Le zapatisme ou néozapatisme est un mouvement social mexicain impulsé par l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) à partir de 1994 pour défendre l’autonomie des peuples indigènes. Son nom renvoie à la lutte d'Emiliano Zapata et de l', dans les .

Le zapatisme n'est pas une idéologie, un dogme, ni un modèle« Le zapatisme n'est pas une nouvelle idéologie politique, ni un réchauffé de vieilles idéologies... le zapatisme n'appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde », Sous-commandant Marcos, Invitation à la Rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme, mai 1996 (version espagnole EZLN. Documentos y comunicados, México, Era, vol. 3, )., il s’agit d’une expérience de transformation sociale et politique radicale, se rapprochant d'une forme de socialisme libertaire. Il englobe la construction de l'autonomie dans les territoires du Chiapas où est implantée l'EZLN, des perspectives à l'échelle du Mexique et une dimension internationale.

Plusieurs auteurs soulignent l'importance, nationale et internationale du mouvementUn bilan informatif a été réalisé, à l'occasion du vingtième anniversaire du soulèvement zapatiste par la célèbre journaliste mexicaine Carmen Aristegui : http://aristeguinoticias.com/ezln-20-anos-de-alzamiento-en-chiapas/. En français, voir le dossier « Les 20 ans de la rébellion zapatiste », du mensuel Demain le monde, , janvier-février 2014, http://www.cncd.be/dlm-Demain-le-monde-no23..

Chronologie

Révolte au Chiapas (1994–1996)

Le , l’EZLN occupe quelques bâtiments publics de plusieurs villes du Chiapas, dont San Cristóbal de Las Casas et publie la première version de son texte fondateur, la Déclaration de la Selva Lacandona. Quelques jours plus tard, le , l’EZLN accepte le cessez-le-feu décrété par le président Carlos Salinas de Gortari. Entre le et le , avec l’aide de l’évêque de San Cristóbal Samuel Ruiz comme médiateur, des négociations ont lieu dans la cathédrale de San Cristóbal entre le sous-commandant Marcos, dix-huit commandants indigènes et le commissaire pour la paix du gouvernement fédéral, Manuel Camacho Solís.

Du au , d’organisations populaires du Mexique se réunissent dans la Selva Lacandona, à Guadalupe Tepeyac, pour prendre part à la Convention nationale démocratique.

Le , le gouvernement révèle l’identité supposée du sous-commandant Marcos et ordonne l’arrestation des dirigeants zapatistes ; mais l’offensive de l'armée fédérale échoue. Le , le Parlement approuve la Loi pour le Dialogue, la Conciliation et la Paix Digne au Chiapas et crée la Commission pour la concorde et la pacification (COCOPA), composée de législateurs de tous les partis, afin de faciliter le dialogue entre l'EZLN et le gouvernement.

Au mois d’, les négociations reprennent entre l'EZLN et le gouvernement fédéral, à San Andrés Sakam'chen de los Pobres, avec la participation de nombreux conseillers et invités des deux parties.

L’EZLN lance une consultation nationale et internationale du au : un million de personnes y prennent part, appuyant majoritairement la conversion de l’EZLN en une force politique civile.

Le , la quatrième Déclaration de la Selva lacandona annonce la création du Front zapatiste de libération nationale (FZLN), force politique civile non-électorale. Du au , le Forum national indigène, convoqué par l’EZLN, réunit les représentants de indiens du Mexique et décide de former le Congrès national indigène (CNI).

Le , le gouvernement et l’EZLN signent à San Andrés des Accords concluant le premier volet des discussions et portant sur les « Droits et culture indigènes ».

Du au se déroule la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme qui réunit de , dans les cinq « Aguascalientes » zapatistes.

Le , la COCOPA présente aux deux parties le projet de réforme constitutionnelle qu'elle a rédigé sur la base des Accords de San Andrés. En , l’EZLN l'accepte mais le président Zedillo le récuse.

