Le dextrométhorphane est l'isomère dextrogyre du lévométhorphane (qui lui est un opiacé), mais il ne possède aucune action opioïde, bien qu'il possède la structure de la morphine. C'est en revanche un antagoniste du récepteur NMDA, autrement dit un dissociatif. Il est utilisé comme médicament contre la toux. Il est aussi détourné de son usage médical pour ses effets psychotropes, à forte dose, et est alors couramment dénommé DXM.

En 2022, la FDA a approuvé une formulation de ce médicament associée au bupropion, appelée Auvelity, pour servir d'antidépresseur à action rapide chez les patients souffrant de troubles dépressifs majeurs.

Historique Le dextrométhorphane est utilisé pour soigner la toux, pour la première fois en 1958 aux États-Unis puis dans le reste du monde. À l'origine présenté en comprimé, le produit est retiré de la vente en 1972 aux États-Unis du fait de son usage détourné.

Le médicament réapparaît en 1970 sous forme de sirop, plus difficile à ingérer en grandes quantités. Seuls quelques amateurs continuent à l'utiliser de manière détournée durant les années 1980-1990.

Plusieurs cas de décès (principalement aux États-Unis) sont concomitants à la consommation récréative du dextrométhorphane, néanmoins ces décès ne semblent pas être dus à la consommation seule de dextrométhorphane. Il y a notamment le décès d'une adolescente de 16 ans à la suite de la consommation de 20 pilules Coricidinhttp://articles.latimes.com/2006/dec/05/science/sci-robotripping5 Article sur la mort d'une adolescente à la suite de la prise de Coricidin soit 600 mg de dextrométhorphane et du chlorphéniramine, alors que pour le DXM la DTmin., dose de substance la plus faible causant un effet toxique, est de 30 mg/kghttp://datasheets.scbt.com/sc-204716.pdf Dextromethorphan Hydrobromide Material Safety Data Sheet chez l'enfant ainsi que chez l'homme, et la DL50, la dose létale, est de 165 mg/kg chez la souris. Or la chlorphéniramine est un anticholinergique qui peut causer des réactions graves à des doses élevées. Cela peut être aggravé par le fait que le dextrométhorphane et la chlorpheniramine sont tous deux métabolisés par le CYP2D6. Cela pourrait augmenter la concentration plasmatique des deux médicaments. Un autre danger est la demi-vie longue de la chlorphéniramine (environ une journée entière), ce qui peut entraîner des niveaux élevés de celui-ci en s'accumulant dans le corps si le médicament Coricidin est utilisé fréquemment. Des décès ont ainsi résulté d'une surdose de chlorphéniramine(). Le dextrométhorphane seul ne semble donc pas être la cause de décès à des doses récréatives.

Chimie Le dextrométhorphane est utilisé sous forme de sel de bromohydrate de dextrométhorphane (, / masse molaire = ), poudre cristalline, blanche, soluble dans l’eau et dans l'éthanol. Son point de fusion est de à partir duquel a lieu une décomposition de la substance.

Pharmacologie Le DXM, une fois dans l'organisme, est majoritairement transformé par le CYP2D6 en DXO, métabolite actif, mais aussi en 3MM par le CYP3A4. Ces métabolites sont aussi transformés par ces mêmes enzymes, ainsi le DXO est transformé en 3HM par le CYP3A4 et le 3MM est transformé en 3HM par le CYP2D6.

Pharmacodynamie DXM : antagoniste incompétitif des récepteurs NMDA (Ki=) ; agoniste des récepteurs sigma σ1 et σ2 (Ki= et ) ; inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (Ki= et ). DXO : antagoniste incompétitif des récepteurs NMDA (Ki=) ; agoniste des récepteurs σ1 et σ2 (Ki= et ) ; inhibiteur de la recapture de la noradrénaline. (Une faible valeur de Ki signifie une forte affinité de liaison ; à l'inverse, un Ki élevé signifie une faible affinité).

