alt=Dans un couloir du Palais de Justice, Bonny, souriant, plaisante avec ses deux avocats.|vignette|Affaires Seznec, Hanau, Oustric, Stavisky… L'entre-deux-guerres a laissé en France le souvenir de nombreuses « affaires ». Une étonnante coïncidence, relevée par Guy Penaud, fait de Lamour (ici à droite aux côtés de Bonny) tout à la fois le défenseur de la cause de Guillaume Seznec lors de la demande de révision de 1932 ; et celui de Bonny, le supposé manipulateur de l'affaire Seznec, en 1934-1935 s'interroge : .
Pierre Bonny, né le à Bordeaux et fusillé le à Arcueil, au fort de Montrouge lors de l'épuration, est un policier français devenu célèbre durant l'entre-deux-guerres, de la Sûreté générale : son nom est d'abord associé à de retentissantes affaires criminelles et politico-financières, dont beaucoup ont été oubliées depuis tandis que d'autres, telles les affaires Seznec, Stavisky et Prince, ont marqué les mémoires.
Révoqué de la police en et condamné pour corruption, mêlé au démantèlement de la Cagoule en , il réapparaît en sous l'Occupation, où il est l'un des responsables de la Gestapo française de la rue Lauriston. Outre le souvenir accablant d'un traître et d'un collaborateur sans scrupule, il incarne couramment la figure d'un homme corrompu, exécuteur supposé des basses œuvres du Régime de Vichy.
Origines
Né le , Pierre BonnySon nom est fréquemment orthographié « Bony » dans la presse des années 1930-1940. en donne une curieuse explication selon laquelle est fils d'agriculteurs du Bordelais. Après ses études secondaires à BordeauxBonny doit selon son fils, interrompre ses études menées au lycée Saint Joseph de Tivoli après le , faute de moyens financiers. Lire et ., il est brièvement employé de bureau dans une succursale de l'entreprise Peugeot, puis à la Compagnie générale transatlantiqueSelon son fils, le premier emploi de Bonny aurait été « homme à tout faire » dans un journal, Le Nouvelliste de Bordeaux, mais ceci serait infirmé par les archives judiciaires. Lire et .. Mobilisé en , il est fait prisonnier en dans la Somme à Vermandovillers et passe la plus grande partie de la guerre en captivitéJacques Bonny fait état de plusieurs tentatives d'évasion, qui conduisent finalement son père en Suisse où il aurait été interné. Selon Guy Penaud, Lire et .. Rapatrié en , il est affecté comme secrétaire à l'état-major de la région militaire de Bordeaux, avec le grade de caporal..
Les débuts dans la police (1920-1927)
alt=entrée du siège de la rue des Saussaies, un immeuble plutôt miteux, en arrière-plan de trois personnages|vignette|Photomontage publié en illustration d'un article du magazine Détective du 5 avril 1934, lors de l'affaire Stavisky. À l'arrière-plan, le siège de la Sûreté, rue des Saussaies. Les personnages ajoutés à l'avant-plan sont, de gauche à droite : le procureur de la République Barra (affaire du conseiller Prince), l'inspecteur Bonny et le commissaire Belin (de la Sûreté générale)..
Il entre dans la police sur concours en , en tant qu'inspecteur de police provisoire dans les régions libérées et . Selon Guy Penaud, . Marié en . Il épouse Blanche Émie, née le 4 novembre 1901 à Ambès. Leur mariage ne serait, d'après leur fils né en 1924, pas très heureux dans les premières années., il exerce d'abord dans la Somme, avant d'être versé au contrôle général des services de recherches judiciaires de la Sûreté générale, à Paris, le . Il y effectue toute la suite de sa carrière, sous les ordres des commissaires divisionnaires Vidal, Garanger puis Hennet, jusqu'à sa révocation en . Dépendant directement du ministre de l'Intérieur, installée rue des Saussaies, la Sûreté — surnommée « la Secrète » — a une très large mission qui couvre tout à la fois la police des jeux, la surveillance des étrangers et le contre-espionnage, celle des associations, des syndicats et de tous les facteurs potentiels de trouble politique, ou encore celle des affaires, de la presse et de l'édition. Bien qu'elle ait pour ressort la totalité du territoire, elle n'est dotée que de très médiocres moyens si on la compare à sa grande rivale, la préfecture de police de Paris et sa direction de la police judiciaire..
