartier du Marais). L'hôtel, partiellement classé monument historique, appartient désormais aux Archives nationales et abrite notamment le musée des Archives nationales.
Histoire L'hôtel de Clisson, de Laval et l'hôtel de Guise thumb|left|upright|Façade de l'hôtel de Clisson avec l'ancienne porte en pan coupé et ses tourelles, depuis la rue des Archives.
En 1371, Olivier de Clisson, Connétable de France, entreprend la construction d'un hôtel particulier sur les terrains qu'il vient d'acquérir à l'extérieur des remparts de Philippe Auguste. De ce premier hôtel n'est conservée aujourd'hui que la porte fortifiée avec ses tourelles en encorbellement coiffées en poivrières, donnant sur la rue des Archives, seul vestige encore visible de l'architecture privée du à Paris.
Entre 1420 et 1435, l'hôtel est confisqué par les occupants anglais, et devient la résidence de Thomas de Lancastre (1388-1421), duc de Clarence, puis de Jean de Lancastre (1389-1435), duc de Bedford. En juin 1424, l'hôtel de Clisson est donné au duc de Bedford pendant l'occupation de Paris par les Anglais (1420-1436)Auguste Longnon - Paris pendant la domination anglaise (1420-1436) : documents extraits des registres de la Chancellerie de France – Paris, 1878 – sur Gallica.
En 1553, propriété de la famille d'Albret, l'hôtel de Clisson est acquis par François de Lorraine, duc de Guise et sa femme Anne d'Este, petite-fille de Louis XII. Ils s’empressent d’agrandir l'hôtel en achetant aussi les terrains avoisinants. Très délabré, le bâtiment exige d'importants travaux de reconstruction. La famille de Guise confie les travaux au célèbre artiste italien, Francesco Primaticcio, dit Le Primatice. Malheureusement, les célèbres peintures de la chapelle, réalisées d'après ses dessins par Nicolò dell'Abbate, n'ont pas été conservées. Ce décor qui représentait Dieu le Père soutenu par les anges sous un pavillon flottant dont d’autres anges tiennent les extrémités a été détruit après 1803. Il en reste les dessins conservés au J. Paul Getty Museum à Los Angeles et au Musée du LouvreDossier de presse de l'exposition L’Italie à la cour de France - Primatice, maître de Fontainebleau, 1504-1570, Paris, musée du Louvre, 25 septembre 2004 - 3 janvier 2005.. De l'édifice subsistent seulement aujourd'hui les baies en plein cintre ouvrant sur le côté nord de la chapelle, ainsi que les murs de l'ancienne salle des gardes, connus pour avoir accueilli les « ligueurs » du parti catholique pendant la guerre de religion.
Le , Charles de Lorraine fait donation de l'hôtel de Laval à son frère François de Guise, à sa belle-sœur Anne d'Este, et à leur fils Henri, prince de Joinville, sous conditions de substitution aux aisnés males des aisnés descendants desdits duc, et duchesse de Guise. Cette donation à mettre en regard de celle qui a lieu sur l'hôtel de Clisson occupé en 1560 par Renée d'Amboise, Dame de Bussy et de Saxefontaine, veuve de Louis de Clermont Voir son testament aux Archives Départementales de la Vienne, 2 H 2/1. Les deux hôtels sont par la suite rattachés pour former, au , le domaine de la Maison de Guise.
Au milieu du XVIe siècle, il est reconstruit par Henri 1er de Lorraine-Guise, pour devenir l'hôtel de Guise, un lieu où s'exerce l'influence de cette branche de la Maison de Lorraine.
Il appartient aux ducs successifs de Guise, Charles 1er de Lorraine-Guise, puis Henri II de Lorraine-Guise, puis Louis Joseph de Lorraine-Guise, son neveu.
Le fils de celui-ci, François-Joseph de Lorraine-Guise, meurt enfant en 1675, laissant l'hôtel à sa grand-tante, Marie de Lorraine-Guise.
