Le Breguet 14, ou Breguet XIV, est un biplan conçu en 1917 en France et largement utilisé pendant la Première Guerre mondiale comme avion de reconnaissance ou bombardier. Après la guerre, il sert au transport du courier, notamment pour la « ligne Latécoère » et la compagnie des messageries aériennes.

Développé par la société Breguet, le Breguet 14 est le premier avion produit en masse qui utilise une structure métallique et non en bois. À résistance égale, cette structure est plus légère, rendant l’avion plus rapide et agile vu sa taille. Il est pour cette raison considéré comme le meilleur bombardier moyen de la Première Guerre mondiale, tout en étant l'appareil biplace le plus rapide. Il possède une avance technologique et équipe, dès lors, après la guerre, les aviations militaires naissantes de très nombreux pays.

Il reste célèbre pour avoir participé à l'épopée de la « ligne Latécoère » et l'Aéropostale aux mains de pilotes comme Mermoz, Daurat, Saint-Exupéry et Guillaumet. La compagnie des messageries aériennes l'utilise pour ses voies commerciales, notamment entre Paris et Londres.

Le Breguet 14 est fabriqué à plus de pendant et après la guerre. Ce record est battu par le Douglas DC-3 durant la Seconde Guerre mondiale.

Contexte alt=Portrait photographique noir et blanc d'un homme moustachu.|gauche|vignette|Louis Breguet en 1909. Le Breguet 14 est conçu par le pilote et ingénieur français Louis Breguet. À cette époque, c’est-à-dire peu avant la Première Guerre mondiale, la société Breguet est déjà réputée pour avoir construit quelques aéronefs performants et des avions d’essai à l’aérodynamique innovante. La société a notamment fabriqué le gyroplane Breguet-Richet en 1907. Il s’agit du premier quadrirotor de l’histoire. En 1909, le premier biplan sort des usines Breguet. Il innove grâce à sa structure entièrement métallique, composée d’acier et d’aluminium. Durant les années pré-guerre, Breguet développe de nombreux biplans à structure métallique mais tous avec des moteurs à hélice tractive. Ces avions n’étaient cependant pas connus pour leur esthétisme, l’ingénierie et la physique prenant le pas sur celui-ci..

En 1914, la guerre éclate et les avions Breguet sont introduits dans des escadrilles françaises ainsi qu'anglaises. Breguet, pilote, reçoit la Croix de Guerre à la suite d’un vol de reconnaissance à bord d’un Breguet 10 durant la bataille de la Marne. Bien vite, il se rend compte qu’une motorisation plus importante est nécessaire si les états-majors veulent augmenter le rayon d’action des avions ainsi que leur charge utile (bombes). Même s’il est contre l’idée, il passe d’une hélice tractive à une hélice propulsive devant l’insistance des états-majors. Ceux-ci voient en une hélice tractive (à l’avant) une gêne pour le pilote, diminuant fortement sa visibilité. Ainsi, le Breguet BU-3 voit le jour en collaboration avec la société Michelin, à l’époque active dans le domaine aéronautique.. 

Au cours de l’été 1915, le ministère de la Guerre français organise une compétition pour trouver un avion capable de transporter de bombes, et ce à une vitesse de sur une distance minimale de . Ce concours, prénommé « Concours SN » (pour la ville allemande d’Essen), doit lancer un programme d’avions puissants, capable en décollant de Verdun de frapper les industries allemandes dans la Ruhr où se situe Essen. Le Breguet-Michelin SN-3, dérivé du BU3, remporte le concours. Bien que moins performant que son unique concurrent, le Paul Schmitt Type IV, il possède une hélice propulsive, ce qui n’était pas le cas du Type IV. Finalement, bien que produit en quantités, le SN-3 ne s’impose pas. Il doit en partie son succès à sa gratuité, Michelin en ayant offert 100 à la France..