Détaché au contre-espionnage ?
Un épisode incertain se place à ce moment. C'est en effet vers cette époque que Bonny aurait été détaché un temps au ministère de la Guerre, au service du contre-espionnage : il y aurait, selon son fils, Jacques Bonny, résolu une affaire de fuites, ce qui lui aurait valu l'appui du général Maud'huy. résume ainsi l'intervention de Bonny : . La date est incertaine : avant son entrée dans la police selon Maurice Garçon, lire . mais au début des années 1920 selon son fils, apparemment inspiré par un article anonyme publié dans les années 1930 par le magazine DétectiveEn pleine affaire Stavisky, le magazine , consacre sa une à Bonny, accompagnée d'une double page intérieure titrée « Heur et Malheur de Bonny » qui est signée de « l'inspecteur X… ». Ce dernier est présenté comme un ancien de Sûreté générale qui aurait bien connu l'inspecteur. Il en relate les débuts, essentiellement autour de cette mission au ministère de la Guerre puis de l'affaire Seznec. Il brosse le portrait d'un agent talentueux, ambitieux, mais déjà impulsif quand il pense tenir un coupable : il place notamment dans la bouche du Commissaire Vidal ces propos, adressé à son jeune subordonné : .. Son principal biographe, Guy Penaud, relève à ce propos , tandis que Jacques Bonny commente :
L'affaire Seznec
thumb|alt=une machine à écrire de type Royal-10|L'une des principales pièces à conviction de l'affaire Seznec, la machine à écrire ayant servi à produire les fausses promesses de vente.. Sa découverte lors d'une perquisition chez Seznec est souvent à tort attribuée à BonnyPar exemple l'avocat . ; dans une autre version également erronée, ce dernier l'y aurait dissimulée..
alt=quatre hommes derrière une voiture. Bonny, sur le côté, est en costume et casquette, la cigarette aux lèvres|vignette|Le quotidien Le Matin illustre le l'arrestation de Seznec avec cette photographie du déplacement du commissaire Vidal à Dreux et à Houdan. De gauche à droite : Vidal, Guillaume Seznec, un employé de la gare de Houdan et enfin Bonny, dont le nom n'est mentionné ni en légende de l'image, ni dans l'article. Voir également pour une version de cette photographie de meilleure qualité et tronquée..
Quoi qu'il en soit, Bonny, à présent promu à la Sûreté générale à Paris, y obtient le grade d'inspecteur stagiaire en . Jacques Bonny témoigne de l'ambition dont fait alors preuve son père, qui aurait alors selon lui déclaré à son épouse : Lire .. Affecté en comme « secrétaire greffier » auprès du commissaire Achille Vidal, Jacques Bonny écrit que, dans l'intervalle, son père se ronge les freins : Lire ., selon l'expression de Guy Penaud, il intervient alors dans l'affaire Seznec, où il joue un rôle mineur : son nom apparaît dans quatre procès-verbaux parmi plus de cinq cents, dont un établi par lui et dans cinq rapports, établit de manière précise la liste des interventions de Bonny au cours de la procédure. Pour l'essentiel : Il assiste à différentes dépositions faites devant le commissaire Vidal. Il est également présent aux côtés de celui-ci lors des reconstitutions de l'étape finale du voyage de Seznec et Quéméneur. Il participe à la perquisition menée au domicile de Quéméneur par les commissaires Vidal et Cunat. Il est par la suite chargé de quelques : tenter de retrouver un bidon d'essence laissé dans un garage lors du voyage, interroger deux témoins mineurs du Havre, vérifier les passages de Quéméneur et de Seznec dans un hôtel parisien, vérifier l'existence d'une première déposition du témoin Le Her dans un commissariat parisien. Aucune de ces missions ne se rapportent aux témoignages ou aux pièces majeurs finalement retenus contre Seznec. ; il est également établi que ce n'est pas lui qui, affecté à une équipe différente, découvre la fameuse machine à écrire qui est l'une des preuves clés de l'affaire : il est seulement chargé de la transporter à Paris afin qu'elle soit expertisée. Le procès-verbal de perquisition indique en effet que celle-ci est menée par le commissaire Jean-Baptiste Cunat et par les inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani, de la brigade mobile de Rennes. Voir et . en donne une tout autre version, affirmant que et lui attribuant la découverte de la machine à écrire. Il existe également un texte en ce sens de la main même de Pierre Bonny, rédigé alors qu'il était détenu à Fresnes en 1944 et rendu public par l'avocat , où il déclare en particulier : .