Au , l'hôtel devient, avec Marie de Guise, une joyeuse place parisienne : des fêtes royales y sont données, que Corneille et Marc-Antoine Charpentier, parmi d'autres, honorent de leur présence. Le compositeur Marc-Antoine Charpentier y demeure entre 1670 et 1688, y écrivant de nombreuses œuvres.
Des poètes, tel Malherbe, et des érudits, tel François Roger de Gaignières, qui y installe un temps sa célèbre collection de dessins, y trouvent aussi asile à cette époque.
Marie de Guise meurt en 1688, sans enfant ni famille proche, la dernière héritière de sa famille.
Sa succession est épineuse. Dans le partage qui en est fait, l'hôtel est finalement attribué à deux cousines du côté paternel, la princesse de Condé et sa sœur, la duchesse de Hanovre.
L'hôtel de Soubise thumb|Hôtel de Soubise. Archives nationales (site de Paris).
Le , devant Charpentier, notaire à Paris , les deux princesses vendent l'hôtel de Guise à François de Rohan-Soubise et Anne de Rohan-Chabot, son épouse, moyennant livres (soit 5,4 millions d'euros de 2007). Les oppositions des créanciers de Marie de Guise permettent de régulariser la vente seulement le .
Les acquéreurs obtiennent par adjudication une parcelle de de long et de large. En 1705, François de Rohan-Soubise et son épouse, auxquels leur faveur à la Cour donne de gros moyens, choisissent, pour refondre l'hôtel, le jeune architecte Pierre-Alexis Delamair, sur les conseils de leur fils Armand Gaston de Rohan, futur cardinal et évêque de Strasbourg.
La nouvelle façade de l'hôtel de Soubise et la colonnade de la cour sont alors édifiés, de 1705 à 1709.
Sur le terrain adjacent à celui de ses parents, Armand-Gaston de Rohan se fait construire son propre hôtel, l'hôtel de Rohan, par le même architecte.
L'hôtel de Soubise connaît alors une période de splendeur. Le prince Hercule Mériadec de Rohan-Soubise hérite en 1712 le palais de ses parents et l'occupe jusqu'à son décès en 1749.
Son petit-fils, Charles de Rohan-Soubise, maréchal de France, lui succède et jouit des lieux jusqu'à sa mort, en 1787.
En 1761, il donne la nue-propriété du palais à sa seconde fille, Victoire de Rohan et à l'époux de celle-ci, son cousin, Henri-Louis Marie de Rohan, prince de Guéméné.
Après le départ pour l'émigration du prince et de ses enfants, à la Révolution, l'hôtel de Soubise est saisi. La princesse, restée en France, se retire en son château de Vigny.
Sous la Révolution, l'hôtel de Soubise est détourné de ses usages princiers, et utilisé, durant une quinzaine d'années, pour diverses activités – casernement, administrations, logement, fabriques –, qui le mettent dans un triste état.
Les créanciers souhaitant éviter la confiscation du domaine par l’État, parviennent à faire radier la princesse de Guéméné de la liste des émigrés, le 16 prairial an VIII ().
Le 7 fructidor an XII (), un arrêté préfectoral lui reconnaît formellement la propriété des hôtels de Soubise et de Rohan, qui sont vendus à un spéculateur le , un mois avant la mort de la princesse. En 1808, les deux hôtels sont acquis par l’État. Napoléon affecte l'hôtel de Soubise aux Archives impériales et l'hôtel de Rohan à l'Imprimerie impériale.
Les Archives nationales à l'hôtel de Soubise Les Archives Nationales continuent à occuper le site tout au long des , malgré des besoins en espace de plus en plus importants, qui conduisent à la construction de longs corps de bâtiments, coupant la parcelle en deux et détruisant une partie des jardins, en particulier sur le côté Nord du palais.
Sous Louis-Philippe et Napoléon III, elles annexent quatre autres hôtels particuliers voisins, notamment les hôtels de Jaucourt, Le Tonnelier de Breteuil et d'Assy, rue des Francs-Bourgeois, et, en 1927, l'hôtel de Rohan, à son tour, délaissé par l'Imprimerie Nationale.
De 1846 à 1866, l'École des Chartes s'y installe.
thumb|upright|Entrée du site de Paris (hôtel de Soubise). Archives nationales (France).