Origine du Breguet 14 Même si Breguet a dû adopter une hélice propulsive pour son Breguet SN-3, il continue à croire dans le potentiel d’une hélice tractive. L’État-major se rend aussi compte du besoin d’un tel avion. Il faut impérativement un nouveau bombardier, plus rapide et avec une mitrailleuse à l’arrière montée sur une tourelle pour se protéger des chasseurs allemands Fokker. Dès lors, la motorisation avant est réinstaurée..

En 1916, sous l’action du Service technique de l'aéronautique (STAé), un nouveau concours est présenté. Il est toujours question de transporter de bombes sur mais cette fois, la vitesse minimale est de . Breguet présente un trimoteur, le type 11 « Corsaire », et gagne le concours avec ses de charge utile et une vitesse de . Cependant, aucun exemplaire ne sera produit. On lui conseille d’abandonner un tel avion et de se concentrer sur un bombardier monomoteur à hélice tractive..

Heureusement, il œuvrait déjà en secret avec l’ingénieur français Marcel Vuillerme sur un tel projet. Dès 1916, il entreprend le design du Breguet AV Type XIV, AV signifiant avant. À cette époque, la dénomination par chiffre romain est encore d’application mais disparaîtra pour revenir à une numérotation classique avec le nombre 14 en 1918.. Comme ses prédécesseurs, le Breguet Type XIV innove. Une structure entièrement métallique, avec un usage massif du duralumin, est choisie. Cet avion est même étudié en soufflerie chez Eiffel à Auteuil.. Deux prototypes sont conçus, le AV 1 et le AV 2.

Le prototype AV 1 sort des ateliers le et effectue le 21 son premier vol à Villacoublay avec Louis Breguet aux commandes et Marcel Vuillerme dans le poste arrière. Les premiers vols permettent de corriger des erreurs de jeunesse (gouvernail insuffisant).. L'avion est équipé d'un moteur Renault (Renault 12F). Il ne délivre alors que mais il possède un potentiel et il atteint lors des premiers vols. Cela reste néanmoins inférieur aux prévisions. La section technique de l'aéronautique de l'Armée française ayant eu vent du projetC’est Marcel Bloch, devenu par après Marcel Dassault, qui remonta ces informations à l’époque. proposa un moteur Hispano-Suiza de mais Breguet refuse car Louis Renault s'est engagé à ce que son moteur atteigne . De plus, ce moteur lui est familier puisqu’il équipait le Breguet Type V. À la fin du conflit, il atteint à plein régime.

L’AV 2 est plus léger et est pensé autour d’une amélioration du moteur Renault qui permet de le pousser à . La voilure et la géométrie de l'empennage arrière sont revus pour tenir compte du couple généré par le moteur. Le , ce deuxième prototype est disponible pour les essais officiels.. Sûr de lui, Louis Breget lance, à ses frais, la construction de dix Breguet AV2. Il indique qu'il peut en sortir 300 pour fin , sous réserve de la fourniture des moteurs Renault. À la suite de différents rapports d'évaluation en et des essais en vol qui montrent ses grandes qualités ( au niveau du sol et à et un plafond à ), le Breguet 14 est accepté par l’armée française. L’AV 2 est presque aussi rapide qu’un chasseur monoplace...

Première Guerre mondiale

Entrée dans le conflit Le , les commandes débutent avec de reconnaissance et , désignés respectivement Breguet 14 A.2 et Breguet 14 B.2. Le A.2 est équipé d'un appareil photo, certains transportant des radios, tandis que l'aile inférieure du 14 B.2 est légèrement modifiée afin de pouvoir emporter un « rack » de bombes construit par Michelin. Le premier prototype du A.2 est livré le à la STAé.. Il est équipé du moteur Renault 12Fcx délivrant . Après les essais, la surface ailaire est réduite de à . Seulement une quarantaine d'exemplaires avec la grande surface ailaire sont construits.

Les commandes suivent et diverses compagnies (Darracq, Avions Farman, Ateliers de constructions mécaniques et aéronautiques Paul Schmitt, Automobiles Bellanger Frères et S.I.D.A.M.) reçoivent des contrats de production et les premiers modèles sont livrées à l’été 1917.. Michelin s'occupe entièrement des Breguet 14 B.2 et construit durant la guerre. Dès , différentes escadrilles de France reçoivent des Breguet 14 (86 au total à la fin du conflit), de même que certaines escadrilles en Serbie, Grèce, Macédoine et au Maroc durant la guerre..

