La bataille de la crête de Verrières est une bataille de la campagne de Normandie de la Seconde Guerre mondiale qui se déroula du 19 au . Située dans le Calvados, en France, elle opposa deux divisions d'infanterie canadiennes appuyées par la blindée canadienne du côté allié, à des éléments de trois divisions SS allemandes de Panzers. La bataille fut une des tentatives britanniques et canadiennes pour desserrer la pression allemande sur Caen. Elle fit partie des opérations Atlantic (18 – ) et Spring (25 – ).
L'objectif principal des Alliés était la crête de Verrières, une position surélevée qui dominait la route Caen-Falaise. La crête était défendue par des vétérans allemands qui avaient été repoussés de Caen et qui y avaient établi une solide position défensive. Durant les six jours que dura la bataille, des forces britanniques et canadiennes importantes tentèrent à plusieurs reprises de s'emparer de la crête. Le respect par les Allemands des doctrines défensives et les puissantes et efficaces contre-attaques par les formations de Panzer firent subir de lourdes pertes aux Alliés qui n'obtinrent pas de réel gain stratégiqueJarymowycz (1993), 76..
Au Canada, la bataille est citée en exemple pour les erreurs tactiques et stratégiques qui la caractérisent, la plus notable étant l'attaque controversée du le . Aucun bataillon canadien n'avait subi de pertes aussi élevées sur une seule journée depuis le raid sur Dieppe de 1942. Cet assaut est l'un des événements les plus controversés et critiqués de l'histoire militaire canadienneBercuson, 223.Zuehlke, 168.Copp (1999a)..
Contexte thumb|left|La crête de Verrières et la région alentour
La crête de Verrières est située à au sud de Caen. Elle surplombe de grandes plaines et domine la campagne entre Caen et Falaise. Caen est un des objectifs majeurs du jour J des forces britanniques et canadiennesZuehlke, ., mais les Alliés ne parviennent pas à entrer en ville et une guerre de position s'ensuit jusqu'à la mi-juillet. Le , les Britanniques prennent le nord de la ville au cours de l'opération Charnwood, mais ils sont arrêtés par le blindé SS dirigé par Sepp DietrichVan Der Vat, 155.. Une semaine plus tard, les Britanniques lancent une nouvelle offensive, l'opération Goodwood, et Caen, détruite aux deux tiers, tombe le Van Der Vat, 157.. Les Alliés se tournent alors vers Falaise, mais la crête de Verrières solidement défendue par le blindé SS leur barre la route. Des éléments de la seconde armée britannique s'emparent de la crête voisine de Bourguébus et prennent pied sur la crête de Verrières mais ne parviennent pas à déloger les défenseurs allemandsCopp (1992), 45..
Participants Deux divisions d'infanterie et une brigade blindée du Corps canadien, commandées par le général Guy Simonds, sont chargées de mener l'attaque contre les positions allemandes autour de Verrières. La d'infanterie canadienne, qui a subi de fortes pertes durant les six premières semaines de la bataille de Normandie, a pour mission d'assurer le soutienBercuson, .. La plus grande partie de l'attaque repose donc sur la d'infanterie canadienne, dont les effectifs sont frais mais relativement inexpérimentésBercuson, 222., et sur les chars de la blindée canadienneD'Este, 205.. Trois divisions du corps britannique sont plus tard affectées à l'opération : la 51st Highland Division, la Guards Armoured Division et la blindée britanniqueJarymowycz (1993), 78.. Bien qu'elles soient significativement plus expérimentées que leurs homologues canadiennes, les unités britanniques ne jouent qu'un rôle mineur dans la batailleBercuson, 221.Jarymowycz (2001), 128..
Pendant que les forces britanniques tentent de s'emparer de Caen, des éléments du corps blindé SS de Sepp Dietrich (qui faisait partie du Groupe d'armée B du Feldmarschall Günther von Kluge) se retranchent le long de la crête de VerrièresJarymowycz (2001), 132.. Bien que d'une faible proéminence, la topographie de la crête est telle que les troupes donnant l'assaut sont exposées au feu ennemi provenant de l'autre rive de l'Orne, de la crête et du hameau industriel proche de Saint-MartinO'Keefe. Deux divisions, les blindée SS et blindée SS Adolf Hitler, occupent la crête avec l'aide de pièces d'artillerie, de Tigres enterrés et de mortiersJarymowycz (1993), 77.. Une troisième division, la blindée SS se tient en réserve. La d'infanterie (composée principalement de Polonais et de Russes et levée en 1943), la blindée et un bataillon de chars Tigre sont également placés en réserve.
Assaut du Calgary Highlanders Dans la continuité de l'opération Goodwood le , le Calgary Highlanders tente de prendre l'éperon nord de la crête de Verrières, mais d'efficaces tirs de mortiers allemands limitent son avancéeCalgary Highlanders Official Battle Honours, Calgary Highlanders Regimental Museum. Des chars du régiment Fusiliers de Sherbrooke sont chargés de soutenir l'assaut et éliminent plusieurs mitrailleuses de part et d'autre du Point 67. Les Highlanders parviennent à se retrancher sur les positions acquises malgré les tirs adverses. Durant les heures suivantes, ils renforcent leur position et les et d'infanterie canadienne lancent plusieurs attaques afin d'exploiter les gains effectués. Celles-ci sont largement repoussées et les Canadiens subissent de lourdes pertes en raison de la ténacité de la défense allemande et de petites contre-attaques d'infanterie ou de chars. Simonds prépare une offensive pour le lendemain avec pour objectif de capturer la rive orientale de l'Orne et les pentes principales de la crête de Verrières.