Reprise du conflit (1997–1999) En , zapatistes se rendent à Mexico et assistent au second Congrès national indigène. Le des paramilitaires massacrent 45 indigènes dans le campement d'Acteal (commune de Chenalhó). Les victimes appartiennent à l'organisation Las Abejas.

D’ à , des opérations policières et militaires démantèlent plusieurs communes autonomes (Ricardo Flores Magón, Tierra y Libertad, San Juan de la Libertad).

Au mois de , zapatistes ( et ) se rendent dans toutes les communes du Mexique pour promouvoir la Consultation nationale pour la reconnaissance des peuples indigènes et la fin de la guerre d’extermination. Le , deux millions et demi de personnes y prennent part, demandant à une très large majorité le respect des Accords de San Andrès.

Années 2000 : L'EZLN demande au nouveau président, Vicente Fox, dont la victoire met fin au long « règne » du PRI, trois signes pour reprendre le dialogue : approbation du projet de loi de la COCOPA, libération de tous les prisonniers politiques zapatistes, fermeture de sept campements militaires. - : 23 commandant(e)s et le sous-commandant Marcos entreprennent la Marche de la Couleur de la Terre. Reçus avec enthousiasme dans 12 États du Mexique, ils sont accueillis finalement par la foule qui remplit la place centrale de Mexico. : La délégation zapatiste est reçue au Congrès de l'Union (le Parlement du Mexique) et plaide pour la reconnaissance des Accords de San Andrés. : Le Sénat approuve une réforme constitutionnelle en matière indigène, radicalement distincte du texte de la COCOPA. Le , la Chambre des députés en fait de même. L'EZLN rejette cette réforme, qui trahit les Accords de San Andrés. La possibilité du dialogue avec le gouvernement se referme. 8- : L’EZLN annonce la création de cinq Conseils de bon gouvernement, pour conforter l’autonomie prévue dans les Accords de San Andrés. juin- : La Sixième Déclaration de la Selva lacandona propose d'allier la lutte indigène à un vaste mouvement national, rassemblant toutes les organisations, collectifs et individus désireux d'élaborer un plan national de lutte, « en bas et à gauche », et d'aboutir à une nouvelle Constituante. : Le sous-commandant Marcos entame la première tournée de « l'Autre Campagne » à travers le Mexique. 3-: Dans l'État de Mexico, une intervention de la police contre des vendeurs de fleurs ambulants, qui reçoivent le soutien du Front des Peuples en Défense de la Terre d'Atenco dégénère. Le bilan est de deux morts, 200 arrestations et une vingtaine de viols commis par les policiers. Le sous-commandant Marcos suspend sa tournée nationale et décide de rester à Mexico jusqu’à ce que toutes les personnes arrêtées soient libérées. - : Seconde étape de la tournée du sous-commandant Marcos, qui parcourt onze États. - : Première Rencontre des Peuples zapatistes avec les Peuples du Monde, dans le CaracolLes zapatistes dénomment Caracoles (escargot) les cinq centres politico-culturels servant de lieux de réunion et où se trouvent le siège de chaque Conseil de bon gouvernement. d'Oventik. 21- : Seconde Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du Monde, dans trois des cinq Caracoles. : l'EZLN dénonce une nouvelle offensive du gouvernement contre les communautés zapatistes et suspend la tournée des commandants dans le sud et le centre du pays. 11- : La Rencontre des Peuples Autochtones d’Amérique a lieu dans la communauté Yaqui de Vícam (Sonora), avec des délégués représentant 66 peuples de 12 pays. 13- : À l'initiative de l'EZLN, Premier colloque international In memoriam Andrés Aubry «...Planète Terre : mouvements antisystémiques... ». - : Troisième Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du Monde (rencontre des femmes zapatistes avec les femmes des peuples du monde), dans le Caracol de La Garrucha. - : Premier Festival Mondial de la Rage Digne, à Mexico, dans le Caracol d'Oventik et à San Cristobal de Las Casas. : 40.000 zapatiste occupent pacifiquement et en silence cinq villes du Chiapas (presque les mêmes qu'en 1994). février- : La série de communiqués intitulés Eux et nous annonce une nouvelle étape de la lutte zapatiste, la fin de « l'Autre Campagne » et la mise en place d'un réseau planétaire de luttes, « la Sexta ». : de la création des Conseils de bon gouvernement. 