Érard de Brienne-Ramerupt, né vers 1182 et mort vers 1246, est seigneur de Ramerupt et de Venizy, dans le comté de Champagne en France, à la fin du . Il est le deuxième fils d'André de Brienne et de son épouse Adélaïde de Traînel-Venizy.

Il hérite des seigneuries familiales après 1189 et la mort de son père et de son frère aîné au cours du siège de Saint-Jean-d'Acre durant la troisième croisade. Encore mineur, il est placé sous la tutelle de sa mère puis du second époux de celle-ci, Gaucher de Joigny. Une fois majeur, il prend pleine possession de ses terres puis épouse sa cousine au deuxième degré Hélisende de Rethel afin de réunir les deux moitiés de Ramerupt, mais ils sont rapidement contraints de se séparer pour cause de parenté trop proche.

Il envisage alors un pèlerinage en Terre sainte auprès de son cousin Jean de Brienne, devenu roi de Jérusalem, afin d'épouser Philippa de Champagne, fille d'un précédent roi de Jérusalem et comte de Champagne. Il obtient la permission du roi de France de quitter le royaume et entame son voyage au grand mécontentement de la régente du comté de Champagne Blanche de Navarre pour le compte du jeune Thibaut. En chemin, il est arrêté par des agents de la comtesse Blanche qui met tout en œuvre pour empêcher ce mariage, mais il réussit à se libérer. Arrivé à Saint-Jean-d'Acre, il constate que la comtesse, avec l'aide du pape , a fait interdire ce mariage, mais après plus d'une année d'attente, profitant de l’inattention du roi Jean de Brienne et du patriarche de Jérusalem, Philippa réussit à s’enfuir et à l'épouser. Le couple retourne alors en Champagne malgré des arrestations arbitraires de la comtesse, où Érard revendique alors le comté au nom de son épouse et déclenche la guerre de succession de Champagne.

Ses premières actions sont probablement plus proches du brigandage que des actes de guerre, mais en représailles la comtesse fait en vain le siège du château de Noyers, où il réside alors. Puis Érard fait appel à la justice royale, mais Blanche demande que l'affaire ne soit jugée qu'à la majorité de son fils Thibaut, ce qui est accepté par le roi qui impose ainsi une trêve entre les deux parties. Mécontent, Érard reprend rapidement les armes avant d'être excommunié avec tous ses partisans par le pape. Blanche conduit alors une contre-attaque avec l'appui du duc de Bourgogne et réduit un par un le nombre de ses alliés, forçant Érard à renoncer à ses revendications. Celui-ci parvient à les négocier au meilleur prix possible. Son excommunication est levée peu après.

Les années suivantes, Érard semble être réconcilié avec le comte de Champagne et mène une vie plutôt paisible. Il meurt vers 1246 et est inhumé dans la salle du chapitre de l'abbaye de Pontigny.

Biographie vignette|gauche|alt=Photo d'une église de style gothique teinte grise surmontée d'un clocher assez bas ressemblant à une tour.|upright|Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Brienne-le-Château dont les parties les plus anciennes remontent au .

Jeunesse

Origines

Érard de Brienne-Ramerupt serait né avant 1171 selon l'historien Édouard de Saint-Phalle tandis que Guy Perry estime son âge à environ lors de la mort de son père, soit une naissance aux alentours de 1182. Il est le deuxième fils d'André de Brienne, seigneur de Ramerupt, et de son épouse Adélaïde de Traînel-Venizy, dame de Venizy et de Saint-Valérien. Il succède à ses parents après 1189 lorsque son père ainsi que très certainement son frère aîné Gautier de Brienne-Ramerupt meurent au cours du siège de Saint-Jean-d'Acre durant la troisième croisade.

Par son père, fils puîné de , comte de Brienne, il est issu d'une branche cadette de la maison de Brienne, une des plus anciennes et puissantes familles du comté de Champagne, dont elle est vassale. Par le jeu des alliances matrimoniales, elle est l'alliée de nombreuses familles champenoises, comme celles de Broyes, Chacenay, Choiseul, Joinville, Reynel, Traînel ou encore Vignory.

