vignette|Lait artificiel Un substitut du lait maternel, plus communément appelé lait artificiel, lait maternisé, préparation infantile, ou encore préparation pour nourrisson, désigne (OMS 1981)Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, Organisation mondiale de la Santé Genève, 1981.. Le premier substitut du lait maternel a été créé en 1865 par Justus von Liebig. La plupart des substituts du lait maternel sont aujourd'hui à base de lait de vache. Il existe des boissons pour nourrisson à base de riz ou de soja.

Les fabricants déclarent que les préparations pour nourrissons sont conçues pour s'inspirer approximativement du lait de la mère environ un à trois mois après l'accouchement ; cependant, il existe des différences significatives dans la teneur en nutriments de ces produits. Les préparations pour nourrissons les plus couramment utilisées contiennent du lait de vache purifié, du lactosérum et de la caséine comme source de protéines, un mélange d'huiles végétales comme source de matières grasses, du lactose comme source d'hydrates de carbone, un mélange de vitamines et de minéraux, et d'autres ingrédients selon le fabricant. Les préparations modernes pour nourrissons contiennent également des oligosaccharides du lait maternel, qui sont bénéfiques pour le développement immunitaire et un microbiote intestinal sain chez les nourrissons. En outre, il existe des préparations pour nourrissons qui utilisent le soja comme source de protéines au lieu du lait de vache (principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni) et des préparations qui utilisent des protéines hydrolysées en leurs acides aminés constitutifs pour les nourrissons qui sont allergiques à d'autres protéines. La diminution de l'allaitement maternel dans de nombreux pays s'est accompagnée d'un recul de l'âge moyen d'introduction des préparations pour nourrissons (y compris le lait de vache), entraînant une augmentation de l'utilisation des préparations pour nourrissons entre 3 et 12 mois.

L'utilisation de préparations pour nourrissons dans les pays économiquement moins développés est associée à des résultats sanitaires moins bons en raison de la prévalence de conditions de préparation insalubres, y compris le manque d'eau propre et d'équipement de désinfection.

Un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2001 indique que les aliments pour bébés préparés conformément aux normes applicables du Codex Alimentarius constituent un aliment complémentaire sûr et un substitut adéquat au lait maternel.

Histoire Tout au long de l'histoire, les mères qui n'ont pas pu allaiter leurs bébés les ont confiés à une nourrice à domicile pour les familles les plus aisées ou les ont envoyé chez des nourrices à la campagne pour les classes sociales moins favorisées. Moins fréquemment, elles donnaient aux nourrissons des laits artificiels préparés par elles-mêmes, le plus souvent à base de lait cru mal conservé, ce qui provoquait la mort de nombreux bébés.

Le développement de la pasteurisation, du biberon muni d'une tétine en caoutchouc, le travail des femmes exercé de plus en plus en dehors du cadre familial et l'évolution des mentalités ont amené progressivement au cours du à employer de préférence ces laits artificiels à base de lait d'animal, de farine de céréales et de sucre. Ces préparations étaient encore mal formulées, entraînant des infections gastro-intestinales et des déshydratations aiguës ou toxicoses.

Professeur de chimie, Justus von Liebig imagine un substitut de lait maternel pour deux de ses petits-enfants qui ne sont pas allaités naturellement. Analysant la composition chimique du lait humain et du lait de vache, il crée en 1865 le premier « lait artificiel pour nourrisson », mélange à partir de farine de blé, d'extrait de malt et de bicarbonate de potasse devant être délayé dans de l'eau et du lait de vache écrémé. Dès 1866, Henri Nestlé conçoit une farine lactée sur le même principe que Justus von Liebig et la commercialise en 1867 avec plus de succès que son prédécesseur, succès à l'origine du groupe d'industrie agroalimentaire Nestlé.

Recommandations de l'OMS

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l'allaitement exclusif au sein les six premiers mois et une diversification de l'alimentation avec poursuite de l'allaitement jusqu'à deux ans ou plusStratégie de l'OMS/UNICEF, rapport de 2003. Le lait infantile, fabriqué en conformité avec les règles sanitaires du Codex Alimentarius, est ensuite décrit comme substitut adéquat au lait maternelÉtude publiée sur le site de l'OMS, en complément de l'alimentation solide.

Sécurité sanitaire Contamination à la toxine céréulide (2025, 2026) Première détection Fin , des contrôles de routine dans une usine de laits infantiles Nestlé aux Pays-Bas, détectent la présence de toxine céréulide dans des échantillons de produits. En l’absence de réglementation sur la limite maximale pour la céréulide, aucun rappel n'est effectué mais des analyses complémentaires en laboratoire sont effectuées. Les résultats, reçus début , confirment la présence de céréulide dans les produits concernés mais non encore distribués.

Toxine céréulide La céréulide est une toxine émétique (causant des vomissements) produite par la bactérie Bacillus cereus et susceptible de provoquer des troubles digestifs graves chez le nourrisson. Il s’agit d’une toxine thermorésistante, très difficile à éliminer. Les troubles liés à l'absorption de céréulide se manifestent dans les 30 minutes à six heures après l'ingestion par des nausées soudaines, des vomissements et des douleurs d’estomac, plus rarement des diarrhées. Chez les bébés, l'exposition à cette toxine peut altérer l’équilibre électrolytique de l’organisme et entraîner une déshydratation sévère. Chez les nourrissons de moins de six mois, les symptômes gastro-intestinaux peuvent rapidement entraîner des complications graves. La réglementation européenne interdit de commercialiser des produits s’ils exposent la santé des enfants.