12- : Première session de « l'Escuelita zapatista », qui permet à près de 1500 personnes de partager la vie des familles zapatistes et de découvrir le fonctionnement de l'autonomie. : de la fondation de l'EZLN. : Célébration du du soulèvement zapatiste. 25- et 3- : Deuxième et troisième sessions de « l'Escuelita zapatista » (4500 participants). : embuscade durant laquelle Galeano, maestro de « l'Escuelita zapatista », est assassiné par des paramilitaires, membres de l'organisation paysanne CIOAC, à La Realidad. : Hommage à Galeano à La Realidad. Le sous-commandant Marcos annonce la mort du personnage qu'il a incarné depuis 1994, avant de « ressusciter » sous le nom de sous-commandant Galeano. Le sous-commandant Moisés est désormais le principal chef militaire et porte-parole de l'EZLN. : les zapatistes, et notamment le sous-commandant Moisés, accueillent, à Oventik, la caravane des familles des étudiants disparus d'Ayotzinapa. – : Festival Mondial des Résistances et des Rébellions, organisé avec le CNI et qui se déroule dans plusieurs communautés de cinq états du Mexique. 2- : Hommage à Galeano et au philosophe Luis Villoro ; séminaire international « La pensée critique face à l'hydre capitaliste », avec des interventions de la « Commission Sexta » de l'EZLN et d'une cinquantaine d'invités. Août- : deuxième niveau de « l'Escuelita zapatista » (par internet). - : Festival consacré aux arts « CompArte por la humanidad », à l'Université de la Terre (San Cristobal de Las Casas) et dans les cinq caracoles. 9- : Cinquième Congrès national indigène, pour célébrer les 20 ans de la création du CNI. Y est débattue la proposition de présenter une candidate indigène aux élections présidentielles de 2018 – proposition ensuite soumise à consultation dans l'ensemble des communautés du CNI. – : Festival consacré aux sciences « L@s zapatistas y las conCiencias por la humanidad ». – : deuxième étape du Cinquième Congrès national indigène : résultat de la consultation et approbation de la formation d'un Conseil Indigène de Gouvernement au niveau national, dont la porte-parole présentera sa candidature à l'élection présidentielle de 2018. 26- : convocation à une cession du CNI afin de procéder à l'installation du Conseil Indigène de Gouvernement pour le Mexique et de nommer sa porte-parole. - : Celle-ci, María de Jesús Patricio Martínez, dite Marichuy, et les réseaux d'appui qui soutiennent l'initiative du CNI et de l'EZLN s'emploient à réunir les signatures nécessaires à la présentation d'une candidature indépendante à l'élection présidentielle (900.000 environ). Le fait que ces signatures doivent être enregistrées via des téléphones portables haut de gamme est dénoncé comme discriminatoire à l'égard d'une candidature soutenue principalement par des communautés indigènes pauvres ; le nombre de signatures requises n'est pas atteint, rendant la candidature de Marichuy impossible, mais le Conseil Indigène de Gouvernement poursuit son existence. 26- : Second Festival « ConCiencias por la Humanidad ». 8- : Première Rencontre internationale des femmes qui luttent, dans le caracol de Morelia, événement non mixte organisé par les femmes zapatistes et qui réunit 7000 participantes de 38 pays. 1- : Premier Festival de cinéma « Puy Ta Cuxlejaltic », dans le caracol d'Oventic.