Du côté de sa mère, issue d'une branche cadette de la maison de Traînel, il possède des origines capétiennes. En effet, Adélaïde de Venizy est la petite-fille de Fleury de France, lui-même fils du roi des Francs et de sa seconde épouse Bertrade de Montfort..

Début de carrière

vignette|alt=Photo de ruines de teinte orange d'un rempart reliant deux tours d'un ancien château médiéval.|Ruines de l'ancien château de Château-Renard, reconstruit à partir de 1232 par Gaucher de Joigny, beau-père d'Érard de Brienne. Il hérite de la seigneurie de Ramerupt après 1189 lorsque son père et son frère aîné meurent au cours de la troisième croisade. Toutefois, il est alors encore mineur et est probablement placé sous la tutelle de sa mère Adélaïde de Traînel-Venizy. Celle-ci se remarie vers 1195 avec Gaucher de Joigny, seigneur de Château-Renard et frère du comte de Joigny , mais n'a pas de postérité avec lui. À la suite de ce mariage, Gaucher exerce la régence sur Ramerupt tout en apportant sa protection au jeune Érard, et signe même certains actes en tant que seigneur de Ramerupt jusqu'à la majorité d'Érard.

Au mois de , Érard signe sa première charte connue en tant que chevalier et fils d'André de Venizy, dans laquelle il ratifie un don de sa mère en faveur de l'abbaye de Pontigny, ce qui montre qu'il a atteint la majorité et qu'il gouverne probablement à Ramerupt mais aussi à Venizy, alors que sa mère, dame de ce lieu, est encore vivante.. Dans un autre acte de la même année, il porte également le titre de dominus, c'est-à-dire de seigneur.

vignette|gauche|alt=Photo d'une église de style gothique avec un clocher imposant ressemblant à une tour.|Église Saint-Nicolas de Rethel datant des . Au cours des années qui suivent, Érard se marie en premières noces avec une dame prénommée Hélisende ou Hélissent, mais dont la famille d'origine n'est pas certaine. Le père Anselme de Sainte-Marie affirme que cette dame est Hélisende de Rethel, comtesse du Perche, fille du comte de Rethel et de son épouse Félicité de Broyes, dame de Beaufort et de la deuxième moitié de Ramerupt, et qu'ils étaient déjà mariés en 1210, date à laquelle elle aurait été nommée dans une charte de l'abbaye de Pontigny.. Toutefois, Henri d'Arbois de Jubainville et Alphonse Roserot réfutent cette idée, arguant qu'Hélisende de Rethel était comtesse du Perche par son mariage avec Thomas du Perche et que celui-ci étant décédé en 1217, elle ne pouvait donc pas être comtesse du Perche en 1210 si elle avait épousé en premières noces Érard de Brienne.. Néanmoins, Édouard de Saint-Phalle propose l’hypothèse qu'Érard et Hélisende de Rethel auraient bien été unis vers 1208 mais que pour cause de consanguinité, leur mariage aurait été discrètement annulé par l'Église. Hélisende aurait donc très bien pu épouser peu après en secondes noces Thomas du Perche et ainsi être comtesse du Perche en 1210 et apparaitre dans une charte de cette même année en compagnie de son cousin avec qui elle partage la seigneurie de Ramerupt. De plus, un tel mariage aurait été cohérent car il permettrait de réunir les deux moitiés de cette importante seigneurie. C'est donc très probablement à tort que de nombreuses généalogies présentent Érard comme veuf après 1210 alors qu'il n'est que séparé. Ce premier mariage a néanmoins été fécond puisqu'il a donné naissance à au moins un enfant, prénommé André et cité en 1211, mais mort en bas âge.

Preuve de l'importance de cette seigneurie au sein du comté, son titulaire concourt avec les plus grands seigneurs champenois à l'ordonnance de Champagne de 1212 sur le règlement de succession des fiefs entre filles et sur les duels.

Voyage en Terre sainte vignette|alt=Miniature du Moyen Âge représentant le couronnement d'un couple royal entouré d'une assemblée richement vétue.|gauche|Miniature du couronnement de Jean de Brienne et de Marie de Montferrat le à Tyr. Histoire de la guerre sainte de Guillaume de Tyr, BNF, Fr.2824, .