La présence de Bonny dans l'enquête revêt plus tard une importance considérable. En effet, la thèse présentée par la défense de Seznec après-guerre, sur la base de témoignages tardifsIl s'agit des témoignages suivants : Léon Sacré, garagiste à Mautauban, affirme en 1947 que quelqu'un qu'il identifie à Bonny lui aurait déclaré lors d'une partie de belote que Yvonne Chapelain de la Villeguérin, veuve du colonel Moreau-Lalande, censé avoir été le supérieur de Bonny durant la première guerre mondiale, qui déclare en 1948 que ce dernier lui aurait déclaré que Bonny lui aurait confessé en 1936 qu'il se Henriette Sallé, maîtresse d'un des témoins de l'achat de la machine à écrire par Seznec, Georges de Hainault, déclare en 1953 que celui-ci lui aurait confessé avoir alors fait un faux témoignage sous la pression de Bonny. Louise Héranval, autre témoin de l'achat de la machine à écrire par Seznec en 1923, aurait rétracté son témoignage en 1993. Entendue dans le cadre de la procédure de révision du procès Seznec en 1993, Louise Héranval déclare ne pas avoir souvenir de cette rétraction ; un rapport médical établi dans le même cadre constate qu'elle Aucun des trois autres témoignages n'a pu être confirmé et tous ont été jugés trop tardifs et sans valeur du point de vue de la révision par la Cour de Cassation. Lire ., en fait l'ouvrier du complot contre celui-ci, homme-orchestre de la fabrication des fausses preuves et des faux témoignages supposésPar exemple, selon le Portait de Pierre Bonny publié sur le site de l'association France Justice créé par Denis Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec : . Après la demande en révision faite en 1955 à l'initiative du journaliste Claude Bal, c'est l'un des arguments de celle formée par l'avocat Denis Langlois en 1977Denis Langlois met en avant , ainsi que ., puis de celle présentée à nouveau en 2001 par Jean-Denis BredinJean-Denis Bredin, avocat de Denis Seznec, déclare par exemple, en parlant d'événements ayant lieu en 1923, dans un raccourci temporel saisissant : ; lire .. Ce motif est encore repris en par le garde des Sceaux Marylise Lebranchu pour justifier sa décision de relancer la procédure de révision : la requête en révision affirme notamment ; celle-ci se solde par le rejet de la demande par la Cour de révision en 2006, qui constate l'absence d'éléments nouveaux en faveur de la théorie de la « machination policière » ayant impliqué en particulier l'inspecteur Bonny..
Selon son fils, Bonny lui aurait affirmé en 1944 avoir finalement « la certitude, pour ainsi dire formelle, que Seznec était innocent » et aurait ajouté : « et pourtant, il est au bagne depuis plus de vingt ans et par ma faute, parce que je me suis trompé de bonne foi. Jacques Bonny y fait également état d'une déclaration similaire de son père au médecin Paul, quelques instants avant sa propre exécution en décembre 1944. Guy Penaud relève sur ce point que le magistrat Donsimoni, qui assistait à l'exécution, a démenti que Bonny se soit alors entretenu avec le médecin légiste ; lire .. » La Commission de révision des condamnations pénales amenée à se prononcer en 1996 sur l'une des demandes de révision du procès Seznec relève simplement que pour autant, Bonny lui-même a tenu à démontrer qu'il ne pouvait avoir manipulé la fameuse preuve de la machine à écrire :