Rôle dans le conflit Le Breguet 14 est alors le plus rapide des appareils biplaces, et probablement le plus efficace en tant que bombardier moyen. Il est déjà bien accepté par l’armée et auréolé d’un certain prestige. Ainsi, le , deux Breguet 14 A.2 transportent le roi (Albert ) et la reine (Elizabeth) des Belges pour aller décorer des équipages de la Br 218..

L'avion est utilisé tant pour des missions de bombardement et de support aérien comme de la reconnaissance pour le bombardement, de la distribution de propagande par les airs ou du transport d'officiers. Il vient en remplacement des Sopwith britanniques (construits en France), des Farman et Caudron jugés lents. Ces derniers continuent les bombardements de nuit et les Breguet 14 B2 prennent la relève la jour. Le Breguet 14 participe également à des bombardements stratégiques (usines, voies ferrées, gares allemandes) mais aussi à de très nombreux raids contre les lignes de front. Ainsi, il premet de contrer les attaques allemandes durant la bataille de la Somme et il joue un rôle crucial durant la seconde bataille de la Marne en attaquant les passerelles et les troupes ennemies, les empêchant ainsi de franchir rapidement la Marne. La vitesse et la robustesse de l'appareil en font également une cible dangereuse et difficile à abattre pour l'aviation ennemie.. La première escadrille française à être équipée de Breguet 14 A2 est la Br 7 en .

Jusqu'en , le Breguet 14 surclasse les avions ennemis et ses capacités à œuvrer en altitude lui permettent d'éviter l'artillerie anti-aérienne et le chasse allemande. C'est à la même que période que des pilotes américains sont formés à l'école de bombargement Michelin d'Aulnat. Leurs premières missions sont effectuées en .

La France équipe, dès , quinze escadrilles de bombarbement de Breguet 14 B2, chacune avec quinze avions. Pour les missions de support, dès , vingt-trois escadrilles sont équipées de Breguet A2, chacune avec dix avions. Si la France vise mille bombardiers en 1918, seulement 425 sont en services, donc 225 sont des Breguet 14 B2. À la fin de la guerre, sur le front de l'Ouest, septante-trois escadrilles françaises sont équipées de Breguet 14 B2 et cinquante-huit escadrilles de Breguet 14 A2. Sur le front de l'Est, environ trentre Breguet 14 B2 et soixante Breguet A2 sont utilisés. Six escadrilles actives en Serbie et en Grèce, bien que ce nombre soit incertain, porte le nombre total de Breguet 14 actifs sur le front de l'Est à 180. Des pilotes français, comme Dieudonné Costes, y combattent dans le cadre de partenariat avec la France.

Pour les autres nations, équipent les quatorze escadrons de l'US Army Air Service. Le Breguet 14 équipe également les armées alliées comme la Belgique (40). Des Breguet 14 sont également envoyés au Maroc (6 escadrilles) et en Macédoine (8 escadrilles). À la fin de l'été 1918, la France fournit également quelques avions à l'Italie mais ils ne voient pas le combat arrivant trop tardivement.

Surnommé , le Breguet 14 est redoutable et c'est cet avion qui abat le célèbre pilote de chasse allemand Ernst Udet (62 victoires à la fin de la guerre) le à bord de son Fokker D.VII. Udet ne doit son salut qu'à son parachute, mais il est gravement blessé.

Le Breguet 14 est également l'. En , c’est un Breguet 14 A.2 qui transporte le major allemand Hermann Geyer de Tergnier à Spa pour les conférences de Spa. L'avion est désarmé et deux drapeaux blancs sont attachés de chaque côté, sur les mats des ailes..

À la fin de la Première Guerre mondiale, environ ont été construits.. La France, sur le front de l'Ouest, a perdu au total , dont 78 sont des B2 et 32 des A2.

Variantes durant le conflit