Le DXM et le DXO sont tous les deux psychoactifs avec des effets comportant des différences. Le DXM est principalement un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et dans une moindre mesure de noradrénaline (ainsi ses effets sont proches de ceux des antidépresseurs), son action sur les récepteurs sigma est responsable de la confusion, de l'effet sédatif, anesthésique et antitussif, il n'a par contre quasiment aucune affinité pour les récepteurs NMDA contrairement au DXO qui, quant à lui, est un puissant antagoniste des récepteurs NMDA (ce qui en fait un puissant hallucinogène dissociatif semblable à la kétamine).

L'enzyme CYP2D6 est inactive dans un très faible pourcentage de la population chez qui seul le DXM agit.

Certaines variétés d'agrumes contiennent une enzyme qui inhibe l'enzyme CYP3A4. En l'inhibant, l'action du CYP2D6 est augmentée, métabolisant plus de DXM en DXO que d'habitude, et pendant plus longtemps. Les effets deviennent alors plus longs, plus intenses et plus dissociatifs (ratio DXO/DXM plus important).

Le CBD contenu dans le cannabis possède le même effet inhibiteur de CYP3A4.

Inversement, la fluoxétine (Prozac©) est un inhibiteur du CYP2D6, la métabolisation du DXM en DXO n'a donc tout simplement pas lieu (le DXM est donc le seul à agir).

Usage médical Il est utilisé comme médicament antitussif.

Posologie

À faibles doses, soit entre 15 et , le dextrométhorphane peut élever le seuil de la toux et ce, pour quatre à six heures. Il est également possible de prendre une dose légèrement plus grande, soit pour avoir un effet de six à huit heures. Cependant, il ne faut normalement pas dépasser par jour sinon l'effet psychotrope du DXM peut commencer à se faire sentir et ainsi entraîner des troubles du comportement semblables à une sorte d'ivresse (il est donc recommandé d’être prudent notamment pour la conduite d'un véhicule, voire de ne pas prendre le volant si les effets se révèlent trop handicapants).

En ce qui concerne les enfants, la dose recommandée est de par kilogramme par dose (pour quatre à six heures) avec un maximum de par 24 heures.

Il faut être vigilant lorsqu'on tente d'inhiber la toux. Normalement, il s'agit d'un réflexe pour dégager les voies respiratoires. Lorsque ce réflexe est inhibé, toutes les sécrétions se retrouvent dans les poumons, bronches et trachée. Il est recommandé de prendre le dextrométhorphane plutôt en fin de journée, afin de laisser le temps à l'organisme de chasser les mucosités.

Interactions médicamenteuses Le dextrométhorphane réagit avec d'autres médicaments : les IMAOs, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN), la paroxétine, la fluoxétine, la sélégiline et la quinidine.

Pour ne pas interagir avec ces traitements , il est conseillé de se diriger vers le chlophédianol, commercialisé sous le nom de Ulone.

Interactions alimentaires Le dextrométhorphane réagit avec certaines variétés d'agrumes (contenues notamment dans la peau du pamplemousse blanc et donc dans certains jus industriels) qui inhibent l'enzyme CYP3A4 en augmentant le DXO/DXM.

Usage détourné et récréatif vignette|9 boites de Tussidane (dextrométhorphane en comprimés) accompagnées de bouteilles d'alcool visant à être utilisées à des fins récréatives Le dextrométhorphane est contenu en petite quantité dans des médicaments contre la toux. Certains usagers en absorbent en importante quantité dans le but d'obtenir un effet psychotrope, cependant, le dextrométhorphane est également disponible en comprimés, gélules et capsules et est désormais largement utilisé de manière récréative via ce type de galénique.

D'autres usagers préfèrent extraire le dextrométhorphane des médicaments, à l’aide d'un procédé relativement simple pour les comprimés associé à d'autres substances comme le paracétamol (principalement l'extraction à l'eau froide) et plus complexe pour le sirop (principalement l'extraction à la naphta, à l'ammoniaque et à l'acide citrique).