Signalement Le , Nestlé informe les autorités des Pays-Bas où est implantée l'usine. La Commission européenne et tous les pays potentiellement concernés dont la France sont informés le . C’est à partir de cette date qu’est lancée dans plusieurs pays une première séquence de rappels de ces lots suspects, dont certains sont déjà commercialisés depuis plusieurs mois. Un premier rappel de précaution est lancé sur des laits en poudre pour bébés des marques Guigoz et Nidal, concernant des lots produits depuis l’installation de l’équipement concerné dans cette usine des Pays-Bas. Ce premier rappel représente 25 lots commercialisés dans 16 pays européens.

La date de l'alerte aux autorités européennes fait l'objet d'une controverse, le groupe agroalimentaire suisse démentant celle du et fixant au seulement la première détection de la cause de la contamination à la céréulide dans une huile riche en ARA. Le , soit six jours après cette détection, le géant agroalimentaire informe son fournisseur d’ARA, l’entreprise chinoise Cabio Biotech, qui fournit de nombreux fabricants de laits dans le monde. Ces derniers sont informés le lendemain par l’intermédiaire des associations professionnelles. L'indication d'une contamination d’un lot d’huile riche en ARA est communiquée par Nestlé aux autorités de différents pays concernés à partir du , et au ministère de l’agriculture français le . Cependant la contamination d’autres lots de cette matière première, issus du même fournisseur, n’est connue qu'ultérieurement, provoquant un échelonnement des rappels par les autres producteurs d'aliments infantiles industriels.

Retraits Le , Nestlé organise des rappels de laits issus d’autres usines Nestlé, dont une dizaine sont concernées par les contaminations selon l’ONG Foodwatch. Ces rappels massifs concernent plus de 800 marques commercialisées par Nestlé et font l'objet d'un vaste rappel notamment en France et en Autriche.

Le , pour des raisons similaires, la firme Lactalis procède à un rappel de lots de lait infantile de la marque Picot, commercialisés en France en pharmacie et en grande distribution et la procédure est appliquée à des lots exportés dans 18 pays. Des lots Lactalis incriminés sont identifiés en France dans l’usine de Craon, en Mayenne. En 2017, cette usine de la multinationale avait déjà tardé à détecter et retirer de la vente du lait infantile contaminé à la salmonelle. Dans la seconde quinzaine de janvier d’autres fabricants comme Danone, Vitagermine, Hochdorf en Suisse ou Granarolo en Italie procèdent également à des rappels.

Conditions de production de l'ARA Dans tous ces laits infantiles contaminés, les analyses relient la présence avérée de la toxine céreulide à l’incorporation d’acide arachidonique, un acide gras poly-insaturé de la famille des oméga-6, utilisé comme complément alimentaire dans les préparations pour nourrissons. En raison d’un niveau de preuve jugé insuffisant, l'ajout d’acide arachidonique dans les préparations infantiles n'est pas obligatoire, contrairement au DHA, dont le règlement dans l'Union Européenne impose depuis 2020 un apport entre 14 et 35 mg/100 ml dans les préparations infantiles. Mais de nombreux industriels incluent également l’acide arachidonique dans leurs préparations, conjointement au DHA et dans un rapport à celui-ci supérieur à 1.

Dans l'agroalimentaire, l'acide arachidonique de synthèse est commercialisé sous la forme d'un composant majoritaire d'une huile à concentration élevée en ARA (RAO, Refined Arachidonic Acid-Rich Oil), une huile dite « fongique », car issue de cultures isolées d'un champignon Mortierella alpina et d'une fermentation microbienne. L'huile obtenue ainsi est raffinée et additionnée d'antioxydants et le produit final dilué avec de l'huile de tournesol raffinée afin d'obtenir la concentration désirée en ARA. Ce composé n'est pas directement commercialisé aux consommateurs, mais vendu à des firmes qui l'incorporent dans les préparations pour nourrissons.

La capacité à détecter la toxine céréulide dans l'huile chargée en acide arachidonique dépend de la manière dont cette huile a été incorporée dans la poudre de lait. Les analyses ne font pas remonter les mêmes taux de toxine dans la poudre de lait selon que l’huile est ajoutée sous forme liquide ou encapsulée. En fonction des méthodes d’incorporation, la toxine ne peut être détectée que dans le lait reconstitué avec de l'eau. Le traçage a permis de déterminer que l'acide arachidonique contaminé est produit par un seul et même fournisseur en Chine. La société Jiabiyou, Cabio Biotech à l’international, fondée en 2004 et dont le siège se trouve à Wuhan, est la principale productrice chinoise de ce type d’huiles. Elle fournit ce complément alimentaire à l'acide arachidonique à de nombreux fabricants de lait infantile aussi bien au niveau local que mondial.

Le , la Commission Européenne édicte des mesures d’urgence avec un contrôle temporaire de l’entrée dans l’Union d’huile d’acide arachidonique originaire de Chine.

Enquêtes en France Le , deux enquêtes pénales sont ouvertes en France après la mort de nourrissons à Bordeaux et à Angers pour vérifier si un lien de causalité entre cette contamination et les décès, les deux bébés ayant consommé du lait de la marque Guigoz des lots ayant fait l’objet d’un rappel pour une possible contamination à la toxine céréulide.

À la date du , les différentes agences régionales de santé françaises (ARS) ont fait remonter une quarantaine de signalements, dont onze hospitalisations de bébés échelonnées entre le 7 et le . Sur ces onze hospitalisations, cinq impliquaient une consommation par les bébés concernés de lait contaminé par la céréulide, sans qu'un lien entre leur état de santé et l'exposition à la toxine concernée soit formellement établi.

Plaintes de Foodwatch