Au cours du , les Archives nationales font bâtir une série de dépôts pour répondre à l'accroissement des fonds. Ils sont édifiés en deux temps : de 1838 à 1848 par les architectes Édouard Dubois et Charles Lelong, et de 1859 à 1880 par Hubert Janniard puis Edmond Guillaume. En 1857-1858, Gabriel-Auguste Ancelet procède à la restauration de la porte de l'hôtel de Clisson dans le goût néo-gothique.
La première construction appelée aujourd'hui « dépôts Louis-Philippe » est bâtie dans le prolongement est de l'hôtel de Soubise. L'aménagement intérieur répond à un souci naissant de bonne conservation des archives. La galerie du parlement constitue le point d'orgue du nouveau dépôt destiné à accueillir les archives judiciaires de l’État.
Sur les rayonnages en bois, plus de 12 000 volumes sur parchemin, reliés en peau, rassemblent le fonds du Parlement de Paris.
À peine la construction de l'« aile Louis-Philippe » achevée, l'institution est à nouveau à l'étroit. Sous la direction de Léon de Laborde, une deuxième phase de travaux est lancée en 1859. Cette nouvelle construction prolonge le pavillon d'angle de l'aile Louis-Philippe et est appelée aujourd'hui « dépôt Napoléon III ». Ce nouveau bâtiment tente de répondre aux exigences des archivistes en termes de fonctionnalité et de conservation et est ainsi équipé de rayonnages du sol au plafond.
Au centre de l'enfilade des magasins est installée la « salle du trésor des Chartes », rassemblant l'ensemble des titres relatifs aux intérêts domaniaux et diplomatiques de la Couronne.
En 1866, le caractère symbolique de la salle est renforcée par l'intégration de l'armoire de fer. La réalisation de ce coffre-fort avait été ordonnée par l'Assemblée nationale constituante en 1790 afin de mettre à l'abri du feu et du vol les documents les plus précieux. Au , cette armoire devient le conservatoire des pièces jugées les plus emblématiques de l'histoire de France. Depuis 1996, l'armoire de fer accueille l'ensemble des textes constitutionnels de la France. Elle renferme également des pièces aussi inestimables que le mètre-étalon et le kilogramme-étalon de 1799, le journal de Louis XVI, le Serment du jeu de paume et le texte de la loi du instituant les congés payés.
Au milieu du , en parallèle à la construction des nouveaux bâtiments, sont entrepris des travaux de rénovation de l'hôtel. A cette occasion, l'ancien escalier est détruit en 1844, et remplacé en 1846 par un escalier rectiligne, destiné à relier le vestibule de l'hôtel aux Grands dépôts.
Le musée des Archives nationales occupe certaines salles de l'hôtel de Soubise depuis sa création en 1867.
C’est ici qu’aurait dû voir le jour le projet de Maison de l'Histoire de France, voulu par le président Nicolas Sarkozy.
L'hôtel de Clisson est situé dans l'actuelle rue des Archives (quartier du Marais) au 58. Il n'en reste que le portail monumental, flanqué de deux tourelles en encorbellement. C'est un exemple unique de l'architecture privée du à Paris. Son style s'apparente à celui de l'hôtel de Sens, situé non loin de là, dans le quartier Saint-Paul. La porte de l'ancien hôtel de Clisson fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862.
Architecture vignette|Témoignage de l'histoire architecturale de l'édifice, le passage couvert de la deuxième travée à gauche signale l'existence de l'ancienne cour et rappelle que la façade classique est plaquée sur le pignon de l'ancien hôtel.
En 1705, afin de donner au palais une entrée prestigieuse, Pierre-Alexis Delamair change l'orientation de l'hôtel de Soubise en plaquant une nouvelle façade de style classique contre l'ancienne aile sud qui abritait un manège, où les chevaux arrivaient par une petite porte, à côté de la grande écurie bordant le long jardin.
Cette façade est ornée d'un avant-corps central à doubles colonnes superposées, comportant trois travées espacées de , sur deux niveaux surmontés d'un fronton triangulaire.