Fumer du dextrométhorphane est exclu car la molécule est totalement détruite à hautes températures. Les formes les plus consommées restent les comprimés et le sirop.

Interactions Une prise de dextrométhorphane concomitante à une prise de MDMA (ou tout autre stimulant sérotoninergique) augmente grandement les risques de survenue d'un syndrome sérotoninergique (accumulation d'une quantité excessive de sérotonine dans le corps) car la MDMA déclenche la libération massive de sérotonine alors que le DXM empêche, lui, la recapture de la sérotonine.

L'utilisation combinée de dextrométhorphane avec les inhibiteurs des monoamine-oxydases (IMAO), un groupe d'antidépresseurs, peut être dangereuse. Ainsi, un usager ayant consommé des IMAO dans les quatorze jours précédant la prise de dextrométhorphane s'expose à des interactions dangereuses.

Une prise simultanée de dextrométhorphane avec du cannabis ou avec certaines variétés d'agrumes peut augmenter considérablement les effets, amenant à une sensation de , ou peut conduire à un (ces deux produits, agissant sur le CYP450 3A4, augmentent le ratio DXO/DXM).

Effets et conséquences Les effets psychotropes comprennent une désorientation spatiotemporelle (le temps semble ralentir voire s’arrêter, parfois la musique semble « geler »), perte de la notion de peur, stress, dégoût, ou parfois panique existentielle, des sensations d'extracorporalité, une incoordination motrice (impression de marcher comme une machine) liée à la dissociation corporelle, une dissolution de l’ego (perte du soi et du « je » temporaire), des hallucinations visuelles, très vives et étranges yeux fermés, auditives (dialogues internes complexes) et kinesthésiques (impression nette d’avoir ses membres qui s’allongent, d’accélérer, de voler, etc…), en fonction des doses.

Les effets physiques peuvent induire des nausées, des vomissements, pertes du goût, une hyperthermie, des démangeaisons, des sensations de crispations comme de légers spasmes indolores, des tremblements légers, voire des éruptions cutanées. À la suite d'un dosage élevé, il est possible de ressentir ce qu'on pourrait grossièrement qualifier de « gueule de bois ». Le DXM peut également produire un « Afterglow » plus ou moins long et agréable. En cas de forts dosages et d'usage répété, des symptômes de déréalisation assez intenses peuvent apparaître sur le plus long terme, bien que rare tant que la consommation n’est pas extrême et que la drogue n’est pas utilisée pour fuir la réalité. C'est une substance qui n'est clairement pas sans risque, et il existe un risque de Bad trip, bien que plus rare que pour d’autres hallucinogènes.

L'intoxication aiguë se traduit par une hyperexcitabilité, de l’anxiété, des idées délirantes, une perte totale de contact avec la réalité, un nystagmus, une dépression respiratoire, une tachycardie, voire dans les cas extrêmes un coma lié aux effets toxiques.

D'après les amateurs de dextrométhorphane, l'expérience est divisible en quatre paliers distincts DXM FAQ - The DXM Experience. Les dosages pour chaque palier (plateau) dépendent du poids de la personne. Au-delà du second plateau, les effets deviennent moins récréatifs et sont plus intenses et introspectifs. () : effet très léger, stimulation motrice, légère anesthésie, euphorie etc. Ce plateau pourrait être comparé aux effets d'une faible prise de MDMA (c'est l'effet inhibiteur de recapture de la sérotonine et de la noradrénaline qui domine ce plateau) ; () : effet bien plus intense, la coordination motrice est affectée, distorsions visuelles importantes (taille des objets, d'une pièce entière, modification des perspectives), distorsions temporelles importantes (le temps semble s'écouler très lentement voire s'arrêter). Il arrive parfois des visions les yeux fermés. Impression de « fusion » avec la musique, sensation de planer, d'être léger, grande anesthésie (impression d’être dans un corps en plastique ou qu'une partie de son corps n'existe plus), la peur est également grandement inhibée (à ce plateau, c'est l'effet agoniste au récepteur sigma qui domine) ;