Départ de Champagne

Libre de tout engagement marital et sans héritier, Érard planifie alors de faire le voyage en Terre sainte afin de se rendre auprès de son cousin germain Jean de Brienne, couronné roi de Jérusalem en 1210 à la suite de son mariage avec Marie de Montferrat, afin de lui demander la main d'une des filles de l'ancien comte de Champagne et roi de Jérusalem dont il exerce la tutelle. Mais avant de pouvoir s'exécuter, il doit demander l'autorisation du roi afin de pouvoir quitter le royaume et d'être dispensé du service féodal pendant son absence. Érard se rend donc en 1213 à Paris auprès de Philippe Auguste afin de lui exposer sa volonté de partir en Terre sainte, ce à quoi le roi consent. Il profite également de cet entretien pour lui faire part de ses intentions de mariage : . Ce à quoi le roi répond : . Remerciant le monarque, il repart alors dans ses terres afin de préparer son départ prochain.

alt=Lettrine O représentant un homme richement vêtu portant une couronne et un sceptre.| vignette|droite|Le roi Philippe Auguste, miniature tirée du De origine prima Francorum, Bernard Gui, Bibliothèque de Toulouse, vers 1314-1320. Cependant, cette conversation est rapportée à Blanche de Navarre qui fait envoyer auprès d'Érard son connétable Guy de Dampierre afin de lui faire abandonner son projet, arguant qu'un vassal ne peut avoir une conduite contraire aux intérêts de son suzerain sans manquer à ses obligations. Érard lui répond évasivement et quitte la Champagne en . Avertie, Blanche considère dès lors qu'Érard n'est plus son vassal et lui confisque l'ensemble des terres qu'il tient d'elle malgré son récent statut de croisé et la protection qui lui est ainsi accordée par l'Église, sous prétexte qu'il serait débiteur de ses Juifs.

Dans le même temps, elle essaie également de le retenir par la force et envoie à sa poursuite un de ses agents, Lambert de Châtillon, qui le fait arrêter à Marseille comme simple voleur sur la base de lettres fournies par la comtesse. Il reste quelque temps emprisonné avant d'être libéré faute de preuve avant de pouvoir continuer son voyage pour la Terre sainte, toujours suivi de près par Lambert de Châtillon chargé d’empêcher ou tout du moins de ralentir sa progression.

Deuxième mariage

vignette|alt=Peinture à dominante rouge, bleue et jaune représentant le buste d'un prélat équipé d'ornements liturgiques catholiques.|upright|gauche|Détail d’une fresque représentant le pape du cloître du sanctuaire du Sacro Speco à Subiaco réalisée vers 1219. N'ayant pu retenir Érard en France, Blanche en appelle au pape qui fait réaliser par son légat en France, Robert, une enquête pour connaître le degré de parenté entre les deux futurs époux et savoir s'ils ne sont pas d'un degré prohibé. Le résultat fait apparaître qu'Érard, par sa mère Alix de Vénisy, est l'arrière-petit-fils de Fleury de France, demi-frère du roi , tandis qu' est par sa mère Marie de France, arrière-petit-fils du même Louis le Gros. Ils sont par conséquent cousins au neuvième degré. Par une bulle du , le pape ordonne alors au patriarche de Jérusalem, Albert Avogadro, et à l'archevêque de Tyr de s'opposer à cette union par l'emploi des peines canoniques. La bulle précède l'arrivée en d'Érard à Saint-Jean-d'Acre, qui est accueilli par les deux ecclésiastiques qui lui notifient alors la décision papale. À la suite du décès du patriarche de Jérusalem, le pape écrit en à son successeur Raoul de Mérencourt, pour savoir ce qu'il en est de la situation et lui rappeler son opposition à ce mariage. Et afin que cette volonté soit connue de tous, le pape envoie des bulles semblables à l’archevêque de Césarée, au prieur du Saint-Sépulcre ainsi qu'au chantre d'Acre afin qu'ils publient dans tout le royaume de Jérusalem que le mariage entre Érard et Philippa de Champagne est défendu sous peine d'excommunication.

vignette|alt=Photo d'une ville portuaire entourée de remparts.|Vue aérienne de la vieille ville de Saint-Jean-d'Acre de nos jours.