Opération Atlantic
thumb|right|Le général Guy Simonds, commandant des troupes canadiennes durant la bataille, en tournée d'inspection avant le Jour J. PAC Photo.
L'assaut suivant a lieu le , dans le cadre de l'opération Atlantic. Il est mené par le South Saskatchewan Regiment avec le soutien d'unités du Cameron Highlanders. Au cours des premières heures de la journée, les Highlanders prennent position dans Saint-André-sur-Orne, mais sont rapidement repoussés par une contre-attaque d'infanterie et de blindés allemandsBercuson, 220. Dans le même temps, le South Saskatchewan Regiment avance sur les pentes de la crête de Verrières, appuyé par des chars et des avions d'attaque au sol Hawker Typhoon. Cependant, l'attaque canadienne échoue en raison de pluies torrentielles qui rendent le terrain boueux et gênent le support aérien. D'importantes contre-attaques allemandes menées par deux divisions blindées repoussent le South Saskatchewans au-delà des positions du bataillon de soutienZuehlke, 166., l'Essex Scottish, qui est lui-même attaqué. L'Essex Scottish perd plus de 300 hommes en essayant de repousser les attaques de la blindée SSBBC: People's War. Sur le flanc ouest, le corps blindé SS attaque les forces britanniques lors de la plus grande bataille de chars de la campagne de NormandieVan Der Vat, 159.. Le South Saskatchewans perd 282 hommes le sans parvenir à prendre la crête.
Malgré ce revers, Simonds considère toujours la crête de Verrières comme un objectif prioritaire et envoie le Black Watch et le Calgary Highlanders stabiliser le front. Le , de petites contre-attaques des deux régiments parviennent à contenir les blindés de Dietrich. À la fin de l'opération, les Canadiens ont pris pied sur la crêteBercuson, 224. et tiennent notamment la cote 67Copp (1992), 47.. Cependant, quatre divisions allemandes tiennent toujours la crête. Les Alliés perdent plus de hommes au cours des assauts contre la crête de Verrières dans le cadre de l'opération Atlantic.
Opération Spring
thumb|left|Les lignes initiales de l'opération Spring, montrant la position des divisions et bataillons de chaque camp.
Avec la capture de Caen le , une percée anglo-canadienne est désormais envisageable sur la crête de Verrières. Dans le secteur américain, le général Omar Bradley, commandant des forces américaines, a prévu sa propre percée, l'opération Cobra. Simonds commence à préparer une nouvelle offensive ayant pour nom de code opération Spring. Spring est à l'origine conçue par le Field Marshal Bernard Montgomery afin d'immobiliser le plus de forces allemandes possibles durant l'opération Cobra. Le , constatant l'échec de l'opération Atlantic, Simonds change l'objectif de l'opération Spring qui a désormais pour but de réaliser une percée dans les lignes allemandesCopp (1992), 46.. En prenant la crête de Verrières, Simonds pourrait lancer des attaques de blindés et d'artillerie à partir de son flanc sud afin de repousser les Allemands encore plus loin. Il dégagerait ainsi la route Caen-Falaise, et ses deux divisions blindées britanniques pourraient avancer au sud vers Falaise.
L'opération Spring est prévue en quatre phases parfaitement minutées. Le Calgary Highlanders doit d'abord attaquer la crête de Bourguébus et May-sur-Orne afin de sécuriser les flancs de l'attaque principale. L'attaque majeure est menée par le Black Watch sur la crête de Verrières, avec le soutien des blindée britannique et (blindée) canadienne. Le plan initial prévoit de lancer l'assaut le , mais de mauvaises conditions météorologiques retardent l'opération de quarante-huit heures. Profitant de ce report, le corps Panzer SS reçoit le renfort de quatre bataillons supplémentaires, 480 chars et 500 pièces d'artillerie et canons anti-char. Les services de renseignement alliés ont vent de ces renforts en interceptant des messages Ultra et en informent le quartier général de Simonds.
Attaque du Black Watch L'opération Spring est lancée le , avec deux jours de retard sur le plan initial. Celui-ci prévoit que le Black Watch lance son attaque vers 5 h 30 à partir d'un point de rassemblement situé à Saint-Martin, à au sud de Caen. Cependant, la progression des Canadiens le long de la route de St-Martin est lente en raison de la forte opposition allemande et le régiment atteint le point de rassemblement un peu avant 8 h. Le commandant et son adjoint sont tués avant l'arrivée au point de rassemblement et le commandement est alors assuré par le major Phil Griffin âgé de 24 ans. À 8 h 30, il est rejoint par le commandant de la , le brigadier général W. J. MegillandCopp (1992), 55.. Malgré l'absence des chars prévus pour soutenir l'assaut, la décision est prise de poursuivre l'attaque.
À 9 h 30, les régiments d'infanterie canadienne qui attaquent la crête sont pris sous le feu des nids de mitrailleuse, mortiers, chars, canons anti-chars de et lance-roquettes multiples Nebelwerfer allemands. Les communications du Black Watch sont coupées après quelques minutes de combat. Quelques membres du Black Watch parviennent à atteindre la crêteBercuson, 225. mais subissent un feu encore plus fort lors des contre-attaques de la d'infanterie et du groupement Sterz de la blindée SSJarymowycz (1993), 83 ; Jarymowycz (2001), .. Des 325 hommes présents au point de rassemblement initial, 315 sont tués, blessés ou faits prisonniers. Le Black Watch perd tous ses officiers supérieurs et deux compagnies du régiment sont presque entièrement anéanties. Le est la journée la plus coûteuse pour un bataillon canadien depuis le raid sur Dieppe de 1942Stacey (1960), 192..
Conséquences thumb|upright 1.5|Contre-attaques allemandes à la suite de l'opération Spring, 25-26 juillet 1944